CHAPITRE PREMIER.

Démarche inutile.

En retournant dans sa maison, M. de Noirmont se rend près de sa femme.

Ernestine est seule; il sent que c'est le moment de lui apprendre ce

qu'il vient de faire, et pourtant il hésite, il est embarrassé, il

prévoit que le parti qu'il a pris causera de la peine à sa femme. De son

côté, Ernestine, qui n'a pas revu Madeleine, est inquiète, agitée, et

n'ose pourtant pas parler d'elle à son mari. Celui-ci se décide à

entamer l'entretien.

«Ma chère amie, nous n'avons pas vu Madeleine, ce matin?--Non,

monsieur, et cela m'étonne.... ordinairement elle descend avant le

déjeuner.--Il est assez inutile que vous l'attendiez......--Que

voulez-vous donc dire, monsieur?...--Écoutez-moi: je suis revenu, ce

matin, beaucoup plus tôt qu'on ne pensait. Ne vous trouvant pas chez

vous, je suis monté chez M. Dalmer... Devinez qui j'ai trouvé dans sa

chambre..... caché derrière les rideaux de son lit. Mais non vous ne

devinerez pas!... vous qui étiez si persuadée de la bonne conduite de

votre protégée... qui ne vouliez lui reconnaître aucun tort! Eh bien!

madame, c'est elle qui j'ai trouvée là.--Madeleine!...--Oui, madame,

Madeleine qui avait été trouver M. Dalmer dans sa chambre, au point du

jour.... peut-être même y avait-elle passé la nuit...--Ah!

monsieur...--Parbleu! madame, quand une femme va trouver un jeune homme

chez lui; qu'elle s'y rende deux heures plus tôt ou plus tard, cela ne

fait rien à l'affaire.--Mais, monsieur, qui vous dit que Madeleine soit

aussi coupable que vous le pensez?... ne pouvait-elle avoir à parler à

M. Victor?...

»--Oh! pour le coup, madame, vous me feriez damner!.... me prenez-vous

pour un écolier ou un vieux Cassandre à qui l'on fait accroire de telles

choses? Je connais les femmes, le monde!... ce n'est pas moi que l'on

trompé. Si cette jeune fille désirait parler à M. Dalmer, ne le

voit-elle pas cent fois dans la journée? ne peut-elle pas encore le

trouver seul, dans le jardin, si elle a quelque secret à lui dire? J'en

appelle à vous-même, madame: si vous aviez quelque chose d'important à

dire à ce jeune homme, iriez-vous pour cela le trouver dans sa chambre?»

Ernestine porte son mouchoir sur sa figure et ne répond rien. M. de

Noirmont répond: «Oui, Madeleine est coupable, et si M. Dalmer n'a pas

profité de la bonne fortune qu'on venait lui offrir, c'est fort généreux

de sa part... Il me l'a juré... je veux bien le croire; mais cette

petite n'en est pas moins méprisable!...

»--Méprisable!... ah! monsieur, ne dites pas cela... Pauvre Madeleine!

comme on te traite!...--Et comment voulez-vous que j'appelle une jeune

fille qui va trouver notre hôte dans son lit?... oui, madame, dans son

lit... Aujourd'hui, c'est M. Victor... demain, ce sera un autre, s'il

nous vient un joli garçon..... Quand on a commencé dans cette route-là,

on ne s'arrête plus!...

»--Ah! monsieur, par pitié!...--Vous pleurez, madame! vous êtes trop

bonne... La conduite de cette petite m'étonne moins que vous... Une

fille qui vient on ne sait d'où,... élevée par charité,.... recueillie

dans un cabaret... où diable vouliez-vous qu'elle reçût de bons

principes?

»--Vous oubliez, monsieur, qu'elle a été élevée avec mon frère et moi...

que ma belle-mère la traitait comme sa fille... Ah! vous jugez bien mal

le coeur de Madeleine.... il y a peu d'ames aussi belles que la sienne.

»--Je ne sais pas si son ame est belle; mais je trouve son coeur trop

sensible, et, comme je ne veux plus de pareilles aventures dans ma

maison, j'ai renvoyé mademoiselle Madeleine.»

