NOTES:

[15] Un conte espagnol, publié pur M. Antonio Machado y Alvares dans

la revue _la Enciclopedia_ (Séville, livraison du 30 octobre 1880,

p. 629), a une introduction analogue à celle du conte portugais: Une

petite fille achète des pois grillés; pendant qu'elle les mange à une

fenêtre donnant sur le jardin du roi, le dernier de ses pois tombe près

d'un poirier. La petite fille ne pouvant le retrouver, dit au jardinier

d'arracher le poirier, pour qu'elle puisse chercher son pois. Comme il

refuse, elle dit au chien de le mordre, puis au taureau de donner un

coup de corne au chien, au lion de tuer le taureau, au roi d'envoyer

tuer le lion, et enfin, à la reine de se fâcher contre le roi. La

reine y consent, et alors, pour avoir la paix, le roi envoie des gens

pour tuer le lion, etc. Cette série, qui n'est pas sans analogie avec

la série préliminaire du conte portugais, ne se trouve, croyons-nous,

nulle part en dehors de ce conte espagnol.

[16] Ces manuscrits ne remontent pas au delà de la fin du XVIe siècle.

[17] Nous croyons intéressant de reproduire ici une version provençale,

mêlée d'hébreu, de ce même chant, qui se transmet traditionnellement

chez les juifs du midi de la France (_Chansons hébraïco-provençales des

Juifs comtadins_, réunies et transcrites par E. Sabatier. Nîmes, 1874,

p. 7):

«Un cabri, un cabri, qu'avié acheta moun pèro un escu, dous

escus.--_Had gadya! Had gadya!_ (Un chevreau! un chevreau!)

«Es vengu lou cat qu'a manja lou cabri qu'avié acheta moun pèro, un

escu, dous escus.--_Had gadya! Had gadya!_

«Es vengu lou chin qu'a mourdu lou cat, qu'avié manja lou cabri, etc.

«Es vengu la vergo qu'a pica lou chin qu'avié mourdu lou cat, etc.

«Es vengu lou fio qu'a brula la vergo qu'avié pica lou chin, etc.

«Es vengu l'aïgo qu'a amoussa lou fio qu'avié brula la vergo, etc.

«Es vengu lou bioou qu'a begu l'aïgo qu'avié amoussa lou fio, etc.

«Es vengu lou _chohet_ (le boucher) qu'a _chahata_ (qui a tué) lon

bioou qu'avié begu l'aïgo, etc.

«Es vengu lou _malach hammaveth_ (l'Ange de la mort) qu'a _chahata_ lou

_chohet_ qu'avié _chahata_ lou bioou, etc.

«Es vengu _hakkadosch barouch_ (le Saint, béni soit-il!) qu'a

_chahata_ lou _malach hammaveth_ qu'avié _chahata_ lou _chohet_,

qu'avié _chahata_ lou bioou qu'avié begu l'aïgo, qu'avié amoussa lou

fio qu'avié brula la vergo, qu'avié pica lou chin qu'avié mourdu lou

cat, qu'avié manja lou cabri qu'avié acheta moun pèro un escu, dous

escus.--_Had gadya! Had gadya!_»

[18] Nous dirons,--ce qui rend encore plus fort le raisonnement de

M. G. Paris,--aucune version _d'aucun pays_. Pour un observateur

superficiel, le conte provençal et le conte languedocien, que nous

avons mentionnés ci-dessus, pourraient au premier abord paraître

reproduire la forme hébraïque. Il n'y est pas, en effet, parlé de

résistance des divers personnages: «Le loup vient qui voulait manger

la chèvre», puis le chien «qui voulait mordre le loup», etc. Mais il y

a là, certainement, une altération, ainsi que le montre l'introduction

où l'on dit à la chèvre de sortir d'un champ de mil qu'elle mange.

Evidemment, dans la forme primitive, on appelait le loup contre la

chèvre, puis le chien contre le loup, etc. D'ailleurs,--et ceci est

décisif,--la fin de ces deux contes, avec la série _lien_, _souris_,

_chat_, les rattache précisément au groupe de contes qui s'éloigne le

plus du chant juif et dont nous ferons connaître tout à l'heure une

forme orientale.

[19] L'introduction de ce conte indien se retrouve à peu près dans le

conte espagnol, cité plus haut, où la petite fille veut faire arracher

un arbre pour chercher un pois qui est tombé à côté.

[20] Il y a ici, comme dans le conte portugais résume ci-dessus, une

série préliminaire de personnages, avant la série ordinaire ou, du

moins, avant l'une des deux séries ordinaires, et, chose curieuse,

cette série préliminaire, dans le conte portugais,--juge, _roi_, qui

doit faire marcher le juge, _reine_, qui doit se fâcher contre le

roi, rat, qui doit ronger les jupes de la reine, chat, chien, puis

_bâton_,--a beaucoup de rapport avec celle du conte indien. Ajoutons

que l'introduction du conte portugais est analogue à celle du conte

espagnol et, par suite, à celle du conte indien.

[21] Dans un conte de l'île de Ceylan (_Orientalist_, 1885, p. 26),

après une introduction analogue à celle des contes indiens, la série de

personnages mis en scène est toute différente: Un oiseau a pondu deux

œufs entre deux grosses pierres; les pierres s'étant rapprochées, il

ne peut plus arriver à son nid. Alors il appelle à son aide un maçon;

celui-ci ayant refusé de venir, l'oiseau dit à un sanglier d'aller

dans le champ du maçon manger tout le grain; puis à un chasseur, de

tirer le sanglier; à un éléphant, de tuer le chasseur; à un _katussâ_

(sorte de petit lézard), de s'introduire, par la trompe de l'éléphant,

jusque dans son cerveau (_sic_); à une poule des jungles, de manger

le katussâ; à un chacal, de manger la poule. Le chacal se met à la

poursuite de la poule, etc.

[22] Un passage du Coran, que nous trouvons dans le _Magasin

pittoresque_ (t. 46, 1878, p. 334), nous paraît un écho de cette fable

indienne. Voici ce passage, que l'on peut ajouter aux rapprochements

faits par M. Benfey (_Pantschatantra_, II, p. 373 seq.): «Quand Dieu

eut fait la terre, elle vacillait de çà et de là, jusqu'à ce que

Dieu eût mis les montagnes pour la tenir ferme. Alors les anges lui

demandèrent: O Dieu, y a-t-il dans ta création quelque chose de plus

fort que les montagnes? Et Dieu répondit: Le fer est plus fort que les

montagnes, puisqu'il les fend.--Et, dans ta création, est-il quelque

chose de plus fort que le fer?--Oui, le feu est plus fort que le

fer, puisqu'il le fond.--Et est-il quelque chose de plus fort que le

feu?--Oui, l'eau, car elle l'éteint.--Est-il quelque chose de plus fort

que l'eau?--Oui, le vent, car il la soulève.--O notre soutien suprême,

est-il dans ta création quelque chose de plus fort que le vent?--Oui,

l'homme de bien qui fait la charité: s'il donne de sa main droite sans

que sa gauche le sache, il surmonte toutes choses.»

[23] Etait-ce bien une gazelle dans le texte original, et n'y aurait-il

pas là une erreur de traduction?

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 26 / 309 题