IX

Les landes de la Rèche, où Marie-Anne avait promis à Maurice de le

rejoindre, doivent leur nom à la nature de leur sol âpre et rebelle.

La nature y semble maudite, rien n'y vient. La boue s'y détrempe

contre les cailloux, le sable y défie les fumures. Si bien que la

patience opiniâtre des paysans s'y est émoussée comme le fer des

outils.

Quelques chênes rabougris s'élevant de place en place au-dessus des

genêts et des ajoncs maigres attestent les tentatives de culture.

Mais le bois qui est au bas de la lande prospère. Les sapins y

poussent droits et forts. Les eaux de l'hiver ont charrié dans

quelques replis de terrain assez d'humus pour donner la vie à des

clématites sauvages et à des chèvrefeuilles dont les spirales

s'accrochent aux branches voisines.

En arrivant à ce bois, Maurice consulta sa montre. Elle marquait midi.

Il s'était cru en retard et il était en avance de plus d'une heure.

Il s'assit sur un quartier de roche d'où il découvrait toute la lande,

et il attendit.

Le temps était magnifique, l'air enflammé. Le soleil d'août dans

toute sa force échauffait le sable et grillait les herbes rares des

dernières pluies.

Le calme était profond, presque effrayant. Pas un bruit dans la

campagne, pas un bourdonnement d'insecte, pas un frémissement de brise

dans les arbres. Tout dormait. Et si loin que portât le regard, rien

ne rappelait la vie, le mouvement, les hommes.

Cette paix de la nature, qui contrastait si vivement avec le tumulte

de son cœur, devait être un bienfait pour Maurice. Ces moments de

solitude lui permettaient de se remettre, de rassembler ses idées,

plus éparpillées au souffle de la passion que les feuilles jaunies à

la bise de novembre.

Avec le malheur, l'expérience lui venait vite, et cette science

cruelle de la vie qui apprend à se tenir en garde contre les

illusions.

Ce n'est que depuis qu'il avait entendu causer les paysans qu'il

comprenait bien l'horreur de la situation de M. Lacheneur. Précipité

brusquement des hauteurs sociales qu'il avait atteintes, il ne

trouvait en bas que haines, défiances et mépris. Des deux côtés on

le repoussait et on le reniait. Traître, disaient les uns, voleur,

criaient les autres. Il n'avait plus de condition sociale. Il était

l'homme tombé, celui qui a été et qui n'est plus...

Un tel excès de misère impatiemment supporté ne suffit-il pas à

expliquer les plus étranges déterminations et les plus désespérées?...

Cette réflexion faisait frémir Maurice. Rapprochant des cancans des

paysans des paroles prononcées la veille à Escorval par M. Lacheneur,

il arrivait à cette conclusion que peut-être cette nouvelle du mariage

de Marie-Anne et de Chanlouineau n'était pas si absurde qu'il l'avait

jugée tout d'abord.

Cependant, pourquoi M. Lacheneur donnerait-il sa fille à un paysan

sans éducation?... Par calcul? Non, puisqu'il repoussait une alliance

dont-il eût été fier au temps de sa prospérité. Par amour-propre

alors?... Peut-être ne voulait-il pas qu'il fût dit qu'il dût quelque

chose à un gendre...

Maurice épuisait tout ce qu'il avait de pénétration à chercher le

mot de cette énigme, quand enfin, au haut du sentier qui traverse la

lande, une femme apparut: Marie-Anne.

Il se dressa, mais craignant quelque regard indiscret, il n'osa

quitter l'ombre des arbres.

Marie-Anne devait avoir quelque frayeur pareille, elle courait en

jetant de tous côtés des regards inquiets. Maurice remarqua, non sans

surprise, qu'elle était tête nue, et qu'elle n'avait sur les épaules

ni châle ni écharpe.

Enfin, elle atteignit le bois, il se précipita au-devant d'elle, et

lui prit la main qu'il porta à ses lèvres.

Mais cette main qu'elle lui avait tant de fois abandonnée, elle la

retira doucement avec un geste si triste qu'il eût bien dû comprendre

qu'il n'était plus d'espoir.

