[Note 5: En yakoute _Lami_. Okhotsk, chef-lieu du

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Journal des voyages et des voyageurs" (2ème semestre 1860).

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les Yakoutes.

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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

[Illustration: Voyageurs yakoutes.--Dessin de Victor Adam d'après le

comte de Rechberg.]

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (RUSSIE ASIATIQUE),

PAR OUVAROVSKI[1].

[Note 1: Le livre curieux dont nous donnons ici

la traduction est à la fois une biographie et une

relation de voyage. Son titre est littéralement:

_Uvariskai akhtyta_, etc.: _Souvenirs

d'Ouvarovski_, écrits par lui-même en yakoute, et

publiés par Otto Boehtlingk, avec les Voyages du Dr

A. T. von Middendorf dans l'extrême Nord et la

Sibérie orientale (_Reise in den æussersten Norden

und Osten Sibiriens_). Saint-Pétersbourg, in-4, t.

I, part. I.

Le récit d'Ouvarovski est précédé d'une dédicace

dont voici le début et la fin: «_Au gracieux Otto

Nicolaïevitch_ [_Boehtlingk_].--T'occupant

d'étudier les langues de divers peuples, tu vins me

trouver au mois de mars (1847), et après m'avoir

informé que tu te proposais d'écrire sur l'idiome

des Yakoutes, tu me demandas mon concours pour ce

travail...; tu me demandas aussi des mémoires en

yakoute sur mon origine, ma naissance et ma vie. Ta

bienveillance à mon égard me faisait un devoir

d'accomplir ton désir. J'ai composé dans cette vue

les souvenirs que tu recevras avec cette lettre.

«Je suis convaincu de l'inutilité de cet écrit; tu

le liras bien pour donner un exemple, mais personne

ne t'imitera. Ce travail n'en était pas moins

difficile: car auparavant aucun livre n'avait été

composé en yakoute; il n'existait en cette langue

qu'un traité religieux, appelé catéchisme, encore

n'était-ce qu'une mauvaise traduction du russe. Je

me félicite d'être le premier qui ait écrit dans la

langue de mes chers Yakoutes.»

Le voyage d'Ouvarovski doit avoir eu lieu de 1830 à

1839, ainsi qu'il ressort du rapprochement de

diverses dates disséminées à travers sa relation.

Il écrivait en 1847, et il y avait huit ans qu'il

habitait Saint-Pétersbourg; c'était donc en 1839

qu'il avait quitté la Sibérie, au retour de sa

seconde mission dans les districts d'Oudskoï. Ses

voyages avaient duré neuf ans; c'est ce qu'il

appelle ses neuf années d'épreuves et de malheur.

Il avait parcouru tout le pays des Yakoutes et des

Tongouses. Ceux qui ont visité cette contrée, avant

ou après lui, ont mis tout au plus quelques mois à

la traverser, courant en poste sur les routes ou

remontant les fleuves. Ouvarovski, au contraire, a

été forcé, en qualité de collecteur d'impôts, de

parcourir divers districts dans tous les sens;

d'aller chercher les nomades au fond des déserts,

et d'étudier leur industrie.]

1830-1839.

Le bonheur et le malheur marchent de front avec l'homme.

Le blé se change en farine lorsqu'on le moud.

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si

les poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière

Agrippine.

Sur la rive gauche du grand fleuve la Léna, à cent _koes_[2] de la

ville de Yakoutsk[3], près de la mer de glace, se trouve Djigansk[4].

C'est là que résidait mon père, en qualité de chef du cercle; c'est là

que je suis né.

[Note 2: Le _koes_ ordinaire correspond à peu

près au myriamètre; il vaut dix verstes,

c'est-à-dire dix fois mille soixante-six mètres. Le

koes d'un piéton est de sept à huit verstes, et le

koes d'un cheval au trot est de treize à quatorze

verstes. (_Note du traducteur._)]

[Note 3: En yakoute _Djokouskaï_.]

[Note 4: Ou Shigansk, en yakoute _Ædjigæn_.]

