FIN.

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_La rubrique et fallace du monde, pasquin excellent._

_A Paris._ 1622.

In-8.

Voicy le siècle methodique

Où l'on voit la belle pratique

De servir Dieu mondainement

Et d'estre mondain sagement.

Il faut hanter les monastères

Et sçavoir en toutes matières

De nos devostes le babil;

Avoir un directeur subtil

Quy vous enseigne la méthode

De vous confesser à la mode;

Quy entende le compliment,

Et surtout qui soit indulgent;

Qu'en des scrupules ne vous mette,

Ains que plustost il vous permette

Poudres et frisons et bouquetz,

Et tous les petits affiquetz,

Pour, d'une façon non commune,

Quy n'est nullement importune,

Pratiquer la devotion

En diverse condition,

Chacun selon sa fantaisie,

Sans qu'il faille (quoy que l'on die),

Se priver du contentement

Qu'on prend à son habillement:

Car, pour estre un peu bigarrée

Et à la mode apropriée,

Cela n'empesche nullement

De vivre bien devotement.

La gorge honestement ouverte,

D'un petit quintain[245] clair couverte,

Lequel, se tournant à tous coups,

Monstre ce qu'il y a dessoubz.

Pierres brillantes, pierreries,

Ce sont de pures resveries

D'un faible cerveau, quy a dict

Qu'on cognoit le moine à l'habit.

Si parfois on a l'ame atteinte

De quelque devotion feinte,

Il faut avec humilité

Reclamer la divinité.

Lors à dix heures on s'esveille,

Et de bonne heure on s'apareille

Pour se confesser de bon coeur

Et recepvoir son createur.

On se met au confessionnal

Avec un maintien fort esgal,

Puis la petite coiffe claire

Sert d'ornement à tout l'affaire,

Quy, encore qu'avec les yeux,

Elle cache aussi les cheveux.

C'est une methode si belle,

Qu'on peut jouer de la prunelle

Et facilement regarder

Ce quy peut le plus contenter.

A tout cecy l'on trouve excuse

Et d'un terme souvent on use:

C'est que la bonne intention

Rend parfaite toute action.

Ainsi la femme mariée

Pour son mary sera parée,

Quy ne s'en soucie nullement;

Plustost le mecontentement

Qu'il a de sa grand braverie

Forge en son coeur la jalousie.

La fille doit se faire veoir,

Si elle veut bien se pourveoir;

Il faut qu'elle se rende aimable,

Afin qu'estant plus desirable,

Quelque party advantageux

Contente son coeur courageux.

Mais, las! la pauvrette, trompée,

A la fin du jeu est pipée

Par quelque trop leger amant:

Car il arrive rarement

Que les hommes, pleins de malice,

S'attrapent par cest artifice;

Ils cherchent de l'argent content

Et se donnent au plus offrant.

Mais si quelqu'une plus zelée

Et d'un saint desir attirée

Veut prendre avec humilité

L'habit, en sa simplicité,

Je luy donneray pour modelle

En la vie spirituelle

Des sainctes devostes d'humeur

La modestie et la douceur,

Et surtout la grande prudence

Quy reluit dans leur excellence,

La coiffe et les petits colletz,

Les grands croix et gros chappeletz;

Gaigner toujours quelque indulgence

Pour adoucir sa penitence,

Visiter fort les capucins,

Les minimes, les jacobins,

Principalement les jesuites,

Pour estre bonnes casuistes;

Mepriser la mondaineté

Et blasmer fort la vanité,

Cheminant la veüe baissée

D'une façon mortifiée,

Delaissant en cette façon

Toute la pompe à la maison,

Car les belles tapisseries,

Les lits de soie, les broderies,

Avec les vaisselles d'argent,

C'est leur commun ameublement.

Il court encore une manie

De certaine theologie

Pour asseurer l'entendement

De ceux quy vont plus simplement,

Ne sachant encor la pratique

Comme on peut, en bon catholique,

S'accommoder du bien d'autruy,

Pourveu que Dieu en soit servy

Et que pour nous ils fassent croire

Que c'est pour sa plus grande gloire,

Bien que par son commandement

Il le desfende absolument.

Par la voye extraordinaire,

Sans doute cela se peut faire,

Car les bons theologiens

Sont savants méthodiciens

Et trouvent par leur suffisance

Que c'est en bonne conscience.

S'il entre dans quelque famille

Quelqu'enfant qui soit malhabille,

Aussi tost il est destiné

Et par arrest predestiné

Qu'il sera bon ou mauvais moine,

Afin que de son patrimoine

On fasse une meilleure part

A ceux quy n'auroient que le quart;

Ou s'il advient qu'on apprehende

Des filles la charge trop grande,

Par forme de devotion,

On les met en religion.

Mais c'est plus tost un bon menage[246]

Pour espargner leur mariage;

On forcera leur volonté

Pour les mestre en captivité,

Dessoubz une reigle asservies,

Dont elles n'auront nulle envie.

Il faut parler avec honneur

De nos evesques de faveur,

Dont l'evesché est en tutelle

Pendant qu'ils sont à la mamelle,

Et, sans prolonger, sont mittrez

Auparavant d'estre sevrez.

Chacun a plusieurs abbayes

Priorez et commanderies,

Comme l'on voit les seculiers

Avoir des femmes à milliers.

Une favorable dispense

Vous donnera toute l'essence

D'estre abbé, evesque ou curé,

Sans qu'on soit escolier juré,

Ny qu'on sache en nulle manière

Dire service ou brevière;

L'assistance d'un suffragant,

Va tout cela accomodant.

Je n'en veux dire davantage,

Mettant mon perroquet en cage,

Ne croyant, sauf meilleur advis,

Qu'on aille ainsy en Paradis,

Si Dieu, par un miracle estrange,

Selon la mode ne se change.

[Note 245: Le _quintin_ étoit une toile fort fine et fort claire, dont

on faisoit des collets et des manchettes.]

[Note 246: Une bonne économie. Quand Sganarelle, d'après Panurge,

parle de vivre en ménage, il veut dire vivre d'économie (_le Médecin

malgré lui_, acte I, sc. 1). V. encore, sur l'emploi de ce mot,

Tallemant, édit. in-12, t. IX, p. 48.]

Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 46 / 61 题