M. d'Escorval crut devoir intervenir.

--Prenez garde, mon cher ami, dit-il, que la douleur ne vous égare.

Réfléchissez... Que deviendrez-vous, votre fille et vous?...

Le pauvre dépossédé eut un sourire navrant.

--Oh!... répondit-il, nous ne sommes pas aussi dénués que je l'ai dit,

j'ai exagéré. Nous sommes propriétaires encore. L'an dernier, une

vieille cousine à moi, que je n'avais jamais pu déterminer à venir

habiter Sairmeuse, est morte en nommant Marie-Anne héritière de tout

son bien... Tout son bien, c'était une méchante masure tout en haut de

la lande de la Rèche, avec un petit jardin devant et quelques perches

de mauvais terrain. Cette masure, je l'ai fait réparer sur les prières

de ma fille, et j'y ai fait même porter quelques meubles, deux mauvais

lits, une table, quelques chaises... Ma fille comptait y établir

gratis, en manière de retraite, le père Grivat et sa femme... Et moi,

du sein de mon opulence, je disais: «Mais ils seront supérieurement

là dedans, ces deux vieux, ils vivront comme des coqs en pâte!...» Eh

bien! ce que je jugeais si bon pour les autres, sera bon pour moi...

Je cultiverai des légumes et Marie-Anne ira les vendre...

Parlait-il sérieusement?

Maurice le crut, car il s'avança brusquement au milieu du salon.

--Cela ne sera pas, monsieur Lacheneur, s'écria-t-il.

--Oh!...

--Non, cela ne sera pas, parce que j'aime Marie-Anne et que je vous la

demande pour femme.

Monsieur Lecoq — Volume2 L'honneur du nom · 第 16 / 98 题