[Note 188: Ces préceptes, Ruskin ne les a peut-être trouvés que dans

son intelligence, ils sont plus émouvants pour nous qui les avons vu

vivre, qui les avons recueillis sacrés et vivants ayant traversé des

générations en passant d'une pensée à une autre pensée (de la

pensée de la mère éducatrice à la fille éduquée) ou ils

s'incorporaient, s'assimilaient, dirigeant et modifiant les fonctions de

la vie spirituelle. Nous les avons recueillis dans le cœur infiniment

pur, dans l'intelligence infiniment noble de femmes qui avaient été

élevées d'après eux par des mères trop pures aussi pour craindre le

mal pour elles-mêmes ou pour leurs filles, trop élevées d'esprit pour

ne pas craindre la frivolité. Il y eut ainsi, à un certain moment,

dans certaines familles de la bourgeoisie française, une sorte

d'ardente religion de l'intelligence transmise à leurs filles par des

mères qui ne redoutaient pour elle qu'un contact dangereux, celui de la

vulgarité. Des mots crus que pouvait renfermer Molière, des situations

hardies que pouvait renfermer George Sand, on n'en avait cure, la mère

sachant que sa fille n'y songerait même pas. L'absence de pudibonderie

n'était que la sainte confiance d'un cœur inaccessible aux curiosités

malsaines, qui ne se disait même pas qu'il y était inaccessible, car

il ne pouvait les concevoir. Par de telles mères, des femmes furent

élevées dont la puissance intellectuelle et la grandeur morale ne

furent jamais dépassées. On ne peut s'empêcher de le dire en

retrouvant, en reconnaissant ici ces mots bénis qui avaient dirigé

leur jeunesse, écarté d'elles la frivolité, entretenu en elles, avec

une simplicité délicieuse, le feu sacré. (Note du traducteur.)]

[Note 189: M. de Montesquieu disait d'un jeune artiste qui, depuis,

l'avait payé d'ingratitude: «Moi qui l'ai taillé comme un if!»]

[Note 190: Wordsworth. Je crois que j'ai donné dans une note de la

traduction de la _Bible d'Amiens_ des extraits (à propos de la

cathédrale de Chartres) du chapitre de Val d'Arno intitulé: Franchise.

À la fin de ce chapitre Ruskin cite ces vers de Wordsworth et associe

l'idéal féminin qu'ils évoquent à la Libertas de la cathédrale de

Chartres, à la Débonnaireté de Westminster, à la Diana Vernon de

Scott, à Antigone et à Alceste, pour les opposer toutes à une moderne

danseuse de cancan, à la «Liberté selon Stuart Mill et Victor Hugo».

(Note du traducteur.)]

[Note 191: «Nous avons convenu avec la marquise que, chaque fois que je

serais de trop au salon, elle me dirait: «Je crois que la pendule

retarde.» (Lettre de Mlle de Saint-Geneix, dans le marquis de Villemer,

cité de mémoire.) Mais la marquise de Villemer était intelligente et

bonne. Je connais en revanche des gens qui se croient très élégants

et d'une culture raffinée, qui ont prié le professeur de français de

leur fille, personne tout à fait remarquable, de passer par l'escalier

de service dans l'après-midi «pour ne pas rencontrer les visites».

(Note du traducteur.)]

[Note 192: «Jeanne d'Arc», d'après l'histoire de France de M.

Michelet. Œuvres de Quincey, vol. III, p. 217. (Note de l'auteur.)]

[Note 193: Psaume CXX. (Note du traducteur.)]

[Note 194: I Rois, 22, 17, dont on peut rapprocher, mais en moins

complète ressemblance avec le texte de Ruskin, Nombres, XXVII, 17. Le

texte des Rois est reproduit dans saint Mathieu, IX, 36. (Note du

traducteur.)]

[Note 195: Exode, XXVII, 6. (Note du traducteur.)]

[Note 196: Actes, XVII, 23. (Note du traducteur.)]

[Note 197: Comparez Lectures on Art, § 39: «Vexilla regis prodeunt.»

Oui, mais _de quel roi_? Il y a deux oriflammes; laquelle

planterons-nous sur les plus lointaines îles,--celle qui flotte dans

les flammes du ciel, ou celle qui pend en son vil tissu d'or

terrestre?» (Note du traducteur.)]

[Note 198: Allusion probable à I Psaumes, 89, 15, et peut-être aussi

à Isaïe, XVI, 5. (Note du traducteur.)]

