Eugène Sue vu par Alexandre Dumas

La mort est en fête! Elle frappe à coups redoublés dans nos rangs:

après Alfred de Musset, c'était l'auteur de _Frétillon _et du

_Dieu des bonnes gens; _après Béranger, c'est l'auteur de

_Mathilde _et des _Mystères de Paris!_

Quel malheur invisible et inconnu pèse donc sur la France, qu'elle

laisse tomber de pareilles larmes dans le gouffre de l'éternité?

Ce que nous avons perdu depuis dix ans suffirait à enrichir la

littérature d'un peuple: Frédéric Soulié, Chateaubriand, Balzac,

Gérard de Nerval, Augustin Thierry, Mme de Girardin, Alfred de

Musset, Béranger, Eugène Sue!

Le dernier fut le plus à plaindre de tous; lui mourut deux fois:

l'exil est une première mort.

À nous de raconter cette vie de luttes, de jeunesse folle et de

sombre âge mur; à nous de montrer l'homme comme il fut aux

différentes périodes de sa vie.

Allons, plume et coeur, à l'oeuvre!

Nous diviserons la vie d'Eugène Sue en trois phases, et nous

laisserons à chacune d'elles le caractère qu'elle a eu.

L'enfant insoucieux et gai.

Le jeune homme inquiet et douteur.

L'homme désenchanté et triste.

L'enfant.

À vingt kilomètres de Grasse, existe un petit port de mer qu'on

appelle La Calle; c'est le berceau de la famille Sue, célèbre à la

fois dans la science et dans les lettres.

La Calle est encore peuplée des membres de cette famille, qui

composent à eux seuls, peut-être, la moitié de la population.

C'est de là que, vers la fin du règne de Louis XV, partit un jeune

étudiant aventureux qui vint s'établir médecin à Paris.

Ayant réussi, il appela ses neveux dans la capitale, où deux

d'entre eux se distinguèrent particulièrement.

C'étaient Pierre Sue, qui devint professeur de médecine légale et

bibliothécaire de l'école: celui-là a laissé des oeuvres de haute

science; Jean Sue, qui fut chirurgien en chef de la Charité,

professeur à l'École de médecine, professeur d'anatomie à l'École

des beaux-arts, chirurgien du roi Louis XVI.

Ce dernier eut pour successeur et continuateur Jean-Joseph Sue,

qui, outre la place des Beaux-Arts, dont il hérita de son père,

devint médecin en chef de la garde impériale, et, plus tard,

médecin en chef de la maison militaire du roi.

Ce fut le père d'Eugène Sue.

Et, ici, constatons un fait: c'est que Jean Sue, père d'Eugène

Sue, fut celui qui soutint contre Cabanis la fameuse discussion

sur la guillotine, lorsque son inventeur, M. Guillotin, affirma à

l'Assemblée nationale que les guillotinés en seraient quittes pour

une légère fraîcheur sur le cou. Jean-Joseph Sue, au contraire,

soutint la persistance de la douleur au-delà de la séparation de

la tête, et il défendit son opinion par des arguments qui

prouvaient sa science profonde de l'anatomie, et par des exemples

pris, les uns chez des médecins allemands, les autres sur la

nature.

On a dit dernièrement, à propos de la mort d'Eugène Sue, qu'il

était né en 1801.

Il me dit un jour, à moi, qu'il était né le 1er janvier 1803, et

nous calculâmes qu'il avait cinq mois de moins que moi, quelques

jours de plus que Victor Hugo.

Il eut pour parrain le prince Eugène, pour marraine, l'impératrice

Joséphine; de là son prénom d'Eugène.

Il fut nourri par une chèvre et conserva longtemps les allures

brusques et sautillantes de sa nourrice.

Il fit, ou plutôt ne fit pas ses études au collège Bourbon; car,

ainsi que tous les hommes qui doivent conquérir dans les lettres

un nom original et une position éminente, Eugène Sue fut un

exécrable écolier.

Son père, médecin de dames surtout, faisait un cours d'histoire

naturelle à l'usage des gens du monde; il s'était remarié trois

fois, et était riche de deux millions, à peu près.

Il demeurait rue du Rempart, rue qui a disparu depuis, et qui

était située alors derrière la Madeleine.

Tout ce quartier était occupé par des chantiers; le terrain n'y

valait pas le dixième de ce qu'il vaut aujourd'hui. M. Sue y

possédait une belle maison, avec un magnifique jardin.

Dans la même maison que M. Sue, demeurait sa soeur, mère de

Ferdinand Langlé, qui, en collaboration avec Villeneuve, a fait,

de 1822 à 1830, une cinquantaine de vaudevilles.

En 1817 et 1818, les deux cousins allaient ensemble au collège

Bourbon, c'est-à-dire que Ferdinand y allait, et que le futur

auteur de _Mathilde _était censé y aller.

