FIN DU TOME PREMIER

[1] « En lisant dans les règles de l'ordre des jésuites,

sous le titre de Formula scribendi (Instit. II ch. XI. p. 125-

129), le développement de la huitième partie des

Constitutions, on est effrayé du nombre de relations, de

registres, d'écrits de tout genre, conservés dans les archives

de la Société. »

« C'est une police infiniment plus exacte et mieux

informée que ne l'a jamais été celle d'aucun État. Le

gouvernement de Venise lui-même se trouvait surpassé

par les jésuites; lorsqu'il les chassa, en 1806, il saisit tous

leurs papiers, et leur reprocha LEUR GRANDE ET

PÉNIBLE CURIOSITÉ. Cette police, cette inquisition

secrète, portées à un tel degré de perfection, font

comprendre toute la puissance d'un gouvernement si bien

instruit, si persévérant dans ses projets, si puissant par

l'unité, et, comme le disent les Constitutions, par l'union

de ses membres. On comprend sans peine quelle force

immense acquiert le gouvernement de cette société, et

comment le général des jésuites pouvait dire au duc de

Brissac: « DE CETTE CHAMBRE, MONSIEUR, JE

GOUVERNE NON SEULEMENT LA CHINE, MAIS LE

MONDE ENTIER, SANS QUE PERSONNE SACHE

COMMENT CELA SE FAIT. » (Les Constitutions des

jésuites, avec les Déclarations, texte latin, d'après l'édition

de Prague, p. 176 à 178. Paris, 1834.)

[2] « Les maisons de province correspondent avec

celles de Paris; elles sont en relation directe avec le

général, qui réside à Rome. La correspondance des

Jésuites, si active, si variée et organisée d'une manière si

merveilleuse, a pour objet de fournir aux chefs tous les

renseignements dont ils peuvent avoir besoin. Chaque

jour, le général reçoit une foule de rapports qui se

contrôlent mutuellement. Il existe dans la maison centrale,

à Rome, d'immenses registres où sont inscrits les noms de

tous les Jésuites, de leurs affiliés et de tous les gens

considérables, amis ou ennemis, à qui ils ont affaire. Dans

ces registres, sont rapportés, sans altération, sans haine,

sans passion, les faits relatifs à la vie de chaque individu.

C'est là le plus gigantesque recueil biographique qui ait

jamais été formé. La conduite d'une femme légère, les

fautes cachées d'un homme d'État sont racontées dans ce

livre avec une froide impartialité. Rédigées dans un but

d'utilité, ces biographies sont nécessairement exactes.

Quand on a besoin d'agir sur un individu, on ouvre le livre

et l'on connaît immédiatement sa vie, son caractère, ses

qualités, ses défauts, ses projets, sa famille, ses amis, ses

liaisons les plus secrètes. Concevez-vous, monsieur, toute

la supériorité d'action que donne à une compagnie cet

immense livre de police qui embrasse le monde entier? Je

ne vous parle pas légèrement de ces registres: c'est de

quelqu'un qui a _vu _ce répertoire, et qui connaît

parfaitement les Jésuites que je tiens ce fait. Il y a là

matière à réflexions pour les familles qui admettent

facilement dans leur intérieur des membres d'une

communauté où l'étude de la biographie est si habilement

exploitée. » (LIBRI, MEMBRE DE L'INSTITUT, _Lettres

sur le Clergé)._

[3] On sait que, selon la légende, le Juif errant était un

pauvre cordonnier de Jérusalem. Le Christ, portant sa

croix, passa devant la maison de l'artisan, et lui demanda

de se reposer un instant sur un banc de pierre situé près de

la porte. - _Marche!... marche!_..._ _lui dit durement le

juif en le repoussant. - _C'est toi qui marcheras jusqu'à la

fin des siècles!... _lui répondit le Christ d'un ton sévère et

triste. (voir, pour plus de détails, l'éloquente et savante

notice de M. Charles Magnin, placée en tête de la

magnifique épopée d'_Ahasvérus, _par M. Ed. Quinet).