Lorsque Djigansk perdit son titre de cité, mon père dut retourner à

Yakoutsk; je n'avais alors que quatre ou cinq ans. À cet âge la

mémoire d'un enfant est peu développée: il me reste toutefois quelques

souvenirs de ce temps éloigné. Mon père était obligé par son emploi de

faire annuellement de longs et pénibles voyages qui duraient jusqu'à

neuf mois: pendant son absence je pleurais avec ma mère d'impatience

et d'ennui.

Deux fois je faillis perdre la vie: la première fois, je voulus

traverser une rivière sur un arbre et je fis une culbute dans l'eau;

la seconde, je tombai dans une marmite où cuisaient des aliments pour

les chiens.

Un matin d'été, m'étant levé de bonne heure, je fus mortellement

effrayé à la vue d'un brigand à mine farouche, qui se tenait sur la

porte de la maison, l'arme au bras. J'appris qu'il montait la garde

pour empêcher que ses compagnons ne missent par mégarde nos biens au

pillage.

C'était une bande de quatorze à quinze voleurs qui s'étaient évadés

d'Okhotsk[5], où ils étaient condamnés à faire bouillir du sel. Sur

leur chemin, ils avaient volé les bagages de plusieurs marchands. Ils

avaient descendu l'Aldan jusqu'à la Léna, et étaient venus à Djigansk

sur des embarcations. Arrivés de nuit, ils avaient surpris dans le

sommeil les soldats et les cosaques, leur avaient lié les pieds et les

mains, et les avaient enivrés de façon à leur faire perdre

connaissance. Après les avoir enfermés dans la prison, ils s'étaient

partagés en plusieurs bandes et s'étaient mis à piller la ville.

[Note 5: En yakoute _Lami_. Okhotsk, chef-lieu du

district de ce nom (voy. p. 165), dans le

gouvernement russe de l'océan Pacifique, est une

ville de trois mille habitants. Située

originairement à l'embouchure de l'Okhota, sur le

bord de la mer d'Okhotsk, elle a été transportée,

en 1815, sur la rive droite du Koukthoui. La

plupart des maisons sont bâties en bois. Elle a une

école de navigation, des chantiers où l'on

construit des bâtiments marchands, un port

militaire, qui fait aussi un grand commerce avec le

Kamtschatka et l'Amérique, enfin une rade vaste et

commode.]

Le même jour, vers l'heure où l'on trait les vaches (entre neuf et dix

heures), ils s'étaient rassemblés tous dans notre maison, après avoir

fait leur coup de main.

Ces hommes féroces et terribles étaient privés de nez et portaient des

marques bleues sur le visage[6]. Leur teint sanguin paraissait encore

plus noir à la chaleur du brasier. Mais à l'arrivée de mon père et de

ma mère, ils changèrent subitement de mine et quittèrent leurs

manières farouches pour prendre un air bienveillant, quoique le sang

d'une de leurs victimes fumât encore. Ils remercièrent mes parents

avec effusion de ce qu'ils assistaient de leur bien les pauvres gens.

[Note 6: Ils avaient été stigmatisés avec un fer

chaud.]

Il n'était jamais rien arrivé de pareil dans le pays des Yakoutes[7].

Le chef des brigands, Géorgien de naissance, ne semblait pas être ému

le moins du monde de ce qui s'était passé. C'était un homme de haute

stature. Il avait suspendu à sa ceinture toute sorte d'armes, et était

vêtu d'un pantalon rouge, dont les coutures étaient couvertes de

galons d'argent. Il m'avait pris dans ses bras et me régalait de toute

sorte de friandises, tandis que je pleurais.

[Note 7: Ce peuple s'appelle dans sa propre langue

_Sakha_ selon Ouvarovski, et _Socha_ selon Sauer.

Le pluriel est _Sakhalar_.]

Mes parents ne pouvaient qu'être reconnaissants d'avoir été épargnés

dans ce jour qui avait vu tant d'infortunes; leur ruine n'aurait pas

été douteuse, si les voleurs avaient voulu piller notre maison. Après

avoir pris un copieux déjeuner, ils partirent vers le midi, et se

rembarquèrent sur la Léna, emportant un riche butin.