--Je viens, Maurice, commença-t-elle, parce que je n'ai pu soutenir

l'idée de votre inquiétude... Je trahis en ce moment la confiance

de mon père... il a été obligé de sortir, je me suis échappée... Et

cependant je lui ai juré, il n'y a pas deux heures, que je ne vous

reverrais jamais... Vous l'entendez: jamais.

Elle parlait vite, d'une voix brève, et Maurice était confondu de la

fermeté de son accent.

Moins ému, il eût vu combien d'efforts ce calme apparent coûtait

à cette jeune fille si vaillante. Il l'eût vu, à sa pâleur, à la

contraction de sa bouche, à la rougeur de ses paupières qu'elle avait

vainement baignées d'eau fraîche, et qui trahissait les larmes de la

nuit.

--Si je suis venue, poursuivait-elle, c'est qu'il ne faut pas, pour

votre repos et pour le mien, il ne faut pas qu'il reste, au fond de

votre cœur, l'ombre d'une pensée d'espérances... Tout est bien fini,

c'est pour toujours que nous sommes séparés!... Les faibles seuls

se révoltent contre une destinée qu'ils ne peuvent changer;

résignons-nous... Je voulais vous voir une dernière fois et vous

dire cela... Ayons du courage, Maurice... Partez, quittez Escorval,

oubliez-moi...

--Vous oublier, Marie-Anne! s'écria le malheureux, vous oublier!...

Il chercha du regard le regard de son amie, et l'ayant rencontré, il

ajouta d'une voix sourde:

--Vous m'oublierez donc, vous?...

--Moi je suis une femme, Maurice...

Mais il l'interrompit.

--Ah! ce n'est pas là ce que j'attendais, prononça-t-il. Pauvre

fou!... Je m'étais dit que vous sauriez trouver dans votre cœur de

ces accents auxquels le cœur d'un père ne saurait résister.

Elle rougit faiblement, hésita, et dit:

--Je me suis jetée aux pieds de mon père... il m'a repoussée.

Maurice fut anéanti, mais se remettant:

--C'est que vous n'avez pas su lui parler, s'écria-t-il avec une

violence inouïe, mais je le saurai, moi!... Je lui donnerai de telles

raisons qu'il faudra bien qu'il se rende. De quel droit son caprice

briserait-il ma vie!... Je vous aime... de par mon amour vous êtes

à moi, oui, plus à moi qu'à lui!... Je lui ferai entendre cela, vous

verrez... Où est-il, où le rencontrer à cette heure?...

Déjà il prenait son élan, pour courir il ne savait où, Marie-Anne

l'arrêta par le bras.

--Restez, commanda-t-elle, restez!... Vous ne m'avez donc pas

comprise, Maurice?... Eh bien! sachez toute la vérité. Je connais

maintenant les raisons du refus de mon père, et quand je devrais

mourir de sa résolution, je l'approuve... N'allez pas trouver mon

père... Si, touché de vos prières, il accordait son consentement,

j'aurais l'affreux courage de refuser le mien!...

Si hors de soi était Maurice que cette réponse ne l'éclaira pas.

Sa tête s'égara, et sans conscience de l'abominable injure qu'il

adressait à cette femme tant aimée:

--Est-ce donc pour Chanlouineau, s'écria-t-il, que vous gardez votre

consentement?... Il le croit, puisqu'il va disant partout que vous

serez bientôt sa femme...

Marie-Anne frissonna comme si elle eût été atteinte dans sa chair

même, et cependant il y avait plus de douleur que de colère dans le

regard dont elle accabla Maurice.

--Dois-je m'abaisser jusqu'à me justifier? dit-elle. Dois-je affirmer

que si je soupçonne ce qu'ont pu projeter mon père et Chanlouineau,

je n'ai pas été consultée? Me faut-il vous apprendre qu'il est des

sacrifices au-dessus des forces humaines? Soit. J'ai trouvé en moi

assez de dévouement pour renoncer à l'homme que j'avais choisi... Je

ne saurais me résoudre à en accepter un autre.

