NOTE PAGE 319.[TN-H]

On ne peut pas dire d'une manière absolue et générale que le plus

grand danger de nos jours soit la licence ou la tyrannie, l'anarchie

ou le despotisme. L'un et l'autre est également à craindre, et peut

sortir aussi aisément d'une seule et même cause qui est l'apathie

générale, fruit de l'individualisme; c'est cette apathie qui fait que

le jour où le pouvoir exécutif rassemble quelques forces, il est en

état d'opprimer, et que le jour d'après, où un parti peut mettre

trente hommes en bataille, celui-ci est également en état d'opprimer.

Ni l'un ni l'autre ne pouvant rien fonder de durable, ce qui les fait

réussir aisément les empêche de réussir longtemps. Ils s'élèvent parce

que rien ne leur résiste, et ils tombent parce que rien ne les

soutient.

Ce qu'il est important de combattre, c'est donc bien moins l'anarchie

ou le despotisme que l'apathie qui peut créer presque indifféremment

l'un ou l'autre.

De la Démocratie en Amérique, tome quatrième · 第 62 / 76 题