MADEMOISELLE HEDWIGE.--Dans la chambre à coucher, monsieur.
Donnez-vous la peine d'entrer. Ils entrèrent et virent une bonne
qui tenait sur ses genoux une pauvre petite fille, maigre, pâle,
chétive. «Cette petite est malade, dit M. de Rosbourg.
--Elle a toujours été comme ça, monsieur, dit Mlle Hedwige; le
médecin pense qu'elle ne vivra pas.»
Sophie voulut l'embrasser: la petite détourna la tête en pleurant.
M. de Rosbourg voulut à son tour s'approcher: l'enfant jeta des
cris perçants.
«Allons-nous-en, dit M. de Rosbourg, une autre fois nous lui
ferons peut-être moins peur.» Et ils partirent pour retourner à
Fleurville. Pendant que Sophie racontait à ses amis la mort de sa
belle-mère, M. de Rosbourg réglait avec Mme de Fleurville l'avenir
de la petite fille.
«Sophie, disait-il, ne peut traiter comme sa soeur la fille d'un
galérien et de cette femme qui n'a jamais été pour elle qu'un
bourreau; cette Mlle Hedwige me paraît bonne personne, quoique
ignorante et bornée. On lui payera une pension pour l'enfant et
pour la bonne, et ils vivront dans un coin du château. Quand
l'enfant sera plus grande, nous verrons; mais je crois qu'elle ne
vivra pas.»
Les prévisions de M. de Rosbourg ne furent pas trompées: la fille
de Mme Fichini mourut de langueur peu de mois après, et Mlle
Hedwige entra comme dame de compagnie chez une vieille dame
étrangère qui lui faisait donner des leçons de français à ses
petits-enfants, et qui la garda jusqu'à sa mort en lui laissant de
quoi vivre convenablement.
Les vacances finissaient; le jour du départ arriva. Les enfants
étaient fort tristes; Jacques et Marguerite pleuraient amèrement;
Sophie pleurait; Jean s'essuyait les yeux; Léon était triste; Paul
était sombre et regardait d'un air navré pleurer Marguerite et
Jacques.
Il fallait bien enfin se séparer; ce dernier moment fut cruel.
M. de Traypi arracha Jacques des bras de Paul et de Marguerite,
sauta avec lui en voiture et fit partir immédiatement. Marguerite
se jeta dans les bras de Paul et pleura longtemps sur son épaule.
Il parvint enfin à la consoler, à la grande satisfaction de
Mme de Rosbourg qui la regardait pleurer avec tristesse.
M. DE ROSBOURG.--Ton petit ami est parti, ma chère enfant! mais
ton grand ami te reste; tu sais comme Paul t'aime; entre lui et
moi, nous tâcherons que tu ne t'ennuies pas et que tu sois
heureuse.
MARGUERITE.--Oh! papa, je ne m'ennuierai jamais près de vous et
de Paul, et je serai toujours heureuse avec vous: mais je pleure
mon pauvre Jacques, parce que je l'aime; et puis c'est qu'il
m'aime tant, qu'il est malheureux loin de moi!