Maurice baissait la tête, foudroyé par cette parole vibrante, ébloui

de la sublime expression du visage de Marie-Anne.

La raison lui revenait, il sentait l'indignité de ses soupçons, il se

faisait horreur pour avoir osé les exprimer.

--Oh! pardon!... balbutia-t-il, pardon!...

Que lui importaient alors les causes mystérieuses de tous ces

événements qui se succédaient, les secrets de M. Lacheneur, les

réticences de Marie-Anne!...

Il cherchait une idée de salut; il crut l'avoir trouvée.

--Il faut fuir! s'écria-t-il, partir à l'instant, sans retourner la

tête!... Avant la nuit nous aurons passé la frontière...

Les bras étendus, il s'avançait comme pour prendre possession de

Marie-Anne, et l'entraîner, elle l'arrêta d'un seul regard.

--Fuir!... dit-elle d'un ton de reproche, fuir!... et c'est vous,

Maurice, qui me conseillez cela. Quoi!... le malheur frappe à coups

redoublés mon pauvre père, et j'ajouterais ce désespoir et cette honte

à ses douleurs!... La solitude s'est faite autour de lui, ses amis

l'ont abandonné, et moi, sa fille, je l'abandonnerais!... Ah! je

serais, si j'agissais ainsi, la plus vile et la plus lâche des

créatures. Si mon père, châtelain de Sairmeuse, eût exigé de moi ce

que j'ai hier soir accordé à ses instances, je me serais peut-être

résolue au parti extrême que vous m'offrez... je serais sortie en

plein jour de Sairmeuse au bras de mon amant. Ce n'est pas le monde

que je crains, moi!... Mais si on fuit le château d'un père riche et

heureux, on ne déserte pas la masure d'un père désespéré et misérable.

Laissez-moi, Maurice, où m'attache l'honneur... Je saurai devenir

paysanne, moi, fille de vieux paysans. Partez... je n'ai pas trop

de toute mon énergie. Partez et dites-vous qu'on ne saurait être

complètement malheureux avec la conscience du devoir accompli...

Maurice voulait répondre, un bruit de branches sèches brisées lui fit

tourner la tête.

À dix pas, Martial de Sairmeuse était debout, immobile, appuyé sur son

fusil de chasse.

X

Le duc de Sairmeuse avait peu et mal dormi, la nuit de son retour, la

première nuit de sa Restauration, ainsi qu'il disait.

Si inaccessible qu'il se prétendît aux émotions qui agitent les gens

du commun, les scènes de la journée l'avaient profondément remué.

Il n'avait pu se défendre de plus d'un retour vers le passé, lui qui

cependant s'était fait une loi de ne jamais réfléchir.

Tant qu'il avait été sous les yeux des paysans ou des convives du

château de Courtomieu, il avait mis son honneur à paraître froid ou

insouciant. Une fois enfermé dans sa chambre, il s'abandonna sans

contrainte à l'excès de sa joie.

Elle était immense et tenait presque du délire.

Seul, il eût pu dire, mais il s'en fût bien gardé, quel prodigieux

service lui rendait Lacheneur en restituant Sairmeuse.

Ce malheureux qu'il payait de la plus noire ingratitude, cet homme

probe jusqu'à l'héroïsme qu'il avait traité comme un valet infidèle,

venait de lui enlever un souci qui empoisonnait sa vie.

Lacheneur venait de mettre le duc de Sairmeuse à l'abri d'une

misère non probable, mais possible, et que, dans tous les cas, il

redoutait...

Celui-là eût bien ri, à qui on eût dit cela dans le pays.

--Allons donc! eût-il répondu, ne sait-on pas que les Sairmeuse

possèdent des millions en Angleterre, huit, dix, plus peut-être, on

n'en connaît pas le nombre.

Cela était vrai. Seulement ces millions, qui provenaient des

successions de la duchesse et de lord Holland, n'avaient pas été

légués au duc.

Il remuait en maître absolu cette fortune énorme, il disposait à sa

guise du capital et des immenses revenus... mais tout appartenait à

son fils, à son fils seul.