Eugène avait un répétiteur à domicile. J'ai encore connu ce brave

homme: c'était un digne Auvergnat de cinq pieds de haut, qui,

étant entré pour faire répéter Eugène Sue, et tenant à gagner

honnêtement son argent, n'hésitait pas à soutenir des luttes corps

à corps avec son élève, qui avait la tête de plus que lui.

Ordinairement, lorsqu'une de ces luttes menaçait, Eugène Sue

prenait la fuite, mais, comme Horace, pour être poursuivi et

vaincre son vainqueur.

Le père Delteil -- c'est ainsi que se nommait le digne répétiteur

-- se laissait constamment prendre à cette manoeuvre stratégique,

si simple qu'elle fût.

Eugène fuyait au jardin, le répétiteur l'y suivait; mais, arrivé

là, l'écolier rebelle se trouvait à la fois au milieu d'un arsenal

d'armes offensives et défensives.

Les armes défensives, c'étaient les plates-bandes du jardin

botanique, le labyrinthe, dans lequel il se réfugiait, et où le

père Delteil n'osait le poursuivre, de peur de fouler aux pieds

les plantes rares, que l'écolier fugitif écrasait impitoyablement

et à pleine semelle; les armes offensives, c'étaient les échalas

portant sur des étiquettes les noms scientifiques des plantes,

échalas qu'Eugène Sue, comme le fils de Thésée, convertissait en

javelots pour pousser au monstre, et qu'il lui lançait avec une

adresse qui eût fait honneur à Castor et à Pollux, les deux plus

habiles lanceurs de javelots de l'Antiquité, avant que Racine eût

inventé Hippolyte.

Oh! ne nous reprochez pas la gaieté qui s'étendra sur cette

première phase de la vie de notre ami, qui fut notre confrère sans

être notre rival. C'est le rayon de soleil auquel a droit toute

jeunesse qui n'est point maudite du Seigneur. La fin de la vie

sera assez triste, allez! assez sombre, assez orageuse!

Suivons donc l'enfant dans son jardin, nous retrouverons l'homme

dans son désert.

Quand il fut démontré au père d'Eugène Sue que la vocation de son

fils était de lancer le javelot et non d'expliquer Horace et

Virgile, il le tira du collège et le fit entrer, comme chirurgien

sous-aide, à l'hôpital de la Maison du roi, dont il était

chirurgien en chef, et qui était situé rue Blanche.

Eugène Sue y retrouva son cousin Ferdinand Langlé et le futur

docteur Louis Véron, qui devait aussi abandonner la médecine, non

pour faire, mais pour faire faire de la littérature.

Nous avons dit qu'Eugène Sue avait beaucoup du caractère de sa

nourrice la chèvre. C'était, en effet, et nous l'avons encore

connu ainsi, un franc gamin de bonne maison, toujours prêt à faire

quelque méchant tour, même à son père, et, disons plus, surtout à

son père, qui venait de se remarier et le traitait fort rudement.

Mais aussi, comme on se vengeait de cette rudesse!

Le docteur Sue occupait ses élèves à lui préparer son cours

d'histoire naturelle; la préparation se faisait dans un magnifique

cabinet d'anatomie qu'il a laissé par testament aux Beaux-Arts. Ce

cabinet, entre autres curiosités, contenait le cerveau de

Mirabeau, conservé dans un bocal.

Les préparateurs en titre étaient Eugène Sue, Ferdinand Langlé et

un de leurs amis nommé Delattre, qui fut, depuis, et est

probablement encore docteur médecin; les préparateurs amateurs

étaient un nommé Achille Petit et un vieil et spirituel ami à

nous, James Rousseau.

Les séances de préparation étaient assez tristes, d'autant plus

tristes que l'on avait devant soi, à portée de la main, deux

armoires pleines de vins près desquels le nectar des dieux n'était

que de la blanquette de Limoux.

Ces vins étaient des cadeaux qu'après l'invasion de 1815, les

souverains alliés avaient faits au docteur Sue. Il y avait des

vins de tokai donnés par l'empereur d'Autriche; des vins du Rhin

donnés par le roi de Prusse, du johannisberg donné par

M. de Metternich, et, enfin, une centaine de bouteilles de vin

d'Alicante, données par Mme de Morville, et qui portaient la date

respectable, mieux que respectable, vénérable de 1750.

On avait essayé de tous les moyens pour ouvrir les armoires: les

armoires avaient vertueusement résisté à la persuasion comme à la

force.

On désespérait de faire jamais connaissance avec l'alicante de

Mme de Morville, avec le johannisberg de M. de Metternich, avec le

liebfraumilch du roi de Prusse, et avec le tokai de l'empereur

d'Autriche, autrement que par les échantillons que, dans ses

grands dîners, le docteur Sue versait à ses convives dans des dés

à coudre, lorsqu'un jour, en fouillant dans un squelette, Eugène

Sue trouva par hasard un trousseau de clefs.

C'étaient les clefs des armoires!

