--Comment, vous ne devinez pas?... fit-il. C'est cependant bien
simple. Qu'un maître légitime, à son retour, couche dans les draps
d'un usurpateur, c'est charmant pour une première nuit, pour une
seconde, non. Ici tout rappelait trop mons Lacheneur. Il me semblait
que j'étais chez lui, et ça m'assassinait. J'ai donc fait rassembler
et descendre sa défroque, celle de sa fille, tout ce qui n'est pas
de l'ancien mobilier du château... On va charger le tout sur une
charrette et le lui porter...
Le jeune marquis de Sairmeuse bénit le ciel d'être arrivé si à point.
Le projet de son père exécuté, il eût pu dire adieu à ses espérances.
--Vous ne ferez pas cela, monsieur le duc, dit-il.
--Hein!... pourquoi? Qui m'en empêcherait, je vous prie?
--Personne assurément... Mais vous réfléchirez qu'un homme qui ne
s'est pas trop mal conduit, en somme, a droit à quelques égards...
Le duc parut abasourdi.
--Des égards!... s'écria-t-il, ce maraud a droit à des égards!...
Voilà qui est du dernier plaisant. Comment, je lui donne, c'est-à-dire
vous lui donnez--car il n'est que juste que vous fassiez la guerre à
vos dépens--vous lui faites présent de cent mille livres, et il ne se
tient pas pour content, il lui faut encore des égards!... Accordez-lui
en, vous qui en tenez pour sa fille... moi je ferai ce que j'ai
résolu...
--Eh bien!... moi, monsieur, j'y regarderais à deux fois, à votre
place. Lacheneur vous a rendu Sairmeuse, c'est très-bien. Mais où en
est la preuve? Que feriez-vous si, imprudemment irrité par vous, il
revenait sur sa parole?... Où sont vos titres de propriété?...