IV. Une rencontre inattendue.

«J'aime beaucoup la forêt du moulin, dit un jour Léon à ses

cousines et à ses amies.

--Et moi, je ne l'aime pas du tout», dit Sophie.

JEAN.--Pourquoi donc? Elle est pourtant bien belle.

SOPHIE.--Parce qu'il arrive toujours des malheurs dans cette

forêt. Je n'aime pas quand on y va.

LÉON.--Je ne vois pas quel malheur y est arrivé. On s'y amuse

toujours beaucoup.

SOPHIE.--Toi, tu t'y amuses, c'est possible; mais je te réponds

que je ne m'y suis pas amusée le jour que j'ai manqué étouffer

dans le creux de l'arbre...

LÉON.--Oh! mais c'était ta faute.

SOPHIE.--Je ne dis pas que ce n'était pas ma faute; mais j'ai

manqué tout de même d'y étouffer.

LÉON.--Est-ce que tu étais bien mal dans cet arbre?

SOPHIE.--Comment, si j'y étais mal? Puisque je te dis que

j'étouffais.

LÉON.--Tu ne pouvais pas étouffer! Tu avais de l'air par le

haut.

SOPHIE, _avec impatience.--_Mais j'étais tout au fond, le corps

serré par l'écorce.

LÉON.--Ah bah! Je m'en serais bien tiré, moi.

SOPHIE.--En vérité! J'aurais voulu t'y voir.

LÉON.--Je n'aurais eu besoin du secours de personne pour en

sortir, je t'en réponds.

JEAN, _avec ironie.--_Tu te vantes, mon brave.

JACQUES.--Rien de plus facile que d'essayer: allons à la forêt,

monte sur l'arbre, laisse-toi glisser au fond, nous ne t'aiderons

pas, et tu en sortiras tout seul. Veux-tu?

LÉON, _embarrassé.--_Je le ferais certainement, si..., si...

JACQUES, _riant.--_Si quoi?

LÉON, _embarrassé.--_Si je ne craignais d'effrayer mes cousines

qui pourraient croire... qui pourraient craindre...

JACQUES.--Craindre quoi? puisque tu es si brave.

LÉON.--Et pourquoi n'essayes-tu pas, toi qui me conseilles de le

faire?

JACQUES.--Parce que je crois, moi, que c'est très dangereux, et

j'aurais peur.

LÉON, _avec ironie.--_Peur, toi qui fais toujours le brave, toi

qui te précipites toujours au milieu des dangers qui n'existent

pas, pour te donner la réputation d'un Gérard-tueur-de-lions. Tu

aurais peur, toi, Jacques le téméraire, le batailleur.

JEAN.--Oui, il aurait peur, précisément parce qu'il a le vrai

courage, celui qui le porte à secourir les autres dans le danger,

et non pas à le braver inutilement.

LÉON.--Je vous prouverai bien, moi, que je suis plus courageux

que Jacques. Allons à la forêt, je me glisserai dans le creux de

l'arbre... Seulement... il faut que je demande la permission à

papa.

JEAN.--Ha, ha! voilà qui est bon! Ce sera une manière d'avoir

raison, car tu sais bien que papa ne te laissera pas faire.

LÉON.--Papa me laissera faire, s'il pense, comme moi, qu'il n'y

a aucun danger. Vous allez voir.

Léon, suivi de tous les enfants, alla vers la chambre de son papa,

qu'il trouva avec son oncle, M. de Traypi. Tous deux riaient en

demandant à Léon ce qu'il voulait.

LÉON.--Papa, je viens vous demander la permission d'aller dans

la forêt du moulin avec mes cousines.

Les vacances · 第 8 / 26 题