[Note 199: Je voudrais qu'on instituât, pour la jeunesse anglaise d'une

certaine classe, un véritable ordre de chevalerie dans lequel jeunes

gens et jeunes filles à un âge donné seraient admis, à bon escient,

au rang de chevalier et de dame; rang accessible seulement après un

examen décisif, une épreuve qui porterait à la fois sur le caractère

et sur le talent: et d'où l'on serait déchu si l'on était convaincu,

par ses pairs, d'une action déshonorante. Une telle institution serait

parfaitement possible, et avec elle tous les nobles résultats qu'elle

comporte, chez une nation qui aimerait l'honneur. Le fait qu'elle ne

soit pas possible chez nous, ne peut en rien discréditer ce projet.

(Note de l'auteur.)]

[Note 200: Au cours de Sésame et les Lys (et nous ne pouvions pas le

noter chaque fois) nous voyons ainsi Ruskin faire souvent semblant

d'accorder quelque chose au mal, de concéder aux faiblesses humaines.

Loin de mépriser les sensations, il trouvera que plutôt nous n'en

avons pas assez (§ 27), que les formes de la joie sont plus importantes

encore que celles du devoir (§ 36). À la page précédente, il

exaltait la soif du pouvoir. Et tout à l'heure il va dire que jamais

une femme ne souhaitera assez être grande dame et n'aura jamais d'assez

nombreux vassaux. Mais dès qu'il s'explique, la concession se trouve

retirée: il fallait seulement s'entendre sur le sens des mots. Du

moment que «les passions» signifient l'amour de la vérité, et

l'«ambition mondaine» la charité, le plus sévère médecin de notre

âme, peut nous en permettre l'usage. En réalité, ce qui est défendu

par une morale reste défendu par toutes les autres, parce que ce qui

est défendu c'est ce qui est nuisible et qu'il ne dépend pas du

médecin de l'âme d'en changer la constitution. Les apparences seules

sont renouvelées et le régime tout au plus «aromatisé» au parfum des

choses défendues. Une morale du plaisir est au fond une morale de

devoir. Le nom seul nous est concédé. (Je ne parle ici qu'à propos de

Ruskin, bien entendu, et ne prétends pas méconnaître la profonde

diversité des morales, malgré l'identité des régimes qu'elles nous

prescrivent, et ce qu'elles gardent chacune de diffèrent et qu'elles

tiennent de leur origine, utilitaire, mystique, etc,). Mais ou peut se

demander si la meilleure manière d'habituer un malade à prendre du

lait est d'y mêler une goutte de cognac, et n'est pas plutôt de lui

apprendre tout de suite à aimer le goût même du lait. Ici cette

conception «flatteuse pour l'amour-propre» du devoir social manque en

réalité son but. Quand une femme désire être lady, elle ne se soucie

pas de l'étymologie du mot, mais des privilèges mondains qui y sont

attachés. Et si elle était une «lady» dans le sens que dit Ruskin,

c'est-à-dire si elle souhaitait seulement être femme de bien, elle ne

souhaiterait pas (ou, en elle, ce ne serait pas la même personne qui le

souhaiterait) être appelée «lady».--(Je ne parle pas de celles qui,

de tous temps, ont été «ladies». Chez celles-là, la volonté

d'être appelées «lady» correspond à quelque chose d'absolument

naturel et légitime, et aussi étranger au snobisme que la volonté

d'un général d'être appelé mon général). Lui donner ce petit

appât du titre de lady pour l'aider à faire le bien, c'est cultiver

son amour-propre pour accroître sa charité, c'est-à-dire quelque

chose de contradictoire, comme nous avons déjà vu Ruskin nous

autoriser à être ambitieux pourvu que nous soyons d'abord philosophes.

