Ce petit conte se retrouve en Allemagne et en Vénétie.
Comparer d'abord, dans la collection Wolf (_Deutsche Hausmærchen_),
le conte allemand p. 65. Un soldat qui a déserté rencontre dans une
forêt un chasseur et arrive avec lui dans un repaire de brigands.
Il se fait passer, lui et son compagnon, pour des voleurs d'une
autre bande et trouve moyen de tuer les brigands par surprise.
Son compagnon s'est caché pendant le combat; le soldat le raille
de sa poltronnerie. Arrivé seul à la capitale du pays, il voit
avec étonnement tous les factionnaires lui présenter les armes. Le
roi, à qui il va demander du service, le reçoit fort bien et se
fait reconnaître à lui pour le chasseur de la forêt. Le soldat se
confond en excuses. Finalement, il est nommé colonel dans la garde
du roi et devient bientôt feld-maréchal.
La collection Grimm renferme un conte tout à fait du même genre
(nº 199). Comparer aussi un troisième conte allemand, nº 10 de la
collection Simrock.
Dans le conte italien de Vénétie (Widter et Wolf, nº 7), Beppo
Pipetta, soldat du roi d'Ecosse, s'en allant en congé chez ses
parents, rencontre sur une montagne le roi qui faisait un voyage
à pied. Se doutant que c'est un grand personnage, Beppo s'offre
à l'accompagner. Ils entrent ensemble dans une auberge mal
famée, dont l'hôte les prévient que le soir il doit venir des
brigands. Beppo mange le dîner des brigands; puis on conduit les
deux compagnons dans une chambre haute. Arrivent les brigands.
Beppo, qui est resté aux aguets, tue un des hommes envoyés à la
découverte, puis un second, un troisième, un quatrième. Restent
trois brigands qui se présentent à leur tour. Beppo casse la tête
à l'un d'un coup de pistolet et couche par terre les deux autres
d'un coup d'épée. Le roi se sépare amicalement de Beppo, qui s'en
va dans sa famille et revient ensuite à son régiment. A peine de
retour à la caserne, il est mandé auprès du roi. Dans la salle
d'audience il trouve le seigneur, son ancienne connaissance. «Que
faites-vous ici?» lui demande-t-il.--«Je suis appelé auprès du
roi.--Moi aussi,» dit Beppo. Le seigneur se retire, et bientôt
Beppo est introduit auprès du roi qui le reçoit en grand appareil,
avec sa couronne et son manteau royal, et l'interroge sur l'affaire
des brigands. Il lui demande, entre autres choses, s'il a des
témoins. «Oui, sire,» répond Beppo, qui ne le reconnaît pas. «J'ai
pour témoin un seigneur qui doit être en bas dans le palais.--Ce
n'est pas vrai,» dit le roi, «car le voici devant vous.» Le roi
récompense généreusement Beppo.