«Il est plus à propos, madame, poursuivit-il, que vous ayez la
bonté de m'enseigner votre demeure; j'aurai l'honneur de vous
aller voir chez vous.» La dame y consentit. «Il est, dit-elle,
vendredi après-demain; venez ce jour-là, après la prière du midi.
Je demeure dans la rue de la Dévotion. Vous n'avez qu'à demander
la maison d'Abou-Schamma, surnommé Bercout, autrefois chef des
émirs: vous me trouverez là.» À ces mots, nous nous séparâmes, et
je passai le lendemain dans une grande impatience.
«Le vendredi, je me levai de bon matin; je pris le plus bel habit
que j'eusse, avec une bourse où je mis cinquante pièces d'or, et,
monté sur un âne que j'avais retenu dès le jour précédent, je
partis accompagné de l'homme qui me l'avait loué. Quand nous fûmes
arrivés dans la rue de la Dévotion, je dis au maître de l'âne de
demander où était la maison que je cherchais: on la lui enseigna
et il m'y mena. Je descendis à la porte. Je le payai bien et le
renvoyai, en lui recommandant de bien remarquer la maison où il me
laissait et de ne pas manquer de m'y venir prendre le lendemain
matin, pour me ramener au khan de Mesrour.
«Je frappai à la porte, et aussitôt deux petites esclaves blanches
comme la neige et très-proprement habillées vinrent ouvrir.
«Entrez, s'il vous plaît, me dirent-elles, notre maîtresse vous
attend impatiemment. Il y a deux jours qu'elle ne cesse de parler
de vous.» J'entrai dans la cour et vis un grand pavillon élevé sur
sept marches, et entouré d'une grille qui le séparait d'un jardin
d'une beauté admirable. Outre les arbres qui ne servaient qu'à
l'embellir et qu'à former de l'ombre, il y en avait une infinité
d'autres chargés de toutes sortes de fruits. Je fus charmé du
ramage d'un grand nombre d'oiseaux qui mêlaient leurs chants au
murmure d'un jet d'eau d'une hauteur prodigieuse qu'on voyait au
milieu d'un parterre émaillé de fleurs. D'ailleurs ce jet d'eau
était très-agréable à voir; quatre gros dragons dorés paraissaient
aux angles du bassin qui était en carré, et ces dragons jetaient
de l'eau en abondance, mais de l'eau plus claire que le cristal de
roche. Ce lieu plein de délices me donna une haute idée de la
conquête que j'avais faite. Les deux petites esclaves me firent
entrer dans un salon magnifiquement meublé, et pendant que l'une
courut avertir sa maîtresse de mon arrivée, l'autre demeura avec
moi et me fit remarquer toutes les beautés du salon.»
En achevant ces derniers mots, Scheherazade cessa de parler, à
cause qu'elle vit paraître le jour. Schahriar se leva fort curieux
d'apprendre ce que ferait le jeune homme de Bagdad dans le salon
de la dame du Caire. La sultane contenta le lendemain la curiosité
de ce prince en reprenant ainsi cette histoire: