Pendant que les scènes précédentes se passaient dans la rotonde
Pompadour occupée par Mlle de Cardoville, d'autres événements
avaient lieu dans le grand hôtel occupé par Mme la princesse de
Saint-Dizier.
L'élégance et la somptuosité du pavillon du jardin contrastaient
étrangement avec le sombre intérieur de l'hôtel, dont la princesse
habitait le premier étage; car la disposition du rez-de-chaussée
ne le rendait propre qu'à donner des fêtes, et depuis longtemps
Mme de Saint-Dizier avait renoncé à ces splendeurs mondaines; la
gravité de ses domestiques, tous âgés et vêtus de noir, le profond
silence qui régnait dans sa demeure, où l'on ne parlait pour ainsi
dire qu'à voix basse, la régularité presque monastique de cette
immense maison, donnaient à l'entourage de la princesse un
caractère triste et sévère.
Un homme du monde, qui joignait un grand courage à une rare
indépendance de caractère, parlant de Mme la princesse de Saint-
Dizier (à qui Adrienne de Cardoville _allait, _selon son
expression, _livrer une grande bataille), _disait ceci: «Afin de
ne pas avoir Mme de Saint-Dizier pour ennemie, moi qui ne suis ni
plat ni lâche, j'ai, pour la première fois de ma vie, fait une
platitude et une lâcheté.» Et cet homme parlait sincèrement.
Mais Mme de Saint-Dizier n'était pas tout d'abord arrivée à ce
haut point d'_importance. _Quelques mots sont nécessaires pour
poser nettement diverses phases de la vie de cette femme
dangereuse, implacable, qui, par son affiliation à l'ORDRE avait
acquis une puissance occulte et formidable; car il y a quelque
chose de plus menaçant qu'un _jésuite... _c'est une _jésuitesse;
_et quand on a vu un certain monde, on sait qu'il existe
malheureusement beaucoup de ces affiliées, de robe plus ou moins
courte. Mme de Saint-Dizier, autrefois fort belle, avait été,
pendant les dernières années de l'Empire et les premières années
de la Restauration, une des femmes les plus à la mode de Paris:
d'un esprit remuant, actif, aventureux, dominateur, d'un coeur
froid et d'une imagination vive, elle s'était extrêmement livrée à
la galanterie, non par tendresse de coeur, mais par amour pour
l'intrigue, qu'elle aimait comme certains hommes aiment le jeu...
à cause des émotions qu'elle procure.
Malheureusement, tel avait toujours été l'aveuglement ou
l'insouciance de son mari, le prince de Saint-Dizier (frère aîné
du comte de Rennepont, duc de Cardoville, père d'Adrienne), que,
durant sa vie, il ne dit jamais un mot qui pût faire penser qu'il
soupçonnait les aventures de sa femme. Aussi, ne trouvant pas sans
doute assez de difficultés dans ces liaisons, d'ailleurs si
commodes sous l'Empire, la princesse, sans renoncer à la
galanterie, crut lui donner plus de mordant, plus de verdeur, en
la compliquant de quelques intrigues politiques. S'attaquer à
Napoléon, creuser une mine sous les pieds du colosse, cela du
moins promettait des émotions capables de satisfaire le caractère
le plus exigeant. Pendant quelque temps tout alla au mieux; jolie
et spirituelle, adroite et fausse, perfide et séduisante, entourée
d'adorateurs qu'elle fanatisait, mettant une sorte de coquetterie
féroce à leur faire jouer leurs têtes dans de graves complots, la
princesse espéra ressusciter la Fronde, et entama une
correspondance secrète très active avec quelques personnages
influents à l'étranger, bien connus pour leur haine contre
l'empereur et contre la France; de là datèrent ses premières
relations épistolaires avec le marquis d'Aigrigny, alors colonel
au service de la Russie, et aide de camp de Moreau. Mais un jour
toutes ces belles menées furent découvertes, plusieurs chevaliers
de Mme de Saint-Dizier furent envoyés à Vincennes, et l'empereur,
qui aurait pu sévir terriblement, se contenta d'exiler la
princesse dans une de ses terres près de Dunkerque.