Lui ne possédait absolument rien, pas douze cents livres de rentes,

pas de quoi vivre, strictement parlant.

Certes, jamais Martial n'avait dit un mot qui put donner à soupçonner

qu'il avait l'intention de s'emparer de l'administration de ses biens,

mais ce mot, il pouvait le dire...

N'y avait-il pas lieu de croire qu'il le dirait fatalement quelque

jour, tôt ou tard?...

Ce mot, le duc tremblait à tout moment de l'entendre, s'avouant, à

part soi, qu'à la place de son fils il l'eût dit depuis longtemps.

Rien qu'en songeant à cette éventualité, il frémissait.

Il se voyait réduit à une pension, considérable sans doute, mais enfin

à une pension fixe, immuable, convenue, réglée, sur laquelle il lui

faudrait baser ses dépenses.

Il serait obligé de compter pour nouer les deux bouts, lui accoutumé à

puiser à des coffres pour ainsi dira inépuisables...

--Et cela arrivera, pensait-il, forcément, nécessairement...

Que Martial se marie, que l'ambition le prenne, qu'il soit mal

conseillé... c'en est fait.

Lorsqu'il était sous ces obsessions, il observait et étudiait son fils

comme une maîtresse défiante un amant sujet à caution. Il croyait lire

dans ses yeux quantité de pensées qui n'y étaient pas. Et selon qu'il

le voyait gai ou triste, parleur ou préoccupé, il se rassurait ou

s'effrayait davantage.

Parfois il mettait les choses au pis.

--Que je me brouille avec Martial, se disait-il, vite il reprend toute

sa fortune, et me voilà sans pain...

Cette continuelle appréhension d'un homme qui jugeait les sentiments

des autres sur les siens, n'était-elle pas un épouvantable châtiment?

Ah!... ils n'eussent pas voulu de sa vie au prix où il la payait, les

misérables des rues de Londres qui, voyant passer le duc de Sairmeuse

étendu dans sa voiture, enviaient son sort et son bonheur apparent.

Il y avait des jours où, véritablement, il se sentait devenir fou.

--Que suis-je? s'écriait-il, écumant de rage; un jouet entre les mains

d'un enfant. J'appartiens à mon fils. Que je lui déplaise, il me

brise. Oui, il peut me casser aux gages comme un laquais. Si je jouis

de tout, c'est qu'il le veut bien; il me fait l'aumône de mon luxe et

de ma grande existence... Mais je dépens d'un moment de colère, de

moins que cela, d'un caprice...

Avec de telles idées, M. le duc de Sairmeuse ne pouvait guère aimer

son fils.

Il le haïssait.

Il lui enviait passionnément tous les avantages qu'il lui voyait,

ses millions et sa jeunesse, sa beauté physique, ses succès, son

intelligence, qu'on disait supérieure.

On rencontre tous les jours des mères jalouses de leur fille, mais des

pères!...

Enfin, cela était ainsi!...

Seulement, rien n'apparut à la surface de ces misères intérieures, et

Martial, moins pénétrant, se serait cru adoré. Mais s'il surprit le

secret de son père, il n'en laissa rien voir et n'en abusa pas.

Ils étaient parfaits l'un pour l'autre, le duc bon jusqu'à la plus

extrême faiblesse, Martial plein de déférence. Mais leurs relations

n'étaient pas celles d'un père et d'un fils, l'un craignant toujours

de déplaire, l'autre un peu trop sûr de sa puissance. Ils vivaient sur

un pied d'égalité parfaite, comme deux compagnons du même âge, n'ayant

même pas l'un pour l'autre de ces secrets que commande la pudeur de la

famille...

Eh bien! c'est cette horrible situation que dénouait Lacheneur.

Propriétaire de Sairmeuse, d'une terre de plus d'un million, le duc

échappait à la tyrannie de son fils, il recouvrait sa liberté!...

Aussi que de projets en cette nuit!...

Il se voyait le plus riche châtelain du pays, il était l'ami du roi;

n'avait-il pas le droit d'aspirer à tout?

