Un _devanteau_ de toile à créneaux rayonnés.]

[Note 189: Sur cette prétention des bourgeoises à se faire

appeler _dames_ et _damoiselles_, V. notre t. 1, p. 309.]

[Note 190: Le busque étoit de bois, d'ivoire ou de baleine;

on le mettoit dans le corps de jupe et on l'en ôtoit à

volonté. De Cailly s'adresse, dans l'une de ses plus jolies

pièces, à un busque dont il avoit fait don à l'_incomparable

Orante_:

Busque, si proprement tourné

Et de petites fleurs orné, etc.]

* * * * *

_Apologie pour la satyre._

On peut remarquer aisément que ceste satyre a esté comme le symptome

de la reformation qui commence à operer, et dont nous esperons quelque

bonne crise; pour moy, j'estime que poëte satyrique et sevère censeur

ne sont qu'une mesme chose, puisque la satyre est une sorte de poësie

où l'on trouve des pointes aiguës contre la volupté, le luxe et la

vanité, meslée pourtant de traicts piquants et moqueurs; si dans les

termes de leur reprimende ils sont differends, l'intention les rend

semblables, qui est de donner la chasse aux vices. Ne sçait-on lequel

des deux a des forces ou amorces plus puissantes pour se faire obeyr.

Aussi n'y a il drogue au monde capable, à mon advis, de purger les

vicieuses humeurs d'un siècle corrompu et les opinions bigearres des

esprits malades qu'une satyre, pourveu qu'on la prepare et assaisonne

si à point qu'on ne la sente en l'avallant. Que si, par hazard, dans

ceste liberté qui est permise il se rencontre quelque chose de

licentieux, il faut en excuser ou la rime, ou la naïfveté qu'on y doit

observer tousjours, ou le zèle d'un esprit passionné; au plus, si

nous sommes si foibles que de nous scandaliser pour des simples

paroles, nous devons nous souvenir de celles de la femme d'Auguste,

qui disoit que la veuë de plusieurs hommes tous nuds qu'elle avoit

rencontrez en son chemin ne l'avoit non plus esmeuë que s'ils eussent

esté des statuës de marbre. Au reste, ceux là se trompent lourdement

qui, sous le nom de satyre, taschent à couvrir leurs medisances ou

leurs lubricitez. Le sang de Licambe[191] ne coule point dans la

fontaine d'Hypocrène, et les Muses sont entièrement vierges, aussi peu

capables d'invectives que de saletez, n'y ayant pas moins de crime à

prophaner la poësie qu'à débaucher une vestale. La satyre s'esloigne

esgallement de ces deux extremetez, et, en quelque façon que ce soit,

son intention se doit conserver toute pure. C'est en ceste sorte de

vers piquants qu'Horace a excellé. Juvenal est trop aigre, Perse trop

sevère et sententieux. De nostre temps, à peine en avons nous un pour

admirer. Tous les siècles ont produit des vices, mais non pas

tousjours des esprits veritablement satyriques, et maintenant la

mesdisance et la flatterie sont si familières, que personne ne

s'attache qu'à l'une où à l'autre. Pour ceste satyre, je la laisse au

jugement de ceux qui s'y cognoissent. On n'ignore point l'occasion qui

l'a faict naîstre, et je sçay que la reformation dont elle a esté le

prognostic[192] aura peut estre blecé quelques esprits: c'est pourquoy

j'en prepare icy la drogue et le remède.

[Note 191: Il se tua du désespoir que lui causèrent les

iambes dirigés contre lui par Archiloque, à qui, malgré sa

promesse, il avoit refusé de marier sa fille Néobule.

(Horace, lib. 5, ode 6.)]

[Note 192: Ceci donneroit à penser que cette pièce fut

écrite avant l'ordonnance de 1620, puisque l'auteur se vante

de l'avoir provoquée et pronostiquée.]