Une philosophie ou une charité à qui le snobisme sert de seuil ou de

terme, voilà une philosophie et une charité qui ne se conçoivent pas

bien clairement. Sans doute je force ici, et bien grossièrement, la

pensée de Ruskin. Et sans doute le mot «lady» n'a pas ici son sens

strict. Mais enfin malgré tout il en garde quelque chose (il est un peu

un de ces mots «masqués» contre lesquels Ruskin nous met en garde et

ne se met pas assez en garde lui-même) et introduit dans la pensée du

lecteur ces gracieuses confusions ou se plaisent aussi certains

écrivains français quand ils mêlent,--en parlant comme de choses

analogues--la «noblesse» du talent, «la noblesse» de la

«naissance» et du caractère. La noblesse de la naissance, cela veut

dire être duc, etc. Et sans doute dans l'ordre des grandeurs de la

chair et comme facteur social, et pour tous les sentiments que cela met

en jeu... chez les autres, cela est important. Mais c'est un pur

calembour de rapprocher cela de la «noblesse» au sens spirituel; il

est fort utile de se rendre compte du sens des mots, de ne pas tout

mêler et, de tant d'idées confondues, de ne pas faire sortir une

prétendue aristocratie de l'intelligence qui emprunte à l'aristocratie

de naissance son système de filiation par le sang, non par l'esprit,

pour l'appliquer à la noblesse de l'esprit et finalement fait un

«noble» (dans tous les sens du mot qui en réalité alors n'en a plus

alors aucun) du neveu de Michelet. (Inutile de dire que j'ignore s'il

existe un neveu de Michelet et que j'ai pris ce grand nom au hasard.)

(Note du traducteur.)]

[Note 201: «Breadgiver» ou «Loaf giver». Bread est le pain. Loaf

c'est un pain, une miche, c'est-à-dire le pain avec la forme que lui à

donnée le boulanger. (Note du traducteur.)]

[Note 202: Saint Luc, XXIV, 30-35. Comparez une autre application du

même texte dans Lectures on Art: «Et l'art chrétien ne sera de

nouveau possible que quand il... se fera reconnaître, comme fit son

Maître, _en rompant le pain_» (Lectures ou Art, IV, 16). Il est vrai

que l'Index de «Lectures on Art» donne comme référence à ce

passage: Actes, II, 42. Mais en se reportant à l'un et l'autre texte,

le lecteur verra que la référence au texte de saint Luc, pour être

moins littérale, est plus exacte en esprit. (Note du traducteur.)]

[Note 203: Rapprochez la _Bible d'Amiens_ sur David: «Roi et Prophète,

symbole de toute Royauté divinement bienfaisante (Divinely _right

doing_)» (_Bible d'Amiens_, IV, 32), et la Couronne d'Olivier sauvage:

«Lui (le roi) dont la royauté signifie seulement que sa fonction est

d'être envers chacun bienfaisant (_right doing_) » (III, la Guerre).

(Note du traducteur.)]

[Note 204: Comparez la Couronne d'Olivier sauvage: «La véritable

épouse dans la maison de son mari est une servante. C'est dans son

cœur qu'elle est reine.» (Note du traducteur.)]

[Note 205: Isaïe, IX, 5, Ruskin fait souvent allusion à ce verset,

notamment: _Bible d'Amiens_, IV, 52, Unto this last, § 44, la Couronne

d'Olivier sauvage, § 31. (Note du traducteur.)]

[Note 206: J'emprunte cette allitération, qui rend assez bien le

«rule» et «mis-rule» du texte, à l'Union pour l'action morale

(Bulletin du 15 février 1896).]

[Note 207: Allusion à cette réponse d'Othello à Emilia: «Si elle

avait été fidèle--quand le ciel m'aurait offert un autre

univers--formé d'une seule topaze massive et pure--je ne l'aurais pas

cédée en échange.» (_Othello_, scène XVI.) (Note du traducteur.)]

[Note 208: Tennyson, Maud. (Note du traducteur.)]

[Note 209: Tennyson, nous dit la «Library Edition», se montra piqué

de cette interprétation. «Le jour même, dit-il à Thomas Wilson, où

j'écrivis cela, je vis les marguerites toutes roses à Maidens Croft et

j'avais envie d'en envoyer une à Ruskin avec cette suscription: «un

mensonge pathétique.» Sur ces derniers mots, voir la note page 222.

(Note du traducteur.)]

[Note 210: Cité de la description d'Ellen Douglas dans la Dame du Lac

de Walter Scott, nous dit la «Library Edition». (Note du traducteur.)]

[Note 211: Cantique des Cantiques, IV, 16.]

[Note 212: Voir la note de la page 138. (Note de l'auteur.)]

[Note 213: «Et là m'apparut... une Dame seule, laquelle s'en allait

chantant, et cueillant l'une après l'autre les fleurs dont sa route

était émaillée. Comme une femme en dansant tourne à terre sur

elle-même et les pieds serrés, mettant à peine un pied devant

l'autre, ainsi sur les petites fleurs vermeilles et jaunes, elle se

tourna vers moi, semblable à une vierge qui baisse ses yeux modestes.»

