La série continue!
En son amusante couverture surannée, un livre, riche en vignettes de
jadis: _Papeterie et Papetiers de l'ancien temps_, «se vend en
l'Officine de Georges Putois, marchand papetier colleur, ancien juré et
garde de la communauté, à Paris, 3, rue Turbigo». Cet ouvrage devait, à
l'origine, nous dit son auteur, M. J. Grand-Carteret, «être un rapport,
une sorte de catalogue explicatif et détaillé d'une Exposition
spéciale». Il se présente, aujourd'hui, sous l'aspect et avec la
substance d'un volume agréablement écrit et précieusement documenté. Ce
n'est point d'ailleurs l'histoire d'une corporation écrite au jour le
jour d'après ses registres, mais bien l'historique du commerce de la
papeterie, la nomenclature des objets qui se vendaient en la boutique
des _marchands-merciers, des marchands papetiers-colleurs de feuilles,
des marchands cartiers-cartonniers_, la recherche, l'étude et la
reconstitution de toutes les industries accessoires. Ce travail est
d'une érudition, ingénieuse et charmante, qui sera très goûtée des
amateurs du Livre.
L'histoire du costume intéresse, à divers titres, tous les esprits. En
un fort volume orné de 700 illustrations, M. Camille Piton a réuni et
relié par un texte savant les «gravures de modes» les plus expressives
du treizième au dix-neuvième siècle inclus. Entendez que l'auteur du
_Costume civil en France_ (1) n'a retenu que des documents originaux,
d'une authenticité indiscutable. Il a supprimé toute interprétation
intermédiaire du dessinateur, graveur ou lithographe. Seule la
photographie a été employée; elle a permis de reproduire tels quels les
costumes choisis parmi les sceaux, les sculptures, les peintures
murales, les tapisseries, les vitraux, les tableaux, les miniatures des
manuscrits jusqu'aux quinzième et seizième siècles, alors que la gravure
sur bois ou sur cuivre fait son apparition.
Après les habits, les meubles.
Pour les esprits amoureux de notre passé national, il n'est peut-être
pas d'études plus captivantes que celle des meubles, ces témoins
discrets de la vie de tous les âges, ces survivants des sociétés
disparues, qui nous redisent non seulement les besoins de nos pères,
mais encore leurs tendances d'esprit, l'évolution de leur goût et nous
révèlent leurs aptitudes physiques et morales. Car tout se tient dans
l'existence d'une nation. Un érudit des choses d'art, un fervent des
reliques du passé, M. l'abbé Arnaud d'Agnel, de qui nous avons eu le
plaisir déjà de signaler un magnifique ouvrage sur la _Faïence et la
Porcelaine de Marseille_, nous présente en une édition, fastueusement
illustrée, une histoire très complète de _l'Ameublement provençal_ (2).
Dans les deux premières parties de cet énorme travail, l'auteur a
retracé la marche et les transformations successives de l'Ameublement
provençal et comtadin, d'abord au cours du moyen âge et de la
renaissance, puis durant les temps modernes, c'est-à-dire jusqu'à la
Révolution. Le caractère local est précisé dans une troisième partie,
purement descriptive.
Ensuite, pour donner une idée entière de l'ameublement, M. l'abbé
d'Agnel a consacré des développements, formant la quatrième partie de
l'ouvrage, aux _Toiles peintes à la détrempe_ dont les Provençaux du
dix-huitième siècle aimaient à décorer les murs de leurs appartements.
Enfin, dans une cinquième partie, sont réunis et commentés des modèles
des consoles en fer forgé, qui jouèrent un rôle si important dans
l'ameublement provençal. La division des matières si complexes
qu'embrasse ce volume, leur répartition en chapitres successifs sont
établies avec une méthode et une prudence et surtout une clarté qui en
rendent l'étude et la lecture aussi faciles qu'attrayantes. Une
excellente préface de M. Henry Havard, inspecteur général des
Beaux-Arts, a été écrite pour cet ouvrage.
(1) Librairie Flammarion, 15 fr.
(2) Editions Lucien Lareur, à Paris, et Alexandre Jauvène, à Marseille.
2 vol. 80 fr.
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Les grandes expéditions scientifiques donnent leurs sujets, en cette fin
1913, à deux belles éditions Hachette. C'est d'abord l'émouvant journal
de route de l'hérc que capitaine Scott: le _Pôle meurtrier_ (3).
