sous comble, voici comment ils sont disposés (8). Les murs ayant 0,90 c.
d'épaisseur, les créneaux ont une allége A, afin de permettre aux
défenseurs de voir en dehors; ces créneaux sont munis, à l'extérieur, de
deux volets à crémaillères tombant en feuillures, comme les parties
supérieures des sabords des vaisseaux de guerre; le volet inférieur
roule au moyen d'un pivot horizontal dans deux colliers de fer non
fermés B, de manière à ce qu'il soit facile de l'enlever en temps de
guerre lorsqu'on pose les hourds; car alors les défenseurs passent par
les créneaux comme par des portes pour se ranger sur les hourds. Le
volet supérieur est maintenu par deux gonds C scellés dans la feuillure
et se regardant; ces volets sont à demeure. Si deux volets ont été
placés en dehors de ces créneaux au lieu d'un seul, c'est afin de rendre
plus facile la dépose du volet inférieur, qu'un homme peut enlever du
dedans, ainsi que nous l'avons expérimenté; c'est afin encore, en cas
d'attaque, et les hourds n'étant pas posés, de garantir les défenseurs
contre les projectiles lancés du dehors de bas en haut, ce qui ne les
empêche pas, en laissant entrebâillé le volet supérieur, d'avoir de
l'air et du jour. Si même on laisse seulement le volet inférieur
entrebâillé, on peut tirer sur des gens placés en bas des tours sans se
démasquer. Ce système de volets est adopté pour les créneaux qui se
trouvent percés sur les parapets des courtines à côté des portes donnant
entrée du chemin de ronde dans les tours (9).
Cette précaution était nécessaire pour garantir parfaitement les hommes
qui attendaient, sur le chemin de ronde, qu'on leur ouvrît la porte
d'une tour, après s'être fait reconnaître. C'est ainsi que sont
construits, sans exception, tous les crénelages des tours de la cité de
Carcassonne, qui datent de la fin du XIIIe siècle. Cependant, sur les
courtines de cette même forteresse qui avoisinent la porte Narbonnaise
et qui sont antérieures aux défenses bâties sous Philippe le Hardi, on
voit des crénelages beaucoup plus forts que ne le sont les crénelages du
XIIIe siècle. Il est vrai que cette partie de la cité était celle devant
laquelle on pouvait organiser une attaque en règle. Ces derniers
créneaux donc sont plus hauts, plus épais que les créneaux ordinaires
des courtines, et leur parement intérieur sur le chemin de ronde est
monté en fruit, ainsi que l'indique la fig. 10. Chaque créneau, en
raison de la forte épaisseur des merlons, possède une allége. Quoique
découverts, ils étaient garnis de volets inférieurs à rouleaux.
L'inclinaison du parement intérieur nous semble faite pour permettre aux
défenseurs de mieux enfiler la courtine, en laissant toutefois au
crénelage une force de résistance extraordinaire. Ces défenses sont
cependant légères, si nous les comparons à celles qui couronnent le
donjon du château de Coucy (voy. aux mots DONJON, HOURD.).
Au commencement du XIVe siècle, le système de crénelage des tours et
courtines fut de nouveau modifié entièrement; aux hourds de bois,
souvent incendiés par les assiégeants, on substitua des hourds de
pierre, c'est-à-dire des mâchicoulis, et au lieu de laisser les
crénelages en retraite, on les mit en saillie, en surplomb du nu des
murailles, à l'extrémité des consoles ou sur les arcs que formaient ces
mâchicoulis. Un des plus anciens exemples de ce mode de construction et
un des plus curieux en ce qu'il emploie à la fois le moyen des arcs et
des consoles pour porter le crénelage et composer une suite de
mâchicoulis, se voit sur la façade occidentale de la cathédrale de
Béziers, fortifiée au XIIe siècle, comme nous l'avons dit plus haut,
réparée, rebâtie en partie et fortifiée de nouveau au commencement du
XIVe siècle: (voy. MÂCHICOULIS.).
