petites écoles, la Révolution allait plonger le peuple dans les ténèbres
de l'ignorance. Et la Révolution accuse de ces ténèbres ceux qui avaient
allumé et fait rayonner depuis tant de siècles le flambeau qu'elle-même
a éteint!
Si l'enseignement primaire avait poursuivi son cours au XVIIIe siècle,
nous ne saurions en dire autant de l'instruction donnée aux femmes du
monde. Quelque restreintes que fussent au XVIIe siècle les connaissances
que possédaient les disciples de Fénelon et de Mme de Maintenon, la
sûreté et la délicatesse de leur jugement pouvaient, nous l'avons
rappelé, suppléer en elles à l'étendue de l'instruction. Mais ce fond
solide, si rare même alors, manqua de plus en plus. La frivolité
seule domine au XVIIIe siècle. A cette époque la femme a la pire
des ignorances: celle qui veut décider de tout, en philosophie, en
politique, en religion. Telle grande dame qui n'a lu jusqu'alors que
dans ses Heures, se trouve, en une seule leçon, une philosophe sans le
savoir[71].
[Note 71: Taine, _les Origine de la France contemporaine. L'ancien
régime_.]
Les femmes les plus frivoles se passionnent pour la science. Vers 1782,
c'est une mode. On a dans son cabinet «un dictionnaire d'histoire
naturelle, des traités de physique et de chimie. Une femme ne se fait
plus peindre en déesse sur un nuage, mais dans un laboratoire, assise
parmi des équerres et des télescopes[72]. Les femmes du monde assistent
aux expériences scientifiques, elles suivent des cours de sciences
physiques et naturelles. En 1786, elles obtiennent la permission
d'assister aux cours du collège de France. A une séance publique de
l'Académie des Inscriptions, elles «applaudissent des dissertations sur
le boeuf Apis, sur le rapport des langues égyptienne, phénicienne et
grecque...» Rien ne les rebute. Plusieurs manient la lancette et même le
scalpel; la marquise de Voyer voit disséquer, et la jeune comtesse de
Coigny dissèque de ses propres mains[73].»
[Note 72: Id., _Id_.]
[Note 73: Id., _Id_.]
Il y avait là certainement quelques tendances louables. Nous ne pouvons,
par exemple, qu'applaudir à la décision qui permit aux femmes de suivre
les cours du Collège de France. Mais dans toutes les démonstrations que
provoqua chez la femme l'engouement de la science, il y a quelque chose
qui sent la parvenue. Elle exhibe ses richesses avec un étalage qui en
rappelle la date trop fraîche. En dépit de Molière et de Boileau, la
pédante a survécu, et avec la pédante, le préjugé contre une sage
instruction des filles.
Dans l'épître dédicatoire d'_Alzire_, adressée à Mme du Chatelet,
Voltaire, ayant à louer l'instruction de cette femme malheureusement
plus savante que vertueuse, citait des exemples contemporains qui lui
faisaient croire que son siècle ne partageait plus les préjugés que
Molière et Boileau avaient répandus contre l'instruction des femmes.
Mais Voltaire flattait son siècle, et à part quelques exceptions, la
jeune fille du XVIIIe siècle était élevée en poupée mondaine. «Une
fillette de six ans est serrée dans un corps de baleine; son vaste
panier soutient une robe couverte de guirlandes; elle porte sur la
tête un savant échafaudage de faux cheveux, de coussins et de noeuds,
rattaché par des épingles, couronné par des plumes, et tellement haut,
que souvent «le menton est à mi-chemin des pieds;» parfois on lui met du
rouge. C'est une dame en miniature; elle le sait, elle est toute à son
rôle, sans effort ni gêne, à force d'habitude; l'enseignement unique et
perpétuel est celui du maintien[74].»
[Note 74: Taine, _ouvrage cité_.]
Un écrivain du XVIIIe siècle, Mercier, nous dira: «Le maître de danse,
dans l'éducation d'une jeune demoiselle, a le pas sur le maître à lire,
et sur celui même qui doit lui inspirer la crainte de Dieu et l'amour de
ses devoirs futurs[75].»
[Note 75: Mercier, _Tableau de Paris_, 1783. T. VIII, ch. CDX.
Petites filles, Marmots.]
Les quelques notions de catéchisme que la jeune fille perdait bientôt
d'ailleurs dans le courant philosophique du siècle, n'occupaient, en
effet, qu'un rôle bien secondaire, je ne dirai pas dans l'éducation, ce
serait profaner ce mot, mais dans le dressage de la jeune fille. Tout
y était sacrifié à l'enseignement du maintien. Lorsque, par une mesure
d'économie, le cardinal de Fleury décide Louis XV à faire élever ses
filles à l'abbaye de Fontevrault où, trop souvent, gâtées en filles de
roi, elles n'ont guère d'autre règle que celle de leurs fantaisies,
l'une des princesses, Mme Louise de France, ne connaît pas encore, à
douze ans, toutes les lettres de son alphabet. Un seul professeur d'art
d'agrément a suivi ses royales élèves à Fontevrault; c'est encore le
maître à danser[76]!
[Note 76: Mme Campan, _Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette_.]
Huit jours avant son mariage, la future duchesse de Doudeauville, Mlle
de Montmirail, âgée de quinze ans, est mise dans un coin de la salle à
manger, avec une robe de pénitence, pour avoir mal fait sa révérence à
son entrée dans le salon d'une mère aussi sévère que fantasque[77]!
[Note 77: Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de Doudeauville]
Mais empruntons encore à Mercier quelques traits relatifs à cette
éducation qui, «dès la plus tendre enfance...imprègne, pour ainsi dire,
l'âme des femmes de vanité et de légèreté.» Pour la petite fille, «la
marchande de modes et la couturière sont des êtres dont elle évalue
l'importance, avant d'entendre parler de l'existence du laboureur qui la
nourrit, et du tisserand qui l'habille. Avant d'apprendre qu'il y aura
des objets qu'elle devra respecter, elle sait qu'il ne s'agit que d'être
jolie, et que tout le monde l'encensera. On lui parle de beauté avant
de l'entretenir de sagesse. L'art de plaire et la première leçon de
coquetterie sont inspirés avant l'idée de pudeur et de décence, dont un
jour elle aura bien de la peine à appliquer le vernis factice sur cette
première couche d'illusion.
«Qu'on daigne regarder avec réflexion ces marionnettes que l'on voit
dans nos promenades, préluder aux sottises et aux erreurs du reste
de leur vie. Le _petit monsieur_, en habit de tissu, et la _petite
demoiselle_, coiffée sur le modèle des grandes dames, copiant, sous les
auspices d'une _bonne_ imbécile, les originaux de ce qu'ils seront un
jour. Toutes les grimaces et toutes les affectations du petit maître
sont rassemblées chez le _petit monsieur_. Il est applaudi, caressé,
admiré en proportion des contorsions qu'il saisit. La _petite
demoiselle_ reçoit un compliment à chaque minauderie dont son petit
individu s'avise; et si son adresse prématurée lui donne quelque
ascendant sur le petit _mari_, on en augure, avec un étonnement stupide,
le rôle intéressant qu'elle jouera dans la société[78].»
[Note 78: Mercier, _l. c._]
La petite fille grandit dans l'ennui et l'oisiveté sous ce toit paternel
qui souvent n'abrite pour elle ni caresses ni sourire. Le matin, quand
la mère est à sa toilette, la petite fille vient cérémonieusement lui
baiser la main; elle voit encore ses parents aux heures des repas[79].
[Note 79: _Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de Doudeauville_;
Taine, _les Origines de la France contemporaine. L'ancien régime_.]
La mère aime-t-elle sa fille ou du moins croit-elle l'aimer, la
garde-t-elle dans sa chambre, cette chambre est, comme au XVIIe siècle,
une prison où l'enfant, privée de tout mouvement, est tour à tour
encensée ou grondée; «toujours ou relâchement dangereux ou sévérité mal
entendue; jamais rien selon la raison. Voilà comment on ruine le corps
et le coeur de la jeunesse[80].»
[Note 80: Rousseau, _Émile_, V.]
Devant cette jeune fille condamnée au rôle d'automate, Rousseau,
l'ennemi, des couvents, se prend à regretter ces maisons où l'enfant
peut se livrer à ses joyeux ébats, sauter et courir.
Rousseau parlait ainsi dans le livre par lequel il crut pouvoir réformer
l'éducation, aussi bien celle des femmes que celle des hommes.
Au milieu de ses folles utopies, Rousseau établit néanmoins dans
l'_Émile_ un principe que feraient bien de méditer les émancipateurs
actuels de la femme: c'est qu'il faut élever chaque sexe selon sa
nature, et ne pas faire de la femme un homme, pas même un honnête homme!
Il faut simplement en faire une honnête femme; «Elles n'ont point de
collèges! s'écrie-t-il. Grand malheur! Eh! plût à Dieu qu'il n'y en eût
point pour les garçons[81]!» Je n'achève la phrase de Rousseau que pour
compléter la citation, mais non pour l'approuver jusqu'au bout. Il est
certain que la vie de collège est aussi nécessaire à l'homme, pour le
préparer à la vie publique, qu'elle serait funeste à la femme qui est
destinée à l'existence du foyer.