Ernestine se lève vivement en s'écriant: «Que dites-vous, monsieur?...

vous avez renvoyé Madeleine!

»--Oui, madame, j'ai justement rencontré, ici près, son protecteur,...

ce Jacques qui l'aime tant; je lui ai dit de reprendre Madeleine, et ne

lui ai point caché le motif qui me faisait la chasser de chez moi.

»--Chassée!... elle chassée!... déshonorée!... ce serait indigne!... Ah!

monsieur, vous n'avez pas fait cela... c'est impossible!...

»--Eh! mon Dieu! madame, pourquoi ce désespoir? j'ai fait ce que je

devais.... ma conduite me semble toute naturelle.

»--Ah! elle est affreuse!...--Madame!...--Chasser Madeleine! celle que

j'aime, que j'ai recueillie... que j'avais promis de protéger... celle

que ma bonne mère aimait tant!--Elle a mal reconnu vos

bienfaits.--Monsieur, vous aurez pitié de mes larmes; vous me rendrez

Madeleine, elle n'est pas coupable, j'en suis sûre... un moment

d'imprudence ne doit pas être aussi cruellement puni.--Ah! vous appelez

cela un moment d'imprudence!... Votre amitié pour cette jeune fille va

trop loin et vous empêche de bien juger sa conduite. Moi qui ne suis pas

aveuglé comme vous, je puis l'apprécier.--Dites plutôt, monsieur, que

vous n'avez jamais pu souffrir Madeleine, et que vous êtes bien aise de

me séparer de la seule amie que j'avais.--Voilà bien les femmes:

toujours injustes quand on froisse leurs affections!...--Pauvre petite!

elle a tout supporté! Chassée d'ici!... ô mon Dieu! mon Dieu!...»

Ernestine verse d'abondantes larmes; M. de Noirmont s'éloigne pour

mettre fin à cette scène et ne plus être témoin de la douleur de sa

femme.

Cependant Ernestine ne peut supporter l'idée de Madeleine chassée,

malheureuse, pour une faute qu'elle n'a point commise. Elle est décidée

à se rendre chez Jacques; mais elle voudrait pouvoir ramener Madeleine,

et elle ne veut pas l'exposer à une nouvelle scène de la part de M. de

Noirmont.

Elle descend au salon; M. de Noirmont lit les journaux. Dufour arrive en

s'écriant: «Où est donc mon modèle, mademoiselle Madeleine?... Je la

cherche, je l'appelle en vain... Voilà cependant un jour très-convenable

pour peindre.»

M. de Noirmont feint de ne pas entendre. Ernestine cache sa figure avec

son mouchoir. Dufour les examine l'un après l'autre en disant: «Hum!...

il y a quelque chose d'extraordinaire ici;... on n'est pas gai... Est-ce

qu'ils seront comme ça jusqu'au retour de Victor!... Ma foi, en

attendant, je vais faire poser la grosse Nanette et son petit frère;

c'est toujours une étude.»

Le mari et la femme sont de nouveau seuls. Près d'une heure s'écoule;

ils ne se parlent pas: ce silence n'a été interrompu que par les

sanglots d'Ernestine, qui ne cesse de pleurer. Enfin, M. de Noirmont se

lève avec impatience en s'écriant: «Il n'y a pas moyen d'y tenir!...

Voyons, madame, écoutez-moi... je ne suis pas un tyran, je ne veux pas

en jouer le rôle, puisque vous ne pouvez vous passer de cette jeune

fille,... puisque l'amitié que vous lui portez est plus forte chez vous

que le respect dû aux convenances, voici ce que je vous propose:

faites-la revenir; mais elle logera dans le corps-de-logis qui est de

l'autre côté de la cour et dont on ne se sert pas; là du moins elle sera

seule. Ce bâtiment ne communique pas avec nos appartemens. Elle mangera

chez elle,... car, décemment madame, elle ne peut plus manger à notre

table; enfin, elle ne se permettra jamais de reparaître au salon ni de

mettre le pied dans cette partie de la maison. A ces conditions,

Madeleine peut revenir, et je ne parlerai plus de ce qui s'est passé;

mais elle tâchera aussi d'éviter ma présence et de rester dans sa

chambre... Voilà, madame, tout ce que je puis faire... je crois que

c'est encore beaucoup.--Il suffit, monsieur, je vais aller trouver

Madeleine. Les conditions que vous imposez à son retour sont bien

humiliantes;... mais ce n'est que pour moi qu'elle reviendra,... et je

la prierai tant... Ah! j'espère qu'elle consentira à revenir.»