À la Restauration, les _persécutions _dont Mme de Saint-Dizier
avait souffert pour la bonne cause lui furent comptées, et elle
acquit même alors une assez grande influence, malgré la légèreté
de ses moeurs. Le marquis d'Aigrigny, ayant pris du service en
France, s'y était fixé; il était charmant et aussi fort à la mode;
il avait correspondu et conspiré avec la princesse sans la
connaître, ces _précédents _amenèrent nécessairement une liaison
entre eux. L'amour-propre effréné, le goût des plaisirs bruyants,
de grands besoins de haine, d'orgueil et de domination, l'espèce
de sympathie mauvaise, dont l'attrait perfide rapproche les
natures perverses sans les confondre, avaient fait de la princesse
et du marquis deux complices plutôt que deux amants. Cette liaison
était fondée sur des sentiments égoïstes, amers, sur l'appui
redoutable que deux caractères de cette trempe dangereuse
pouvaient se prêter contre un monde où leur esprit d'intrigue, de
galanterie, et de dénigrement leur avait fait beaucoup d'ennemis;
cette liaison dura jusqu'au moment où, après son duel avec le
général Simon, le marquis entra au séminaire sans que l'on connût
la cause de cette résolution subite.
La princesse, ne trouvant pas l'heure de la conversion sonnée pour
elle, continua de s'abandonner au tourbillon du monde avec une
ardeur âpre, jalouse, haineuse, car elle voyait finir ses belles
années. On jugera, par le fait suivant, du caractère de cette
femme. Encore fort agréable, elle voulut terminer sa vie mondaine
par un éclatant et dernier triomphe, ainsi qu'une grande
comédienne sait se retirer à temps du théâtre afin de laisser des
regrets. Voulant donner cette consolation suprême à sa vanité, la
princesse choisit habilement ses victimes; elle avisa dans le
monde un jeune couple qui s'idolâtrait, et à force d'astuce, de
manèges, elle enleva l'amant à sa maîtresse, ravissante femme de
dix-huit ans dont il était adoré. Ce succès bien constaté,
Mme de Saint-Dizier quitta le monde dans tout l'éclat de son
aventure. Après plusieurs longs entretiens avec l'abbé-marquis
d'Aigrigny, alors prédicateur fort renommé, elle partit
brusquement de Paris, et alla passer deux ans dans sa terre près
de Dunkerque, où elle n'emmena qu'une de ses femmes, Mme Grivois.
Lorsque la princesse revint, on ne put reconnaître cette femme
autrefois frivole, galante et dissipée; la métamorphose était
complète, extraordinaire, presque effrayante. L'hôtel de Saint-
Dizier, jadis ouvert aux joies, aux fêtes, aux plaisirs, devint
silencieux et austère; au lieu de ce qu'on appelle _monde élégant,
_la princesse ne reçut plus chez elle que des femmes d'une
dévotion retentissante, des hommes importants, mais cités pour la
sévérité outrée de leurs principes religieux et monarchiques. Elle
s'entoura surtout de certains membres considérables du haut
clergé; une congrégation de femmes fut placée sous son patronage;
elle eut confesseur, chapelle, aumônier, et même directeur; mais
ce dernier exerçait _in partibus: _le marquis-abbé d'Aigrigny
resta véritablement son guide spirituel; il est inutile de dire
que depuis longtemps leurs relations de galanterie avaient
complètement cessé. Cette conversion soudaine, complète et surtout
très bruyamment prônée, frappa le plus grand nombre d'admiration
et de respect; quelques-uns, plus pénétrants, sourirent. Un trait
entre mille fera connaître l'effrayante puissance que la princesse
avait acquise depuis son affiliation. Ce trait montrera aussi le
caractère souterrain, vindicatif et impitoyable de cette femme,
qu'Adrienne de Cardoville s'apprêtait si imprudemment à braver.