Il est impossible de décrire les pleurs et la désolation de toutes les

autres familles de la ville, qui étaient au nombre de plus de trente.

Le soir, à leur retour de la forêt où elles s'étaient enfuies, elles

trouvèrent leurs demeures dépouillées du bas en haut.

Le même été (je ne me rappelle pas au juste combien de mois plus

tard), les brigands furent atteints à soixante-dix koes de Djigansk

par des soldats envoyés de Yakoutsk. On ne retrouva qu'une minime

partie du bien volé; le reste s'était gâté ou avait été gaspillé de

côté et d'autre.

Pour le simple spectateur, les environs de Djigansk manquent de toute

espèce d'agrément et de variété. On rencontre presque partout une

prairie resserrée entre deux collines et bordée d'épais fourrés, où un

chien ne trouverait pas à passer le museau. On ne peut faire dix pas

dans les bois sans enfoncer jusqu'au genou dans un terrain mobile et

fangeux. En fait de baies, on n'y trouve que l'airelle rouge, la

camarine noire (_empetrum nigrum_), la groseille rouge, le raisin

d'ours et le fruit de l'églantier.

L'hiver dure huit mois, pendant lesquels on ne peut quitter les

vêtements chauds; si l'on ajoute deux mois pour le printemps et

l'automne, il en reste à peine deux autres pour le triste été.

La neige forme une masse plus haute que les maisons; le vent souffle

avec une telle violence que l'on ne peut se tenir sur ses jambes; le

froid vous coupe la respiration, et le soleil ne se montre presque pas

durant deux mois d'hiver. Pour être sincère, si l'on m'avait donné le

choix, ce n'est pas Djigansk que j'aurais choisi comme lieu de

naissance.

Les habitants de Djigansk sont Tongouses et au nombre de quatre ou

cinq cents hommes[8]. Ils vivent de chasse et parcourent une mer de

neige de plus de deux cents myriamètres de circuit. Ils recueillent

les précieuses cornes d'animaux dont on fait des peignes (les dents de

mammouth), et tuent des rennes, des alezans moreaux, des zibelines,

des renards à gorge foncée, des renards rouges, des renards des

glaces, des écureuils, des hermines, des ours noirs, des ours blancs.

[Note 8: Selon Sauer, secrétaire de l'expédition de

Billings, _Djigansk_, qu'il appelle _Gigansk_,

avait encore le titre de cité en 1789; elle avait

deux églises, deux maisons appartenant au

gouverneur, sept maisons de particuliers et quinze

huttes. Elle était le siège d'un tribunal de

district (_zemikoï-soud_). Le district de Gigansk,

étendu de six mille verstes des bords de l'Iana à

ceux de l'Anabara, était habité par 1449 Yakoutes

hommes, 489 Tongouses hommes, en tout 1938

tributaires, taxés pour cette année à 56 peaux de

marte zibeline, 262 peaux de renard et 1169 roubles

d'argent (4676 fr.). En 1784, les tributaires

étaient au nombre de 4834. En 1788, il y avait dans

ce district et celui de Zakhisvesk 750 Russes

hommes y compris les exilés.]

Quel que puisse être un pays, il est rare qu'il manque de tout

agrément. Durant deux mois d'été, les habitants de Djigansk voient

presque toujours le soleil à l'horizon. Ceux qui n'y sont pas habitués

trouvent à peine le temps de dormir.

Les eaux des environs de Djigansk sont sans égales tant pour la

quantité que pour la qualité des poissons qu'elles nourrissent; on y

prend des _salmo nelma_, des ablettes, des esturgeons, des sterlets,

des _tscher_, des _muksun_, des _omul_, des _salmo lavoretus_.

On gaspille sans profit ces poissons excellents, et cela pour deux

causes, d'abord parce que l'on manque de sel et ensuite parce que

c'est l'habitude. Les Tongouses creusent, près du lieu où ils pèchent,

une fosse profonde d'une brasse environ, dont ils revêtent d'écorce le

fond et les parois. Les poissons y sont encaqués après qu'on leur a

ôté les intestins et les arêtes. On les laisse consumer jusqu'à ce

qu'ils deviennent bleus et tombent en bouillie. Dans cet état, ils

sont un des mets favoris des Tongouses. J'avoue que dans mon enfance

j'en mangeais très-volontiers en public et en privé, et que j'en

mangerais encore si l'occasion s'en présentait.