[Note 81: Rousseau, _l. c._]
Rousseau dit que l'éducation doit préparer une femme qui comprenne
son mari, une mère qui sache élever ses enfants. Ce sont là de sages
préceptes que nous trouvions dans les siècles précédents, mais que le
faux jugement de Rousseau applique fort mal, comme d'habitude. C'est
que, au lieu de reconnaître l'existence du péché originel, le philosophe
admet la bonté absolue de la nature humaine. Tous les instincts de cette
nature sont bons; il n'y a qu'à les développer. La ruse est l'instinct
naturel de la femme: c'est cette ruse qu'il faut laisser croître. La
grande science de la femme sera d'étudier le coeur de l'homme pour
chercher adroitement à plaire. Cette étude est la seule que Rousseau
encourage chez la jeune fille. Il lui permet d'ailleurs d'apprendre sans
maître tout ce qu'elle voudra, pourvu que ses connaissances se bornent à
des arts d'agrément qui la rendront plus capable de plaire à son mari.
C'est en vain que Rousseau a prêché la réforme de l'éducation; ses
belles théories n'aboutissent qu'à l'éducation du XVIIIe siècle: l'art
de plaire[82].
[Note 82: Taine, _ouvrage cité_.]
Aucune réforme sérieuse n'était possible avec le système d'un philosophe
qui enlevait à l'éducation de la femme comme à celle de l'homme la seule
base solide: l'éducation religieuse. Rousseau, qui trouvait qu'il n'est
peut-être pas temps encore qu'à dix-huit ans, l'homme apprenne qu'il a
une âme, Rousseau permet cependant que l'on instruise plus tôt la femme
des vérités religieuses. Il est vrai que c'est par un motif assez
irrespectueux pour l'intelligence féminine: Jean-Jacques trouve que si,
pour apprendre les vérités religieuses à la femme, on attend qu'elle
puisse les comprendre, elle ne les saura jamais. Peu importe donc que ce
soit plus tôt ou plus tard.
La religion de Rousseau, cette religion dont le Vicaire savoyard est
l'éloquent apôtre, est fort élastique: c'est la religion naturelle. Il
est vrai qu'au temps où nous vivons, il faut savoir gré à Jean-Jacques
de n'avoir biffé ni l'existence de Dieu ni l'immortalité de l'âme.
Impuissantes--heureusement--à passer dans la vie réelle, les rêveries
éducatrices de Rousseau rappellent cependant aux mères qu'elles ont des
filles. Elles ont maintenant le goût de la sensiblerie maternelle. Mais,
incapable de comprendre que cette enfant représente pour elle un devoir,
la mère ne voit en elle qu'un plaisir. On initie la petite fille aux
grâces du parler élégant. On fait de cette enfant, qui y est déjà si
bien préparée, une petite comédienne de salon. Elle reçoit pour maîtres
des acteurs célèbres; elle joue dans les proverbes, dans les comédies,
dans les tragédies. Rousseau n'avait sans doute pas prévu tous ces
résultats, mais n'en avait-il pas préconisé le principe: l'art de
plaire?
Une disciple de Rousseau, Mlle Phlipon, la future Mme Roland, parut
donner un fondement plus solide à l'éducation des femmes quand elle
écrivit un discours sur cette question proposée par l'Académie de
Besançon: Comment l'éducation des femmes pourrait contribuer à rendre
les hommes meilleurs. Suivant la méthode de Rousseau, la jeune
philosophe juge que pour répondre à cette question il faut suivre les
indications de la nature. Cette méthode lui fait découvrir que c'est par
la sensibilité que les femmes améliorent les hommes et leur donnent le
bonheur: c'est donc la sensibilité qu'il faut développer et diriger
en elles par une instruction qui éclaire leur jugement. Développer la
sensibilité, c'est-à-dire le foyer le plus ardent et le plus dangereux
qui soit dans le coeur de la femme! En vain, Mlle Phlipon prétend-elle
régler la marche du feu. Oui, avant l'incendie, on peut et l'on doit
diriger la flamme; mais quand tout brûle, est-ce possible? Allumer
l'incendie et se croire la faculté de se rendre maître du feu, quelle
utopie!
Telle est l'éducation par laquelle l'élève de Rousseau prépare l'épouse
et la mère éducatrice. Tout ici, même l'exercice de la réflexion, doit
concourir à rendre la femme plus aimante et plus aimable. N'est-ce pas
encore; avec une plus généreuse inspiration, le système de Rousseau:
l'art de plaire? Aussi, bien que Mlle Phlipon accorde à l'instruction
des femmes une place que l'_Emile_ ne lui avait pas attribuée, ses
conclusions ne s'écartent guère de celles de son maître. Non plus que
Rousseau d'ailleurs, elle ne sait leur donner une valeur pratique. Elle
avoue elle-même à la fin de son discours qu'elle est «plus prompte à
saisir les principes» qu'elle n'est «habile à détailler les préceptes
[83].»
[Note 83. M. Faugère a fait rechercher le manuscrit du discours de
Mme Roland, dans les archives de l'Académie de Besançon. Il a publié ce
travail inédit dans son édition des _Mémoires_ de Mme Roland. 1864.]
Ce n'est pas dans la prédominance absolue de la sensibilité, c'est dans
l'harmonie du coeur et de la raison qu'est le secret de la véritable
éducation, mais il n'appartient pas à la philosophie naturelle, de
livrer ce secret.
Tandis que les philosophes dissertaient sur l'éducation, tandis que
des mères mondaines s'essayaient à appliquer les théories de Rousseau,
quelques familles, bien rares il est vrai, continuaient de chercher les
traditions éducatrices à leur véritable source: le christianisme. J'aime
à remarquer ces traditions dans la postérité du chancelier d'Aguesseau.
Un esprit supérieur avait toujours distingué les femmes de cette
famille. La femme et la soeur du chancelier nous apparaîtront plus tard.
Sa fille aînée, la future comtesse de Chastellux, reçut chez les dames
de Sainte-Marie de la rue Saint Jacques, une solide instruction. Rentrée
dans sa famille, elle se livra d'elle-même à de fortes études. Son père
l'y encourageait: «J'espère, lui écrivait-il, que vous humilierez par
vos réponses la vanité de vos frères, qui croient être d'habiles gens,
et que vous leur ferez voir que la science peut être le partage des
filles comme des hommes.» Ce serait là un avis un peu téméraire s'il ne
trouvait son correctif dans cette autre phrase: «Ce que je trouve
de beau en vous, ma chère fille, c'est que vous ne dédaignez pas de
descendre du haut de votre érudition, pour vous abaisser à faire tourner
un rouet.» Plus tard, le chancelier s'intéressait à la prédilection
que sa petite-fille, Mlle Henriette de Fresnes, avait pour l'histoire
ancienne et particulièrement pour ce qui concernait l'Égypte. Il se
plaisait au style de cette jeune personne, mais il la félicitait aussi
de garder le goût des occupations ménagères: «Je suis ravi de voir que
vous savez _pâtisser_ aussi bien qu'écrire, et que vous cherchez
de bonne heure à imiter les moeurs des femmes et des filles des
patriarches. Vous me permettrez cependant de préférer toujours les
ouvrages de votre esprit à ceux de vos doigts[84].»
[Note 84: D'Aguesseau, _Lettres inédites_. A Mlle d'Aguesseau, 13
octobre 1712; à Mlle Henriette de Fresnes, 4 janvier et 27 février
1745; et dans le même ouvrage, _Essai sur la vie de Mme la comtesse de
Chastellux_, par Mme la marquise de la Tournelle, sa fille.]
Mlle Henriette de Fresnes. qui devint la duchesse d'Ayen, trouvait donc,
dans les traditions de sa famille, une plus sûre méthode d'éducation que
celle de l'_Émile_. Elle l'applique avec la sollicitude maternelle la
plus éclairée. En élevant ses cinq filles, la duchesse fortifie leur
jugement, fait planer leurs âmes au-dessus des intérêts terrestres, et
leur apprend qu'il faut tout sacrifier à la vertu. Elle lit avec ses
filles les pages les plus éloquentes des anciens et des modernes, ainsi
que les plus belles oeuvres de la poésie. Elle forme elle-même ces
admirables mères qui, à travers la tourmente de la Révolution, gardent
ses enseignements pour les transmettre à notre siècle: Mme de La
Fayette, Mme de Montagu; Mme de Montagu qui disait à ses filles que «la
vérité ne nous est pas donnée seulement pour orner notre esprit, mais
pour être pratiquée[85].» Belle définition qui résume tout ce que la
vieille éducation française nous a donné de meilleur.
[Note 85: Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu.]
Du XVIe au XVIIIe siècles, quelles jeunes filles produira d'une part
l'éducation mondaine, de l'autre l'éducation domestique?
Au XVIe siècle, la première de ces éducations nous offre, dans son
expression typique, la fille d'honneur attachée à une reine ou à une
princesse. Elle figure dans les ballets, elle assiste aux tournois; ou,
bien, à cheval, la plume au vent, elle escorte avec ses compagnes la
litière d'une royale voyageuse. Elle porte gaiement la vie, la mort
même; et, vaillante, elle fait de sa tendresse le prix de la valeur
guerrière. Mais, dans l'_escadron volant_ de Catherine de Médicis, elle
met à moins haut prix son amour, et sert l'astucieuse politique de la
reine pour séduire les hommes qu'il faut gagner[86].
[Note 86: Brantôme, les deux livres des _Dames_; Marguerite de
Valois, reine de France et de Navarre, _Mémoires_.]
La légèreté des filles d'honneur pouvait aller jusqu'à la plus
effroyable immoralité. Brantôme nous en donne des preuves suffisantes.
Ne nous montre-t-il pas de ces jeunes filles buvant dans une coupe où un
prince a fait graver les scènes les plus immorales! Si quelques-unes de
ces jeunes filles détournent les yeux, d'autres regardent effrontément,
échangent tout haut d'ignobles réflexions, et osent même étudier les
infâmes leçons qui leur sont présentées[87]!