(Divine Comédie, Purgatoire, chant XXVIII). Selon Mme Lucie

Félix-Faure Goyau, Shelley, qui cite un fragment de la rencontre avec

Mathilde, dans sa correspondance, s'est peut-être souvenu «des pages

légers de Mathilde sur le sol embaumé pour évoquer la dame du Jardin,

dans le poème de la Sensitive, celle dont le pied semblait avoir

compassion de l'herbe qu'il foulait». (Lucie Félix-Faure, les Femmes

de l'œuvre de Dante, page 218.) Voir donc assemblés Dante, Tennyson,

Ruskin et Shelley. (Note du traducteur.)]

[Note 214: Tennyson, Maud.]

[Note 215: L'Union pour l'action morale dit «avec l'essor d'un clocher

béni», ce qui est très acceptable; j'invoque en faveur du sens que

j'ai adopté, non d'ailleurs sans hésitation, l'autorité de M. de la

Sizeranne. (Cf. La Religion de la Beauté, p. 148.) (Note du

traducteur.)]

[Note 216: Ces vers de Maud sont cités par Ruskin comme exemple

«exquis» de «mensonge pathétique» dans le chapitre de Modern

Painters qui porte ce titre (volume III). (Note du traducteur.)]

[Note 217: Cantique des Cantiques, II, 15. (Note du traducteur.)]

[Note 218: Saint Jean, XX, 15. Ruskin a fait des mêmes versets un bel

usage dans Fors Clavigera: «Rappelez-vous seulement des jours où le

Sauveur des hommes apparut aux yeux humains, se levant du tombeau pour

rendre manifeste son immortalité. Vous pensiez sans doute qu'il était

apparu dans sa gloire, d'une surnaturelle et inconcevable beauté? Il

apparut si simple dans son aspect, dans ses vêtements, que celle qui,

de toute la terre, pouvait le mieux le reconnaître, l'apercevant à

travers ses larmes, ne le reconnut pas. Elle le prit pour «le

jardinier». (Fors Clavigera, lettre XII). Comparez Victor Hugo, la fin

de Satan: «Madeleine croira que c'est le jardinier.» (Note du

traducteur.)]

[Note 219: Genèse, III, 24. Voir une belle application de ce texte dans

Modern Painters: «Et il mit à l'orient du jardin un chérubin à

l'épée flamboyante.»--«Ces flammes sont-elles inextinguibles et

vraiment ne peut-on plus passer à travers les portes qui gardent le

chemin? Ou plutôt n'est-ce pas que nous ne désirons plus y entrer?...

Tant que nous aimerons mieux combattre notre prochain que nos fautes,

etc.; en vérité l'épée flamboyante se mettra en travers de tout

chemin et les portes de l'Eden resteront fermées, jusqu'au jour où

nous aurons rentré au fourreau les pointes plus enflammées encore de

nos passions, etc.» (Modern Painters, partie VI, § 51.) (Note du

traducteur.)]

[Note 220: Allusion à saint Luc, IX, 58: «Mais Jésus lui répondit:

Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le

Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête.» Comparez avec la

Couronne d'Olivier sauvage: «ces Chasses gardées grâce auxquelles...

a été réalisé mot à mot ou plutôt en fait dans la personne de Ses

pauvres ce que leur Maître disait de lui-même, que les renards et les

oiseaux avaient des demeures, mais que Lui n'en avait point.»

(Conférence I, Le Travail.) (Sur le même verset encore, voir Eagles

Nest.) Avec cette ingéniosité merveilleuse qui, commentant les

Évangiles à l'aide de l'histoire et de la géographie (histoire et

géographie d'ailleurs forcément un peu hypothétiques), il donne aux

moindres paroles du Christ un tel relief de vie et semble les mouler

exactement sur des circonstances et des lieux d'une réalité

indiscutable, mais qui parfois risque par là-même d'en restreindre un

peu le sens et la portée, Renan, dont il peut être intéressant

d'opposer ici la glose à celle de Ruskin, croit voir dans ce verset de

saint Luc comme un signe que Jésus commençait à éprouver quelque

lassitude de sa vie vagabonde. (Vie de Jésus, page 324 des premières

éditions.) Il semble qu'il y ait dans une telle interprétation, retenu

sans doute par un sentiment exquis de la mesure et une sorte de pudeur

sacrée, le germe de cette ironie spéciale qui se plaît à traduire,

sous une forme terre à terre et actuelle, des paroles sacrées ou

seulement classiques. L'œuvre de Renan est sans doute une grande

œuvre, une œuvre de génie. Mais par moments on n'aurait pas beaucoup

à faire pour voir s'y esquisser comme une sort de Belle Hélène du

Christianisme. (Note du traducteur.)]

Sésame et les lys: des trésors des rois, des jardins des reines · 第 16 / 16 段