De grands médecins écrivent que l'usage des poissons morts depuis un

jour cause un violent malaise. Mais comment pourrais-je croire que

cette opinion soit vraie, moi qui sais que des milliers de personnes

se nourrissent de ces poissons pourris et atteignent néanmoins un âge

avancé. Quoique j'en aie moi-même passablement mangé, je ne m'aperçois

pas que je m'en sois trouvé plus mal. Que l'on dise au Tongouse: «Ne

mange pas de poisson pourri, c'est un aliment malsain;» il rira et

répondra: «Et le poisson que tu viens de tuer pour le manger ne se

consume-t-il pas également dans ton estomac?»

Au milieu du siècle dernier vivait à Djigansk une Russe[9], nommée

Agrippine (Ogröpönö), que ma grand'mère connaissait de vue. Elle

passait pour sorcière: on estimait heureux ceux qu'elle aimait; ceux,

au contraire, à qui elle en voulait se tenaient pour infortunés. Ses

paroles étaient respectées, comme si elles fussent venues du ciel.

S'étant ainsi acquis la confiance des hommes, elle se bâtit, entre les

rochers, à quatre koes en amont de Djigansk, une hutte où elle se

retira dans sa vieillesse. Personne ne passait près de là sans lui

aller demander sa bénédiction et lui porter un présent. Malheur à qui

manquait à ce devoir! elle ne tardait pas à l'en punir. Se

métamorphosant en corbeau noir, elle soulevait contre lui de violents

tourbillons de vent, faisait tomber ses bagages dans l'eau, et le

privait de la raison. Maintenant même qu'elle est morte, les voyageurs

continuent à suspendre des dons dans les lieux où elle vécut. Son nom

est encore connu non-seulement des habitants de Djigansk, mais aussi

de tous les Yakoutes des environs d'Yakoutsk. On dit d'une femme folle

qu'elle a été frappée par Agrippine de Djigansk. La tradition rapporte

que cette sorcière atteignit l'âge de quatre-vingts ans; qu'elle était

grosse, mais de taille peu élevée; que son visage était marqué de la

petite vérole; que ses yeux étaient brillants comme l'étoile du matin,

et que sa voix avait un son clair, comme la glace que l'on frappe. Le

souvenir d'Agrippine n'est pas effacé dans les contrées

septentrionales.

[Note 9: _Nutcha_ en yakoute.]

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs.

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche.

Ainsi que je l'ai déjà dit, j'étais encore bien jeune lorsque notre

famille quitta Djigansk pour aller s'établir à Yakoutsk. J'emportai

suivant l'usage, dans une bouteille, de la terre de mon lieu de

naissance, pour la délayer dans de l'eau et la boire quand je

souffrirais du mal du pays; mais n'ayant jamais regretté Djigansk, je

n'ai pas eu l'occasion de me remplir l'estomac de terre noire. Depuis

je n'ai jamais revu cette ville, et Dieu sait si j'y retournerai

jamais!

À deux koes et demi au nord d'Yakoutsk est une contrée appelée Killæm,

où mon père et ma mère avaient bâti à la russe une jolie maison qu'ils

habitaient avant de s'établir à Djigansk. Tout près de là s'élevait la

maison de mes aïeuls maternels, qui étaient fort avancés en âge.

Ni à Djigansk, ni dans le trajet, je n'avais vu de campagne ouverte,

ou de plaine liquide qui se prolongeât à perte de vue, ou de chaîne de

montagnes et de collines qui s'étendît le long d'un fleuve, et fût du

haut en bas couverte d'un fourré impénétrable. Mon oreille n'avait

jamais été charmée par les chants de l'alouette, ou les mélodies des

oiseaux musiciens; je n'avais entendu que le croassement du corbeau et

de la corneille, ou la voix de la pivoine. En fait de plantes, je ne

connaissais que le roseau sans parfum.

