Quelque curiosité qu'eût Dinarzade d'entendre le reste de
l'histoire du roi grec, elle ne se réveilla pas cette nuit de si
bonne heure qu'à l'ordinaire; il était même presque jour
lorsqu'elle dit à la sultane: «Ma chère soeur, je vous prie de
continuer la merveilleuse histoire du roi grec; mais hâtez-vous,
de grâce, car le jour paraîtra bientôt.»
Scheherazade reprit aussitôt cette histoire à l'endroit où elle
l'avait laissée le jour précédent: Sire, dit-elle, quand le
médecin Douban, ou, pour mieux dire, sa tête, vit que le poison
faisait son effet, et que le roi n'avait plus que quelques moments
à vivre: «Tyran, s'écria-t-elle, voilà de quelle manière sont
traités les princes qui, abusant de leur autorité, font périr les
innocents. Dieu punit tôt ou tard leurs injustices et leurs
cruautés.» La tête eut à peine achevé ces paroles, que le roi
tomba mort, et qu'elle perdit elle-même aussi le peu de vie qui
lui restait.
Sire, poursuivit Scheherazade, telle fut la fin du roi grec et du
médecin Douban. Il faut présentement revenir à l'histoire du
pêcheur et du génie; mais ce n'est pas la peine de commencer, car
il est jour. Le sultan, de qui toutes les heures étaient réglées,
ne pouvant l'écouter plus longtemps, se leva, et comme il voulait
absolument entendre la suite de l'histoire du génie et du pêcheur,
il avertit la sultane de se préparer à la lui raconter la nuit
suivante.