On trouvera au commencement du second volume, et au début de l'histoire de
l'assemblée législative, un jugement, qui me semble juste, sur les fautes
imputées à la constitution de 91. Je n'ai ici qu'un mot à dire sur le
projet d'établir en France, à cette époque, le gouvernement anglais. Cette
forme de gouvernement est une transaction entre les trois intérêts qui
divisent les états modernes, la royauté, l'aristocratie et la démocratie.
Or, cette transaction n'est possible qu'après l'épuisement des forces,
c'est-à-dire après le combat, c'est-à-dire encore après la révolution. En
Angleterre, en effet, elle ne s'est opérée qu'après une longue lutte, après
la démocratie et l'usurpation. Vouloir opérer la transaction avant le
combat, c'est vouloir faire la paix avant la guerre. Cette vérité est
triste, mais elle est incontestable; les hommes ne traitent que quand ils
ont épuisé leurs forces. La constitution anglaise n'était donc possible en
France qu'après la révolution. On faisait bien sans doute de prêcher, mais
on s'y prit mal; et s'y serait-on mieux pris, on n'aurait pas plus réussi.
J'ajouterai, pour diminuer les regrets, que quand même on eût écrit sur
notre table de la loi la constitution anglaise tout entière, ce traité
n'eût pas apaisé les passions; qu'on en serait venu aux mains tout de même,
et que la bataille aurait été donnée malgré ce traité préliminaire. Je le
répète donc, il fallait la guerre, c'est-à-dire la révolution. Dieu n'a
donné la justice aux hommes qu'au prix des combats.