On ne peut pas dire d'une manière absolue et générale que le plus
grand danger de nos jours soit la licence ou la tyrannie, l'anarchie
ou le despotisme. L'un et l'autre est également à craindre, et peut
sortir aussi aisément d'une seule et même cause qui est l'apathie
générale, fruit de l'individualisme; c'est cette apathie qui fait que
le jour où le pouvoir exécutif rassemble quelques forces, il est en
état d'opprimer, et que le jour d'après, où un parti peut mettre
trente hommes en bataille, celui-ci est également en état d'opprimer.
Ni l'un ni l'autre ne pouvant rien fonder de durable, ce qui les fait
réussir aisément les empêche de réussir longtemps. Ils s'élèvent parce
que rien ne leur résiste, et ils tombent parce que rien ne les
soutient.
Ce qu'il est important de combattre, c'est donc bien moins l'anarchie
ou le despotisme que l'apathie qui peut créer presque indifféremment
l'un ou l'autre.