[Note 87: Brantôme, _Second livre des Dames_.]
Sous Louis XIV, la dépravation, pour être moins éhontée, n'en existe
pas moins parmi les filles d'honneur. Elles sont exposées ou s'exposent
elles-mêmes aux hommages outrageants. La maréchale de Navailles est
obligée de faire murer l'escalier qui mène le jeune roi chez les filles
d'honneur.
Mais dans les familles demeurées patriarcales, d'autres habitudes
préparent dans la jeune fille la gardienne du foyer. Au sein de
l'austère retraite où la protège l'honneur domestique, elle verra dans
la vie, non cette fête perpétuelle que rêvent les filles de la cour,
mais une rude épreuve à laquelle elle doit préparer son âme.
Dans les familles même qui ne prennent de la cour que l'élégance et qui
en repoussent la corruption, la jeune fille conserve cette grâce suave
et chaste, cette dignité et cette simplicité, cette douceur et cette
force morale que lui avait donnée le moyen âge. Il s'y joint même
quelque chose de plus dans ce milieu d'une distinction souveraine.
Quand, aux attraits de la vierge chrétienne, venaient s'unir les dons
exquis de l'intelligence, le charme des nobles manières et du gracieux
parler, on avait dans son expression la plus accomplie le type de la
jeune fille française.
Au XVIe siècle et au commencement du XVIIe, les luttes du temps font
souvent prédominer chez la jeune fille la force sur la douceur.
Corneille dut peindre d'après nature ces _adorables furies_ qui, tout
entières à la vengeance d'un père, immolent à cette vengeance leurs plus
tendres sentiments, et sacrifient à un faux point d'honneur les lois de
la miséricorde, celles de la justice même. Mais, à côté de ces natures
ardentes, le doux type de la jeune fille subsiste toujours, et des
temps plus calmes permettront de le voir plus souvent dans sa paisible
sérénité. Racine l'avait sous les yeux en dessinant Iphigénie. Molière
le respecta généralement dans ses comédies. Nobles ou bourgeoises, la
plupart de ses jeunes filles, gracieuses et modestes comme Iphigénie,
ont comme celle-ci la tendresse filiale, le respect de la volonté
paternelle, la force des généreuses renonciations. Sans doute le poète
comique ne leur demande pas d'immoler leur vie,--ce n'était pas son
rôle,--mais elles savent sacrifier leurs sentiments les plus chers au
souvenir d'un père, au repos d'un fiancé. Nous retrouverons encore
cette touchante figure de la jeune fille française dans la société
artificielle du XVIIIe siècle, cette société, tour à tour, et même à
la fois, sentimentale et spirituellement légère; et Bernardin de
Saint-Pierre immortalisera dans sa Virginie ce type de la tendresse,
du dévouement et de la céleste pureté qui, devant une mort soudaine et
terrible, fait refuser à la jeune fille le salut qui l'alarme dans les
plus intimes délicatesses de sa pudeur.
Et si nous passons dans la vie réelle, que de ravissantes figures depuis
ces jeunes filles du XVIe siècle qui allient les plus humbles devoirs
domestiques au culte des lettres, jusqu'à ces nobles créatures du
XVIIe et du XVIIIe siècles, Louise de la Fayette, Marthe du Vigean,
Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, anges de la terre qui s'envolent vers
les saintes régions du cloître sans que leurs blanches ailes aient
reçu la moindre poussière terrestre! Et, au milieu de la tourmente
révolutionnaire, que de touchantes physionomies encore, depuis
cette _Jeune Captive_ dont André Chénier recueillit, dans sa poésie
enchanteresse, les mélancoliques regrets et les invincibles espoirs[88];
jusqu'à Madame Élisabeth de France et ses glorieuses émules qui, devant
l'échafaud, immolent avec un sublime courage ces mêmes regrets, ces
mêmes espoirs, et prouvent que le pays de Jeanne d'Arc n'a pas cessé
d'enfanter des vierges-martyres!
[Note 88: Bien que l'héroïne de ce poëme, Mlle de Coigny, n'ait pas
gardé dans la suite de sa vie le charme que nous a révélé André Chénier,
elle est toujours restée, comme l'a dit M. Caro, la jeune fille
immortalisée par le poète, _la Jeune captive_. Caro, _la Fin du XVIIIe
siècle_.]
Sans doute, comme nous l'avons remarqué, les tendresses du foyer seront
souvent comprimées pour la jeune fille. Mais ces tendresses déborderont
plus d'une fois. On verra des Antigones soutenir leurs parents
infirmes[89]. L'amour filial, l'amour fraternel auront leurs héroïnes,
comme la généreuse soeur de François Ier captif, comme la duchesse de
Sully pendant la Fronde, Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte pendant la
Révolution.
[Note 89: Mme la baronne d'Oberkirch, _Mémoires; les savants
Godefroy_. Mémoires d'une famille, etc.]
Mme de Miramion, qui n'avait que neuf ans lorsqu'elle perdit sa mère, en
devint malade de chagrin; et toute sa vie, sa figure, de même que son
esprit, garda la mélancolique impression de ce souvenir. Dès le jeune
âge où elle fut privée de sa mère, elle devait regretter de ne l'avoir
pas assez aimée[90].
[Note 90: Récit de la vie de Mme de Miramion, écrit par elle-même,
d'après l'ordre de son directeur, M. Jolly, 1677. Bonneau-Avenant, _Mme
de Miramion_.]
«En aimant ma mère, j'ai appris à aimer la vertu, dira dans une maladie
mortelle Mme de Rastignac, fille de la duchesse de Doudeauville. J'ai
toujours cru entendre la voix de Dieu quand elle me parlait, et en lui
obéissant, c'est sa volonté que j'ai cru faire.»
Les terreurs de la mort agitent la jeune femme: «Restez avec moi»,
dit-elle à l'admirable mère qui a inspiré un tel éloge. «Restez avec
moi; près de vous je n'ai jamais rien redouté.» Comme l'enfant bercé par
sa mère, la malade s'endormait en sentant veiller sur elle cette tendre
sollicitude. Mais la mort est là et va saisir sa proie. «Je remercie
Dieu en mourant de n'avoir pas eu dans le cours de ma vie une seule
pensée que je ne vous aie fait connaître», dit Mme de Rastignac à sa
mère.
Elle va recevoir les sacrements: «Ce sera pour ce soir,» dit-elle au
saint prêtre qui l'assiste: «Je désire épargner ce spectacle à la
sensibilité de mes parents, mais j'ai prié ma mère de s'y trouver, il
lui en coûterait trop de s'éloigner; d'ailleurs, j'ai besoin de sa
présence; elle est mon ange, elle est ma vie, je croirai n'avoir rien
fait de bien sans elle; je dois à ses soins la prolongation de mes
jours, et mon salut à ses vertus[91].»
[Note 91: _Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de Doudeauville_.
Cette scène se passe en 1802; mais nous l'avons rattachée à l'ancienne
France, qui forma Mme de Rastignac.]
Aux premiers temps de sa maladie, elle avait pressenti sa fin prochaine.
Jeune, charmante, adorée, elle disait: «Je suis résignée à tout ce
que Dieu voudra, mais je conviens qu'il m'en coûterait de quitter la
vie.--Cela est simple, lui répondit-on, à vingt et un ans, avec tous les
avantages qui assurent le bonheur.--Non, reprit-elle en riant, ce ne
sont pas là des biens, vous ne m'entendez pas.--Mais vous êtes épouse et
mère!--Ah! je le sens plus vivement que jamais!... et je suis
fille[92]!»
[Note 92: Même ouvrage.]
«Et je suis fille!» Ce fut avec un déchirant accent que la malade
prononça ces paroles qui révélaient que, pour cette angélique créature,
l'amour filial avait été le sentiment dominant de sa vie.
Toutefois le sévère principe romain de l'autorité paternelle l'emportait
généralement sur l'amour dans les foyers de la vieille France. La tâche
de la jeune fille était particulièrement lourde dans les familles nobles
réduites à la pauvreté. Les filles du logis tenaient souvent lieu de
servantes. A la ville, elles font le marché; elles travaillent dans
un grenier. A la campagne, elles respirent du moins le grand air des
champs, mais elles joignent aux travaux du ménage les occupations de la
vie rurale. Il en est qui ont à surveiller «quelques dindons, quelques
poules, une vache, encore trop heureuses d'avoir à en garder», dit Mme
de Maintenon qui, elle aussi, des sabots aux pieds, une gaule à la main,
avait gardé les dindons d'une tante riche cependant, mais avare[93].
[Note 93: Mme de Maintenon, _Conseils et instructions aux demoiselles
de Saint-Cyr pour leur conduite dans le monde_, édition de M. Lavallée.
Instructions de 1706 et de 1707. Mme de Staal de Launay nous montre
aussi ses deux futures belles-filles tenant le ménage paternel. V. ses
_Mémoires_.]
Une lettre écrite en 1671 et qui nous fait pénétrer dans une
gentilhommière normande, nous initie à la rude existence que menaient
les filles de la maison:
...Nous avons esté les mieux receus du monde tant de M. mon oncle que de
Mme ma tante et de tous mes cousins et cousines... ils sont au nombre de
neuf. L'aisné est un garçon... après suivent quatre filles... l'aisnée
su nomme Nanette, 17 à 18 ans, de taille dégagée, assez grande,
passablement belle, fort adrette; elle fait avec sa cadette suivante
tout l'ouvrage de la maison; encore dirigent-elles le manoir de la
Fretelaye à demi-lieue de là. Cette cadette, Manon, âgée de 15 ans, trop
grosse pour sa taille, est belle et a bonne grâce, mais gagneroit à ne
pas être tant exposée au soleil en faisant tout le ménage de la maison.