Ernestine met un chapeau, un chale, et se rend au village de Gizy, où

elle a entendu dire que Jacques demeurait. Là, elle demande l'habitation

du paysan; on lui indique une petite ruelle à l'extrémité du village:

c'est là où était la maisonnette ou plutôt la masure de Jacques, car,

depuis l'incendie qui l'a ruiné, le pauvre journalier reposait sous le

toit le plus misérable de l'endroit.

Ernestine s'arrête devant la demeure qu'on lui a indiquée et dont les

murs semblent près de s'ébouler; elle pousse la porte, qui n'est pas

fermée, et se trouvé dans une petite salle où tout annonce le dénuement

le plus complet. Cette pièce a au fond une porte qui donne sur un petit

jardin à peine clos par quelques haies de mûriers sauvages. Ernestine

entre dans le jardin; elle y aperçoit une paysanne allaitant un enfant:

«N'est-ce pas ici la demeure de Jacques? dit Ernestine.--Si fait,

madame, répond la villageoise, c'est-à-dire, c'était encore sa demeure

il y a huit jours; mais depuis ce temps, Jacques a été nommé garde du

bois, et vraiment tout le monde en a été content dans le pays, car

Jacques est un brave homme qui avait ben soin de sa vieille tante, qui

est morte il y a un mois.--Où donc demeure Jacques à présent?...--Tiens,

ils ne vous l'ont pas dit!... Sont-ils bêtes dans le village!.... Vous

demande sa maison et on vous envoie ici!... Ils ont cru apparemment que

c'était à c'te vieille masure que vous vous vouliez parler... Ah!

sont-ils bêtes...--Eh bien madame, Jacques demeure...--Ah! c'est juste,

je ne vous le disais pas non plus moi.... Je suis bête comme les

autres... Et bien! il a à c't'heure pour logement une jolie maisonnette

dans les bois de Sissonne:... c'est la demeure du garde, et ça ne lui

coûte rien de loyer... Mais, de quel côté?...--Ah! pas ben loin!... à

une petite demi-lieue d'ici; suivez le sentier après la ruelle, il vous

mènera sur le chemin de Sissonne; entrez dans les bois à gauche...

prenez le sentier battu, et vous arrivez à un petit carrefour où est la

maison du garde.»

Ernestine remercie la paysanne, et, sans se reposer, sans essuyer la

sueur qui trempe ses cheveux, elle prend le chemin qu'on lui a indiqué.

Après avoir marché ou plutôt couru pendant une demi-heure, elle arrive

devant une assez jolie maisonnette, sur laquelle est écrit en grosses

lettres: _Maison du Garde_.

Ernestine va entrer dans cette habitation lorsqu'à quelques pas elle

aperçoit Madeleine assise sous un arbre. La jeune fille est plongée

dans ses réflexions; mais ses traits ne sont pas altérés; et sa figure

exprime plutôt la résignation que la douleur.

«Elle ne pleure pas, elle!» se dit Ernestine en la considérant; «c'est

que loin d'avoir rien à se reprocher, elle doit être fière de ce qu'elle

a fait!»

Madeleine a levé les yeux, et déjà Ernestine est près d'elle, la presse

dans ses bras et la couvre de ses larmes.

«--Vous ici, madame!--Pensais-tu donc, Madeleine, que je t'abandonnerais

après tout ce que tu fais pour moi? M. de Noirmont t'a chassée,...

accusée devant Jacques!... Ah! si j'avais été là, je ne l'aurais pas

souffert;... je me serais plutôt avouée coupable!--Grand Dieu! que

dites-vous là!... vous avouer coupable!... et songez-vous à tous les

malheurs qui en résulteraient!..... Vous, madame, vous avez une famille,

des personnes qui vous aiment;... votre malheur ferait aussi le leur!

