les fait paraitre si etrangement proches; lointaines, elles sont
lointaines, elles sont lointaines dans l'air trouble par des parfums.
... Chignole est malheureux, Chignole n'est plus le Chignole impulsif,
le fantaisiste aux actes irreflechis. Le choc recu a-t-il reveille dans
son cerveau des centres endormis? Le sang vierge qui remplace celui
perdu par sa blessure agit-il autrement sur son coeur?
Il est un homme tres different, qui commence a sentir, a comprendre, et
ce premier emoi est cruel.
Une annee d'escadrille, le contact permanent de camarades d'un autre
milieu que le sien lui avait donne un apercu d'une vie nouvelle, a
l'ideal plus eleve, avec des ambitions plus hautes et des plaisirs plus
delicats.
La mollesse de ce climat, ses couleurs, ses chansons, ses odeurs
poivrees d'oeillets et sucrees de jacinthes, lui font paraitre Paris
triste, et le logis de la rue des Saules etroit et sombre.
Les petits ports mediterraneens, recuits de lumiere, eveillent en lui
des idees de departs pour des pays d'enchantement, et l'usine qui a
devore sa jeunesse lui semble monstrueuse et funebre avec le panache
noir de ses cheminees.
Ses infirmieres, qu'il devine elegantes et raffinees, sous leurs blouses
de toile, la musique de leurs voix, les yeux de velours d'une porteuse
de fleurs du marche de Nice, amoindrissent l'image de Sophie, la petite
dactylo, trop pale et trop blonde.
Il prevoit un avenir tourmente, de luttes, d'aprete, de rancoeurs et de
desillusions. Il souffrira et fera souffrir. Pourquoi n'est-il pas mort
quand il croyait si bien mourir, son corps deja prisonnier de la terre,
et sa pensee, dans le ciel, sous les ailes de vieux Charles, qui venait,
comme son ange gardien, assister son ame hesitante a l'instant du grand
voyage.
Et parce que la mort le hante, il pense a sa maman.
--Mon tout petit ... n'ai-je pas deja assez pleure dans cette vie pour
les autres et pour toi?... Je suis ta vieille qui a besoin de tes
caresses ... je t'ai eu si tard que je t'aime comme un petit-fils. Tant
que je te resterai, je serai la meme; de tout ce qui t'entoure, moi
seule ne changerai pas, invariablement fidele, indulgente et passive.
Mes paupieres ne seront bien fermees que sous tes doigts. Mon cheri ...
tu dois vivre ... mon cheri ... il faut revenir ... mon cheri....
... De la caserne des Senegalais, le clairon sonne l'appel du soir.
_Aout 1916--Fevrier 1917._
IMPRIMERIE DE L'EDITION, 104, rue Didot, PARIS (XIVe)
ALBIN MICHEL, Editeur, 22, rue Huyghens
Georges DOCQUOIS: *Nos Emotions pendant la guerre*
1 vol.
Jeanne LANDRE: *L'Ecole des Marraines*
1 vol.
Gabriel SEAILLES: *La Guerre et la Republique*
1 vol.
Arnould GALOPIN: *Les Poilus de la 9e* (462 pages)
1 vol.
*La Poilue*, par une Premiere de la rue de la Paix
1 vol.
Andre AVEZE: *Martha Steiner*, gouvernante allemande
1 vol.
HANS DE KAHLENBERG: *Misere* (_Moeurs militaires allemandes_)
Traduction francaise de Louis DE HESSEM
1 vol.
Henry W. FISCHER: *Guillaume II inconnu*, _Memoires d'Ursula_,
_Comtesse d'Eppinghoven_,
Traduction francaise de A. MEVIL
1 vol.
Henry W. FISCHER: *Memoires secrets de Frau Bertha Krupp*
Traduction francaise de Charles LAROCHE
1 vol.
Lieutenant O. BILSE: *Petite Garnison* (_Roman de moeurs
militaires_)
1 vol.
Docteur CABANES: *Une Allemande a la Cour de France* (_La
Princesse Palatine_, _Les Petits Talents du Grand Frederic_, _Un
Medecin prussien espion dans les salons diplomatiques_) orne de
85 gravures
Henry BARBY, Correspondant de guerre du _Journal_: *Au Pays de
l'Epouvante* (_L'Armenie martyre_) 16 hors texte
1 vol.
Chaque volume, franco *3* fr. *50*
IMPRIMERIE DE L'EDITION, 104, rue Didot, PARIS (XIVe)
[Note concernant la transcription: La ponctuation a ete normalisee.]