PROGRÈS DE L'ÉMIGRATION.--LE PEUPLE SOULEVÉ ATTAQUE LE DONJON DE VINCENNES.
--CONSPIRATION DES _Chevaliers du Poignard_.--DISCUSSION SUR LA LOI CONTRE
LES ÉMIGRÉS.--MORT DE MIRABEAU.--INTRIGUES CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES.--FUITE
DU ROI ET DE SA FAMILLE; IL EST ARRÊTÉ A VARENNES ET RAMENÉ A PARIS.
--DISPOSITION DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES; PRÉPARATIFS DES ÉMIGRÉS.
--DÉCLARATIONS DE PILNITZ.--PROCLAMATION DE LA LOI MARTIALE AU
CHAMP-DE-MARS.--LE ROI ACCEPTE LA CONSTITUTION.--CLÔTURE DE L'ASSEMBLÉE
CONSTITUANTE.
La longue et dernière lutte entre le parti national et l'ordre privilégié
du clergé, dont nous venons de raconter les principales circonstances,
acheva de tout diviser. Tandis que le clergé travaillait les provinces de
l'Ouest et du Midi, les réfugiés de Turin faisaient diverses tentatives,
que leur faiblesse et leur anarchie rendaient inutiles. Une conspiration
fut tentée à Lyon. On y annonçait l'arrivée des princes, et une abondante
distribution de grâces; on promettait même à cette ville de devenir
capitale du royaume, à la place de Paris, qui avait démérité de la cour. Le
roi était averti de ces menées, et n'en prévoyant pas le succès, ne le
désirant peut-être pas, car il désespérait de gouverner l'aristocratie
victorieuse, il fit tout ce qu'il put pour l'empêcher. Cette conspiration
fut découverte à la fin de 1790, et ses principaux agens livrés aux
tribunaux. Ce dernier revers décida l'émigration à se transporter de Turin
à Coblentz, où elle s'établit dans le territoire de l'électeur de Trêves,
et aux dépens de son autorité, qu'elle envahit tout entière. On a déjà vu
que les membres de cette noblesse échappée de France étaient divisés en
deux partis: les uns, vieux serviteurs, nourris de faveurs, et composant ce
qu'on appelait la cour, ne voulaient pas, en s'appuyant sur la noblesse de
province, entrer en partage d'influence avec elle, et pour cela ils
n'entendaient recourir qu'à l'étranger; les autres, comptant davantage sur
leur épée, voulaient soulever les provinces du Midi, en y réveillant le
fanatisme. Les premiers l'emportèrent, et on se rendit à Coblentz, sur la
frontière du Nord, pour y attendre les puissances. En vain ceux qui
voulaient combattre dans le Midi insistèrent-ils pour qu'on s'aidât du
Piémont, de la Suisse et de l'Espagne, alliés fidèles et désintéressés, et
pour qu'on laissât dans leur voisinage un chef considérable. L'aristocratie
que dirigeait Calonne ne le voulut pas. Cette aristocratie n'avait pas
changé en quittant la France: frivole, hautaine, incapable, et prodigue à
Coblentz comme à Versailles, elle fit encore mieux éclater ses vices au
milieu des difficultés de l'exil et de la guerre civile. Il faut du
_bourgeois_ dans votre brevet, disait-elle à ces hommes intrépides qui
offraient de se battre dans le Midi, et qui demandaient sous quel titre ils
serviraient[1]. On ne laissa à Turin que des agens subalternes, qui, jaloux
les uns des autres, se desservaient réciproquement, et empêchaient toute
tentative de réussir. Le prince de Condé, qui semblait avoir conservé toute
l'énergie de sa branche, n'était point en faveur auprès d'une partie de la
noblesse; il se plaça près du Rhin, avec tous ceux qui, comme lui, ne
voulaient pas intriguer, mais se battre.