Mais moi, seule sur la terre... sans nom, sans parens, qu'importe que

je fasse des fautes!... je ne dois compte de ma conduite qu'à celui qui

voit tout;... et celui-là ne peut pas la blâmer!--Et

Jacques!...--Jacques ne veut pas me croire coupable. D'ailleurs il

m'aime toujours,... et il m'a pardonné.--Tu lui as dit qu'on te

soupçonnait à tort?...--Non, madame, je n'ai pas dit cela;... car alors

il se serait fâché contre M. de Noirmont... Ah! ma bonne amie, ne me

plaignez pas;... je me trouve heureuse,... oui, bien heureuse de pouvoir

vous prouver toute mon amitié.--Grâce au ciel, M. de Noirmont a senti

qu'il avait été trop loin... Je viens te chercher, Madeleine;... tu vas

revenir avec moi...--Retourner avec vous à Bréville!... Oh! non, madame,

ma présence y déplairait toujours à votre mari... D'ailleurs il m'a

renvoyée...--Jamais il ne te reparlera de ce qui s'est passé...

Madeleine, tu habiteras le pavillon qui est dans la cour;... là tu seras

seule,... là tu ne verras pas cette société, ce monde que tu voulais

toujours fuir... mais je pourrai aller te trouver, et passer près de toi

tout le temps que j'aurai de libre;... je pourrai épancher mon coeur dans

le tien, te parler de celui... pour qui je suis coupable, et que je n'ai

pas la force de chercher à oublier. Ah! tu me comprendras, toi!... Tu

compatis à ma faiblesse,... tu sais que je suis bien criminelle, et

cependant tu ne me méprises pas!»

Madeleine a de la peine à résister aux prières d'Ernestine; la pensée

qu'elle reverra encore Victor fait aussi battre son coeur. Dans ce

moment, Jacques paraît; il s'approche des deux femmes; son abord est

brusque, à peine s'il incline la tête devant madame de Noirmont, et il

semble attendre que Madeleine l'instruise du motif qui amène cette dame

à sa demeure.

«Mon ami,» dit Madeleine d'un air craintif, «madame est la soeur de M.

Armand de Bréville, ma bonne amie d'enfance....

»--Je connais madame,» répond Jacques d'un ton bref,--«Elle vient...

pour... pour... me chercher,... me ramener avec elle... à Bréville.

»--Vous ramener à Bréville, dont on vous a indignement chassée!» s'écrie

Jacques avec colère; «ah! j'espère que vous avez répondu à madame comme

vous le deviez! Est-ce que ces gens du grand monde croient qu'on peut

ainsi se jouer de nous autres pauvres diables!... Parce qu'on donne

asile à une orpheline, pense-t-on avoir pour cela le droit de

l'humilier,... de la traiter comme une malheureuse!... Puis, quand le

caprice est passé, de la faire revenir pour l'insulter encore... Car,

voyez-vous, madame, quoique Madeleine dise qu'elle est coupable,... eh

ben! je n'en croyons rien, moi;... je la connais, c'te petite,... je ne

l'ai pas perdue de vue depuis sa naissance;... j'avais mes raisons pour

cela... Elle peut penser à quelqu'un,.... l'écouter, le croire;... mais

aller trouver un jeune homme dans sa chambre,... courir au-devant de

son déshonneur... non! non, ce n'est pas dans le caractère de

Madeleine,... elle n'a pas fait cela,... j'en suis certain.»

Ernestine rougit et pâlit tour à tour, elle répond à Jacques d'une voix

tremblante:

«Monsieur,... mon mari a été abusé... Je n'ai jamais douté non plus de

l'innocence de Madeleine;... elle sait combien je l'aime... Dois-je être

plus long-temps privée de sa présence,... de ses tendres soins,...

lorsque M. de Noirmont lui-même m'envoie la chercher, et désire que tout

soit oublié?