[4] Selon une légende très peu connue, que nous

devons à la précieuse bienveillance de M. Maury, le savant

sous-bibliothécaire de l'Institut, Hérodiade fut condamné à

errer jusqu'au jugement dernier pour avoir demandé la

mort de saint Jean-Baptiste.

[5] On lit dans les lettres de feu Victor Jacquemont sur

l'Inde, à propos de l'incroyable dextérité de ces hommes:

« Ils rampent à terre dans les fossés, dans les sillons des

champs, imitent cent voix diverses, réparent, en jetant le

cri d'un chacal ou d'un oiseau, un mouvement maladroit

qui aura causé quelque bruit, puis se taisent, et un autre, à

quelque distance, imite le glapissement de l'animal dans le

lointain. Ils tourmentent le sommeil par des bruits, des

attouchements, ils font prendre au corps et à tous les

membres la position qui convient à leur dessein. »

[6] Ce rapport est extrait de l'excellent ouvrage de M. le

comte Édouard de Waren, sur l'Inde anglaise en 1811.

[7] On sait que la doctrine de l'obéissance passive et

absolue, principal pivot de la Société de Jésus, se résume

par ces terribles mots de Loyola mourant: _Tout membre

de l'ordre sera, dans les mains de ses supérieurs_,

COMME UN CADAVRE (_perinde ac cadaver_).

[8] Nous nous rappellerons toujours avec émotion la

fin d'une lettre écrite, il y a deux ou trois ans, par un de ces

jeunes et valeureux missionnaires, fils de malheureux

paysans de la Beauce: il écrivait à sa mère, du fond du

Japon, et terminait ainsi sa lettre: « Adieu, ma chère

mère; on dit qu'il y a beaucoup de danger là où l'on

m'envoie... Priez Dieu pour moi, et dites à tous mes bons

voisins que je les aime, et que je pense bien souvent à

eux. » Cette naïve recommandation, s'adressant du milieu

de l'Asie à de pauvres paysans d'un hameau de France,

n'est-elle pas très touchante dans sa simplicité?

[9] Fleur magnifique du _crinum amabile_, admirable

plante bulbeuse de serre chaude.

[10] À propos de cette recommandation, on trouve ce

commentaire dans les _Constitutions des Jésuites:

_« Pour que le caractère du langage vienne au secours des

sentiments, il est sage de s'habituer à dire, non pas J'AI des

parents ou J'AI des frères, mais J'AVAIS des parents,

J'AVAIS des frères. » _(Examen général, _p. 29,

_Constitutions._)

[11] À Saint-Thomas-d'Aquin.

[12] Historique.

[13] Nous rappelons au lecteur que Couche-tout-nu se

nommait Jacques Rennepont, et faisait partie de la

descendance de la soeur du Juif errant.

[14] Bossuet, _Méditations sur l'Évangile_, VIe jour,

tome IV.

[15] _Traité sur la concupiscence, vol. IV._

[16] Ce mot atroce a été dit lors des malheureux

événements de Lyon.

[17] Cette crainte était vaine, car on lit dans le

_Constitutionnel_ du 1er février 1832 (il y a douze ans de

cela): « Lorsqu'en 1822, M. de Corbière anéantit

brutalement cette brillante École normale qui, en quelques

années d'existence, a créé ou développé tant de talents

divers, il fut décidé que, pour faire compensation, on

achèterait l'_hôtel de la rue des Postes_, où elle siégeait, et

qu'on en gratifierait la congrégation du Saint-Esprit. Le

ministre de la marine fit les fonds de cette acquisition, et le

local fut mis à la disposition de la Société qui régnait alors

sur la France. Depuis cette époque, elle a paisiblement

occupé ce poste, qui était devenu une sorte d'hôtellerie où

le jésuitisme hébergeait et choyait les nombreux affiliés

qui venaient de toutes les parties du pays se retremper

auprès du P. Roussin. Les choses en étaient là lorsque

survint la révolution de Juillet, qui semblait devoir

débusquer la congrégation de ce local. Qui le croirait? il

n'en fut pas ainsi; on supprima l'allocation mais on laissa

les jésuites en possession de l'hôtel de la rue des Postes; et

aujourd'hui 31 janvier 1832, les hommes du Sacré-Coeur

_sont hébergés aux frais de l'État_, et pendant ce temps-là

l'École normale est sans asile: l'École normale,

réorganisée, occupe un local infect dans un coin étroit du

collège Louis-le-Grand. »