* * * * *

_Consolation aux dames sur la reformation des passemens et habits._

Ces points couppez[193], passements et dentelles,

Las! qui venoient de l'Isle et de Bruxelles[194],

Sont maintenant descriez, avilis,

Et sans faveur gisent ensevelis;

Ces beaux quaintins[195], où l'oeil ravy descouvre

Plus de beautez qu'il n'en paroist au Louvre,

Sont despouillez de leurs chers ornemens;

On n'y voit plus ces petits regimens,

Ces bataillons, ces mousquets et ces mines

Qui faisoient voir que vous estiez bien fines;

Tous ces oyseaux, ces amours et ces fleurs,

Où ne restoit que l'ame et les couleurs,

Sont sans pouvoir, sans grace et sans merite,

Depuis que l'ordre à ce luxe est prescrite;

Ces beaux collets, ces manches, ces rabas,

Où un Tartare eust trouvé des appas;

Tous ces pourtraicts et ces vaines figures

Qui vous gagnoient beaucoup de creatures,

Comme trompeurs, et du tout superflus,

Dames, enfin, ne nous paroissent plus.

Si ces atours avoient une parole

Qu'ils vous diroient en un langage drolle:

Cessez, beaux yeux, en vos pleurs vous noyer!

C'est à nous seuls qu'il convient larmoyer

De n'estre plus maintenant en usage,

D'avoir quitté l'air de vostre visage,

De ne voir plus l'or de vos blonds cheveux,

Cordages saincts, l'object de tant de voeux;

De ne toucher à vostre belle gorge,

Dont l'amour faict les soufflets de sa forge,

Et non à vous, qui estes l'ornement

Du plus superbe et riche accoustrement,

Car sans habits, passements et dentelles,

Vous ne laissez de paroistre assez belles.

Mais, dites-moy, ce mal que vous plaignez,

Et pour lequel vos yeux sont tous baignez,

Vous l'eussiez bien inventé par la mode

Qu'auriez jugé peut-estre plus commode,

Mode feconde en mille inventions!

Le seul effroy de tant de nations,

Monstre, prodige, estrange et bien difforme,

Demain pompeuse, aujourd'huy en reforme.

Voulez-vous point que vos desseins maudits

Soient observez plustost que les edicts?

Or je sçay bien que chante vostre plainte:

C'est que jamais vous n'aymez la contrainte,

Et en ce point vostre sexe est si doux,

Qu'il ne se voit qu'aucune d'entre vous

Ait ceste reigle enfrainte d'adventure;

Vous vous plaisez à gloser la nature,

Faire des loix, corriger l'univers,

Ne vouloir rien, s'il n'est tout de travers;

Contre le droit vostre desir s'obstine,

Pour l'equité vostre ame se mutine,

Rien ne vous plaist que ce qui vient de loing;

Ce qui est cher resveille vostre soin;

Vous vous portez tousjours à la deffense,

Le bien permis plus souvent vous offense!

Bref, vostre esprit de contradiction

Pour le desordre a de la passion.

Ne pleurez plus, changez de contenance,

Et, sans gronder, reverez l'ordonnance

Qui met la drogue à un malheur fatal,

Et pour le bien ne faites point le mal.

Que si quelqu'un s'apprestoit pour vous rendre

Ce que le roi vous a voulu deffendre,

Devroit-on pas plustost vous consoler?

D'aise au rebours vous devez bien voler,

Puisque l'edict maintenant vous delivre

Par chacun an de huict ou neuf cent livres.

Vous ne perdrez vos amples revenus,

D'oresnavant point de maris cornus,

Et, dans Paris, vos filles trop volages

Ne donneront leurs jolis pucelages;

Vous n'employ'rez les soirs et les matins

A façonner vos grotesques quaintins.

O folle erreur! ô despence excessive!

Mais, dites-vous, nostre beauté si vive,

Sans la faveur de ces riches rabas

Pour captiver n'aura plus tant d'appas,

Et, desormais, n'estant veuës si braves,

Il ne faut plus esperer tant d'esclaves,

Sous nos drapeaux de jeunes combattans.

Or, en ce poinct, dames, je vous attens:

C'est bien trahir la raison et vous-mesme,

Et faire un crime egal à un blasphème,

De croire ainsi que soyez sans beauté

Hors la faveur de ce bien emprunté.

Le naturel jamais l'art ne surmonte.