D'après cela, jugez de mon étonnement lorsque j'arrivai à Killæm. À

mes yeux se déployait une immense prairie d'un koes de large et de

plusieurs koes de long, couverte d'un tapis de verdure que l'air

agitait, et aussi unie que la surface d'un lac. Les innombrables

fleurs dont elle était parsemée lui donnaient l'aspect d'un tissu vert

et jaune. On voyait ça et là des bosquets de mélèze et de bouleau

disposés comme par une main d'artiste. Au milieu de cette prairie

serpentaient les eaux claires d'un fleuve rapide, qui coulait sur le

sable pur entre des rives noires et escarpées. Sur la rive opposée

croissait du foin touffu et nourrissant, où couraient une centaine de

faux, dont les lames brillaient comme de l'argent aux rayons du

soleil. Dans cette plaine pâturaient un grand nombre de bêtes à cornes

et de chevaux, qui prenaient leurs ébats en toute sécurité et erraient

à leur gré. De distance en distance étaient réunies, par groupes de

cinq ou de dix, les maisons des Yakoutes, enduites de terre grasse, ou

leurs yourtes d'été, coniques et blanches, qui avaient l'air d'être

peintes. Les croisées, en verre ou en pierre spéculaire, reluisaient

comme des pierres précieuses. Au fond de ce paysage s'élevait, comme

une haute colline, notre maison bâtie sur une éminence.

La beauté de ce tableau, jointe à son immensité, ravissait mon esprit

d'enfant qui ne s'était jamais rien représenté de semblable. Je me

figurais que cette contrée n'avait pas de limites, et la joie que

j'éprouvais à ces pensées était si grande qu'il est impossible de

l'exprimer par des paroles.

À peine étions-nous dans le pays, que le malheur visita notre maison.

Un jour, en sortant de table, mon père, qui jusqu'à l'âge de

soixante-douze ans n'avait jamais été malade, s'affaissa sans

connaissance sur le banc fixé au mur, et au bout de quelques instants

rendit son âme à Dieu.

Cette perte inopinée causa à ma mère un extrême chagrin. Après les

funérailles, elle se trouva dans une situation tout à fait précaire;

mon père laissait des dettes pour huit ou neuf cents roubles[10], ce

qui passait alors pour une grosse somme. Après avoir vécu neuf ans à

Djigansk, mes parents n'avaient retrouvé à Killæm qu'une minime partie

de leur bétail; tout le reste était passé de différentes façons dans

des mains étrangères. Notre maison avait été dévastée jusqu'à la

désolation.

[Note 10: Le rouble vaut quatre francs.]

Lorsque sa douleur se fut un peu calmée, ma mère songea à mettre de

l'ordre dans nos affaires, et par ses soins notre bétail s'améliora

beaucoup pendant les cinq années de notre séjour à Killæm.

La vie que nous y menions manquait de toute espèce d'agrément: la

rigueur du froid ne permettait pas que l'on sortît dans la campagne

désolée; nous étions cinq mois sans quitter la maison.

[Illustration: Une sorcière tongouse.--Dessin de Victor Adam d'après

le comte de Rechberg.]

Pendant que nous vivions ainsi, je fis connaissance avec un grand

nombre de Yakoutes, qui m'aimaient comme leur enfant, et je leur

rendais bien leur affection. J'appris à fond leur langue, et je me

familiarisai avec leur manière de vivre et de penser. J'écoutais avec

plaisir leurs contes, leurs chansons, leurs vieilles traditions;

j'aimais à prendre part à leurs solennités, à leurs festins, et aux

jeux qu'ils célèbrent en été. Je me conciliai ainsi l'affection

non-seulement des Yakoutes, mais aussi de leurs femmes, de leurs

filles et de leurs enfants. Ils avaient tant de confiance en moi, que

je n'aurais pu agir à l'encontre de leur manière de voir, quand même

je l'aurais voulu.