Il y a quelques mois à peine le télégraphe apportait en Europe la fatale
nouvelle du désastre de l'expédition anglaise au Pôle Sud. Le capitaine
Scott, commandant l'expédition, et les quatre compagnons qui l'avaient
suivi au Pôle avaient trouvé la mort pendant leur voyage de retour. Le
testament admirable de grandeur d'âme et de simplicité écrit par le chef
de l'expédition, au seuil même de la mort, publié en même temps que
l'annonce de la catastrophe, donnait les raisons de cet insuccès et
laissait deviner les angoisses et les luttes qu'eurent à supporter les
explorateurs.
Ce que furent ces luttes et ces angoisses, les carnets de notes trouvés
sur le cadavre de Scott nous les ont fait connaître.
La _Carrière d'un navigateur_ (4), c'est la carrière maritime et
scientifique de l'auteur même de l'ouvrage, S. A. S. le prince Albert
Ier de Monaco. Le récit des diverses croisières accomplies par le prince
savant, toujours en quête de découvertes scientifiques, présente un
intérêt intense. Qu'il s'agisse de la chasse aux grands cétacés, de la
recherche des infiniment petits dans les vertigineuses profondeurs de la
mer, des grands drames se jouant sur la scène immense de l'élément
liquide, toujours la vivante et sincère narration de l'auteur nous émeut
par la grandeur des spectacles incomparables qu'il évoque en même temps
que la facilité de son style en rend la lecture attrayante pour tous les
amateurs, grands et petits, qui s'intéressent aux choses de la mer.
La _Suisse illustrée_, le substantiel et séduisant volume que publie la
maison Larousse(5), continue la belle série dans laquelle ont déjà paru
la _France, la Belgique illustrée, l'Italie illustrée_. Dû à la plume
d'un écrivain, M. Albert Dauzat, qui connaît à fond la Suisse, et qui
nous l'explique en un texte très, imagé, et très vivant, ce livre,
abondamment et richement illustré par la photographie d'après nature,
est, avec le volume sur la _Mer_ de M. Clerc-Rampal(6), un intéressant
cadeau à faire aux jeunes gens curieux, de voyages, comme aux amateurs
de beaux livres.
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Les belles éditions Flammarion s'enrichissent, ce mois de décembre, d'un
admirable _Roméo et Juliette_, qui succède dans la même série à _Hamlet_
et au _Marchand de Venise_, toujours dans l'excellente traduction de M.
Georges Duval. L'ouvrage est illustré de 24 planches en couleurs de
Hatterel(7). Et la même maison nous offre encore, pour les adolescents,
en un beau livre à gravure, la _Belle Nivernaise_ (8), d'Alphonse
Daudet.
Aux lettrés, s'offrent aussi de délicates éditions de bibliophiles. Il y
a la merveilleuse collection Louis Conard--si souvent louée ici--des
_Oeuvres complètes de Balzac_, illustrées par Huard. Et il y a aussi la
merveilleuse «bibliothèque du XVe siècle», de l'éditeur Champion, ce
Mécène des lettres françaises du temps passé. La série vient de
s'enrichir d'un très important ouvrage sur _Villon_ en deux volumes par
M. Pierre Champion, l'un de nos plus sympathiques chartistes. On connaît
sur Villon l'excellent petit livre de Gaston Paris. On sait aussi les
précieuses découvertes d'Auguste Longnon et les patientes et précises
recherches de Marcel Schwob, mort à la tâche. D'autres sources inédites
ont permis à M. Pierre Champion de nous donner des conclusions toutes
nouvelles sur les fréquentations du poète, le milieu dans lequel il a
évolué. Et l'on saura gré à l'érudit biographe de s'être ingénié à si
agréablement promener ses lecteurs à travers ce Paris où Villon a
beaucoup erré, en leur disant au passage les particularités de la rue et
de la vie parisienne que mentionna le poète. Et ce n'est point là un
voyage de pure imagination puisqu'il est tout entier justifié par les
documents.
(3) Edit Hachette, 20 fr.--(4) Même librairie. 20 fr.
(5) Edit. Larousse, br. 19 fr., rel. 25 fr.--(6) Même librairie, br. 20
fr. rel. 26 fr.
(7) Edit. Flammarion, 25 fr.--(8) Même librairie. 5 fr. 50. Voir les
autres nouveautés Flammarion dans _La Petite Illustration_ jointe à ce
numéro...
Enfin, n'oublions point de mentionner que l'Édition des Mille (9) nous
donne, pour nos étrennes, en d'exquis volumes de bibliophiles, de vrais
joyaux, les _Sonnets à Laure_, de Pétrarque, traduction Guinguené, revue
par Landry, et _l'Art d'aimer_, d'Ovide, traduction Le Maistre de Sacy.
_Voir dans_ La Petite Illustration _le compte rendu des livres et albums
pour la jeunesse_.