Dès le premier jour, on mit la main sur une bouteille de vin de

tokai au cachet impérial, et on la vida jusqu'à la dernière

goutte; puis on fit disparaître la bouteille.

Le lendemain, ce fut le tour du johannisberg; le surlendemain,

celui du liebfraumilch; le jour suivant, de l'alicante.

On en fit autant de ces trois bouteilles que de la première.

Mais James Rousseau, qui était l'aîné et qui, par conséquent,

avait une science du monde supérieure à celle de ses jeunes amis,

qui hasardaient leurs pas sur le terrain glissant de la société,

James Rousseau fit judicieusement observer qu'au train dont on y

allait, on creuserait bien vite un gouffre, que l'oeil du docteur

Sue plongerait dans ce gouffre et qu'il y trouverait la vérité.

Il fit alors cette proposition astucieuse de boire chaque

bouteille au tiers seulement, de la remplir d'une composition

chimique qui, autant que possible, se rapprocherait du vin dégusté

ce jour-là, de la reboucher artistement et de la remettre à sa

place.

Ferdinand Langlé appuya la proposition et, en sa qualité de

vaudevilliste, y ajouta un amendement; c'était de procéder à

l'ouverture de l'armoire à la manière antique, c'est-à-dire avec

accompagnement de choeurs.

Les deux propositions passèrent à l'unanimité.

Le même jour, l'armoire fut ouverte sur ce choeur, imité de _La

Leçon de botanique._

Le coryphée chantait:

_Que l'amour et la botanique_

_N'occupent pas tous nos instants;_

_Il faut aussi que l'on s'applique_

_À boire le vin des parents._

Puis le choeur reprenait:

_Buvons le vin des grands-parents!_

Et l'on joignait l'exemple au précepte. Une fois lancés sur la

voie de la poésie, les préparateurs composèrent un second choeur

pour le travail. Ce travail consistait particulièrement à

empailler de magnifiques oiseaux que l'on recevait des quatre

parties du monde. Voici le choeur des travailleurs:

_Goûtons le sort que le ciel nous destine;_

_Reposons-nous sur le sein des oiseaux;_

_Mêlons le camphre à la térébenthine,_

_Et par le vin égayons nos travaux._

Sur quoi, on buvait une gorgée de la bouteille, qui se trouvait

non pas au tiers, mais à moitié vide.

Il s'agissait de suivre l'ordonnance de James Rousseau et de la

remplir.

C'était l'affaire du comité de chimie, composé de Ferdinand

Langlé, d'Eugène Sue et de Delattre; plus tard, Romieu y fut

adjoint.

Le comité de chimie faisait un affreux mélange de réglisse et de

caramel, remplaçait le vin bu par ce mélange improvisé, rebouchait

la bouteille aussi proprement que possible et la remettait à sa

place.

Quand c'était du vin blanc, on clarifiait la préparation avec des

blancs d'oeufs battus.

Mais parfois la punition retombait sur les coupables.

De temps en temps, M. Sue donnait de grands et magnifiques dîners;

au dessert, on buvait tantôt l'alicante de Mme de Morville, tantôt

le tokai de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, tantôt le

johannisberg de M. de Metternich, tantôt le liebfraumilch du roi

de Prusse.

Tout allait à merveille si l'on tombait sur une bouteille vierge;

mais plus on allait en avant, plus les virginités fondaient aux

mains des travailleurs.

Il arriva que l'on tomba quelquefois, puis souvent, puis enfin

presque toujours sur des bouteilles revues et corrigées par le

comité de chimie.

Alors il fallait avaler le breuvage.

Le docteur Sue goûtait de son vin, faisait une légère grimace et

disait:

-- Il est bon, mais il demande à être bu. Et c'était une si grande

vérité, et le vin demandait si bien à être bu, que, le lendemain,

on recommençait à le boire. Tout cela devait finir par une

catastrophe, et, en effet, tout cela finit ainsi. Un jour que l'on

savait le docteur Sue à sa maison de campagne de Bouqueval, d'où

l'on comptait bien qu'il ne reviendrait pas de la journée, on

s'était, à force de séductions sur la cuisinière et les

domestiques, fait servir dans le jardin un excellent dîner sur

l'herbe.

Tous les empailleurs, comité de chimie compris, étaient là,

couchés sur le gazon, couronnés de roses, comme les convives de la

vie inimitable de Cléopâtre, buvant à plein verre le tokai et le

johannisberg, ou plutôt l'ayant bu, quand, tout à coup, la porte

de la maison donnant sur le jardin s'ouvrit et le commandeur

apparut. Le commandeur, c'était le docteur Sue. Chacun, à cette

vue, s'enfuit et se cache. Rousseau seul, plus gris que les

autres, ou plus brave dans le vin, remplit deux verres, et,

s'avançant vers le docteur:

-- Ah! mon bon monsieur Sue, dit-il en lui présentant le moins

plein des deux verres, voilà de fameux tokai! À la santé de

l'empereur d'Autriche!