Parmi les personnes qui sourirent plus ou moins de la conversion
de Mme de Saint-Dizier se trouvait le jeune couple qu'elle avait
désuni si cruellement avant de quitter pour toujours la scène
galante du monde: tous deux, plus passionnés que jamais, s'étaient
réunis dans leur amour après cet orage passager, bornant leur
vengeance à quelques piquantes plaisanteries sur la conversion de
la femme qui leur avait fait tant de mal... Quelque temps après,
une terrible fatalité s'appesantissait sur les deux amants. Un
mari, jusqu'alors aveugle... était brusquement éclairé par des
révélations anonymes; un épouvantable éclat s'ensuivit, la jeune
femme fut perdue. Quant à l'amant, des bruits vagues, peu
précisés, mais remplis de réticences perfidement calculées et
mille fois plus odieuses qu'une accusation formelle, que l'on peut
au moins combattre et détruire, étaient répandus sur lui avec tant
de persistance, avec une si diabolique habileté et par des voies
si diverses, que ses meilleurs amis se retirèrent peu à peu de
lui, subissant à leur insu l'influence lente et irrésistible de ce
bourdonnement incessant et confus qui pourtant peut se résumer par
ceci:
-- Eh bien! vous savez?
-- Non!
-- On dit de bien vilaines choses sur lui!
-- Ah! vraiment? Et quoi donc?
-- Je ne sais, de mauvais bruits... des rumeurs fâcheuses pour son
honneur.
-- Diable!... c'est grave... Cela m'explique alors pourquoi il est
maintenant reçu plus que froidement.
-- Quant à moi, désormais je l'éviterai.
-- Et moi aussi, etc., etc.
Le monde est ainsi fait, qu'il n'en faut souvent pas plus pour
flétrir un homme auquel d'assez grands succès ont mérité beaucoup
d'envieux. C'est ce qui arriva à l'homme dont nous parlons. Le
malheureux, voyant le vide se former autour de lui, sentant, pour
ainsi dire, la terre manquer sous ses pieds, ne savait où
chercher, où prendre l'insaisissable ennemie dont il sentait les
coups; car jamais il ne lui était venu à la pensée de soupçonner
la princesse, qu'il n'avait pas revue depuis son aventure avec
elle. Voulant à toute force savoir la cause de cet abandon et de
ces mépris, il s'adressa à un de ses anciens amis. Celui-ci lui
répondit d'une manière dédaigneusement évasive; l'autre s'emporta,
demanda satisfaction... Son adversaire lui dit:
-- Trouvez deux témoins de votre connaissance et de la mienne...
et je me bats avec vous. Le malheureux n'en trouva pas un.
Enfin, délaissé par tous, sans avoir jamais pu s'expliquer ce
délaissement, souffrant atrocement du sort de la femme qui avait
été perdue pour lui, il devint fou de douleur, de rage, de
désespoir, et se tua... Le jour de sa mort, Mme de Saint-Dizier
dit qu'une vie aussi honteuse devait avoir nécessairement une
pareille fin; que celui qui pendant si longtemps s'était fait un
jeu des lois divines et humaines ne pouvait terminer sa misérable
vie que par un dernier crime... le suicide!... Et les amis de
Mme de Saint-Dizier répétèrent et colportèrent ces terribles
paroles d'un air contrit, béat et convaincu.
Ce n'était pas tout: à côté du châtiment se trouvait la
récompense. Les gens qui observent remarquaient que les favoris de
la coterie religieuse de Mme de Saint-Dizier arrivaient à de
hautes positions avec une rapidité singulière. Les jeunes gens
_vertueux, _et puis religieusement assidus aux prônes, étaient
mariés à de riches orphelines du _Sacré-Coeur, _que l'on tenait en
réserve; pauvres jeunes filles qui, apprenant trop tard ce que
c'est qu'un mari dévot, choisi et imposé par des dévotes,
expiaient souvent par des larmes bien amères la trompeuse faveur
d'être ainsi admises parmi ce monde hypocrite et faux où elles se
trouvaient étrangères, sans appui, et qui les écrasait si elles
osaient se plaindre de l'union à laquelle on les avait condamnées.