Voilà ce qu'on lisait dans le _Constitutionnel _en

1832, au sujet de l'hôtel de la rue des Postes; nous

ignorons quelles sortes de transactions ont eu lieu depuis

cette époque entre les RR. PP. et le gouvernement, mais

nous retrouvons, dans un article publié récemment par un

journal sur l'organisation de la société de Jésus, l'hôtel de

la rue des Postes comme faisant partie des immeubles de

la congrégation.

Citons quelques fragments de cet article:

« Voici la liste des biens qu'on connaît à cette partie de

la société de Jésus.

« La maison de la rue des Postes, qui vaut peut-être

500,000 francs. Celle de la rue de Sèvres, estimée 300,000

francs. Une propriété à deux lieues de Paris, 150,000

francs. Une maison et une église à Bourges, 100,000

francs. Notre-Dame de Liesse, don fait en 1843, 60,000

francs. Saint-Acheul, maison du noviciat, 400,000 francs.

Nantes, une maison, 100,000 francs. Quimper, une

maison, 40,000 francs. Laval, maison et église, 150,000

francs. Rennes, maison 20,000 francs. Vannes, _idem,

_40,000 francs. Metz, _idem,_ 40,000 francs. Strasbourg,

_idem, _60,000 francs. Rouen,_ idem,_ 15,000 francs.

« On voit que ces diverses propriétés forment, à peu de

choses près, 2 millions.

« L'enseignement est, en outre, pour les jésuites, une

source importante de revenus. Le seul collège de

Brugelette leur rapporte 200,000 francs.

« Les deux provinces de France (le général des jésuites

à Rome a partagé la France en deux circonscriptions, celle

de Lyon et celle de Paris), possèdent en outre en bons sur

le Trésor, en actions sur les métalliques d'Autriche, plus de

200,000 francs de rente: chaque année la Propagation de

la foi fournit au moins 40 à 50,000 francs; les

prédicateurs récoltent bien de leurs sermons 150,000

francs: les aumônes pour une bonne oeuvre ne montent

pas à un chiffre moins élevé. Voilà donc un revenu de

540,000 francs; eh bien! à ce revenu il faut ajouter le

produit de la vente des ouvrages de la Société et le bénéfice

que l'on retire du commerce des gravures.

« Chaque planche revient, gravure et dessin compris, à

600 francs, et peut tirer dix mille exemplaires qui coûtent,

tirage et papier, 40 francs le mille. Or, on peut payer à

l'éditeur responsable 250 francs; donc, sur chaque mille,

bénéfice net: 210 francs. N'est-ce pas bien opérer? et on

peut imaginer avec quelle rapidité tout cela s'écoule. Les

pères sont eux-mêmes les commis voyageurs de la maison,

il serait difficile d'en trouver de plus zélés et de plus

persévérants. Ceux-là sont toujours reçus, ils ne

connaissent pas les ennuis du refus. Il est bien entendu

que l'éditeur est un homme à eux. Le premier qu'ils

choisirent pour ce rôle d'intermédiaire fut le _socius_ du

procureur N. V.J. Ce _socius_ avait quelque fortune,

cependant ils furent obligés de lui faire des avances pour

les frais de premier établissement. Quand ils virent

s'assurer la prospérité de cette industrie, ils réclamèrent

tout à coup leurs avances; l'éditeur n'était pas en mesure

de rembourser; ils le savaient bien; mais ils avaient à lui

donner un successeur riche, avec lequel ils pouvaient

traiter à des conditions plus avantageuses, et ils ruinèrent

sans pitié leur _socius_ en brisant la position dont ils lui

avaient garanti la durée. »

[18] Louis XIV, le grand roi, punissait des galères

perpétuelles les protestants qui, après s'être convertis,

souvent forcément, revenaient à leur croyance. Quant aux

protestants qui restaient en France, malgré la rigueur des

édits, ils étaient privés de sépulture, traînés sur une claie et

livrés aux chiens.