Les divertissements ne me manquaient pas. Les lacs de la contrée

sont remplis en été de diverses espèces de canards; et les bois, de

lièvres, de coqs de bruyère, de lagopèdes et de perdrix. Au printemps,

après la débâcle des glaces, et en automne, lorsque les nouvelles

couvées sont en état de voler et partent pour les pays chauds, on est

troublé dans son sommeil par les cris des oies, des canards, des

cygnes, des grues, des cigognes et d'une foule de petits oiseaux.

Pendant bien des années j'ai fait une si rude guerre aux bêtes fauves,

que peu d'hommes en ont tué plus que moi. Lorsque j'avais envie de

chasser, les distances n'étaient rien pour moi; je ne m'effrayais pas

de passer trois jours sans dormir, je ne connaissais pas la fatigue.

En automne, je me couchais sur le flanc, sans autre oreiller qu'un

tronc d'arbre, et n'ayant pas même une fourrure ou une couverture pour

me garantir de la neige ou de la pluie. Lorsque je pêchais, je

pataugeais toute la nuit dans l'eau froide, où les filets étaient

tendus. L'habitude que j'avais contractée dès mon enfance de supporter

les plus rudes fatigues, me fut très-utile dans la suite.

[Illustration: Port d'Okhotsk (voy. la note 1. p. 162).--Dessin de

Victor Adam d'après l'atlas du Voyage dans la Russie asiatique

commandé par le commodeur Billings.]

Yakoutsk. -- Mon premier emploi. -- J'avance. -- Dernières

recommandations de ma mère.

Lorsque nous fûmes forcés d'habiter Yakoutsk, ma mère fit transporter

dans cette ville chacune des pièces de notre maison de Killæm et la

fit reconstruire dans un bon emplacement qu'elle avait choisi;

j'entrai au service de l'empereur, en qualité de copiste au tribunal

supérieur de Yakoutsk. Nous avions pour supérieur un M. N..., homme de

petite naissance et médiocre écrivain, mais qui passait pour

indispensable. Se trouvant dans une belle position, il n'appréciait

pas la peine de ses subordonnés. Nous étions occupés chaque jour à

écrire sans interruption, depuis le grand matin jusqu'à la nuit, en

tout dix-sept heures, et nos appointements s'élevaient à deux roubles

de cuivre[11] par mois. Après avoir ainsi travaillé durant deux ans,

je devins chef de mon bureau, et trois ou quatre ans plus tard j'eus

la direction de sept bureaux. Peu après je fus nommé chancelier privé

du gouverneur et l'on mit sous mes ordres dix personnes pour m'aider

dans mes pénibles fonctions. Mais comme la moitié de mes subordonnés

étaient des ivrognes accomplis et le reste de petits enfants que

j'avais à instruire, toute la besogne me restait sur les bras. Je

travaillais vingt heures par jour, et je ne gagnais que cinq roubles

de cuivre par mois. Mais l'affection de mes supérieurs, la

considération publique, et surtout la satisfaction de ma mère, me

donnaient des forces, et j'avais en outre la conscience d'être utile.

[Note 11: Le rouble de cuivre ou d'assignation vaut

1 fr. 14 c.]

Ayant perdu son mari et ses douze enfants, à l'exception d'un seul, ma

mère ne vivait plus que pour moi. Mais voilà qu'au temps où elle

aurait pu jouir du repos, elle fut atteinte d'une maladie mortelle,

qui s'aggrava de jour en jour. Je restai près d'elle, sans sortir et

sans dormir, les neuf jours et les neuf nuits qui précédèrent sa mort.

Les dernières paroles d'adieu qu'elle m'adressa furent nombreuses,

très-nombreuses. La veille de son trépas elle me dit:

«Ne reste pas à Yakoutsk; cette ville est remplie de Russes qui te

portent envie. Les indigènes te conserveront sans doute leur

affection; mais c'est précisément ce qui excitera la jalousie de tes

ennemis. Tu ne pourras t'éviter de répondre à leurs provocations, tu

perdras ta liberté et tu tomberas dans l'infortune. Vends ta maison et

tes biens, et pars pour la Russie. Là tu verras l'empereur; ce sera

ton bonheur. Je vais te laisser seul sur la terre; mais tu connais mes

principes, ne les abandonne pas, ils feront ta consolation dans

l'adversité. Ne manque pas d'assister ton prochain de tes biens, de

tes conseils, de ton travail. C'est le devoir de tout homme. Je

mourrai demain; au lever du soleil envoie chercher le prêtre, et fais

appeler tous nos parents et toutes mes connaissances.»