En faisant surplomber les parapets crénelés sur les nus extérieurs des
murs, les constructeurs du XIVe siècle donnèrent aux profils des
créneaux une forme nouvelle destinée à mieux préserver les défenseurs.
Il faut dire que les créneaux ne servaient guère qu'à jeter des pierres
sur les assaillants; les arbalétriers ou les archers se postaient
derrière les merlons et décochaient leurs traits ou carreaux par les
longues fentes des meurtrières. Or, vers le milieu du XIVe siècle, les
armées assiégeantes se faisaient accompagner de troupes très-nombreuses
d'archers et d'arbalétriers qui, lorsqu'on attaquait les remparts au
moyen de la sape ou qu'on voulait les escalader, couvraient les
crénelages de projectiles, afin d'empêcher les assiégés de se montrer.
Les anciens créneaux, avec leurs faces retournées à angle droit,
faisaient ricocher les traits, lesquels alors blessaient même les
défenseurs cachés derrière les merlons. Les architectes, pour éviter cet
inconvénient, donnèrent aux créneaux des ébrasements extérieurs
prononcés, et profilèrent ces ébrasements de façon à empêcher les
ricochets.
La figure 11 explique ce détail de la défense: A est la coupe de l'appui
du créneau; on voit en B le profil inférieur, et en C le boudin
supérieur qui arrêtaient les flèches et carreaux et les empêchaient de
pénétrer en ricochant derrière les parapets. Les défenses établies au
XIVe siècle devant la façade occidentale de la cathédrale de Béziers se
composent d'un crénelage profilé conformément à ce système.
Nous indiquons dans la figure 12 la face extérieure du parapet crénelé,
qui est posé sur un arc en avant de consoles formant quatre larges
mâchicoulis qui s'ouvrent au-dessus de la rose centrale.
La figure 13 présente la coupe de ce crénelage: l'arc est en A: les
mâchicoulis en B, avec leurs consoles en C, et les saillies D, destinées
à empêcher les traits de remonter en ricochant par les trous des
mâchicoulis; la coupe est faite sur l'appui du créneau du milieu.
La figure 14 reproduit l'aspect des merlons à l'intérieur, avec les
archères richement profilées vers leur partie supérieure. Le parapet
crénelé est ici complétement indépendant des consoles, qui forment
mâchicoulis, ainsi que le font voir la coupe 13 et la vue perspective
extérieure.
Depuis lors, les créneaux furent, dans les défenses bâties avec soin,
munis de ces profils destinés à éviter les ricochets. Seulement, il
arrive souvent, au XVe siècle, que les profils avec leurs ébrasements ne
pourtournent pas les merlons, et se trouvent seulement sur l'appui des
créneaux et sur le sommet des merlons, ainsi que l'indique la fig. 15.
Quelquefois, à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe (car les
parapets crénelés persistèrent longtemps après l'invention de
l'artillerie à feu), les merlons sont décorés de sculptures, d'écussons
armoyés, de médaillons, comme à la tour des Gens-d'Armes de Caen et dans
quelques châteaux de l'époque de transition. Cependant, lorsque l'emploi
des bouches à feu devint général, on chercha à modifier les crénelages
de manière à résister aux projectiles nouveaux et à permettre aux
arquebusiers de s'en servir avec avantage. Ce n'est pas dans les
châteaux féodaux français qu'il faut aller chercher ces
perfectionnements. La noblesse française protesta longtemps contre
l'emploi de la poudre à canon; elle ne céda que fort tard à cette
nouvelle puissance, dont, au contraire, les villes libres profitèrent
avec empressement. C'est dans le Nord, en Suisse, dans les vieilles
cités allemandes qu'il faut étudier ces perfectionnements introduits
dans les détails de la fortification pendant que l'emploi de
l'artillerie à feu devenait plus général.
