ANATOLE DE MONTAIGLON.]

La frayeur qui nous espouvante,

Poussée d'un injuste courroux,

Nous a faict d'une voix tremblante

Vous dire humblement à genoux:

_Salve, Regina_.

Nous voyons qu'une grand' misère

Nous viendra saisir pour jamais,

Si vous, ô reyne debonnaire,

Vous ne vous montrez desormais

_Mater misericordiæ_.

C'est à vous que nos voeux s'adressent

Pour obtenir nostre pardon;

Desjà les poursuites nous pressent;

Ne nous laissez à l'abandon,

_Vita, dulcedo_.

En vous seule est nostre asseurance,

Delivrez nous d'un tel méchef;

Car sous cette seule esperance

Nous venons dire de rechef:

_Et spes nostra, salve_.

Helas! ne soyez courroucée

Des outrages par nous commis,

Puisque, craignant ceste menée

Que nous trassent nos ennemis,

_Ad te clamamus_.

Ouy, nous crions d'une voix haute:

Reine mère, priez pour nous;

Faites pardonner nostre faute,

Ou bien nous sommes presque tous

_Exules filii Evæ_.

Et ceux qui sont sous garde seure

Et qui sont venus des derniers,

Madame, vous disent à cet heure

Qu'ils sont detenus prisonniers:

_Ad te suspiramus, gementes et flentes_.

Quand nous voyons un camarade

Qu'on emmène dans les prisons,

Nous aymerions mieux battre l'estrade

Qu'estre, nous et nos compagnons,

_In hac lacrymarum valle_.

Après avoir préveu l'orage,

Nous nous sommes mis à prier,

Ayant jugé qu'estant en cage

On nous contraindra de crier

_Eya_!

Et, voyant que personne n'ose

Venir deferer des premiers,

Qu'est-ce qu'on demande autre chose,

Sinon nous tenir prisonniers?

_Ergo_,

On veut remettre cette faute

Sur nous, et, ce qui est le pis,

C'est que l'on le dit à voix haute;

Soyez vers le Roy vostre fils

_Advocata nostra_.

Vous le pouvez, ô grande Reyne!

Un chacun de nous le prevoid.

Changez en douceur ceste haine;

Chacun l'espère, car on void

_Illos tuos misericordes oculos_.

Le bruit de nos malheurs s'embarque

Sur le ponant et au levant;

L'amitié d'un si grand monarque

Est comm' elle estoit auparavant

_Ad nos convertere_.

Rendez la liberté perdue

Par tous ces accidens divers;

Vostre clemence assez congnue

L'on chantera par l'univers

_Et Ludovicum benedictum_.

Au lieu d'un superbe carosse,

D'une lictière ou de mulets,

On nous menasse d'une fosse;

Intercedez donc, s'il vous plaist,

_Fructum ventris tui_.

Ostez nous la peur des supplices

Puis qu'en prison nous sommes mis

Et nos estats et nos offices

Que desjà l'on declare unis,

_Nobis post hoc exilium ostende_.

Nous avons merité la haine

Ou un semblable traictement;

[Mais] c'est une chose incertaine

Que vous usiez de chastiment,

_O clemens_!

Nostre confession de bouche,

La satisfaction du pecheur,

Et la contricion nous touche

Jusqu'au centre de nostre coeur,

_O pia_!

Ces bons Pères, qui sont si sages,

Nous ont promis dans peu de jours

La meilleur par[t] de leurs suffrages

Et nous à eux de nos secours.

_O mater Maria_!

Quand vous direz au Roy, Madame:

«Pardonnez à vos prisonniers»,

Vous verrez que de coeur et d'âme

Ils crieront tous les premiers:

_Amen_.

_Le Purgatoire des Prisonniers, envoyé au Roy[278]._

[Note 278: Cette pièce et la suivante, qui continuent le

_Salve Regina_, sont imprimées ensemble et forment deux

cahiers in-8 sous les signatures A-B. Le premier feuillet

offre le titre du _Purgatoire_; les pages 3 à 10 cette

pièce, imprimée en romain, à 32 lignes à la page, et sans

que les strophes soient distinguées l'une de l'autre, même

par un alinéa; le 6e feuillet offre le titre:

_L'emprisonnement D. C. D. presenté au Roy_, qui est imprimé

en italique et occupe les pages 13 à 16; elles ont le même

nombre de lignes que celles du commencement. Le tout est

imprimé d'une façon très incorrecte, et la ponctuation en

particulier dépasse comme absurdité toutes les bévues

permises; je la restitue comme toujours.]

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 22 / 60 题