C'était un jour d'automne; l'ecclésiastique étant arrivé dès l'aurore,

ma mère confessa ses péchés, reçut l'eucharistie, et fit ses adieux à

toutes les personnes qui s'étaient rendues à son appel. Ensuite elle

m'embrassa; je sentis sur mes épaules le froid de son haleine, et peu

après tous les assistants s'écrièrent: «Elle est morte!» Ma mère

venait de rendre subitement le dernier soupir.

Avec elle, je perdis tout ce qui faisait mon bonheur sur terre.

N'ayant plus ni frère ni soeur, et n'ayant jamais été marié, je n'ai

eu personne pour me consoler dans mes jours d'abattement, ou pour se

réjouir avec moi dans mes moments d'expansion. Je suis pour tout le

monde un étranger; quelque part que j'aille, je ne suis qu'un hôte!

La contrée de Yakoutsk n'avait plus de charmes à mes yeux; ce qui

m'avait paru beau ne réveillait en moi que des idées tristes. Et puis

la prospérité des Yakoutes décroissait d'année en année, par suite de

la faiblesse des administrateurs. Toutes ces circonstances réunies

m'affermirent dans la résolution de quitter ce pays. Mais je fus

quelque temps retenu par le gouverneur, dont je dirigeais la

chancellerie et qui m'aimait comme un fils.

Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. -- Campement.

Dès que le chancelier fut mort, je vendis ma maison et mes biens, je

payai mes dettes et je me rendis à Irkoutsk[12], où je fus placé dans

la chancellerie du gouverneur, avec quatre-vingts roubles

d'appointements par mois. J'y passai tranquillement un an et demi,

n'ayant d'autres soucis que de remplir mon facile emploi.

[Note 12: En yakoute _Ourkouskai_.]

Je me proposais de partir pour la Russie, lorsque arriva un M. X...,

qui avait été nommé gouverneur de Yakoutsk. Ayant appris que j'étais

versé dans la langue des Yakoutes et familiarisé avec leurs moeurs, il

me proposa de m'emmener avec lui. Je n'avais guère envie d'accepter;

pourtant comme ce personnage était un homme de tête, je me décidai à

l'accompagner, dans l'intérêt des Yakoutes plutôt que dans le mien;

car je présumais bien que mes nouvelles fonctions me donneraient plus

de peines que de profits; et la suite montra que je ne m'étais pas

trompé dans ces prévisions.

Dès que le gouverneur fut arrivé au lieu de sa résidence, il remarqua

une foule d'abus, et donna congé à plusieurs employés qu'il remplaça

par d'autres. Lui-même il donna l'exemple, et pendant les cinq à six

années qu'il passa dans ce pays, il n'épargna aucun effort et alla

jusqu'à s'épuiser, pour préparer un avenir aux Yakoutes. Son

administration fut un bienfait pour ce peuple. Il y a déjà quinze ans

qu'il a cédé sa place à d'autres; cependant son nom est toujours cher

à ses anciens subordonnés. Heureuse la ville qui a un tel gouverneur!

Au sud-ouest de Yakoutsk, à une distance de plus de cent koes, est

situé le district d'Oudskoï, qui a environ cinq cents koes de circuit,

et est renommé pour l'abondance de son gibier. Il touche à la mer

d'Okhotsk, à l'empire de Chine, et aux districts de Nertchinsk[13],

d'Olkminsk et de Khangangy.