On voit encore à Bâle, sur l'ouvrage avancé de la porte Saint-Paul, un
crénelage, du commencement du XVIe siècle, qui a conservé ses
meurtrières disposées pour des arquebusiers. Ce crénelage est porté sur
de faux mâchicoulis, qui ne sont plus là qu'une décoration (16). Les
merlons sont très-épais et percés de larges meurtrières garnies de
rouleaux en pierre tournant verticalement sur deux pivots, de manière à
fermer complétement la meurtrière pendant que le soldat charge son arme.
En A est tracé le plan des merlons; en B, le rouleau de pierre de la
meurtrière est tourné de façon à permettre de tirer; en C, de façon à
masquer l'ouverture. Ces merlons, très-étroits d'ailleurs, sont munis de
profils pour empêcher les balles de ricocher. Il existe des embrasures
de ce genre dans les fortifications de Nuremberg antérieures à celles
élevées par Albert Dürer (voy. EMBRASURE). On voit aussi, sur les
courtines réunissant les gros bastions circulaires construits par cet
habile artiste autour de la même ville, des crénelages disposés pour du
canon et des arquebusiers qui méritent d'être mentionnés ici: ils sont
percés dans un parapet très-épais; les meurtrières se composent d'un
trou circulaire avec une mire au-dessus; les créneaux sont munis de
volets en bois à bascule percés d'un trou pour pointer avant de
démasquer la bouche de la pièce (17); le chemin de ronde est entièrement
couvert par un appentis. Plusieurs des courtines de Nuremberg sont
munies de crénelages en bois posés au-dessus des parapets, percés
d'embrasures pour les bouches à feu, ainsi que l'indique la fig. 18.
Évidemment ces crénelages en bois, qui rappellent les hourds du moyen
âge, ont été prévus lors de la construction des courtines, car les
glacis arrondis dans lesquels sont percées les embrasures sont garnis de
corbeaux en pierre destinés à porter ce crénelage en pans-de-bois.
Au commencement du XVIe siècle, on voit souvent les courtines et
boulevards réservés pour la grosse artillerie à feu, tandis que les
crénelages, pour les arquebusiers, sont percés dans des parapets en
contre-bas du couronnement de ces grands ouvrages. Ces parapets crénelés
inférieurs prennent alors le nom de _fausses braies_ (voy. au mot
ARCHITECTURE MILITAIRE).
Les tours de commandement de l'enceinte de Nuremberg, élevées par Albert
Dürer, sont couronnées par des crénelages en bois avec volets destinés à
garantir les artilleurs qui servaient les pièces de petit calibre
montées sur la plate-forme supérieure (voy. TOUR). Au sommet de la tour
de guet du château de la même ville, on voit encore un crénelage en bois
complet sous le comble, avec volets se relevant à l'intérieur.
Voici (19) une vue perspective d'un de ces créneaux prise à l'intérieur.
En A, une coupe géométrale présente le volet relevé avec sa charnière.
En France, nous ne sommes pas si bons conservateurs; nous avons détruit
tous ces ouvrages supérieurs en bois de nos fortifications de la fin du
moyen âge. Il y a dix ans, à Langres, on trouvait quelques restes des
crénelages en pans-de-bois du commencement du XVIe siècle, lesquels
avaient beaucoup de rapports avec ceux que nous donnons ici; mais,
Langres ayant subi une restauration complète, on a fait disparaître les
vieilles galeries de bois pour les remplacer par des parapets à hauteur
de ceinture, avec la tablette d'appui réglementaire.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 1. bis.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Note 79: _Roman du Renart_, vers 22573 et suiv.]
CRÊTE, s. f. C'est le nom que l'on donne au couronnement décoré d'un
comble. On disait d'un toit, au moyen âge, qu'il était _quarnelé_ ou
_crêtelé_, lorsque son faîtage était couronné d'une crête en pierres, en
terre cuite ou en métal.