On devine la colère dans laquelle entra le docteur, en retrouvant

sur le gazon le cadavre d'une bouteille de tokai, les cadavres de

deux bouteilles de johannisberg et de trois bouteilles d'alicante.

On avait bu l'alicante à l'ordinaire.

Les mots de vol, d'effraction, de procureur du roi, de police

correctionnelle, grondèrent dans l'air comme gronde la foudre dans

un nuage de tempête.

La terreur des coupables fut profonde.

Delattre connaissait un puits desséché aux environs de Clermont;

il proposait de s'y réfugier.

Huit jours après, Eugène Sue partait comme sous-aide pour faire la

campagne d'Espagne de 1823.

Il avait vingt ans accomplis.

La ligne imperceptible qui sépare l'adolescent du jeune homme

était franchie. C'est au jeune homme que nous allons avoir

affaire.

Le jeune homme.

Eugène Sue fit la campagne, resta un an à Cadix, et ne revint à

Paris que vers le milieu de 1824.

Le feu du Trocadéro lui avait fait pousser les cheveux et les

moustaches; il était parti imberbe, il revenait barbu et chevelu.

Cette croissance capillaire, qui faisait d'Eugène Sue un très beau

garçon, flatta probablement l'amour-propre du docteur Sue, mais ne

relâcha en rien les cordons de sa bourse.

Ce fut alors que, par de Leuven et Desforges, je fis connaissance

avec Eugène Sue.

À cette époque, où ma vocation était déjà décidée, il n'avait,

lui, aucune idée littéraire.

Desforges, qui avait une petite fortune à lui, Ferdinand Langlé,

que sa mère adorait, étaient les deux Crassus de la société.

Quelquefois, comme faisait Crassus à César, ils prêtaient non pas

vingt millions de sesterces, mais vingt, mais trente, mais

quarante, et même jusqu'à cent francs aux plus nécessiteux.

Outre sa bourse, Ferdinand Langlé mettait à la disposition de ceux

des membres de la société qui n'étaient jamais sûrs ni d'un lit,

ni d'un souper, sa chambre dans la maison de M. Sue, et l'en-cas

que sa mère, pleine d'attentions pour lui, faisait préparer tous

les soirs.

Combien de fois cet en-cas fut-il la ressource suprême de quelque

membre de la société qui avait mal dîné, ou même qui n'avait pas

dîné du tout!

Ferdinand Langlé, notre aîné, grand garçon de vingt-cinq à vingt-

six ans, auteur d'une douzaine de vaudevilles, amant d'une actrice

du Gymnase nommée Fleuriet, charmante fille que je revois comme un

mirage de ma jeunesse, et qui mourut vers cette époque,

empoisonnée, dit-on, par un empoisonneur célèbre; Ferdinand Langlé

rentrait rarement chez lui. Mais, comme le domestique,

complètement dans nos intérêts, affirmait à Mme Langlé que

Ferdinand vivait avec la régularité d'une religieuse, la bonne

mère avait le soin de faire mettre tous les soirs l'en-cas sur la

table de nuit.

Le domestique mettait donc l'en-cas sur la table de nuit, et la

clef de la petite porte de la rue à un endroit convenu.

Un attardé se trouvait-il sans asile, il se dirigeait vers la rue

du Rempart, allongeait la main dans un trou de la muraille, y

trouvait la clef, ouvrait la porte, remettait religieusement la

clef à sa place, tirait la porte derrière lui, allumait la bougie,

s'il était le premier, mangeait, buvait et se couchait dans le

lit.

Si un second suivait le premier, il trouvait la clef au même

endroit, pénétrait de la même façon, mangeait le reste du poulet,

buvait le reste du vin, levait la couverture à son tour et se

fourrait dessous.

Si un troisième suivait le second, même jeu pour la clef, même jeu

pour la porte; seulement, celui-ci ne trouvait plus ni poulet, ni

vin, ni place dans le lit: il mangeait le reste du pain, buvait un

verre d'eau et s'étendait sur le canapé.

Si le nombre grossissait outre mesure, les derniers venus tiraient

un matelas du lit et couchaient par terre.

Une nuit, Rousseau arriva le dernier; la lumière était éteinte: il

compta à tâtons quatorze jambes!

Cela dura quatre ou cinq ans, sans que le docteur Sue se doutât le

moins du monde que sa maison était un caravansérail dans lequel

l'hospitalité était pratiquée gratis et sur une grande échelle.

Au milieu de cette vie de bohème, Eugène fut pris tout à coup de

la fantaisie d'avoir un groom, un cheval et un cabriolet, Or,

comme son père lui tenait de plus en plus la dragée haute, il lui

fallut, pour pouvoir satisfaire ce caprice, recourir aux

expédients.

Il fut mis en rapport avec deux honnêtes capitalistes qui

vendaient des souricières et des contrebasses aux jeunes gens qui

se sentaient la vocation du commerce...

On les nommait MM. Ermingot et Godefroy.

J'ignore si ces messieurs vivent encore et font le même métier;

mais, ma foi, à tout hasard, nous citons les noms, espérant qu'on

ne prendra pas les lignes que nous écrivons pour une réclame.

MM. Ermingot et Godefroy allèrent aux informations; ils surent

qu'Eugène Sue devait hériter d'une centaine de mille francs de son

grand-père maternel et de quatre à cinq cent mille francs de son

père. Ils comprirent qu'ils pouvaient se risquer.

Ils parlèrent de vins qu'ils avaient à vendre dans d'excellentes

conditions et sur lesquels il y avait à gagner cent pour cent!

Eugène Sue répondit qu'il lui serait agréable d'en acheter pour

une certaine somme.

Il reçut, en conséquence, une invitation à déjeuner à Bercy pour

lui et un de ses amis.

Il jeta les yeux sur Desforges; Desforges passait pour l'homme

rangé de la société, et le docteur Sue avait la plus grande

confiance en lui.

On était attendu aux Gros-Marronniers.

Le déjeuner fut splendide; on fit goûter aux deux jeunes gens les

vins dont ils venaient faire l'acquisition, et Eugène Sue, sur

lequel s'opérait particulièrement la séduction, en fut si content,

qu'il en acheta, séance tenante, pour quinze mille francs, que,

séance tenante toujours, il régla en lettres de change.

Le vin fut déposé dans une maison tierce, avec faculté pour Eugène

Sue de le faire goûter, de le vendre et de faire dessus tels

bénéfices qu'il lui conviendrait.

Huit jours après, Eugène Sue revendait à un compère de la maison

Ermingot et Godefroy son lot de vins pour la somme de quinze cents

francs payés comptant.

On perdait treize mille cinq cents francs sur la spéculation, mais

on avait quinze cents francs d'argent frais. C'était de quoi

réaliser l'ambition qui, depuis un an, empêchait les deux amis de

dormir: un groom, un cheval et un cabriolet.

Comment, demandera le lecteur, peut-on avoir, avec quinze cents

francs, un groom, un cheval et un cabriolet?

C'est inouï, le crédit que donnent quinze cents francs d'argent

comptant, surtout quand on est fils de famille et que l'on peut

s'adresser aux fournisseurs de son père.

On acheta le cabriolet chez Sailer, carrossier du docteur, et l'on

donna cinq cents francs à compte; on acheta le cheval chez

Kunsmann, où l'on prenait des leçons d'équitation, et l'on donna

cinq cents francs à compte. On restait à la tête de cinq cents

francs: on engagea un groom que l'on habilla de la tête aux pieds;

ce n'était pas ruineux, on avait crédit chez le tailleur, le

bottier et le chapelier.

On était arrivé à ce magnifique résultat, au commencement de

l'hiver de 1823 à 1824.

Le cabriolet dura tout l'hiver.

Au printemps, on résolut de monter un peu à cheval pour saluer les

premières feuilles.

Un matin; on partit; Eugène Sue et Desforges, à cheval, étaient

suivis de leur groom, à cheval comme eux.

À moitié chemin des Champs-Élysées, comme on était en train de

distribuer des saluts aux hommes et des sourires aux femmes, un

cacolet vert s'arrête, une tête sort par la portière et examine

avec stupéfaction les deux élégants.

La tête était celle du docteur Sue, le cacolet vert était ce que

l'on appelait dans la famille la voiture aux trois lanternes.

C'était une voiture basse inventée par le docteur Sue, et de

laquelle on descendait sans marchepied: l'aïeule de tous nos

petits coupés d'aujourd'hui.

Cette tête frappa les deux jeunes gens comme eût fait celle de

Méduse; seulement, au lieu de les pétrifier, elle leur donna des

ailes; ils partirent au galop.

Par malheur, il fallait rentrer; on ne rentra que le surlendemain,

c'est vrai, mais on rentra.

La justice veillait à la porte sous les traits du docteur Sue; il

fallut tout avouer, et ce fut même un bonheur que l'on avouât

tout. La maison Ermingot et Godefroy commençait de montrer les

dents sous la forme de papier timbré.

L'homme d'affaires du docteur Sue fut chargé d'entrer en

arrangement avec MM. Ermingot et Godefroy; ces messieurs, au

reste, venaient d'avoir un petit désagrément en police

correctionnelle, ce qui les rendit tout à fait coulants.

Moyennant deux mille francs, ils rendirent les lettres de change

et donnèrent quittance générale.

Sur quoi, Eugène Sue s'engagea à rejoindre son poste à l'hôpital

militaire de Toulon.

Desforges perdit toute la confiance du docteur. Il fut reconnu par

l'enquête qu'il avait trempé jusqu'au cou dans l'affaire Ermingot

et Godefroy, et il fut mis à l'index; ce qui le détermina --

facilité toujours par sa fortune personnelle -- à suivre Eugène

Sue à Toulon.

Damon n'eût pas donné une plus grande preuve de dévouement à

Pythias.

On passa la dernière nuit ensemble: de Leuven, Adam, Desforges,

Romieu, Croissy, Millaud, un cousin d'Eugène Sue, charmant garçon

qui est allé mourir depuis en Amérique, Mira, le fils du célèbre

Brunet, dont un duel fatal illustra depuis l'adresse.

Au moment du départ, l'enthousiasme fut tel, que Romieu et Mira

résolurent d'escorter la diligence.

Eugène Sue et Desforges étaient dans le coupé; Romieu et Mira

galopaient aux deux portières.

Romieu galopa jusqu'à Fontainebleau; là, il lui fallut absolument

descendre de cheval.

Mira, s'entêtant, fit trois lieues de plus puis force lui fut de

s'arrêter à son tour.

La diligence continua majestueusement son chemin, laissant les

blessés en route.

On arriva le cinquième jour à Toulon.

Le premier soin des exilés fut d'écrire, pour avoir des nouvelles

de leurs amis.

Romieu avait été ramené dans la capitale sur une civière.

Mira avait préféré attendre sa convalescence là où il était, et,

quinze jours après, rentrait à Paris en voiture.

On s'installa à Toulon et l'on commença de faire les beaux avec

les restes de la splendeur parisienne. Ces restes de splendeur, un

peu fanés, étaient du luxe à Toulon.

Les Toulonnais ne tardèrent pas à regarder les nouveaux venus d'un

mauvais oeil; ils appelaient Eugène Sue, le _Beau Sue. _Les

Toulonnais faisaient un calembour auquel l'orthographe manquait,

mais qui se rachetait par la consonance.

Le calembour eut d'autant plus de succès là-bas, qu'Eugène Sue,

très beau garçon, du reste, nous l'avons dit déjà, avait la tête

un peu dans les épaules.

Mais le haro redoubla, quand on vit tous les soirs venir les

muscadins au théâtre, et que l'on s'aperçut qu'ils y venaient

particulièrement pour lorgner la première amoureuse, Mlle

Florival.

C'était presque s'attaquer aux autorités: le sous-préfet

protégeait la première amoureuse.

Les deux Parisiens s'entêtèrent et demandèrent leurs entrées dans

les coulisses. Desforges faisait valoir sa qualité d'auteur

dramatique; il avait eu deux ou trois vaudevilles joués à Paris.

Eugène Sue était vierge de toute espèce de littérature et ne

donnait aucun signe de vocation pour la carrière d'homme de

lettres; il était plutôt peintre. Gamin, il avait couru les

ateliers, dessinait, croquait, brossait.

Il y a sept ou huit ans à peine, que je voyais encore, dans une

des anciennes rues qui longeaient la Madeleine, un cheval qu'il

avait dessiné sur la muraille avec du vernis noir et un pinceau à

cirer les bottes.

Le cheval s'est écroulé avec la rue.

La porte des coulisses restait donc impitoyablement fermée; ce qui

donnait aux Toulonnais le droit incontestable de goguenarder les

Parisiens.

Par bonheur, Louis XVIII était mort le 15 septembre 1824, et

Charles X avait eu l'idée de se faire sacrer; la cérémonie devait

avoir lieu dans la cathédrale de Reims, le 26 mai 1825.

Maintenant, comment la mort du roi Louis XVIII à Paris, comment le

sacre du roi Charles X à Reims pouvaient-ils faire ouvrir les

portes du théâtre de Toulon à Desforges et à Eugène Sue?

Voici.

Desforges proposa à Eugène Sue de faire, sur le sacre, ce que l'on

appelait, à cette époque, un _à-propos. _Eugène Sue accepta, bien

entendu.

L'_à-propos _fut représenté au milieu de l'enthousiasme universel.

J'ai encore cette bluette, écrite tout entière de la main d'Eugène

Sue.

Le même soir, les deux auteurs avaient, d'une façon inattaquable,

leurs entrées dans les coulisses, et par suite chez Mlle Florival.

Ils en profitèrent conjointement et sans jalousie aucune.

Sous ce rapport, Eugène Sue avait des idées de communisme innées.

Vers le mois de juin 1825, Damon et Pythias se séparèrent.

Eugène Sue resta seul en possession de ses entrées au théâtre et

chez Mlle Florival. Desforges partit pour Bordeaux, où il fonda

_Le Kaléidoscope._

Pendant ce temps, Ferdinand Langlé fondait _La Nouveauté_ à Paris.

Vers la fin de 1825, Eugène Sue revint de Toulon.

Il trouva un centre littéraire auquel s'étaient ralliés les

anciens hôtes de la rue du Rempart.

C'était _La Nouveauté_.

Les principaux rédacteurs du journal étaient de Brucker, Michel

Masson, Romieu, Rousseau, Garnier-Pagès aîné, de Leuven, Dupeuty,

de Villeneuve, Cavé, Vulpian et Desforges.

Desforges avait abandonné son fruit en province pour venir se

rallier à la création de Ferdinand Langlé.

Le petit journal était en pleine prospérité. Depuis la

représentation de son _à-propos _à Toulon, Eugène Sue était auteur

dramatique, par conséquent, homme de lettres. Son cousin étant

rédacteur en chef, il se trouva tout naturellement rédacteur

particulier.

On lui demanda des articles; il en fit quatre; cette série était

intitulée _L'Homme-mouche._

Ce sont les premières lignes sorties de la plume de l'auteur de

_Mathilde _et des _Mystères de Paris _qui aient été imprimées.

Mais on comprend que _La Nouveauté _ne payait point ses rédacteurs

au poids de l'or; d'un autre côté, le docteur Sue restait

inflexible: il avait sur le coeur non seulement le vin bu, mais

encore le vin gâté.

On avait bien une ressource extrême dont je n'ai pas encore parlé

et que je réservais, comme son propriétaire, pour les grandes

occasions: c'était une montre Louis XVI, à fond d'émail, entourée

de brillants, donnée par la marraine, l'impératrice Joséphine.

Dans les cas extrêmes, on la portait au mont-de-piété et l'on en

avait cent cinquante francs.

Elle défraya le mardi gras de 1826; mais, le mardi gras passé,

après avoir traîné le plus longtemps possible, il fallut prendre

un grand parti et s'en aller à la campagne.

Bouqueval, la campagne du docteur Sue, offrait aux jeunes gens son

hospitalité champêtre et frugale; on alla à Bouqueval.

Pâques arriva, et, avec Pâques, un certain nombre de convives.

Chacun avait promis d'apporter son plat, qui un homard, qui un

poulet rôti, qui un pâté.

Or, il arriva que, chacun comptant sur son voisin, l'argent

manquant à tous, personne n'apporta rien.

Il fallait cependant faire la pâque; c'eût été un péché que de ne

pas fêter un pareil jour.

On alla droit aux étables et l'on égorgea un mouton.

Par malheur, le mouton était un magnifique mérinos que le docteur

gardait comme échantillon.

Il fut dépouillé, rôti, mangé jusqu'à la dernière côtelette.

Lorsque le docteur apprit ce nouveau méfait, il se mit dans une

abominable colère; mais aux colères paternelles, Eugène Sue

opposait une admirable sérénité.

C'était un charmant caractère que celui de notre pauvre ami,

toujours gai, joyeux, riant.

Il devint triste, mais resta bon.

Ordre fut donné à Eugène Sue de quitter Paris.

Il passa dans la marine, et fit deux voyages aux Antilles.

De là la source d'_Atar-Gull, _de là l'explication de ces

magnifiques paysages qui semblent entrevus dans un pays de fées, à

travers les déchirures d'un rideau de théâtre.

Puis il revint en France. Une bataille décisive se préparait

contre les Turcs. Eugène Sue s'embarqua, comme aide-major, à bord

du _Breslau, _capitaine La Bretonnière, assista à la bataille de

Navarin, et rapporta comme dépouilles opimes un magnifique costume

turc qui fut mangé au retour, velours et broderie.

Tout en mangeant le costume turc, Eugène Sue, qui prenait peu à

peu goût à la littérature, avait fait jouer, avec Desforges,

_Monsieur le marquis._

Enfin, vers le même temps, il faisait paraître, dans _La Mode, _la

nouvelle de _Plick et Plock, _son point de départ comme roman.

Sur ces entrefaites, le grand-père maternel d'Eugène Sue mourut,

lui laissant quatre-vingt mille francs, à peu près. C'était une

fortune inépuisable.

Aussi le jeune poète, qui avait vingt-quatre ans, et qui, par

conséquent, était sur le point d'atteindre sa grande majorité,

donna-t-il sa démission et se mit-il dans ses meubles.

Nous disons se mit _dans ses meubles, _parce qu'Eugène Sue,

artiste d'habitudes comme d'esprit, fut le premier à meubler un

appartement à la manière moderne; Eugène Sue eut le premier tous

ces charmants bibelots dont personne ne voulait alors, et que tout

le monde s'arracha depuis: vitraux de couleur, porcelaines de

Chine, porcelaines de Saxe, bahuts de la Renaissance, sabres

turcs, criks malais, pistolets arabes, etc.

Puis, libre de tout souci, il se dit que sa vocation était d'être

peintre, et il entra chez Gudin, qui, à peine âgé de trente ans

alors, avait déjà sa réputation faite.

Nous avons dit qu'Eugène Sue dessinait, ou plutôt croquait assez

habilement; il avait, je me le rappelle, rapporté de Navarin un

album qui était doublement curieux, et comme côté pittoresque, et

comme côté artistique.

Ce fut chez l'illustre peintre de marine qu'arriva à Eugène Sue

une de ces aventures de gamin qui avaient rendu célèbre la société

Romieu, Rousseau et Eugène Sue.

