Le lendemain avant le jour, Dinarzade réveilla sa soeur, qui
reprit ainsi son discours: «Bedreddin Hassan, continua le vizir
Giafar, courut donc après Agib et l'eunuque, et les joignit avant
qu'ils fussent arrivés à la porte de la ville. L'eunuque, s'étant
aperçu qu'il les suivait, en fut extrêmement surpris: «Importun
que vous êtes, lui dit-il en colère, que demandez-vous? - Mon bon
ami, lui répondit Bedreddin, ne vous fâchez pas: j'ai hors de la
ville une petite affaire dont je me suis souvenu, et à laquelle il
faut que j'aille donner ordre.» Cette réponse n'apaisa point
l'eunuque, qui, se tournant vers Agib, lui dit: «Voilà ce que vous
m'avez attiré; je l'avais bien prévu que je me repentirais de ma
complaisance; vous avez voulu entrer dans la boutique de cet
homme; je ne suis pas sage de vous l'avoir permis. - Peut-être,
dit Agib, a-t-il effectivement affaire hors de la ville, et les
chemins sont libres pour tout le monde.» En disant cela, ils
continuèrent de marcher l'un et l'autre sans regarder derrière
eux, jusqu'à ce qu'étant arrivés près des tentes du vizir, ils se
retournèrent pour voir si Bedreddin les suivait toujours. Alors
Agib, remarquant qu'il était à deux pas de lui, rougit et pâlit
successivement selon les divers mouvements qui l'agitaient. Il
craignait que le vizir son aïeul ne vînt à savoir qu'il était
entré dans la boutique d'un pâtissier et qu'il y avait mangé. Dans
cette crainte, ramassant une assez grosse pierre qui se trouva à
ses pieds, il la lui jeta, le frappa au milieu du front et lui
couvrit le visage de sang: après quoi, se mettant à courir de
toute sa force, il se sauva sous les tentes avec l'eunuque, qui
dit à Bedreddin Hassan qu'il ne devait pas se plaindre de ce
malheur qu'il avait mérité, et qu'il s'était attiré lui-même.
«Bedreddin reprit le chemin de la ville en étanchant le sang de sa
plaie avec son tablier, qu'il n'avait pas ôté. «J'ai tort, disait-
il en lui-même, d'avoir abandonné ma maison pour faire tant de
peine à cet enfant, car il ne m'a traité de cette manière que
parce qu'il a cru sans doute que je méditais quelque dessein
funeste contre lui.» Étant arrivé chez lui, il se fit panser, et
se consola de cet accident en faisant réflexion qu'il y avait sur
la terre des gens encore plus malheureux que lui.»
Le jour, qui paraissait, imposa silence à la sultane des Indes.
Schahriar se leva en plaignant Bedreddin, et fort impatient de
savoir la suite de cette histoire.