--Ah! C'est vous, dit le propriétaire. Avez-vous songé à ce que je vous
ai dit ce matin? M'apportez-vous de l'argent?
--Je dois en recevoir cette nuit; je vous en donnerai demain matin,
répondit Rodolphe en cherchant sa clef et son flambeau dans la case. Il
ne trouva rien.
--Monsieur Rodolphe, dit M. Benoît, j'en suis bien fâché, mais j'ai loué
votre chambre, et je n'en ai plus d'autre qui soit disponible; il faut
voir ailleurs.
Rodolphe avait l'âme grande, et une nuit à la belle étoile ne
l'effrayait pas. D'ailleurs, en cas de mauvais temps, il pouvait coucher
dans une loge d'avant-scène à l'Odéon, ainsi que cela lui était arrivé
déjà. Seulement, il réclama _ses affaires_ à M. Benoît, lesquelles
affaires consistaient en une liasse de papiers.
--C'est juste, dit le propriétaire: je n'ai pas le droit de vous retenir
ces choses-là, elles sont restées dans le secrétaire. Montez avec moi;
si la personne qui a pris votre chambre n'est pas couchée, nous pourrons
entrer.
La chambre avait été louée dans la journée à une jeune fille qui
s'appelait Mimi, et avec qui Rodolphe avait jadis commencé un duo de
tendresse.
Ils se reconnurent sur-le-champ. Rodolphe parla tout bas à l'oreille de
Mimi, et lui serra doucement la main.
--Voyez comme il pleut! dit-il en indiquant le bruit de l'orage qui
venait d'éclater.
Mademoiselle Mimi alla droit à M. Benoît, qui attendait dans un coin de
la chambre.
--Monsieur, lui dit-elle en désignant Rodolphe... monsieur est la
personne que j'attendais ce soir... ma porte est défendue.
--Ah! fit M. Benoît avec une grimace. C'est bien!
Pendant que Mademoiselle Mimi préparait à la hâte un souper improvisé,
minuit sonna.
--Ah! dit Rodolphe en lui-même, le 15 avril est passé, j'ai enfin doublé
mon cap des tempêtes. Chère Mimi, fit le jeune homme en attirant la
belle fille dans ses bras et l'embrassant sur le cou à l'endroit de la
nuque, il ne vous aurait pas été possible de me laisser mettre à la
porte. Vous avez la bosse de l'hospitalité.