Lui qui avait épuisé jusqu'au dégoût, jusqu'à la nausée tous les

plaisirs que peut donner une fortune immense, il allait enfin goûter

les délices du pouvoir qu'il ne connaissait pas...

Ces perspectives le ragaillardissaient, il se sentait vingt ans de

moins sur la tête, les vingt ans passés hors de France.

Aussi, debout avant neuf heures, alla-t-il éveiller Martial.

En revenant la veille du dîner du marquis de Courtomieu, le duc avait

parcouru le château de Sairmeuse, redevenu son château, mais cette

rapide visite, à la lueur de quelques bougies, n'avait pas contenté sa

curiosité. Il voulait tout voir en détail par le menu.

Suivi de son fils, il explorait les unes après les autres toutes les

pièces de cette demeure princière, et à chaque pas les souvenirs de

son enfance lui revenaient en foule.

Lacheneur n'avait-il pas tout respecté!... Le duc retrouvait toutes

choses vieillies comme lui, fanées, mais pieusement conservées,

laissées en leur place et telles pour ainsi dire qu'il les avait

quittées.

Lorsqu'il eut tout vu:

--Décidément, marquis, s'écria-t-il, ce Lacheneur n'est pas un

aussi mauvais drôle que je pensais. Je suis disposé à lui pardonner

beaucoup, en faveur du soin qu'il a pris de notre maison en notre

absence...

Martial resta sérieux.

--Moi je ferais mieux, monsieur, dit-il, je remercierais cet homme par

une belle et large indemnité.

Ce mot fit bondir le duc.

--Une indemnité!... s'écria-t-il. Devenez-vous fou, marquis? Eh bien!

et mes revenus?... N'ouïtes-vous pas le calcul que nous fit hier soir

le chevalier de La Livandière?...

--Le chevalier n'est qu'un sot!... déclara Martial. Il a oublié que

Lacheneur a triplé la valeur de Sairmeuse. Je crois qu'il est de

notre dignité de faire tenir à cet homme une indemnité de cent mille

francs... ce sera d'ailleurs d'une bonne politique en l'état des

esprits, et Sa Majesté vous en saura gré...

Politique... état des esprits... Sa Majesté... On eût obtenu bien des

choses de M. de Sairmeuse avec ces six mots.

--Jarnibieu!... s'écria-t-il, cent mille livres!... comme vous

y allez!... Vous en parlez à votre aise, avec votre fortune!...

Cependant, si c'est bien votre avis...

--Eh!... monsieur, ma fortune n'est-elle pas la vôtre!... Oui, je vous

ai bien dit mon opinion. C'est à ce point que, si vous le permettez,

je verrai Lacheneur moi-même et je m'arrangerai de façon à ne pas

blesser sa fierté. C'est un dévouement qu'il nous faut conserver...

Le duc ouvrait des yeux immenses.

--La fierté de Lacheneur!... murmura-t-il. Un dévouement à

conserver... Que me chantez-vous là?... D'où vous vient cet intérêt

extraordinaire?...

Il s'interrompit, éclairé par un rapide souvenir.

--J'y suis! reprit-il; j'y suis!... Il a une jolie fille, ce

Lacheneur...

Martial sourit sans répondre.

--Oui, jolie comme un cœur, poursuivit le duc, mais cent mille livres...

jarnibieu!... c'est une somme cela!... Enfin, si vous y tenez...

C'est muni de cette autorisation que deux heures plus tard Martial se

mit en route, armé d'un fusil qu'il avait trouvé dans une des salles

du château, pour le cas où il ferait lever quelque lièvre.

Le premier paysan qu'il rencontra lui indiqua le chemin de la masure

qu'habitait désormais M. Lacheneur...

--Remontez la rivière, lui dit cet homme, et quand vous verrez un bois

de sapins sur votre gauche, traversez-le...

Martial traversait ce bois, quand il entendit un bruit de voix. Il

s'approcha, reconnut Marie-Anne et Maurice d'Escorval, et obéissant à

une inspiration de colère, il s'arrêta, laissant tomber lourdement à

terre la crosse de son fusil.

Monsieur Lecoq — Volume2 L'honneur du nom · 第 23 / 98 题