XI. Les Tourne-Boule et l'idiot.

Les vacances étaient bien avancées; un grand mois s'était écoulé

depuis l'arrivée des cousins; mais les enfants avaient encore

trois semaines devant eux, et ils ne s'attristaient pas si

longtemps d'avance à la pensée de la séparation. Léon s'améliorait

de jour en jour; non seulement il cherchait à vaincre son

caractère envieux, emporté et moqueur, mais il essayait encore de

se donner du courage. Son nouvel ami Paul avait gagné sa confiance

par sa franche bonté et son indulgence; il avait osé lui avouer sa

poltronnerie.

«Ce n'est pas ma faute, lui dit-il tristement; mon premier

mouvement est d'avoir peur et d'éviter le danger; je ne peux pas

m'en empêcher. Je t'assure, Paul, que bien des fois j'en ai été

honteux au point d'en pleurer en cachette; je me suis dit cent

fois qu'à la prochaine occasion je serais brave; pour tâcher de le

devenir, je me faisais brave en paroles. J'ai beau faire, je sens

que je suis et serai toujours poltron.»

Il avait l'air si triste et si honteux en faisant cet aveu, que

Paul en fut touché.

«Mon pauvre ami, lui dit-il (il appuya sur _ami), _je trouve au

contraire qu'il faut un grand courage pour dire, même à un ami, ce

que tu viens de me confier. Au fond, tu es tout aussi brave que

moi!»

Léon relève la tête avec surprise.

«Seulement tu n'as pas eu occasion d'exercer ton courage avec

prudence. Tu es entouré de cousines et d'amis plus jeunes que toi;

tu t'es trouvé dans des moments de danger, plus ou moins grand,

avec la certitude que tu n'avais ni la force ni les moyens de t'en

préserver; alors tu as tout naturellement pris l'habitude de fuir

le danger et de croire que tu ne peux pas faire autrement.»

LÉON.--Mais pourtant, Paul, toi, je te vois courir en avant dans

bien des occasions où je me serais sauvé.

PAUL.--Moi, c'est autre chose; j'ai passé cinq années entouré de

dangers et avec l'homme le plus courageux, le plus déterminé que

je connaisse; il m'a habitué à ne rien craindre. Mais moi-même,

que tu cites comme exemple, c'est par habitude que je suis

courageux, et cette habitude, je l'ai prise parce que je me

sentais toujours en sûreté sous la protection de mon père.

Marchons ensemble à la première occasion, et tu verras que tu

feras tout comme moi.

--J'en doute, reprit Léon; en tout cas, je tâcherai. Je te

remercie de m'avoir remonté dans ma propre estime; j'étais honteux

de moi-même.

--À l'avenir, tu seras content, tu verras, dit Paul en lui

serrant affectueusement la main. Léon rentra tout joyeux pour

travailler; Paul monta chez M. de Rosbourg, qui lui dit en

souriant: «Mon cher Paul, puisque te voilà, causons donc ensemble

de ton avenir. Y as-tu pensé quelquefois?»

PAUL.--Non, mon père, je vous en ai laissé le soin; je sais que

vous arrangerez tout pour mon plus grand bien.

Les vacances · 第 19 / 26 题