L'émigration devenait chaque jour plus considérable, et les routes étaient
couvertes d'une noblesse qui semblait remplir un devoir sacré en courant
prendre les armes contre sa patrie. Des femmes même croyaient devoir
attester leur horreur contre la révolution, en abandonnant le sol de la
France. Chez une nation où tout se fait par entraînement, on émigrait par
vogue; on faisait à peine des adieux, tant on croyait que le voyage serait
court et le retour prochain. Les révolutionnaires de Hollande, trahis par
leur général, abandonnés pas leurs alliés, avaient cédé en quelques jours;
ceux de Brabant n'avaient guère tenu plus longtemps; ainsi donc, suivant
ces imprudens émigrés, la révolution française devait être soumise en une
courte campagne, et le pouvoir absolu refleurir sur la France asservie.
L'assemblée, irritée plus qu'effrayée de leur présomption, avait proposé
des mesures, et elles avaient toujours été différées. Les tantes du roi,
trouvant leur conscience compromise à Paris, crurent devoir aller chercher
leur salut auprès du pape. Elles partirent pour Rome[2], et furent arrêtées
en route par la municipalité d'Arnay-le-duc. Le peuple se porta aussitôt
chez Monsieur, qu'on disait prêt à s'enfuir. Monsieur parut, et promit de
ne pas abandonner le roi. Le peuple se calma; et l'assemblée prit en
délibération le départ de Mesdames. La délibération se prolongeait, lorsque
Menou la termina par ce mot plaisant: «L'Europe, dit-il, sera bien étonnée
quand elle saura qu'une grande assemblée a mis plusieurs jours à décider si
deux vieilles femmes entendraient la messe à Rome ou à Paris.» Le comité de
constitution n'en fut pas moins chargé de présenter une loi sur la
résidence des fonctionnaires publics et sur l'émigration. Ce décret, adopté
après de violentes discussions, obligeait les fonctionnaires publics à la
résidence dans le lieu de leurs fonctions. Le roi, comme premier de tous,
était tenu de ne pas s'éloigner du corps législatif pendant chaque session,
et en tout autre temps de ne pas aller au-delà du royaume. En cas de
violation de cette loi, la peine pour tous les fonctionnaires était la
déchéance. Un autre décret sur l'émigration fut demandé au comité.
Pendant ce temps, le roi, ne pouvant plus souffrir la contrainte qui lui
était imposée, et les réductions de pouvoir que l'assemblée lui faisait
subir, n'ayant surtout aucun repos de conscience depuis les nouveaux
décrets sur les prêtres, le roi était décidé à s'enfuir. Tout l'hiver avait
été consacré en préparatifs; on excitait le zèle de Mirabeau; on le
comblait de promesses s'il réussissait à mettre la famille royale en
liberté, et, de son côté, il poursuivait son plan avec la plus grande
activité. Lafayette venait de rompre avec les Lameth. Ceux-ci le trouvaient
trop dévoué à la cour; et ne pouvant suspecter son intégrité, comme celle
de Mirabeau, ils accusaient son esprit, et lui reprochaient de se laisser
abuser. Les ennemis des Lameth les accusèrent de jalouser la puissance
militaire de Lafayette, comme ils avaient envié la puissance oratoire de
Mirabeau. Ils s'unirent ou parurent s'unir aux amis du duc d'Orléans, et on
prétendit qu'ils voulaient ménager à l'un d'eux le commandement de la garde
nationale; c'était Charles Lameth qui, disait-on, avait l'ambition de
l'obtenir, et on attribua à ce motif les difficultés sans cesse
renaissantes qui furent suscitées depuis à Lafayette.