Dans le salon de Mme de Saint-Dizier se faisaient des préfets, des
colonels, des receveurs généraux, des députés, des académiciens,
des évêques, des pairs de France, auxquels on ne demandait, en
retour du tout-puissant appui qu'on leur donnait, que d'affecter
des dehors pieux, de communier quelquefois en public, de jurer une
guerre acharnée à tout ce qui était impie ou révolutionnaire, et
surtout de correspondre confidentiellement, sur _différents sujets
de son choix, _avec l'abbé d'Aigrigny; distraction fort agréable
d'ailleurs, car l'abbé était l'homme du monde le plus aimable, le
plus spirituel, et surtout le plus accommodant.
Voici à ce propos un fait _historique _qui a manqué à l'ironie
amère et vengeresse de Molière ou de Pascal. C'était pendant la
dernière année de la Restauration; un des hauts dignitaires de la
cour, homme indépendant et ferme, ne _pratiquait pas, _comme
disent les bons pères, c'est-à-dire qu'il ne communiait pas.
L'évidence où le mettait sa position pouvait rendre cette
indifférence d'un fâcheux exemple; on lui dépêcha l'abbé-marquis
d'Aigrigny; celui-ci, connaissant le caractère honorable et élevé
du récalcitrant, sentit que, s'il pouvait l'amener à _pratiquer,
_par quelque moyen que ce fût, _l'effet _serait des meilleurs; en
homme d'esprit, et sachant à qui il s'adressait, l'abbé fit bon
marché du dogme, du fait religieux en lui-même; il ne parla que
des convenances, de l'exemple salutaire qu'une pareille résolution
produirait sur le public.
-- Monsieur l'abbé, dit l'autre, je respecte plus la religion que
vous-même, car je regarderais comme une jonglerie infâme de
communier sans conviction.
-- Allons, allons, homme intraitable, _Alceste _renfrogné, dit le
marquis-abbé en souriant finement, on mettra d'accord vos
scrupules et le profit que vous aurez, croyez-moi, à m'écouter:
_on vous ménagera _une COMMUNION BLANCHE, car, après tout, que
demandons-nous? l'apparence.
Or, une _communion blanche _se pratique avec une hostie non
consacrée.
L'abbé-marquis en fut pour ses offres rejetées avec indignation;
mais l'homme de cour fut destitué. Et cela n'était pas un fait
isolé. Malheur à ceux qui se trouvaient en opposition de principes
et d'intérêts avec Mme de Saint-Dizier ou ses amis! Tôt ou tard,
directement ou indirectement, ils se voyaient frappés d'une
manière cruelle, presque toujours irréparable: ceux-ci dans leurs
relations les plus chères, ceux-là dans leur crédit; d'autres dans
leur honneur, d'autres enfin dans les fonctions officielles dont
ils vivaient; et cela par l'action sourde, latente, continue, d'un
dissolvant terrible et mystérieux qui minait invisiblement les
réputations, les fortunes, les positions les plus solidement
établies, jusqu'au moment où elles s'abîmaient à jamais au milieu
de la surprise et de l'épouvante générales.
On concevra maintenant que, sous la Restauration, la princesse de
Saint-Dizier fût devenue singulièrement influente et redoutable.
Lors de la révolution de Juillet, elle s'était _ralliée; _et,
chose bizarre! tout en conservant des relations de famille et de
société avec quelques personnes très fidèles au culte de la
monarchie déchue, on lui attribuait encore beaucoup d'action et de
pouvoir. Disons enfin que le prince de Saint-Dizier étant décédé
sans enfants, depuis plusieurs années, sa fortune personnelle,
très considérable, était retournée à son beau-frère puîné, le père
d'Adrienne de Cardoville; ce dernier étant mort depuis dix-huit
mois, cette jeune fille se trouvait donc alors la dernière et
seule représentante de cette branche de la famille des Rennepont.
La princesse de Saint-Dizier attendait sa nièce dans un assez
grand salon tendu de damas vert sombre; les meubles, recouverts de
pareille étoffe, étaient d'ébène sculpté, ainsi que la
bibliothèque, remplie de livres pieux. Quelques tableaux de
sainteté, un grand christ d'ivoire sur un fond de velours noir,
achevaient de donner à cette pièce une apparence austère et
lugubre. Mme de Saint-Dizier, assise devant un grand bureau,
achevait de cacheter plusieurs lettres, car elle avait une
correspondance fort étendue et fort variée. Alors âgée de
quarante-cinq ans environ, elle était belle encore; les années
avaient épaissi sa taille, qui, autrefois d'une élégance
remarquable, se dessinait pourtant encore assez avantageusement
sous sa robe noire montante. Son bonnet fort simple, orné de
rubans gris, laissait voir ses cheveux blonds lissés en épais
bandeaux. Au premier abord on restait frappé de son air à la fois
digne et simple; on cherchait en vain, sur cette physionomie alors
remplie de componction et de calme, la trace des agitations de la
vie passée; à la voir si naturellement grave et réservée, l'on ne
pouvait s'habituer à la croire l'héroïne de tant d'intrigues, de
tant d'aventures galantes; bien plus, si par hasard elle entendait
un propos quelque peu léger, la figure de cette femme, qui avait
fini par se croire à peu près une mère de l'Église, exprimait
aussitôt un étonnement candide et douloureux qui se changeait
bientôt en un air de chasteté révoltée et de commisération
dédaigneuse. Du reste, lorsqu'il le fallait, le sourire de la
princesse était encore rempli de grâce et même d'une séduisante et
irrésistible bonhomie; son grand oeil bleu savait, à l'occasion,
devenir affectueux et caressant; mais si l'on osait froisser son
orgueil, contrarier ses volontés ou nuire à ses intérêts, et
qu'elle pût, sans se compromettre, laisser éclater ses
ressentiments, alors sa figure, habituellement placide et
sérieuse, trahissait une froide et implacable méchanceté.
À ce moment Mme Grivois entra dans le cabinet de la princesse,
tenant à la main le _rapport _que Florine venait de lui remettre
sur la matinée d'Adrienne de Cardoville. Mme Grivois était depuis
longtemps au service de Mme de Saint-Dizier; elle savait tout ce
qu'une femme de chambre intime peut et doit savoir de sa maîtresse
lorsque celle-ci a été fort galante.
Était-ce volontairement que la princesse avait conservé ce témoin
si bien instruit des nombreuses erreurs de sa jeunesse? c'est ce
qu'on ignorait généralement. Ce qui demeurait évident, c'est que
Mme Grivois jouissait auprès de la princesse de grands privilèges,
et qu'elle était plutôt comme une femme de compagnie que comme une
femme de chambre.
-- Voici, madame, les notes de Florine, dit Mme Grivois en
remettant le papier à la princesse.
-- J'examinerai cela _tout à l'heure, _répondit Mme de Saint-
Dizier; mais, dites-moi, ma nièce va se rendre ici. Pendant la
conférence à laquelle elle va assister, vous conduirez dans son
pavillon une personne qui doit bientôt venir et qui vous demandera
de ma part.
-- Bien, madame.
-- Cet homme fera un inventaire exact de tout ce que renferme le
pavillon qu'Adrienne habite. Vous veillerez à ce que rien ne soit
omis: ceci est de la plus grande importance.
-- Oui, madame... mais si Georgette ou Hébé veulent s'opposer...
-- Soyez tranquille, l'homme chargé de cet inventaire a une
qualité telle, que lorsqu'elles le connaîtront, ces filles
n'oseront s'opposer à cet inventaire ni aux autres mesures qu'il a
encore à prendre... Il ne faudrait pas manquer, tout en
l'accompagnant, d'insister sur certaines particularités destinées
à confirmer les bruits que vous avez répandus depuis quelque
temps...
-- Soyez tranquille, madame, ces bruits ont maintenant la
consistance d'une vérité...
-- Bientôt cette Adrienne si insolente et si hautaine sera donc
brisée et forcée de demander grâce... et à moi encore...
Un vieux valet de chambre ouvrit les deux battants de la porte et
annonça:
-- Monsieur l'abbé d'Aigrigny!
-- Si Mlle de Cardoville se présente, dit la princesse à
Mme Grivois, vous la prierez d'attendre un instant.
-- Oui, madame... dit la duègne, qui sortit avec le valet de
chambre.
Mme de Saint-Dizier et M. d'Aigrigny restèrent seuls.