Parmi les contes parents du conte lorrain, citons d'abord un conte
allemand recueilli dans le Harz (Ey, p. 122): Un vieux soldat,
renvoyé du service sans le sou, bien qu'il ait bravement servi
le roi, arrive chez un charbonnier au milieu d'une forêt. Le
charbonnier et lui se lient d'amitié et ils font ménage ensemble.
Un jour, le charbonnier demande au soldat si, pour leur bonheur
à tous les deux, il veut se laisser descendre dans un puits de
mine où sont entassés d'immenses trésors, et lui rapporter un
paquet de bougies qui s'y trouve. Le soldat y consent. Arrivé au
fond du puits, il voit au milieu d'une grande salle brillamment
éclairée un _homme de fer_ assis sur un trône et, auprès de lui,
trois caisses remplies d'or, d'argent et de pierreries; le paquet
de bougies est au dessus de la porte. Le soldat le prend, puis
il remplit ses poches de pierreries et se fait remonter par le
charbonnier. Le lendemain, il trouve celui-ci mort. Il s'en va dans
une grande ville et y vit en grand seigneur. Mais un jour vient où
ses richesses sont épuisées. Voyant qu'il n'a plus même de quoi
acheter de l'huile pour sa lampe, il prend une de ses bougies et
l'allume. Aussitôt paraît l'homme de fer. Le soldat lui demande
un sac d'or et se rend dans la ville du roi dont il a été si mal
récompensé. Il ordonne à l'homme de fer de lui amener pendant la
nuit la princesse; il fait faire à celle-ci, pour se venger du roi,
l'ouvrage d'une servante, et la maltraite. Le roi dit à sa fille de
marquer à la craie la porte de la maison où elle sera transportée;
mais l'homme de fer marque de la même manière toutes les maisons de
la ville. Le roi dit alors à la princesse de cacher son anneau d'or
sous le lit. On trouve l'anneau, et le soldat est condamné à être
pendu. Pendant qu'il est en prison, il réussit à se faire apporter
ses bougies, et, quand il est au pied de la potence, il obtient du
roi, comme dernière grâce, la permission d'en allumer une. Aussitôt
l'homme de fer arrive, un gourdin à la main, et assomme le bourreau
et les spectateurs. Le roi crie au soldat de faire trêve et lui
donne sa fille en mariage.
Plusieurs contes de ce type,--deux contes allemands (Prœhle, I, nº
11; Grimm, nº 116), un conte wende de la Lusace (Veckenstedt, p.
241) et un conte hongrois (Gaal, p. 1),--ont un dénouement analogue.
Un conte allemand de la collection Simrock (nº 14) se rapproche
davantage de notre conte pour la dernière partie: Quand le soldat
est en prison, il promet des louis d'or au factionnaire, si
celui-ci lui rapporte sa bougie. Une fois qu'il l'a entre les
mains, il ordonne à _Jean de fer_, l'homme qui paraît quand on
allume la bougie, de démolir la prison et le château du roi. Alors
le roi lui offre sa fille en mariage.
Dans le conte mecklembourgeois déjà cité de la collection Grimm,
comme dans le nôtre, le vieux soldat en prison voit passer sous sa
fenêtre un ancien camarade, et il le prie d'aller lui chercher un
petit paquet qu'il a laissé dans son auberge.
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On a pu remarquer que, dans les contes des collections Prœhle et
Ey, le serviteur de l'objet merveilleux est identique à l'«homme de
fer» de notre conte. Dans le conte hongrois, ce personnage est un
«roi de bronze».
Dans les contes des collections Prœhle et Grimm, et dans le conte
hongrois, c'est, comme dans le conte lorrain, une vieille, une
sorcière, qui demande au héros de lui aller chercher les objets
merveilleux. (On remarquera que, dans tous les contes allemands
cités, c'est toujours dans un puits qu'il faut descendre.)
* * * * *
Dans le conte de la collection Prœhle, nous retrouvons presque
identiquement les moyens auxquels recourt le roi, dans notre conte,
pour découvrir la maison où sa fille est transportée. Il fait
attacher au dessous du lit de la princesse,--qui, dans ce conte
allemand, est emportée avec son lit,--d'abord un sac de pois mal
fermé, puis un sac de lentilles, enfin une vessie pleine de sang.
Il espère pouvoir ainsi reconnaître le chemin qu'auront suivi les
ravisseurs. Les deux géants, serviteurs du briquet, qui remplace
ici la chandelle, ramassent tous les pois et toutes les lentilles,
mais ils se trouvent impuissants devant les traces de sang.--Dans
le conte mecklembourgeois, où la princesse, d'après le conseil
de son père, a rempli sa poche de pois et les a semés le long du
chemin, le «petit homme noir» répand des pois dans toutes les rues
de la ville, et ainsi la précaution de la princesse devient inutile.
Un conte albanais de ce genre (Dozon, nº 11), où l'objet
merveilleux est un coffre d'où sort un nègre, dès qu'on en soulève
le couvercle, présente ainsi cet épisode: Le roi dit à sa fille
que, la première fois que le nègre viendra l'enlever pour la
porter dans la maison inconnue, elle devra s'enduire la main d'une
certaine couleur et en faire une marque à la porte de la maison. La
princesse obéit, mais le nègre marque de la même façon toutes les
portes de la ville.
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Le violon merveilleux, qui ressuscite les morts, figure dans un
conte flamand (Wolf, _Deutsche Mærchen und Sagen_, nº 26), dont
nous parlerons dans les remarques de notre nº 71, _le Roi et ses
Fils_. Comparer aussi la guitare du conte sicilien nº 45 de la
collection Gonzenbach.
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Il est à peine besoin de le faire remarquer: deux des principaux
thèmes du conte lorrain et des contes que nous venons d'examiner se
retrouvent dans le célèbre conte arabe des _Mille et une Nuits_,
_Aladin et la Lampe merveilleuse_. Là aussi, on envoie le héros
chercher dans un souterrain un objet magique, qui fait apparaître
un génie, et, plus tard, quand le sultan manque à la promesse qu'il
a faite de donner sa fille en mariage au jeune homme, celui-ci
ordonne au génie, serviteur de la lampe, de lui amener la princesse
pendant la nuit.
Nous avons encore, du reste, un autre rapprochement à faire en
Orient. Dans un conte qui a été recueilli chez les Tartares de la
Sibérie méridionale, riverains de la Tobol (Radloff, IV, p. 275),
un jeune marchand, qui s'est lié d'amitié avec un _mollah_[1],
expert dans la magie, demande à ce mollah de lui faire venir dans
sa maison la fille du roi. Le mollah fabrique un homme de bois;
qui, tous les soirs, va prendre la princesse et la porte dans la
maison du marchand. Le roi, ayant eu connaissance de ce qui est
arrivé à sa fille, ordonne à celle-ci d'enduire sa main de cire,
et, en entrant dans la maison où on la portera, de l'appliquer
contre la porte pour y faire une marque[2]. La princesse suit ces
instructions. En voyant la marque sur la porte, le marchand se
croit perdu, mais le mollah lui dit d'aller mettre de la cire sur
la porte de toutes les maisons, et, quand les soldats envoyés par
le roi font leur ronde, il leur est impossible de distinguer des
autres la maison du coupable[3].