Le 28 février, le peuple, excité, disait-on, par le duc d'Orléans, se porta
au donjon de Vincennes, que la municipalité avait destiné à recevoir les
prisonniers trop accumulés dans les prisons de Paris. On attaqua ce donjon
comme une nouvelle Bastille. Lafayette y accourut à temps, et dispersa le
faubourg Saint-Antoine, conduit par Santerre à cette expédition. Tandis
qu'il rétablissait l'ordre dans cette partie de Paris, d'autres difficultés
se préparaient pour lui aux Tuileries. Sur le bruit d'une émeute, une
grande quantité des habitués du château s'y étaient rendus au nombre de
plusieurs centaines. Ils portaient des armes cachées, telles que des
couteaux de chasse et des poignards. La garde nationale, étonnée de cette
affluence, en conçut des craintes, désarma et maltraita quelques-uns de ces
hommes. Lafayette survint, fit évacuer le château et s'empara des armes. Le
bruit s'en répandit aussitôt; on dit qu'ils avaient été trouvés porteurs de
poignards, d'où ils furent nommés depuis chevaliers du poignard. Ils
soutinrent qu'ils n'étaient venus que pour défendre la personne du roi
menacée. On leur reprocha d'avoir voulu l'enlever; et, comme d'usage,
l'événement se termina par des calomnies réciproques. Cette scène détermina
la véritable situation de Lafayette. On vit mieux encore cette fois que,
placé entre les partis les plus prononcés, il était là pour protéger la
personne du roi et la constitution. Sa double victoire augmenta sa
popularité, sa puissance, et la haine de ses ennemis. Mirabeau, qui avait
le tort d'augmenter les défiances de la cour à son égard, présenta cette
conduite comme profondément hypocrite. Sous les apparences de la modération
et de la guerre à tous les partis, elle tendait, selon lui, à l'usurpation.
Dans son humeur, il signalait les Lameth comme des méchans et des insensés,
unis à d'Orléans, et n'ayant dans l'assemblée qu'une trentaine de
partisans. Quant au côté droit, il déclarait n'en pouvoir rien faire, et se
repliait sur les trois ou quatre cents membres, libres de tout engagement,
et toujours disposés à se décider par l'impression de raison et d'éloquence
qu'il opérait dans le moment.
Il n'y avait de vrai dans ce tableau que son évaluation de la force
respective des partis, et son opinion sur les moyens de diriger
l'assemblée. Il la gouvernait en effet, en dominant tout ce qui n'avait
pas d'engagement pris. Ce même jour, 28 février, il exerçait, presque pour
la dernière fois, son empire, signalait sa haine contre les Lameth, et
déployait contre eux sa redoutable puissance.
La loi sur l'émigration allait être discutée. Chapelier la présenta au nom
du comité. Il partageait, disait-il, l'indignation générale contre ces
Français qui abandonnaient leur patrie; mais il déclarait qu'après
plusieurs jours de réflexions, le comité avait reconnu l'impossibilité de
faire une loi sur l'émigration. Il était difficile en effet d'en faire une.
Il fallait se demander d'abord si on avait le droit de fixer l'homme au
sol. On l'avait sans doute, si le salut de la patrie l'exigeait; mais il
fallait distinguer les motifs des voyageurs, ce qui devenait inquisitorial;
il fallait distinguer leur qualité de Français ou d'étrangers, d'émigrans
ou de simples commerçans. La loi était donc très difficile, si elle n'était
pas impossible. Chapelier ajouta que le comité, pour obéir à l'assemblée,
en avait rédigé une; que, si on le voulait, il allait la lire; mais qu'il
avertissait d'avance qu'elle violait tous les principes. «Lisez.... Ne
lisez pas....» s'écrie-t-on de toutes parts. Une foule de députés veulent
prendre la parole. Mirabeau la demande à son tour, l'obtient, et, ce qui