Vous devriez toutes mourir de honte

De profaner ces aymables thresors

Que vous avez et de l'ame et du corps!

Comment veut-on qu'une laide se pare,

Si des atours une belle s'empare?

Les ornemens sont pour les seuls deffauts.

C'est attirer de soy-mesme ses maux,

C'est offenser le ciel et la nature

De rechercher l'estrangère parure;

Si ces atours estoient plus precieux

Ny que la main, ou la bouche, ou les yeux,

Avecques vous elle les eust fait naistre

En tous les lieux où ils souloient parétre.

Trouvez-vous donc un teton plus mignard

Pour estre plein de parure et de fard?

Un oeil plus doux, une plus belle bouche

Pour les atours qu'auprès d'elle l'on couche?

Si vous gardez encor le souvenir

Du temps auquel on vous pouvoit tenir,

En ce temps-là vous estiez sans dentelles:

Donc autresfois vous n'avez esté belles.

Tout cet abus gist en l'opinion

Et n'est au vray que pure illusion:

Car dans six mois seroit une folie

De ramener ceste mode abolie.

Telle aujourd'huy qui la raison combat,

Qui semble belle en un simple rabat,

Douce, agreable et humble comme un ange,

Avec un autre elle seroit estrange.

Je jure, moy, par le flambeau du jour,

Que jamais tant vous ne donnez d'amour

Qu'en simple habit, ou estant toute nuës:

Deux veritez qui sont par trop cogneuës.

J'advoue bien qu'un subit changement

Peut esbranler un ferme jugement;

Le mal vous cuit et vous fait de la peine.

Mais qui croiroit guerir une gangrène

Ou un ulcère avecque peu de mal,

Le medecin seroit un animal.

Les vanitez, le luxe et les delices,

Qui, en un mot, sont l'amorce des vices,

Chancres malins corrompent les citez,

Et sans douleur ne sont point emportez.

Je veux du mal à celles qui, peu sages,

Vont ramenant ces funestes usages

En violant les edicts et les loix,

Ouvrage sainct de tant de braves rois;

C'est à chercher tousjours mille artifices

Pour contenter les yeux et les délices,

Par des couleurs taschant à deguiser

Et des façons qu'on leur laisse adviser,

Qui coustent plus et qui sont moins utiles,

Par où l'abus se glisse dans les villes.

Cecy n'est dit qu'aux vulgaires esprits,

Car je ne croy qu'il y ait du mespris

Dedans vostre ame, ô belle Callirée!

En tous mes voeux sainctement adorée,

Vous ne donnez au change vos regrets.

Voudriez-vous enfraindre les arrests,

Vous qui si bien maintenez vostre empire?

C'est faire un crime alors que je souspire;

Vous gouvernez, par vos commandemens,

Mon coeur, mon ame et tous mes mouvemens;

Bref, vous avez la plus grande puissance

Qu'on puisse avoir sur une obeyssance,

Et ce bel oeil qui me donne la loy

Est mon seigneur, mon monarque et mon roy.

Puis vous sçavez que la vertu est belle

Sans le secours d'une mode nouvelle;

Que la beauté a trop d'allechemens

Sans l'atirail de ces vains ornemens;

Que le poison des vertus plus antiques

Gist en l'abus de ces molles pratiques.

Reservez donc vos soupirs et vos pleurs

Pour l'advenir et les autres douleurs:

Ce reglement et ces nouvelles choses

Ne sont au prix, mesdames, que des roses;

Et, cependant, observez les edicts,

Si vous voulez aller en paradis;

N'endurez point qu'on vous mette à l'amende,

Je suis logé chez la belle Flamande.

[Note 193: V., sur les _point-coupés_, notre t. 3, p. 246,

note.]

[Note 194: La mode des dentelles de Flandre commençoit alors

et s'est toujours maintenue. V., comme preuve de leur vogue

sous Louis XIV, notre t. 1, p. 239-240.]

[Note 195: Le quaintin étoit une toile très fine, sur

laquelle on brodoit ou dans laquelle on découpoit des

figures du genre de celles dont on parle ici.]

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 17 / 60 题