La troisième, Margot, n'est ni belle ni bonne (13 à 14 ans), la
quatrième, Cathos (dix ans), assez bonne petite fille, presque sourde, a
des yeux de cochon, un nez fort camard, un teint tout taché de brands de
Judas. Suivent deux frères: Jean-Baptiste, agé de huit ans, gros garçon
qui aura quelque jour bonne mine et promet quelque chose; François, agé
de sept ans, promettant moins et méchant comme un petit démon, sec
comme un hareng soret... Vient après eux une fille de cinq ans, nommée
Madelon, qui ne sçait pas que nous soyons partis, car elle en mourrait
de déplaisir. Le dernier, Pierrot, petit démon, a deux ans et sept mois,
tette encore, et donne à sa mère, luy seul, plus de peyne que tous les
autres... Pour leurs habits, ils sont assez propres et honnestes suivant
que l'on se vestit dans le pays... les deux filles ont des robes
d'estamine de Lude avec des jupes de serge de Londres fort propre[94]...
[Note 94: Lettre de Denis III Godefroy, 3 octobre 1671. _Les savants
Godefroy_. Mémoires d'une famille, etc.]
Au milieu de cette nombreuse famille, de ces enfants volontaires, on se
représente ce qu'était l'existence des jeunes ménagères! La vie active
qu'elles menaient nous semble au demeurant plus heureuse que la vie
comprimée qui était le partage des jeunes filles riches.
Sous l'humble toit paternel la fille du gentilhomme pauvre était
protégée par ces fermes principes qui, dans leur rigueur même,
sauvegardaient sa dignité. Mais que de déceptions, que d'amères
tristesses pour la jeune fille qui, élevée dans un milieu
aristocratique, tombait dans la misère sans être entourée d'une famille!
Est-il rien de plus navrant que la détresse de Mlle de Launay, cette
pauvre fille qui, réduite à la domesticité, subit les humiliations de
son nouvel état devant les hommes même qui l'ont entourée d'hommages, et
essuie jusqu'aux insultants mépris des autres caméristes qui n'ont ni
son instruction, ni ses talents, et qui se vengent de cette infériorité
en se moquant de son inaptitude à leur métier[95]? Et que dire des
malheureuses enfants qui, bien plus à plaindre encore que Mlle de
Launay, sont livrées par un père ou par une mère qui exploite leur
honneur[96]?
[Note 95: Mme de Staal de Launay, _Mémoires_.]
[Note 96: Mme de Maintenon, _Lettres et Entretiens_; Mme Campan,
_Souvenirs_, portraits, anecdotes.]
Quant aux filles de familles riches, quel sort les attendait?
Bien qu'au XVIe siècle le droit romain ait triomphé du droit germain, le
droit d'aînesse échappe à cette influence, et généralement aussi, les
filles sont, comme les cadets, sacrifiées à l'aîné de leurs frères, et
ne reçoivent qu'une dot[97]. Néanmoins, cette dot paraît encore trop
lourde à bien des familles qui se débarrasseront de cette charge au
moyen du couvent. C'est avec une généreuse indignation que Bourdaloue
flétrira le crime de ces parents qui, forçant les vocations, osent jeter
à Dieu des coeurs qu'il n'a pas lui-même appelés: L'établissement de
cette fille coûterait; sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à
la religion. Mais elle n'est pas appelée à ce genre de vie: il faut bien
qu'elle le soit, puisqu'il n'y a point d'autre parti à prendre pour
elle. Mais Dieu ne la veut pas dans cet état: il faut supposer qu'il l'y
veut, et faire comme s'il l'y voulait. Mais elle n'a nulle marque de
vocation: c'en est une assez grande que la conjoncture présente des
affaires et la nécessité. Mais elle avoue elle-même qu'elle n'a pas
cette grâce d'attrait: cette grâce lui viendra avec le temps, et
lorsqu'elle sera dans un lieu propre à la recevoir. Cependant on conduit
cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire
dans la disposition d'une volonté contrainte, la bouche muette par la
crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré. Au milieu
d'une cérémonie brillante pour les spectateurs qui y assistent, mais
funèbre pour la personne qui en est le sujet, on la présente au prêtre
et l'on en fait un sacrifice qui, bien loin de glorifier Dieu et de lui
plaire, devient exécrable à ses yeux et provoque sa vengeance.
[Note 97: J'ai longuement étudié la situation de la femme devant le
droit romain et le droit germain dans mon ouvrage: _la Femme française
au moyen âge_, actuellement sous presse.]
Ah! Chrétiens, quelle abomination! Et faut-il s'étonner, après cela, si
des familles entières sont frappées de la malédiction divine? Non, non,
disait Salvien, par une sainte ironie, nous ne sommes plus au temps
d'Abraham, où les sacrifices des enfants par les pères étaient
rares. Rien maintenant de plus commun que les imitateurs de ce grand
patriarche. On le surpasse même tous les jours: car, au lieu d'attendre
comme lui l'ordre du ciel, on le prévient... Mais bientôt corrigeant sa
pensée: Je me trompe, mes frères, reprenait-il; ces pères meurtriers ne
sont rien moins que les imitateurs d'Abraham; car ce saint homme voulut
sacrifier son fils à Dieu: mais ils ne sacrifient leurs enfants qu'à
leur propre fortune, et qu'à leur avare cupidité[98]...
[Note 98: Bourdaloue, _Sermon pour le premier dimanche après
l'Épiphanie_. Sur les devoirs des pères par rapport à la vocation de
leurs enfants.]
La Bruyère n'est pas moins énergique: «Une mère, je ne dis pas qui cède
et qui se rend à la vocation de sa fille, mais qui la fait religieuse,
se charge d'une âme avec la sienne, en répond à Dieu même, en est la
caution: afin qu'une telle mère ne se perde pas, il faut que sa fille se
sauve[99].»
[Note 99: La Bruyère, XIV, _De quelques usages_. Dans l'alinéa
suivant le moraliste parle d'une jeune fille que son père, joueur ruiné,
fait religieuse, et qui n'a d'autre vocation «que le jeu de son père.»
Mme de Maintenon et la duchesse de Liancourt s'élèvent aussi contre
les vocations forcées. Mme de Maintenon, _Lettres et Entretiens_,
60. Instruction aux demoiselles de la classe bleue, janvier 1695; la
duchesse de Liancourt, _Règlement donné par une dame de haute qualité
à M*** (Mlle de la Roche-Guyon), _sa petite fille, pour sa conduite et
celle de sa maison. Avec un mitre règlement que cette dame avait dressé
pour elle-même._ Paris, 1718. (Sans nom d'auteur.)]
Si les parents ne mettent pas leurs filles au couvent, ils pourront
les empêcher de se marier, dussent-ils, comme le fit le duc de la
Rochefoucauld, les laisser végéter dans un coin séparé de la demeure
paternelle, et réduire même l'une d'elles à épouser secrètement un
ancien domestique de la maison, devenu un courtisan célèbre[100].
[Note 100: Saint-Simon, _Mémoires_, éd. de M. Chérnel, t. II, ch.
XXXVII; VI, XXIII.]
Ces abus n'existaient pas dans les familles où régnait l'esprit
chrétien. Mère de neuf filles, la maréchale de Noailles né voulut
forcer la vocation d'aucune d'elles. Une seule reçut l'appel divin et y
répondit[101].
[Note 101: E. Bertin, _les Mariages dans l'ancienne société
française_.]
Dans ces pieuses familles, les filles sont dotées par leur père, soit
de son vivant, soit par disposition testamentaire. On en voit même qui,
conformément au droit romain, reçoivent du testament paternel une part
égale à celle de leurs frères. Tel exemple nous est offert dans la
famille des Godefroy. Nous voyons aussi dans cette famille une fille
tendrement dévouée à ses parents et qui reçoit de sa mère «en avancement
d'hoirie deux rentes au capital de 10,400 livres.» Son père lui avait
déjà légué «hors part,» divers domaines; et cependant elle avait des
frères[102].
[Note 102: _Les savants Godefroy_. Mémoires d'une famille, etc.]
A la mort du père, le fils aîné devient chef de la famille. Plus d'un se
souvient que le testament de son père a légué ses soeurs à sa tendresse.
Plus d'un aussi sans doute, selon la touchante pensée de Mme du
Plessis-Mornay, témoignera à ses soeurs par son amour fraternel, l'amour
filial que lui inspirait une mère regrettée[103]. Chef de la maison, le
frère aîné dote sa soeur. Dans une famille pauvre des frères se cotisent
pour remplir ce devoir. Par testament le frère lègue à la soeur des
rentes viagères ou autres[104].
[Note 103: Mme du Plessis-Mornay, _Mémoires_.]
[Note 104: Les frères du Laurens. Manuscrit de Jeanne du Laurens. Ch.
de Ribbe, _une Famille au XVIe siècle_; id., _les Familles et la Société
en France avant la Révolution; les savants Godefroy_.]
La fille n'a-t-elle pas de frère et le père a-t-il désigné dans sa
famille un héritier, elle épouse celui ci, fût-ce un oncle âgé.
Si le droit d'aînesse a échappé à l'influence du droit romain, ce
dernier domine dans la condition de la femme, surtout au XVIe siècle.