est mieux, commande le silence. Il lit une lettre fort éloquente, adressée
autrefois à Frédéric-Guillaume, dans laquelle il réclamait la liberté
d'émigration, comme un des droits les plus sacrés de l'homme, qui, n'étant
point attaché par des racines à la terre, n'y devait rester attaché que par
le bonheur. Mirabeau, peut-être pour satisfaire la cour, mais surtout par
conviction, repoussait comme tyrannique toute mesure contre la liberté
d'aller et de venir. Sans doute on abusait de cette liberté dans le moment;
mais l'assemblée, s'appuyant sur sa force, avait toléré tant d'excès de la
presse commis contre elle-même, elle avait souffert tant de vaines
tentatives, et les avait si victorieusement repoussées par le mépris, qu'on
pouvait lui conseiller de persister dans le même système. Mirabeau est
applaudi dans son opinion, mais on s'obstine à demander la lecture du
projet de loi. Chapelier le lit enfin: ce projet propose, pour les cas de
troubles, d'instituer une commission dictatoriale, composée de trois
membres, qui désigneront nommément et à leur gré ceux qui auront la liberté
de circuler hors du royaume. A cette ironie sanglante, qui dénonçait
l'impossibilité d'une loi, des murmures s'élèvent. «Vos murmures m'ont
soulagé, s'écrie Mirabeau, vos coeurs répondent au mien, et repoussent
cette absurde tyrannie. Pour moi, je me crois délié de tout serment envers
ceux qui auront l'infamie d'admettre une commission dictatoriale.» Des cris
s'élèvent du côté gauche. «Oui, répète-t-il, je jure....» Il est interrompu
de nouveau.... «Cette popularité, reprend-il avec une voix tonnante, que
j'ai ambitionnée, et dont j'ai joui comme un autre, n'est pas un faible
roseau; je l'enfoncerai profondément en terre ... et je le ferai germer sur
le terrain de la justice et de la raison....» Les applaudissemens éclatent
de toutes parts. «Je jure, ajoute l'orateur, si une loi d'émigration est
votée, je jure de vous désobéir.»
Il descend de la tribune après avoir étonné l'assemblée et imposé à ses
ennemis. Cependant la discussion se prolonge encore; les uns veulent
l'ajournement, pour avoir le temps de faire une loi meilleure; les autres
exigent qu'il soit déclaré de suite qu'on n'en fera pas, afin de calmer le
peuple et de terminer ses agitations. On murmure, on crie, on applaudit.
Mirabeau demande encore la parole, et semble l'exiger. «Quel est, s'écrie
M. Goupil, le titre de la dictature qu'exerce ici M. de Mirabeau?»
Mirabeau, sans l'écouter, s'élance à la tribune. «Je n'ai pas accordé la
parole, dit le président; que l'assemblée décide.» Mais, sans rien décider,
l'assemblée écoute. «Je prie les interrupteurs, dit Mirabeau, de se
souvenir que j'ai toute ma vie combattu la tyrannie, et que je la
combattrai partout où elle sera assise;» et en prononçant ces mots, il
promène ses regards de droite à gauche. Des applaudissemens nombreux
accompagnent sa voix; il reprend: «Je prie M. Goupil de se souvenir qu'il
s'est mépris jadis sur un Catilina dont il repousse aujourd'hui la
dictature[3]; je prie l'assemblée de remarquer que la question de
l'ajournement, simple en apparence, en renferme d'autres, et, par exemple,
qu'elle suppose qu'une loi est à faire.» De nouveaux murmures s'élèvent à
Gauche. «Silence aux trente voix! s'écrie l'orateur en fixant ses regards
sur la place de Barnave et des Lameth. Enfin, ajoute-t-il, si l'on veut, je
vote aussi l'ajournement, mais à condition qu'il soit décrété que d'ici à
l'expiration de l'ajournement il n'y aura pas de sédition.» Des
acclamations unanimes couvrent ces derniers mots. Néanmoins l'ajournement
l'emporte, mais à une si petite majorité, que l'on conteste le résultat, et
qu'une seconde épreuve est exigée.
