Les vacances étaient bien avancées; un grand mois s'était écoulé
depuis l'arrivée des cousins; mais les enfants avaient encore
trois semaines devant eux, et ils ne s'attristaient pas si
longtemps d'avance à la pensée de la séparation. Léon s'améliorait
de jour en jour; non seulement il cherchait à vaincre son
caractère envieux, emporté et moqueur, mais il essayait encore de
se donner du courage. Son nouvel ami Paul avait gagné sa confiance
par sa franche bonté et son indulgence; il avait osé lui avouer sa
poltronnerie.
«Ce n'est pas ma faute, lui dit-il tristement; mon premier
mouvement est d'avoir peur et d'éviter le danger; je ne peux pas
m'en empêcher. Je t'assure, Paul, que bien des fois j'en ai été
honteux au point d'en pleurer en cachette; je me suis dit cent
fois qu'à la prochaine occasion je serais brave; pour tâcher de le
devenir, je me faisais brave en paroles. J'ai beau faire, je sens
que je suis et serai toujours poltron.»
Il avait l'air si triste et si honteux en faisant cet aveu, que
Paul en fut touché.
«Mon pauvre ami, lui dit-il (il appuya sur _ami), _je trouve au
contraire qu'il faut un grand courage pour dire, même à un ami, ce
que tu viens de me confier. Au fond, tu es tout aussi brave que
moi!»
Léon relève la tête avec surprise.
«Seulement tu n'as pas eu occasion d'exercer ton courage avec
prudence. Tu es entouré de cousines et d'amis plus jeunes que toi;
tu t'es trouvé dans des moments de danger, plus ou moins grand,
avec la certitude que tu n'avais ni la force ni les moyens de t'en
préserver; alors tu as tout naturellement pris l'habitude de fuir
le danger et de croire que tu ne peux pas faire autrement.»
LÉON.--Mais pourtant, Paul, toi, je te vois courir en avant dans
bien des occasions où je me serais sauvé.
PAUL.--Moi, c'est autre chose; j'ai passé cinq années entouré de
dangers et avec l'homme le plus courageux, le plus déterminé que
je connaisse; il m'a habitué à ne rien craindre. Mais moi-même,
que tu cites comme exemple, c'est par habitude que je suis
courageux, et cette habitude, je l'ai prise parce que je me
sentais toujours en sûreté sous la protection de mon père.
Marchons ensemble à la première occasion, et tu verras que tu
feras tout comme moi.
--J'en doute, reprit Léon; en tout cas, je tâcherai. Je te
remercie de m'avoir remonté dans ma propre estime; j'étais honteux
de moi-même.
--À l'avenir, tu seras content, tu verras, dit Paul en lui
serrant affectueusement la main. Léon rentra tout joyeux pour
travailler; Paul monta chez M. de Rosbourg, qui lui dit en
souriant: «Mon cher Paul, puisque te voilà, causons donc ensemble
de ton avenir. Y as-tu pensé quelquefois?»
PAUL.--Non, mon père, je vous en ai laissé le soin; je sais que
vous arrangerez tout pour mon plus grand bien.