Gudin, nous l'avons dit, était à cette époque dans toute la force

de son talent et dans tout l'éclat de sa renommée. Les amateurs

s'arrachaient ses oeuvres, les femmes se disputaient l'homme.

Comme tous les artistes dans une certaine position, il recevait de

temps en temps des lettres de femmes inconnues, qui, désirant

faire connaissance avec lui, lui donnaient des rendez-vous à cet

effet.

Un jour, Gudin en reçut deux; toutes deux lui donnaient rendez-

vous pour la même heure. Gudin ne pouvait pas se dédoubler. Il fit

part à Eugène Sue de son embarras.

Eugène Sue s'offrit pour le remplacer; de l'élève au maître, il

n'y a qu'un pas.

Puis il y avait une grande ressemblance physique entre Gudin et

Eugène Sue: ils étaient de même taille, avaient tous les deux la

barbe et les cheveux noirs; l'un ayant vingt-sept ans, l'autre

trente, la plus mal partagée des deux inconnues n'aurait point à

crier au voleur. D'ailleurs, on mit les deux lettres dans un

chapeau, et chacun tira la sienne.

À partir de ce moment, et pour le reste de la journée, il y eut

deux Gudin et plus d'Eugène Sue.

Le soir, chacun alla à son rendez-vous, et, le lendemain, chacun

revenait enchanté. La chose eût pu durer ainsi éternellement; mais

la curiosité perdit toujours les femmes, témoin Ève, témoin

Psyché.

La dame qui avait obtenu le faux Gudin en partage avait des goûts

artistiques. Après avoir vu le peintre, elle voulait absolument

voir l'atelier.

Elle voulait surtout voir Gudin travaillant, la palette et le

pinceau à la main.

Au nombre des femmes curieuses, nous avons oublié Sémélé, qui

voulut voir son amant Jupiter dans toute sa splendeur, et qui fut

brûlée vive par les rayons de sa foudre.

Le faux Gudin ne put résister à tant d'instances: il consentit et

donna rendez-vous pour le lendemain à la belle curieuse.

Elle devait venir à deux heures de l'après-midi, moment où le jour

est le plus favorable à la peinture.

À deux heures moins un quart, Eugène Sue, vêtu d'une magnifique

livrée attendait dans l'antichambre de Gudin.

À deux heures moins quelques minutes, la sonnette s'agita sous la

main tremblante de la belle curieuse.

Eugène Sue alla ouvrir.

La dame, jalouse de tout voir, commença par jeter les yeux sur le

domestique, qui lui paraissait d'excellente mine, et qui

s'inclinait respectueusement devant elle.

Cet examen fut suivi d'un cri terrible.

-- Quelle horreur! Un laquais! Et la dame, se cachant le visage

dans son mouchoir, descendit précipitamment l'escalier. Au bal

masqué de l'Opéra, Eugène Sue rencontra la dame et voulut renouer

connaissance avec elle; mais elle s'obstina, cette fois, à croire

qu'il était déguisé, et il n'en obtint, pour toute réponse, que

ces mots qu'il avait déjà entendus:

-- Quelle horreur! Un laquais!

Vers ce temps, je fis représenter _Henri III, _au Théâtre-

Français. De Leuven et Ferdinand Langlé, prévoyant le succès que

la pièce devait avoir, vinrent me demander l'autorisation d'en

faire la parodie. Je la leur accordai, bien entendu.

Cette parodie fut faite pour le Vaudeville. Elle portait le titre

de: _Le Roi Dagobert et sa cour._

Mais ce titre parut irrévérencieux à l'égard du _descendant _de

Dagobert. Par _descendant _de Dagobert, l'honorable compagnie qui

porte _de sable aux ciseaux d'argent _entendait Sa Majesté Charles

X. Elle confondait _descendants _avec _successeurs; _mais bah!

quand on coupe toujours et qu'on n'écrit jamais, il ne faut pas y

regarder de si près.

Les auteurs changèrent le titre et prirent celui du _Roi Pétaud et

sa cour._

Le comité de censure n'y trouva aucun inconvénient.

Comme si personne ne descendait du roi Pétaud!

La pièce fut jouée sous ce dernier titre.

Tout le cénacle assistait à la première représentation.

La parodie parodiait la pièce scène par scène.

Or, à la fin du quatrième acte, la scène d'adieux de Saint-Mégrin

et de son domestique était parodiée par une scène entre le héros

de la parodie et son portier.

Dans cette scène, très tendre, très touchante, très sentimentale

enfin, le héros demandait à son portier une mèche de ses cheveux

sur l'air _Dormez donc, mes chères amours, _très en vogue à cette

époque et tout à fait approprié à la situation.

Trois ou quatre jours après, nous dînâmes chez Véfour, Eugène Sue,

Desforges, de Leuven, Desmares, Rousseau, Romieu et moi.

Le juif errant - Tome I · 第 5 / 101 题