Mirabeau dans cette occasion frappa surtout par son audace; jamais
peut-être il n'avait plus impérieusement subjugué l'assemblée. Mais sa fin
approchait, et c'étaient là ses derniers triomphes. Des pressentimens de
mort se mêlaient à ses vastes projets, et quelquefois en arrêtaient
l'essor. Cependant sa conscience était satisfaite; l'estime publique
s'unissait à la sienne, et l'assurait que, s'il n'avait pas encore assez
fait pour le salut de l'état, il avait du moins assez fait pour sa propre
gloire. Pâle et les yeux profondément creusés, il paraissait tout changé à
la tribune, et souvent il était saisi de défaillances subites. Les excès de
plaisir et de travail, les émotions de la tribune, avaient usé en peu de
temps cette existence si forte. Des bains qui renfermaient une dissolution
de sublimé avaient produit cette teinte verdâtre qu'on attribuait au
poison. La cour était alarmée, tous les partis étonnés; et, avant sa mort,
on s'en demandait la cause. Une dernière fois, il prit la parole à cinq
reprises différentes, sortit épuisé, et ne reparut plus. Le lit de mort le
reçut et ne le rendit qu'au Panthéon. Il avait exigé de Cabanis qu'on
n'appelât pas de médecins; néanmoins on lui désobéit, et ils trouvèrent la
mort qui s'approchait, et qui déjà s'était emparée des pieds. La tête fut
atteinte la dernière, comme si la nature avait voulu laisser briller son
génie jusqu'au dernier instant. Un peuple immense se pressait autour de sa
demeure, et encombrait toutes les issues dans le plus profond silence. La
cour envoyait émissaire sur émissaire; les bulletins de sa santé se
transmettaient de bouche en bouche, et allaient répandre partout la douleur
à chaque progrès du mal. Lui, entouré de ses amis, exprimait quelques
regrets sur ses travaux interrompus, quelque orgueil sur ses travaux
Passés: «Soutiens, disait-il à son domestique, soutiens cette tête, la plus
forte de la France.» L'empressement du peuple le toucha; la visite de
Barnave, son ennemi, qui se présenta chez lui au nom des Jacobins, lui
causa une douce émotion. Il donna encore quelques pensées à la chose
publique. L'assemblée devait s'occuper du droit de tester; il appela
M. de Talleyrand et lui remit un discours qu'il venait d'écrire. «Il sera
plaisant, lui dit-il, d'entendre parler contre les testamens un homme qui
n'est plus et qui vient de faire le sien.» La cour avait voulu en effet
qu'il le fît, promettant d'acquitter tous les legs. Reportant ses vues sur
l'Europe, et devinant les projets de l'Angleterre: «Ce Pitt, dit-il, est le
ministre des préparatifs; il gouverne avec des menaces: je lui donnerais de
la peine si je vivais.» Le curé de sa paroisse venant lui offrir ses soins,
il le remercia avec politesse, et lui dit, en souriant, qu'il les
accepterait volontiers s'il n'avait dans sa maison son supérieur
ecclésiastique, M. l'évêque d'Autun. Il fit ouvrir ses fenêtres: «Mon ami,
dit-il à Cabanis, je mourrai aujourd'hui: il ne reste plus qu'à
s'envelopper de parfums, qu'à se couronner de fleurs, qu'à s'environner
de musique, afin d'entrer paisiblement dans le sommeil éternel.» Des
douleurs poignantes interrompaient; de temps en temps ces discours si
nobles et si calmes. «Vous aviez promis, dit-il à ses amis, de m'épargner
des souffrances inutiles.» En disant ces mots, il demande de l'opium avec
instance. Comme on le lui refusait, il l'exige avec sa violence accoutumée.
Pour le satisfaire, on le trompe, et on lui présente une coupe, en lui
persuadant qu'elle contenait de l'opium. Il la saisit avec calme, avale le
breuvage qu'il croyait mortel, et paraît satisfait. Un instant après il
expire. C'était le 2 avril 1791. Cette nouvelle se répand aussitôt à la
cour, à la ville, à l'assemblée. Tous les partis espéraient en lui, et
tous, excepté les envieux, sont frappés de douleur. L'assemblée interrompt
ses travaux, un deuil général est ordonné, des funérailles magnifiques sont
préparées. On demande quelques députés: «Nous irons tous,» s'écrient-ils.
L'église de Sainte-Geneviève est érigée en Panthéon, avec cette
inscription, qui n'est plus à l'instant où je raconte ces faits: