M. Froment rapporte le fait suivant dans son écrit déjà cité:

«Dans ces circonstances, les princes projetaient de former dans l'intérieur

du royaume, aussitôt qu'ils le pourraient, des légions de tous les fidèles

sujets du roi, pour s'en servir jusqu'au moment où les troupes de ligne

seraient entièrement réorganisées. Désireux d'être à la tête des royalistes

que j'avais dirigés et commandés en 1789 et 1790, j'écrivis à Monsieur,

comte d'Artois, pour supplier son altesse royale de m'accorder un brevet de

colonel-commandant, conçu de manière que tout royaliste qui, comme moi,

réunirait sous ses ordres un nombre suffisant de vrais citoyens pour former

une légion, pût se flatter d'obtenir la même faveur. Monsieur, comte

d'Artois, applaudit à mon idée, et accueillit favorablement ma demande;

mais les membres du conseil ne furent pas de son avis: ils trouvaient si

étrange qu'un bourgeois prétendît à un brevet militaire, que l'un d'eux

me dit avec humeur: _Pourquoi ne demandez-vous pas un évêché_? Je ne

répondis à l'observateur que par des éclats de rire qui déconcertèrent un

peu sa gravité. Cependant la question fut débattue de nouveau chez M. de

Flaschslanden; les délibérans furent d'avis de qualifier ces nouveaux corps

de _légions bourgeoises_. Je leur observai: «Que sous cette dénomination

ils recréeraient simplement les gardes nationales; que les princes ne

pourraient les faire marcher partout où besoin serait, parce qu'elles

prétendraient n'être tenues de défendre que leurs propres foyers; qu'il

était à craindre que les factieux ne parvinssent à les mettre aux prises

avec les troupes de ligne; qu'avec de vains mots ils avaient armé le peuple

contre les dépositaires de l'autorité publique; qu'il serait donc plus

politique de suivre leur exemple, et de donner à ces nouveaux corps la

dénomination de _milices royales_; que...»

«M. l'évêque d'Arras m'interrompant brusquement, me dit: «Non, non,

monsieur, il faut qu'il y ait du _bourgeois_ dans votre brevet;» et le

baron de Flachslanden, qui le rédigea, y mit du _bourgeois_.»

(_Recueil de divers écrits relatifs à la révolution, page_ 62.)

Histoire de la Révolution française, Tome 01 · 第 62 / 73 题