[19] Rappelons au lecteur que la doctrine de

l'obéissance passive et absolue, principal levier de la

compagnie de Jésus, se résume par ces mots terribles de

Loyola mourant: Que tout membre de l'ordre soit dans les

mains de ses supérieurs COMME UN CADAVRE.

[20] Les jésuites reconnaissent au seul endroit des

missions l'initiative du pape à l'égard de leur compagnie.

[21] Ces obligations d'espionnage et ces abominables

excitations à la délation sont la base de l'éducation donnée

par les révérends pères.

[22] Tout ceci est textuellement extrait des

CONSTITUTIONS DES JÉSUITES. _Examen général, _p.

29.

[23] La rigueur de cette disposition est telle, dans les

collèges des jésuites, que si trois élèves se promènent

ensemble, et que l'un des trois quitte un instant ses

camarades, les deux autres sont obligés de s'éloigner l'un

de l'autre, hors de portée de voix, jusqu'au retour du

troisième.

[24] Les statuts portent formellement que la

compagnie peut expulser de son sein les membres qui lui

paraissent inutiles ou dangereux; mais il n'est pas permis

à un membre de rompre les liens qui l'attachent à la

compagnie, si celle-ci croit de son intérêt de le conserver.

[25] Cette expression est textuelle. Il est expressément

recommandé par les Constitutions d'attendre ce moment

décisif de l'épreuve pour hâter la prononciation des vœux.

[26] Il nous est impossible, par respect pour nos

lecteurs, de donner, même en latin, une idée de ce livre

infâme. Voici comment en parle M. Génin, dans son

courageux et excellent ouvrage _des Jésuites et de

l'Université: _« J'éprouve un grand embarras en

commençant ce chapitre; il s'agit de faire connaître un

livre qu'il est impossible de traduire, difficile de citer

textuellement; car ce latin brave l'honnêteté avec trop

d'effronterie. En tout cas, j'invoque l'indulgence du

lecteur; je lui promets, en retour, de lui épargner le plus

d'obscénités que je pourrai. »

Plus loin, à propos des questions imposées par le

_Compendium, _M. Génin s'écrie avec une généreuse

indignation: « Quels sont donc les entretiens qui se

passent au fond du confessionnal entre le prêtre et une

femme mariée?... Je renonce à parler du reste. »

Enfin, l'auteur des _Découvertes d'un Bibliophile,

_après avoir cité textuellement un grand nombre de

passages de cet horrible catéchisme, dit: « Ma plume se

refuse à reproduire plus amplement cette encyclopédie de

toutes les turpitudes. J'ai comme un remords qui

m'épouvante d'avoir été si loin. J'ai beau me dire que je

n'ai fait que copier, il me reste l'horreur qu'on éprouve

après avoir touché du poison. Et cependant c'est cette

horreur même qui me rassure. Dans l'Église de Jésus-

Christ, d'après l'ordre admirable établi par Dieu, plus le

mal est grand, quand il s'agit de l'erreur, plus le remède est

prompt, plus il est efficace. La sainteté de la morale ne

peut être en danger sans que la vérité élève la voix et se

fasse entendre. »

[27] Cette proposition n'a rien de hasardé. Voir des

extraits du _Compendium _à l'usage des séminaires,

publiés à Strasbourg, en 1843, sous ce titre: _Découvertes

d'un Bibliophile._

[28] C'est le terme consacré par la jurisprudence.

Le juif errant - Tome I · 第 101 / 101 题