Pendant la période romane, les combles formaient un angle très-obtus à
leur sommet, conformément à la méthode antique. Si l'édifice était voûté
en berceau, la couverture en dalles ou en tuiles était posée à cru sur
l'extrados de la voûte, et un faîtage en pierre recouvrait la jonction
des deux versants du comble; ce faîtage était souvent décoré d'ajours,
ainsi qu'on peut le voir encore dans la plupart des édifices de
l'Auvergne. Plus tard même (au XIIe siècle), des faîtages en pierres
découpées furent posés au sommet des charpentes. Plusieurs raisons
motivaient l'emploi de ces sortes de couronnements. D'abord, la plupart
des charpentes étaient dépourvues de sous-faîtes et de pannes; elles ne
se composaient que d'une suite de chevrons espacés; il était nécessaire
alors de donner de l'assiette à ces chevrons non reliés entre eux, au
moyen d'un poids posé à leur extrémité. Il fallait encore recouvrir les
dernières tuiles par des faîtières qui fussent assez lourdes pour ne pas
être renversées par l'effort du vent et assez larges pour empêcher la
pluie ou la neige de passer entre les deux rampans de tuiles.
Chacun a pu voir comment, sur les toitures en chaume, les paysans
forment un large faîtage de boue, dans laquelle ils piquent des plantes
grasses pour maintenir la terre et l'empêcher de se dissoudre à la pluie
(1). L'origine des crêtes de comble se retrouve dans ce procédé naïf.
Sur les couvertures des édifices voûtés en berceau de l'Auvergne et des
provinces méridionales de la France, on voit encore des crêtes en pierre
découpée qui sont assez élégantes. En voici (2) plusieurs modèles: ces
crêtes posent à cru sur la voûte, ainsi qu'il est indiqué en A. Au
sommet des chapelles absidales de Notre-Dame-du-Port, à Clermont, il
existe d'élégants bouts de crêtes évidés dans des dalles qui partent du
sommet du cône formé par la couverture en dalles de ces chapelles, et
vont s'appuyer le long du mur du bas-côté (3). Dans les provinces où la
tuile fut employée généralement pour les couvertures, comme en
Bourgogne, par exemple, les crêtes des combles sont composées au moyen
d'une suite de faîtières en terre cuite plus ou moins décorées (voy.
FAÎTIÈRE, TUILE).
Ce n'est pas seulement sur les combles recouvrant les voûtes que l'on
plaça des crêtes en pierre: quelquefois (et surtout pendant la période
ogivale) on voit des crêtes sculptées sur les sommets des contre-forts
couronnés par des larmiers à double pente. On trouve des exemples de ces
crêtes couronnant les sommets des contre-forts de la nef de l'église de
Notre-Dame de Dijon (4) (commencement du XIIIe siècle). Ici, ce sont des
animaux entremêlés de feuillages, disposés irrégulièrement. Plus tard,
pendant les XIVe et XVe siècles, ces sortes de crêtes se composent
d'ornements réguliers terminés par des feuillages (5).
Sur les charpentes recouvertes en ardoises ou en métal, on posa presque
toujours des crêtes en plomb dès le XIIe siècle. La présence de ces
crêtes en plomb était motivée par la combinaison même des charpentes qui
consistaient, ainsi que nous venons de le dire, en une suite de chevrons
non reliés entre eux par des sous-faîtes et des pannes. Le poids de la
crête de plomb placé au sommet de ces chevrons assurait leur stabilité.