A cette époque le sénatus-consulte Velléien qui défend à la femme de
s'engager pour autrui, règne aussi bien dans les pays de droit coutumier
que dans les pays de droit écrit. L'ordonnance de 1606 l'abrogera
implicitement; mais cette ordonnance ne sera pour ainsi dire appliquée
que dans les provinces du centre. Louis XIV en étendra l'application
sans toutefois la rendre générale[105].
[Note 105: Gide, _Étude sur la condition privée de la femme dans
le droit ancien et moderne et en particulier sur le sénatus-consulte
Velléien_. Paris, 1867.]
Les pactes nuptiaux subissent aussi l'influence romaine, tout en gardant
le principe germain de la communauté. Suivant que les pays sont de droit
coutumier ou de droit écrit, ce régime prévaut dans les premiers et le
régime dotal dans les seconds[106].
[Note 106: Un jurisconsulte a établi en France quatre espèces de
pays sous le rapport de la communauté: 1° les pays de droit coutumier,
principalement ceux que régissait la coutume de Paris ou d'Orléans;
«là, la communauté était le droit commun, à défaut de stipulation
contraire...
«2° D'autres pays coutumiers, tels que ceux de Bretagne, d'Anjou, du
Maine, de Chartres et du Perche; là, la communauté ne formait le droit
commun que si le mariage avait duré _an_ et _jour_.
«3° Les pays de droit écrit; là, la communauté n'avait lieu qu'en cas de
stipulation expresse; le régime dotal était le droit commun;
«4° Le pays de Normandie, où il n'était pas même permis de stipuler le
régime de la communauté (art. 330, 389 de la coutume). Armand Dalloz
jeune. _Dictionnaire général et raisonné de législation et de
jurisprudence_, t. I. _Communauté_.]
Nous voyons dans certains contrats la dotalité romaine se mêler à la
communauté coutumière. Mais c'est la loi romaine qui l'emporte quand
elle défend aux époux, après leur mariage, les dons, les avantages, les
contrats mutuels.
Comme le remarque M. Gide, l'autorité maritale s'affaiblit par les
restrictions que subit le régime de la communauté. Cependant les
romanistes d'alors ont une si faible idée de la capacité féminine,
qu'ils s'accommodent d'un élément germain, le pouvoir marital, «pour en
faire une sorte de tutelle à la romaine.» L'épouse devient une pupille,
non plus, comme dans la communauté coutumière, à cause de sa faiblesse
physique, mais à cause de l'infériorité morale que lui attribue l'esprit
romain. Cette tutelle est pour la femme, aux yeux des romanistes, «un
droit et un bénéfice.»
Si l'épouse agit seule, la loi juge que c'est sans volonté suffisante.
La femme elle-même peut «attaquer le contrat.» Mais la tutelle n'étant
plus maintenue que dans l'intérêt de l'épouse, ne rend plus le mari
maître des biens du ménage, comme il l'était dans l'ancienne communauté
coutumière.
La communauté n'est donc plus une suite nécessaire du pouvoir marital.
«Elle ne résulta plus que des conventions nuptiales qui purent, au gré
des parties, la restreindre ou l'exclure[107].»
[Note 107: Gide, _ouvrage cité_.]
Tant que les familles vivent sur leurs terres ou mènent dans les villes
une existence modeste, les dots sont faibles. Au XVIe siècle, 60,000
livres constituent une dot considérable. Ceux qui alors recherchaient
les grosses dots en furent punis par les caprices impérieux de leurs
riches compagnes: «Pourtant, dit Montaigne, treuve le peu d'advancement
à un homme de qui les affaires se portent bien, d'aller chercher une
femme qui le charge d'un grand dot; il n'est point de debte estrangiere
qui apporte plus de ruyne aux maisons: mes predecesseurs ont communément
suyvi ce conseil bien à propos, et moy aussi[108].»
[Note 108: Montaigne, _Essais_, I. II, ch. VIII. Comp. au siècle
suivant, La Bruyère, XIV.]
La mère d'André Lefèvre d'Ormesson reçut en 1559 une dot de 10,000
livres. Son fils, qui nous l'apprend, dit à ce sujet «que son père avoit
recherché le support et l'alliance, plus que les richesses[109].»
[Note 109: Cité par M. de Ribbe, _les Familles et la Société en France
avant la Révolution_.]
Une autre famille de robe, celle des Godefroy, nous montre la
progression des dots depuis le XVIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe. En
1535, la fille de Pierre Lourdet, «pourvu d'une charge dans la maison
Royale,» apporte en dot, à Léon Godefroy de Guignecourt, «un capital de
4,000 livres tournois, un demi-arpent de vignes à Antony, le quart d'une
maison rue de la Bucherie, quelques menues rentes, quatre cents livres
de biens meubles et _deux robes_, l'une d'escarlatte, l'autre noire. Le
contrat lui assure un douaire de cent soixante livres de rente s'il y
a enfants, de deux cents au cas contraire, rachetable sur le pied du
denier dix.»
En 1610, Théodore Godefroy épouse Anne Janvyer, fille d'un conseiller
secrétaire du roi, et celle-ci lui apporte 6,000 livres tournois. Son
fils se marie en 1650 avec la fille d'un écuyer, Geneviève des Jardins
dont la dot, considérée comme modique, est évaluée à 14,000 livres;
il est vrai que dans ce chiffre ne figurent que 4,000 livres d'argent
comptant; des rentes diverses, des meubles, du linge, de la vaisselle
forment le reste de la dot. En 1687, la fille de ce Godefroy,
Marie-Anne, a 10,000 livres de dot, plus 1,000 livres de meubles et de
hardes qui lui appartiennent: «Chacun des époux met un tiers de son
apport dans la communauté. Un préciput de 1,200 livres en deniers ou
meubles est réservé au prémourant. La veuve aura un douaire de 400
livres de rentes et l'habitation dans la maison seigneuriale de
Champagne.» Alors que Marie-Anne était toute jeune fille, un mariage
manqua pour elle, faute de 1,000 écus de dot. Son frère, Jean Godefroy
d'Aumont, épouse en 1694 une femme dont la dot est de 16,000 florins que
représentent des terres, des rentes et quelque peu d'argent comptant. Le
contrat assure une pension à l'époux survivant.
Au XVIIIe siècle les dots sont beaucoup plus considérables. En 1720,
Claude Godefroy du Marchais, frère de Marie-Anne et de Jean Godefroy,
s'unit à une fille de robe qui lui apporte, avec une dot de 36,000
livres provenant de la succession paternelle et de ses épargnes, 15,000
florins que sa mère lui donne en avancement d'hoirie. Comme son fiancé,
elle met «18,000 livres dans la communauté. Le survivant pourra prélever
sur les meubles un préciput de 6,000 livres en argent ou en nature à son
choix et après estimation. Si c'est la femme, elle retirera en plus ses
habits, linge, et bijoux, et aura un douaire de 1,500 livres de rente.»
En 1769, la fille de Godefroy de Maillart a une dot de 150,000 livres en
meubles et en immeubles[110].
[Note 110: _Les savants Godefroy_, Mémoires d'une famille pendant les
XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.]
Ces divers contrats sont d'autant plus curieux que certains d'entre
eux nous offrent la combinaison de la communauté coutumière et de la
dotalité romaine.
Nous avons remarqué que c'est une famille de robe qui nous a offert,
avec ces contrats, les chiffres qui établissent la progression des dots,
du XVIe siècle au XVIIIe. Dans la noblesse de cour, sous Louis XIV, une
dot de 60,000 francs, cette dot qui était considérable au XVIe siècle,
est regardée comme bien modique. On voit des dots de 200,000, 300,000,
400,000 francs. Mais ces grosses dots sont néanmoins des exceptions.
Aussi les filles qui les apportent sont-elles ardemment convoitées
à cette époque où le luxe de la vie des cours entraîne aux folles
dépenses. Le gentilhomme endetté recherche l'héritière. Une fille laide,
bossue, mais grandement dotée, trouve «non seulement un mari, mais un
ravisseur[111].» Un jeune homme épousera une vieille femme riche, quitte
à la maltraiter si elle ne meurt pas assez vite après l'avoir enrichi et
l'avoir délivré de ses créanciers[112].
[Note 111: Ernest Bertin, _les Mariages dans l'ancienne société
française_.]
[Note 112: La Bruyère, XIV.]
En général cependant, c'est plutôt par ambition que par avarice que les
gentilshommes se marient au XVIIe siècle. Eux aussi, ils cherchent,
comme au XVIe siècle, «le support et l'alliance», mais c'est surtout
pour parvenir plus rapidement aux honneurs. Laide et contrefaite, Mlle
de Roquelaure avait été enlevée par un Rohan qui convoitait sa dot.
Laide et contrefaite, la fille du duc de Saint-Simon est recherchée
par un prince de Chimay qui épouse en elle le crédit de son père.
«Cruellement vilaine» était la seconde fille de Chamillart, et cependant
le pouvoir d'un père ministre lui donna un attrait qui fit d'elle une
duchesse de la Feuillade. Il est vrai que si le mari qui lui apportait
ce titre avait une laideur plus agréable que la sienne, il était plus
affreux au moral qu'elle ne pouvait l'être au physique[113].
[Note 113: Saint-Simon. _Mémoires_, t. II, ch. XXVI; IV, XII, XX;
Bertin, _ouvrage cité_.]
Ajoutons cependant qu'au XVIIe et au XVIIIe siècles, dans la chasse aux
maris, les parents des filles à marier se montrent plus âpres encore que
les hommes à marier. Pour établir une fille, surtout quand elle est peu
ou point dotée, que de calculs, que d'intrigues! Un homme fût-il vieux,
infirme, laid à faire peur; fût-ce un brutal, un libertin, un pillard,
un déserteur, c'est un mari que recherchent les plus illustres familles,
surtout s'il est duc, si sa femme doit avoir tabouret à la cour[114].