»--Que tout soit oublié!... Oh! que non pas... Jarny! on ne doit point

oublier si vite ce qui touche à l'honneur. Madeleine n'a que ça pour

tout bien;... c'est pourquoi on devait le respecter... Elle ne

retournera pas à Bréville;... elle restera avec Jacques... il ne la

chassera jamais, lui! il est fier de lui offrir un asile... Grâce au

ciel, la fortune m'est devenue plus favorable!... J'ai obtenu la place

de garde... j'ai maintenant pour demeure cette jolie maisonnette...

Madeleine ne manquera de rien avec moi... On s'habitue à une nourriture

frugale, à une vie solitaire; mais on ne doit point s'habituer aux

humiliations! N'est-ce pas, Madeleine, que vous ne voulez pas me

quitter?

La jeune fille lui montre Ernestine qui verse des larmes, puis elle

s'écrie: «Mon Dieu! et qui donc la consolera?... Jacques, je n'ai pas de

mémoire pour le chagrin qu'on me fait... D'ailleurs... si j'ai commis

une faute... une imprudence...

»--Taisez-vous, Madeleine; je ne veux pas vous croire. Mais c'est M. de

Noirmont qui vous a chassée... indignement traitée devant moi: s'il veut

que vous retourniez à Bréville, c'est à lui à venir vous chercher,... à

déclarer aussi devant moi qu'il est fâché de ce qu'il a fait, qu'il a

été trompé; alors seulement vous pourrez retourner dans sa maison. Car

songez bien que maintenant c'est chez lui que vous êtes; il a acheté la

propriété du frère de madame, vous me l'avez dit vous-même; c'est

pourquoi vous ne devez pas y rentrer s'il ne vient lui-même vous en

supplier.»

Ernestine se jette dans les bras de Madeleine en lui disant à demi-voix:

«Pourquoi cet homme disposerait-il de ta destinée? Il n'est pas ton

parent... Je t'aime autant que lui, Madeleine,... tu as déjà tant fait

pour moi... Veux-tu donc m'abandonner, à présent que je suis si

malheureuse?»

Madeleine se tourne vers Jacques, et lui dit d'un ton suppliant: «Mon

ami!... permettez-moi de retourner avec ma compagne d'enfance.»

Jacques fronce le sourcil, et répond d'un ton triste, mais sans colère:

«Madeleine, vous êtes maîtresse de faire vos volontés; mais si je vous

donne des conseils,... c'est que je pense en avoir le droit. J'ai connu

votre mère!... Quelque temps avant sa mort elle m'a fait venir près

d'elle. Jacques, m'a-t-elle dit, vous avez découvert mon secret; veillez

toujours sur Madeleine, soyez son ami, son protecteur;... tenez-lui

lieu de parens. Alors cette pauvre dame ne croyait pas cependant que sa

fille serait jamais dans la misère; elle comptait lui assurer une petite

fortune,... elle n'en eut pas le temps, elle mourut sans pouvoir

accomplir son projet. Quant à moi, je crois avoir suivi fidèlement ses

intentions. Lorsque ma maison fut consumée par un incendie, si je vous

laissai entrer chez Grandpierre, c'est que je savais que vous seriez

avec des gens honnêtes... et parce que j'avais à peine de quoi nourrir

ma tante. Aujourd'hui je crois encore suivre les intentions de votre

mère en vous disant de ne point retourner dans une maison dont on a eu

la barbarie de vous chasser. Maintenant, faites ce que vous voudrez!...

vous êtes libre;... je ne vous dirai plus rien.

»--Jacques!... je resterai avec vous,» répond Madeleine après avoir

réfléchi quelques instans.

Le front du paysan s'éclaircit; il presse la jeune fille dans ses bras:

«Bien... bien, mon enfant, peut-être quelque jour serez-vous récompensée

d'avoir écouté mes avis.»

Ernestine sent qu'il est inutile d'insister encore, elle embrasse

Madeleine en lui disant: «Adieu donc; je retourne sans toi à

Bréville...--Mais vous viendrez me voir, n'est-ce pas?--Oui, sans doute!

ce sera ma seule consolation.»

Madeleine · 第 37 / 43 题