Des crêtes de plomb sur des édifices antérieurs au XVe siècle, il ne
reste plus trace; on ne peut constater leur présence que sur les
bas-reliefs, les vignettes des manuscrits, et sur les châsses faites
souvent en forme de petites églises. C'est dans ces objets d'orfévrerie
qu'il faut nécessairement aujourd'hui aller chercher les modèles des
crêtes de métal des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, et ces modèles sont
nombreux. Toutefois, si l'on veut se servir de ces crêtes d'orfévrerie
pour les appliquer à des monuments, il faut tenir compte de la
différence d'échelle et modifier le dessin en conséquence. Telle crête
de châsse d'une hauteur de cinq à six centimètres, qui produit un bon
effet, deviendrait lourde et massive si on se contentait de la grandir à
un mètre de hauteur. L'expérience seule peut indiquer les dimensions et
proportions qu'il faut donner aux décorations qui se découpent sur le
ciel. Tel ornement qui semble bien composé et proportionné dans
l'atelier est disgracieux, lourd ou confus, placé à trente mètres
d'élévation et se détachant en silhouette sur le ciel. Dans cette
position, il arrive, par exemple, que les parties délicates sont
dévorées par la lumière, et les parties pleines, au contraire,
s'allourdissent en perdant leurs détails. Les dessins larges, bien
accusés, faciles à saisir, simples de modelé, sont ceux qui produisent
l'effet le plus satisfaisant. D'ailleurs, pour que ces sortes de
décorations soient comprises, il est nécessaire que le même dessin se
répète un grand nombre de fois. Il faut donc penser, en composant ces
frises ajourées, à l'étendue qu'elles doivent occuper, le plus ou moins
de développement de l'ornement devant influer sur sa composition. Si la
crête ne se développe que sur une longueur de quelques mètres, il faudra
choisir, comme pour les balustrades, un dessin serré, dans lequel les
ornements se rapprochent de la verticale; si, au contraire, la crête
occupe un long faîtage, il sera nécessaire d'élargir la composition du
dessin.
Les crêtes en métal qui existaient sur les combles couverts en plomb ou
en ardoises étaient, au XIIe siècle (autant qu'on en peut juger par
l'examen des bas-reliefs), absolument pareilles, comme style, à celles
qui décorent les châsses de cette époque; elles paraissent avoir pris,
comme dimension et richesse, une grande importance vers la fin de ce
siècle. Inutile d'insister sur la composition des dessins, qui se
conformait au goût parfait de ce temps. Nous donnons (6) une de ces
crêtes. Vers le milieu du XIIIe siècle, les crêtes en métal se
transforment comme toute l'ornementation monumentale. On abandonne les
dernières traditions des dessins venus d'Orient pour adopter la flore
indigène (7). Ces crêtes en plomb étaient généralement assez hautes,
proportionnées, d'ailleurs, à la dimension des combles; pour un comble
de 12m,00 de hauteur, une crête ne peut avoir moins de 1m,00 au-dessus
du faîtage.
Il fallait des armatures en fer pour porter les lames de plomb repoussé
qui composaient la crête. Ces armatures, ainsi que nous l'avons dit
précédemment, s'assemblant en forme de V sur les chanlattes réunissant
les chevrons à leur extrémité, maintenaient ainsi ces chevrons dans leur
plan vertical, et, par leur poids, empêchaient le _hiement_ des
charpentes. La fig. 7 bis donne l'armature en fer de la crête
précédente. Cette armature posée, on soudait les ornements en deux
coquilles, repoussés au marteau, après avoir eu le soin de poser les
bavettes de faîtages sur les chanlattes AA. Ces procédés sont encore
employés aujourd'hui. Il fallait toutefois que les dessins fussent
composés de manière à permettre une combinaison d'armatures en fer
simple et solide à la fois; si ces armatures faisaient défaut, les
plombs, repoussés et abandonnés à leur propre poids, ne tardaient guère
à s'affaisser. Les crêtes antérieures au XVe siècle n'ont probablement
pas duré longtemps; il faut croire que les armatures destinées à les
maintenir étaient insuffisantes ou posées avec peu de soin. Frappés des
inconvénients attachés au système adopté depuis le XIIe siècle, les
architectes du XVe siècle composèrent toutes leurs crêtes comme des
balustrades, c'est-à-dire avec une tringle de fer horizontale, servant
de couronnement au dessin choisi. C'est ainsi que sont composées les
crêtes du comble de la Sainte-Chapelle de Paris réparé sous Charles VII,
du faîtage de la tour Saint-Romain dépendant de la cathédrale de Rouen
(8); plusieurs de celles de l'ancienne abbaye de Saint-Ouen de la même
ville, celle du château de Meillant, etc. Ces dernières compositions de
crêtes forment de véritables treillis de fer forgé, revêtus d'ornements
de plomb repoussé ou fondu; mais ces dessins sont loin d'avoir l'ampleur
et la fermeté qu'exigent des décorations posées à une grande hauteur et
se détachant sur le ciel; ils sont grêles, fournis de détails trop
petits d'échelle et perdus à la distance où on les peut voir. Les crêtes
de cette époque sont souvent ornées de pièces d'armoiries, de chiffres,
et si elles occupent une grande longueur, de distance en distance des
têtes de poinçons dépassant le faîtage contribuent à leur solidité. La
crête de la Sainte-Chapelle de Paris est composée ainsi par travées
renfermant trois grandes fleurs de lis entre des pinacles en bois
recouverts de plomb. Il existe à la Bibliothèque impériale un dessin de
cette crête. À notre avis, les crêtes couronnées par une bande
horizontale et composées en grande partie de lignes droites sont loin de
produire l'effet que l'on doit chercher dans ces sortes de décorations,
qui demandent une certaine liberté dans le tracé des formes empruntées
aux végétaux; on croirait voir une balustrade posée à l'extrémité d'un
faîtage.
L'époque de la renaissance a produit des crêtes d'un joli dessin; il en
existe encore quelques-unes: celles de la cathédrale de Clermont, de
l'église de Saint-Wulfrand d'Abbeville peuvent être citées parmi les
plus belles et les plus complètes. Nous possédons dans nos cartons un
dessin d'une belle crête de l'époque de la renaissance que nous pensons
provenir du château de Blois. Le dessin date du commencement du XVIIe
siècle; nous le reproduisons (9). Il consiste en une suite d'F et de
balustres liés par des cordelles; au-dessus de la bande supérieure
horizontale est un couronnement composé de fleurs de lis et
d'enroulements; quatre travées d'F sont comprises entre des pilastres A
terminés par une aiguille. Une très-riche bavette sert de soubassement à
cette crête et recouvre l'ardoise.
On couronna par des crêtes en plomb les combles en ardoises des édifices
publics et ceux des maisons même jusque vers la fin du règne de Louis
XIII. À dater du règne de Louis XIV, on évita de donner de l'importance
aux combles, on chercha même à les dissimuler; il n'y avait plus lieu de
s'occuper, par conséquent, d'orner ce qu'on prétendait cacher. La
plomberie qui couronne le comble de la chapelle de Versailles est une
des dernières qui ait été fabriquée avec art. Au commencement du XVIIIe
siècle, cette belle industrie de la plomberie repoussée et fondue était
perdue, et c'est à peine si, vers la fin du dernier siècle, on savait
faire des soudures (voy. PLOMBERIE).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 7. bis.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
CROCHET, s. m. _Crosse_. C'est le nom que l'on donne aujourd'hui à ces
ornements terminés par des têtes de feuillages, par des bourgeons
enroulés, si souvent employés dans la sculpture monumentale du moyen âge
à partir du XIIe siècle. Les crochets se voient dans les frises, dans
les chapiteaux, sur les rampants des gâbles ou pignons, dans les gorges
des archivoltes entre les colonnettes réunies en faisceaux. Le XIIIe
siècle a particulièrement adopté cet ornement; il s'en est servi avec
une adresse rare. Dans l'article SCULPTURE, nous essayons d'expliquer
les origines de la plupart des ornements sculptés de l'architecture du
moyen âge; ici, nous nous contenterons de faire connaître à nos lecteurs
les diverses transformations du _crochet_ depuis le moment où il prend
place dans la décoration jusqu'au moment où il disparaît entièrement de
l'architecture.