[Note 114: E. Bertin, _ouvrage cité_.]
Pour ne point manquer un parti, on fiance et l'on marie une enfant. La
plus riche héritière de France, Marie d'Alègre, est fiancée à huit ans
au marquis de Seignelay. Il y a des mariées de douze ans, de treize ans.
La duchesse de Guiche, fille de Mme de Polignac, sera mère à quatorze
ans et un mois[115]. Il y avait de si petites mariées qu'il fallait les
porter à l'église. On les prenait «au col.» C'est ainsi que la fille
de Sully fut menée en 1605 au temple protestant. «Présentez-vous
cette enfant pour être baptisée?» demanda malicieusement le ministre
Moulin[116].
[Note 115: Mme d'Oberkirch, _Mémoires_.]
[Note 116: E. Bertin, _ouvrage cité_.]
Au siècle précédent, Jeanne d'Albret avait ainsi été portée à l'autel,
bien qu'elle fût d'âge à pouvoir marcher. Brantôme prétend qu'elle en
était empêchée par le poids de ses pierreries et de sa robe d'or et
d'argent. Mais cette petite fille de douze ans, que l'on avait fouettée
tous les jours pour obtenir son consentement à son mariage, et qui, avec
une énergie précoce, avait publiquement protesté contre la violence qui
lui était faite, pouvait avoir des motifs particuliers pour ne point
aller librement à l'autel[117].
[Note 117: Protestation de Jeanne d'Albret, au sujet de son mariage
avec le duc de Clèves, pièce reproduite par M. Génin, à la suite des
_Nouvelles lettres de la reine de Navarre_. Paris, 1842; Brantôme,
_Premier livre des Dames_, Marguerite d'Angoulesme.]
«Madame, votre fille est bien jeune», dit Louis XIV à la duchesse de
la Ferté qui lui soumet un projet de mariage pour cette enfant âgée de
douze ans.--«Il est vrai, Sire; mais cela presse, parce que je veux M.
de Mirepoix, et que dans dix ans, quand Votre Majesté connaîtra son
mérite, et qu'Elle l'aura récompensé, il ne voudrait plus de nous.» En
narrant cet épisode à sa fille, Mme de Sévigné ajoute: «Voilà qui est
dit. Sur cela on veut faire jeter des bans, avant que les articles
soient présentés.» Dans d'autres lettres, la spirituelle marquise parle
de «cette enfant de douze ans,... toute disproportionnée à ce roi
d'Éthiopie.... La petite enfant pleure; enfin, je n'ai jamais vu épouser
une poupée, ni un si sot mariage: n'était-ce pas aussi le plus honnête
homme de France[118]!»
[Note 118: Mme de Sévigné, _Lettres_ à Mme de Grignan, 10, 19, 31
janvier 1689.]
Trop heureuse encore la petite fille que l'on ne mariait pas à un
vieillard perdu de vices[119].
[Note 119: E. Bertin, _ouvrage cité_.]
Bien des fois le marié est lui-même un enfant. Lorsque Mlle de
Montmirail, âgée de quinze ans, mais déjà en plein développement de
force et de beauté, épouse M. de la Rochefoucauld, frêle enfant de
quatorze ans à peine, le pauvre petit marié, tout en se mettant sur
la pointe des pieds, n'atteint pas à l'épaule de sa belle fiancée; et
l'exiguïté de sa taille fait d'autant plus rire les assistants que les
Cent-Suisses qui figurent à la fête nuptiale sont pour le moins hauts de
six pieds[120]. Plus comique encore fut ce petit prince de Nassau marié à
douze ans à Mlle de Montbarey, qui en avait dix-huit. Tandis qu'un
poète célébrait dans un épithalame les transports de l'heureux époux,
celui-ci, furieux d'être marié, repoussait sa femme «avec une brusquerie
d'enfant, mal élevé;» et exaspéré d'être un objet de curiosité,
«pleurait du matin au soir... Le marié ne voulut pas danser avec sa
femme, au bal; il fallut lui promettre le fouet s'il continuait à crier
comme une chouette, et lui donner au contraire un déluge d'avelines,
de pistaches, de dragées de toutes sortes, pour qu'il consentît à lui
donner la main au menuet. Il montrait une grande sympathie pour la
petite Louise de Dietrich, jolie enfant plus jeune encore que lui, et
retournait auprès d'elle aussitôt qu'il pouvait s'échapper[121].»
[Note 120: _Vie de Mme de la Rochefoucauld, duchesse de
Doudeauville_.]
[Note 121: Mme d'Oberkirch, _Mémoires_.]
Lorsque des enfants étaient ainsi mariés, on ne les réunissait que plus
tard à leurs conjoints. On connaît la jolie histoire du duc de Bourbon,
l'_Amoureux de quinze ans_, qui enlève du couvent sa jeune compagne.
Bien qu'au XVIIe siècle on recherche plus dans le mariage l'alliance
que la fortune, nous avons vu que le faste de la cour rendait plus
nécessaire que jamais le besoin d'argent. Alors déjà il y a des unions
vénales qui deviendront de plus en plus nombreuses dans le XVIIIe
siècle. Les filles nobles n'étant guère dotées pour la plupart, on se
rabat sur les filles de la robe, on descend jusqu'aux filles de la
finance. Quelles proies que ces dots qui varient de 400,000 livres à
un million! Pour les obtenir, que de bassesses! Les plus grands noms
s'allient à la finance, la fille du financier fût-elle laide, son père
fût-il un escroc! La petite-fille d'une fruitière, la fille d'une femme
de chambre et d'un charretier enrichi devient duchesse[122]. Elle a
les honneurs du Louvre; à la cour, le tabouret; sur son carrosse,
l'impériale de velours rouge à galerie dorée; dans sa maison, «le dais
et la salle du dais.» Elle entrera «à quatre chevaux dans les cours
des châteaux royaux.» Le souverain l'embrassera à sa présentation. Les
deuils du roi seront les siens: «lorsque le roi drape», elle a «le droit
de draper aussi[123].»
[Note 122: E. Bertin, _les Mariages dans l'ancienne France_.]
[Note 123: Pour _les honneurs du Louvre_, voir Mme d'Oberkirch,
_Mémoires_.]
Une ancienne lingère, veuve d'un trésorier et receveur général, devient
duchesse et maréchale, et par son dernier mariage, non reconnu, il est
vrai, femme d'un roi de Pologne[124].
[Note 124: La maréchale de l'Hôpital, remariée secrètement à
Jean-Casimir, roi de Pologne. Saint-Simon, t. VI, ch. xii; E. Bertin,
_ouvrage cité_.]
Dans une lettre adressée à sa fille, Mme de Sévigné dit de son fils: «Je
lui mande de venir ici; je voudrais le marier à une petite fille qui est
un peu juive de son _estoc_; mais les millions nous paraissent de bonne
maison[125].» Malgré son orgueil, Mme de Grignan était absolument de
l'avis de sa mère. Les millions lui paraissent de très bonne maison et
elle marie son fils à la fille d'un financier, Mlle de Saint-Amand. «Mme
de Grignan, en la présentant au monde, en faisait ses excuses; et avec
ses minauderies, en radoucissant ses petits yeux, disait qu'il fallait
de temps en temps du fumier sur les meilleures terres[126].»
[Note 125: Mme de Sévigné, _Lettres_, 13 octobre 1675.]
[Note 126: Saint-Simon, _Mémoires_, t. III, ch. x.]
Nous savons que pour épouser une noble héritière, un prince ne reculait
pas devant un rapt. De même un gentilhomme enlèvera la fille d'un ancien
laquais, devenu trésorier général: une enfant de douze ans[127]. Pas plus
pour les filles de la finance que pour celles de la noblesse, l'âge ne
saurait être un obstacle aux vues intéressées de leurs poursuivants. Un
fils de duc, un Villars-Brancas, âgé de trente-trois ans, a une
fiancée de trois ans! C'est la fille d'un ancien peaussier, André le
Mississipien. Pour toucher la dot, le fiancé n'attend pas que la
fiancée ait l'âge des épousailles. Il reçoit immédiatement 100,000 écus
comptant; une pension de 20,000 livres lui sera payée jusqu'au jour du
mariage. En cas de rupture, il ne restituera rien. La dot définitive,
promise pour le jour du mariage, devra se chiffrer par millions. «Mais,»
dit Saint-Simon, «l'affaire avorta avant la fin de la bouillie de la
future épouse, par la culbute de Law[128].» La fiancée fut délaissée; mais
les acomptes de la dot restaient aux Brancas.
[Note 127: E. Bertin, _ouvrage cité_.]
[Note 128: Saint-Simon, _Mémoires_, t. XI, ch. xx.i.]
La vanité des familles de robe ou de finance s'accordait
merveilleusement, du reste, avec la rapacité des grands seigneurs. Les
jeunes filles, les veuves recherchent avec passion le titre qui fait
d'elles des femmes de la cour, et pour l'obtenir, ce titre, elles ne
reculent ni devant les dégoûts de l'âge ou de l'infirmité, ni devant les
exemples peu encourageants que leur offrent celles de leurs égales qui
ont tenté même aventure, et qui, plus d'une fois, ont eu à essuyer les
dédains de leurs nouvelles familles.
Une femme de la robe marie sa fille avec 500,000 francs de dot à un être
souillé, mais c'est un duc, et un duc, fût-il estropié à ne pouvoir
marcher, un duc se vend très cher[129].