[Note 13: Nertchinsk, chef-lieu du district de ce

nom dans le territoire transbaïkalien, est une

ville de deux mille âmes, située sur la rive gauche

de la Schilka, au confluent de la Nertcha, d'où

dérive son nom. Érigée en ville en 1781, elle a

deux églises, un observatoire et une école des

mines. La contrée est fameuse par ses mines de

plomb; qui rendent annuellement sept cent mille

kilogrammes de plomb argentifère, dont on extrait

quatre mille kilogrammes d'argent; elle a aussi des

mines d'or, de mercure, d'étain, qui sont également

exploitées, au compte du gouvernement, par les

déportés et les forçats.

Le sort de ces condamnés, dit le voyageur M. A.

Castrén, est plus supportable qu'on ne le croit

généralement. Le gouvernement alloue aux simples

convicts deux pounds (quarante kilogrammes) de

farine et huit francs par mois; ceux qui ont un

métier, comme les menuisiers, forgerons, scieurs de

long, tailleurs de pierre, reçoivent, outre la

provision ordinaire de farine, quinze kopecks

(soixante centimes) de salaire par jour de travail.

Les ouvriers sont tenus de pourvoir eux-mêmes à

leur entretien et à leur logement; la subvention de

l'État est naturellement insuffisante, mais les

hommes laborieux et rangés trouvent presque

toujours à faire de petits profits accessoires. Les

mieux partagés sous ce rapport sont les mineurs,

qui, d'après les règlements, peuvent disposer à

leur gré d'une semaine sur quatre. Quant aux

artisans, ils ont chaque jour à faire une certaine

tâche, après quoi ils font tel usage que bon leur

semble du temps qu'ils ont de reste. Dès leur

arrivée à Nertchinsk, les forçats sont délivrés de

leurs chaînes et mis en liberté: ils ne sont plus

qu'esclaves de leur besogne. Ceux qui ont mené une

vie honnête pendant vingt ans sont exemptés de

travail et jouissent des privilèges des déportés,

entre autres du droit de cultiver la terre sans

payer d'impôt; mais les condamnés, qui se rendent

coupables d'un nouveau crime ou d'un grave délit,

sont astreints à travailler un certain temps dans

les fers.

(_Nordiska resor och forskningar_, Voyages au Nord

et études septentrionales, t. II, Helsingfors,

1855, p. 415, 416.)]

Comparativement à l'immense territoire de Yakoutsk, ce n'est qu'un

coin de désert. Ce désert ne renferme dans toute son étendue que

quatre à cinq cents Tongouses nomades; il n'est pourtant pas sans

importance, vu ses ressources et sa situation particulière.

[Illustration: Partie du Gouvernement d'Yakoutsk

d'après la carte générale de la Russie d'Asie

en 2 feuilles St. Pétersbourg 1825

& l'Atlas géographique de l'empire de Russie

en 80 feuilles

par Piadischeff 1820-26.

Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42.]

Un grand nombre de Russes et de Yakoutes y vont acheter à vil prix le

produit de la chasse des indigènes, à qui ils donnent en échange des

denrées surfaites. De là, toute sorte de vexations et de fraudes, qui

causaient la ruine des habitants du cercle d'Oudskoï. Ces

circonstances, ainsi que diverses autres affaires compliquées,

nécessitèrent l'envoi d'un commissaire à Oudskoï: ce fut moi que l'on

choisit pour cette mission.

Deux mois avant mon départ, je fus chargé de beaucoup d'écritures;

cette besogne et les préparatifs de mon voyage furent le commencement

des fatigues infinies que j'eus à supporter pendant un an et demi dans

le cours de ma lointaine expédition.

Mes bagages se composaient de trois costumes d'hiver, de quatre

costumes d'été, de sucre, de thé, de biscuits russes, de viandes, de

poudre, de plomb, d'armes, d'un peu de rhum, d'eau-de-vie, de beurre

russe et yakoute: le tout emballé dans des sacs de cuir du poids de

cent livres, ou dans des caisses de bois et d'écorce de bouleau.

Lorsque les ballots furent enveloppés de telle façon que l'eau n'y pût

pénétrer, on en attacha plusieurs ensemble avec de fortes courroies de

cuir, de manière pourtant que la charge d'un cheval n'excédât pas deux

cents livres.

Le Tour du Monde; Les Yakoutes Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 4 段