[Note 129: Saint-Simon, _Mémoires_, t. III, ch. xxi; t. VI, ch. xix;
E. Bertin, _ouvrage cité_.]
Toutes les bourgeoises, heureusement, ne pensaient pas comme cette mère.
Lorsque Mlle Crosat va devenir princesse par son mariage avec le comte
d'Évreux, sa grand'mère maternelle prévoit les tristes suites de cette
alliance; et au milieu de l'enivrement des siens, elle garde une réserve
modeste dont la fière dignité impressionne jusqu'au plus orgueilleux des
ducs, Saint-Simon[130]. Comme Mme Jourdain, elle aurait pu dire:
«Les alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de
fâcheux inconvénients. Je ne veux point qu'un gendre puisse à ma fille
reprocher ses parents, et qu'elle ait des enfants qui aient honte de
m'appeler leur grand'maman. S'il fallait qu'elle me vînt visiter en
équipage de grande dame, et qu'elle manquât, par mégarde, à saluer
quelqu'un du quartier, on ne manquerait pas aussitôt de dire cent
sottises. Voyez-vous, dirait-on, cette madame la marquise qui fait
tant la glorieuse? c'est la fille de monsieur Jourdain, qui était trop
heureuse, étant petite, de jouer à la madame avec nous. Elle n'a pas
toujours été si relevée que la voilà, et ses deux grands-pères vendaient
du drap auprès de la porte Saint-Innocent. Ils ont amassé du bien à
leurs enfants, qu'ils paient maintenant, peut-être, bien cher en l'autre
monde; et l'on ne devient guère si riche à être honnêtes gens. Je ne
veux point tous ces caquets, et je veux un homme, en un mot, qui m'ait
obligation de ma fille, et à qui je puisse dire: Mettez-vous là, mon
gendre, et dînez avec moi[131].»
[Note 130: Saint-Simon, _Mémoires_, t. III, ch. xxxiv.]
[Note 131: Molière, _le Bourgeois gentilhomme_, acte III, scène XII.]
Ce n'étaient pas seulement les gentilshommes qui épousaient des filles
de robe ou de finance; les hommes de robe et les financiers épousaient,
eux aussi, des filles nobles et pauvres. Ces mésalliances, il est vrai,
étaient plus rares, parce que, si le gentilhomme gardait son titre,
la femme perdait le sien[132]. Aussi quels cuisants chagrins pour
l'amour-propre de ces jeunes filles! Quels dédains pour les familles
qu'elles honoraient de leur alliance! L'une d'entre elles épouse le
fils d'un laquais. Une jeune fille de grande maison est sacrifiée à un
magistrat octogénaire. La première femme de Samuel Bernard était la
fille d'une faiseuse de mouches; les deux autres sont de noble race, et
il a plus de soixante-dix ans, lorsqu'il épouse la dernière!
[Note 132: Duclos, _Considérations sur les moeurs_, ch. X.]
Les filles de la noblesse pauvre n'étaient pas les seules que l'on
jetait dans les familles de la finance.
Mme de Soyecourt veut laisser sa fortune à ses fils. Pour marier sa
fille sans dot, elle l'unit au fils d'un homme méprisé, mais riche. La
Providence la châtie en permettant que, dans une bataille, ses fils
soient tués tous les deux. Le nom et les biens de ces vaillants jeunes
gens passent dans la descendance plébéienne de leur soeur: spectacle qui
indigne Saint-Simon.
Il arrivait qu'un financier, en épousant une fille noble, lui
reconnaissait une dot et lui fixait un douaire.
Par ces mésalliances, les positions sociales se mêlent sans cependant
se confondre. Le président Le Coigneux qui, disait-on, avait un potier
d'étain pour ancêtre, tenait par ses alliances à une tête couronnée et à
un apothicaire dont les gelées de groseille étaient recherchées. De la
race de l'apothicaire sortira une princesse de Lorraine[133].
[Note 133: E. Bertin, _les Mariages dans l'ancienne société
française_.]
«Le besoin d'argent a réconcilié la noblesse avec la roture, dit La
Bruyère, et a fait évanouir la preuve des quatre quartiers....
«Il y a peu de familles dans le monde qui ne touchent aux plus grands
princes par une extrémité, et par l'autre au simple peuple[134].»
[Note 134: La Bruyère, ch. XIV, _De quelques usages_.]
L'amour aussi produisait des mésalliances.
Le cardinal de Richelieu, léguant son titre de duc à son petit-neveu,
Armand de Wignerod, et à la descendance de celui-ci, disait dans son
testament: «Je défends à mes héritiers de prendre alliance en des
maisons qui ne soient pas vraiment nobles, les laissant assez à
leur aise pour avoir plus égard à la naissance et à la vertu qu'aux
commodités et aux biens.»
Le nouveau duc de Richelieu contracta une alliance, noble, il est vrai,
mais disproportionnée à son âge et aux ambitions de son rang. Son frère
épousa, lui, la fille d'une femme de chambre de la reine Anne. La
duchesse d'Aiguillon, tante et tutrice des petits-neveux de Richelieu,
fut douloureusement blessée de leurs mariages. «Mes neveux vont de pis
en pis, disait-elle; vous verrez que le troisième épousera la fille du
bourreau[135].»
[Note 135: Bonneau-Avenant, _la Duchesse-d'Aiguillon_.]
L'amour, sentiment rare dans les alliances matrimoniales, apparaît
surtout dans les mariages clandestins que le monde et les tribunaux
mêmes traitaient avec d'autant plus d'indulgence que l'on ne savait
que trop quelle dure contrainte les parents faisaient peser sur leurs
enfants pour les marier au gré de leurs ambitions.
L'amour apparaît aussi, meurtri et sacrifié, chez ces princesses qui ne
peuvent, elles surtout, écouter la voix du coeur. Ne parlons pas de la
grande Mademoiselle qui, pour son malheur, semble avoir pu épouser
en secret le gentilhomme à qui le roi lui-même n'avait pu la marier
publiquement. Jetons un regard sur un autre spectacle. Une nuit d'été,
dans le parc de Saint-Cloud, au-dessus de la cascade, un jeune homme,
une jeune fille, «la plus belle créature que Dieu ait faite», sont
agenouillés l'un près de l'autre. Le jeune homme a noblement refusé le
sacrifice que la jeune fille voulait lui faire en l'épousant; il lui a
juré de ne se marier jamais et d'aller se faire tuer à l'armée. A son
tour, elle lui fait un serment: c'est de quitter la cour et de prendre
le voile. Il lui baise la main en pleurant. Tels sont les adieux
qu'échangent une fille du régent et M. de Saint-Maixent.
«Elle est devenue abbesse de Chelles, et il a reçu un boulet dans
la poitrine, un boulet espagnol. Il n'avait pas vingt ans!» disait
soixante-huit ans plus tard un ami de M. de Saint-Maixent, un vieux
roué de la Régence, et qui, malgré le cynisme habituel de son langage,
s'attendrissait au souvenir de ce pur amour[136].
[Note 136: Mme d'Oberkirch, _Mémoires_. Sur les excentricités de
l'abbesse de Chelles, voir Duclos, _Mémoires_, éd. de M. Barrière, et
l'Introduction de l'éditeur. Elle mourut saintement.]
Vers la fin de ce même XVIIIe siècle, la princesse Louise-Adélaïde
de Bourbon-Condé, unie par une tendre affection au marquis de la
Gervaisais, s'effraye lorsqu'elle sent que cette amitié est devenue de
l'amour. Elle dit un dernier adieu à celui qu'elle aime. Mais, comme
le fait remarquer l'éditeur de ses _Lettres intimes_[137], elle offrit à
Dieu, non un coeur tout palpitant d'une affection humaine, mais un coeur
qui avait consommé jusque dans ses dernières profondeurs l'immolation de
son amour: ce coeur était digne d'être un holocauste[138].
[Note 137: _Lettres intimes_ de Mlle de Condé à M. de la Gervaisais
(1786-1787), édition de M. Paul Viollet. Paris, 1878.]
[Note 138: Cf. ma brochure: _l'Hôtel de Mlle de Condé_, Paris, 1882.
(Extrait de la _Revue du Monde catholique_)--Dans notre siècle, la
princesse devint la fondatrice des Bénédictines du Temple.]
«De tant de mariages qui se contractent tous les jours, combien en
voit-on où se trouve la sympathie des coeurs?» demande Bourdaloue qui
déclare énergiquement que les mariages contractés sans attachement
produisent de criminels attachements sans mariage[139].
[Note 139: Bourdaloue, _Sermon pour le deuxième dimanche après
l'Épiphanie. Sur l'état du mariage_.]
Il fallait des parents chrétiens comme les Noailles, pour demander à
leur fille si son coeur ratifiait le choix qu'ils avaient fait de son
époux. Écoutons l'accent ému avec lequel le maréchal de Noailles annonce
à sa vieille mère qu'il a fiancé sa fille au comte de Guiche: «Je vous
prie de demander à Dieu d'y mettre sa bénédiction. Je n'en ai jamais
demandé aucun (mariage) à Dieu particulièrement, mais seulement celui
qui serait le meilleur pour le salut de ma fille et pour le nôtre; c'est
ce qui me fait croire que c'est sa volonté et qu'il bénira mes bonnes
intentions. Je vous prie de le bien demander à Dieu. Après avoir proposé
à ma fille tous les jeunes gens à marier et même ceux à qui nous ne
prétendions pas, elle nous dit, à sa mère et à moi, qu'elle aimait mieux
M. le comte de Guiche et M. d'Enrichemont, et de ces deux derniers le
comte de Guiche; elle s'est mise à pleurer lorsque nous lui avons dit la
chose, et à témoigner une modestie et une honnêteté dont tout le monde a
été très content: vous l'auriez été fort, si vous l'aviez vue[140].»
[Note 140: L'auteur des _Mariages dans l'ancienne société française_,
M. E. Bertin, a trouvé ce document dans le _Recueil des lettres
concernant la famille de Noailles_, Bibliothèque nationale, mss. 6919.]
Le coeur se repose quand, au milieu de tous les scandaleux agissements
qui font d'un lien sacré un marché, l'on entend cette voix paternelle
qui considère dans le mariage le bonheur et la sanctification des époux.
Et, même dans un milieu moins imprégné de la pensée chrétienne, lorsque
l'on voit une jeune fille, non plus sacrifiée à l'orgueil de sa famille,
mais trouvant dans son mariage la réalisation de ses voeux, on conçoit
le ravissement avec lequel Mme de Sévigné contemple ce charmant
spectacle: «La cour est toute réjouie du mariage de M. le prince de
Conti et de Mlle de Blois. Ils s'aiment comme dans les romans. Le roi
s'est fait un grand jeu de leur inclination. Il parla tendrement à sa
fille, et l'assura qu'il l'aimait si fort, qu'il n'avait point voulu
l'éloigner de lui. La petite fut si attendrie et si aise, qu'elle
pleura. Le roi lui dit qu'il voyait bien que c'est qu'elle avait de
l'aversion pour le mari qu'il lui avait choisi; elle redoubla ses
pleurs: son petit coeur ne pouvait contenir tant de joie. Le roi conta
cette petite scène, et tout le monde y prit plaisir. Pour M. le prince
de Conti, il était transporté, il ne savait ni ce qu'il disait ni ce
qu'il faisait; il passait par-dessus tous les gens qu'il trouvait en
chemin, pour aller voir Mlle de Blois. Mme Colbert ne voulait pas qu'il
la vît que le soir; il força les portes, et se jeta à ses pieds, et
lui baisa la main. Elle, sans autre façon, l'embrassa, et la revoilà à
pleurer. Cette bonne petite princesse est si tendre et si jolie, que
l'on voudrait la manger. Le comte de Gramont fit ses compliments, comme
les autres, au prince de Conti: «Monsieur, je me réjouis de votre
mariage; croyez-moi, ménagez le beau-père, ne le chicanez point, ne
prenez point garde à peu de chose avec lui; vivez bien dans cette
famille, et je réponds que vous vous trouverez fort bien de cette
alliance.» Le roi se réjouit de tout cela, et marie sa fille en faisant
des compliments comme un autre, à M. le prince, à M. le duc et à Mme la
duchesse, à laquelle il demande son amitié pour Mlle de Blois, disant
qu'elle serait trop heureuse d'être souvent auprès d'elle, et de suivre
un si bon exemple. Il s'amuse à donner des transes au prince de Conti.
Il lui fait dire que les articles ne sont pas sans difficulté; qu'il
faut remettre l'affaire à l'hiver qui vient: là-dessus le prince
amoureux tombe comme évanoui; la princesse l'assure qu'elle n'en aura
jamais d'autre. «Cette fin s'écarte un peu dans le don Quichotte»,
ajoute la railleuse marquise; «mais dans la vérité il n'y eut jamais
un si joli roman[141]». Roman qui devait avoir un triste et prosaïque
dénouement! Si la tendresse basée sur l'estime est une condition
essentielle du mariage, il est dangereux d'apporter dans ce lien sacré
les illusions passionnées, romanesques, que la réalité vient trop
souvent détruire. Peut-être serait-il moins périlleux de ne ressentir
qu'une indifférence que pourraient faire fondre cette communauté
d'existence et cette mutuelle estime qui produisent à la longue de
solides attachements.
[Note 141: Mme de Sévigné, _Lettres_, 27 décembre 1679.]
Avant le mariage on exposait les dons qu'avait reçus la mariée. «On
va voir, comme l'opéra, les habits de Mlle de Louvois: il n'y a point
d'étoffe dorée qui soit moindre que de vingt louis l'aune[142]». Quand une
autre fille de Louvois épouse le duc de Villeroi, on expose pendant deux
mois les superbes dons nuptiaux. Les Louvois marient-ils leur fils, M.
de Barbezieux, les souvenirs qu'ils offrent à la fiancée, Mlle d'Uzès,
valent plus de 100,000 francs[143].
[Note 142: Mme de Sévigné, _Lettres_, 10 novembre 1679.]
[Note 143: Bertin, _ouvrage cité_.]
Dans un contrat de 1675, la corbeille de mariage donnée par le sire de
la Lande comprenait, avec une splendide croix de diamants et une montre
«marquant les heures et les jours du mois», des pièces d'argenterie,
«une tapisserie d'haulte-lisse pour une chambre, une tapisserie de cuir
doré pour une autre», des meubles et même un attelage[144]. M. de la Lande
ajoutait galamment à l'apport de sa fiancée cette belle corbeille dans
laquelle les pièces de ménage et le carrosse à deux chevaux remplaçaient
les robes et les chiffons qui, au XIXe siècle, forment le luxe d'une
corbeille.
[Note 144: _Les savants Godefroy_, Mémoires d'une famille, etc.]
Le concile de Trente avait prescrit la publication des bans avant le
mariage, ainsi que la présence des témoins à la bénédiction nuptiale.
L'ordonnance de Blois fit passer dans la législation française ces
utiles dispositions.
La solennité religieuse des fiançailles, la cérémonie nuptiale étaient
accompagnées de fêtes qui, dans les familles riches, avaient parfois un
grand éclat; c'étaient des festins, des bals, des illuminations[145]. Dans
des maisons plus modestes on s'amusait fort aussi. Une lettre écrite en
1671 par un gentilhomme de la robe, nous donne de curieux détails sur
une noce parisienne. On danse entre le déjeuner et le souper, tous deux
magnifiques, et l'on danse encore après ce second repas jusqu'à deux
heures du matin. «Ce que j'ay trouvé de meilleur, ajoute le jeune
invité, c'est qu'après tous les mets dont il y avait pour nourrir
mille personnes, on a distribué des sacs de papier pour emporter des
confitures chacun à son logis[146]». Ce dernier trait, essentiellement
bourgeois, dénote bien les habitudes de bonhomie patriarcale qui se
conservaient alors dans bien des familles de robe.
[Note 145: Mme de Sévigné, _Lettres_, 29 novembre 1679, etc.]
[Note 146: Lettre du 15 mai 1671, _Les savants Godefroy_, Mémoires
d'une famille, etc.]
La mariée devait, le lendemain du mariage, recevoir sur son lit les
compliments d'une foule de gens «connus ou inconnus» et qui accouraient
là comme à un spectacle dont l'inconvenance révolte justement La
Bruyère[147].
[Note 147: La Bruyère, _Caractères_, ch. vii, De la Ville.]
J'aime mieux la touchante pensée qui, à ce lendemain de noce, plaçait
une fête religieuse: l'action de grâces.
Dans les familles uniquement préoccupées des intérêts terrestres,
c'était surtout par des plaisirs que l'on célébrait ces mariages
auxquels présidaient trop souvent la vénalité, l'ambition. Mais, dans
les maisons chrétiennes où l'on veillait avant tout à unir deux
âmes immortelles, les fêtes nuptiales cédaient le pas aux graves
enseignements que des parents dignes de ce nom donnaient à leurs
enfants. Avant le mariage, le père les rappelait à son fils[148]. La mère,
l'aïeule ou, à défaut de l'une ou de l'autre, le père écrivait pour sa
fille ou sa petite-fille des conseils fondés sur l'expérience de la vie
et qui initiaient la jeune personne aux grands devoirs qu'elle était
destinée à remplir[149]. Le jour même du mariage, avant le souper, la
noble mère dont j'ai déjà cité le nom, Mme la duchesse d'Ayen, s'enferme
avec sa fille, Mme de Montagu, et, pour dernière instruction, lui lit
des pages de cet admirable livre de Tobie[150] où les familles pieuses
aiment à chercher leur modèle[151].
[Note 148: Lettre du prince de Craon à son fils, le prince de Beauvau,
au moment de son mariage. 10 mars 1745. (Appendice de l'ouvrage
intitulé: _Souvenirs de la maréchale princesse de Beauvau_, suivis des
_Mémoires du maréchal prince de Beauvau_, recueillis et mis en ordre par
Mme Standish, née Noailles, son arrière-petite-fille. Paris, 1872.)]
[Note 149: Duchesse de Liancourt, _Règlement_ donné à sa petite-fille,
Mlle de la Roche-Guyon; duchesse de Doudeauville, avis à sa fille. Voir
aussi l'ouvrage de M. de Ribbe, _les Familles et la Société en France
avant la Révolution_.]
[Note 150: _Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu_.]
[Note 151: Ch. de Ribbe, _la Vie domestique, ses modèles et ses
règles_, d'après les documents originaux.]
C'est avec une émotion religieuse que le soir de son mariage, l'époux
chrétien écrivait dans son _Livre de raison:_ «Fasse le ciel que ce soit
pour un heureux establissement et pour l'honneur et la gloire de Dieu,
afin que, s'il me donne des enfants, ils soient élevés pour l'honorer et
le servir[152].»
[Note 152: _Livre de raison_ de Balthazar de Fresse-Monval, 27 janvier
1684, manuscrit cité par M. de Ribbe, _la Vie domestique_. Le fils de
Balthazar, Antoine, se sert à peu près textuellement des mêmes paroles
le jour où il se marie. _Id._]