aurions fort désiré connaître et donner la relation espagnole, la
dépêche que Francisco de Mélos dut écrire à son gouvernement pour lui
annoncer la défaite qu'il venait d'essuyer, en expliquer les causes,
et marquer ses principales circonstances. Il eût été précieux, après
avoir entendu les vainqueurs, d'entendre aussi les vaincus. Nous avons
donc fait rechercher à Madrid, aux Archives du ministère de la guerre,
un récit quelconque de la mémorable journée. Tous nos efforts ont été
inutiles. On nous a fait dire qu'il y avait eu en effet au ministère
de la guerre une relation de la bataille de Rocroi, mais qu'elle avait
été prêtée, au XVIIIe siècle, à un officier général qui s'en devait
servir pour une histoire militaire de l'Espagne. Cet officier n'a
point publié l'histoire qu'il avait entreprise, et n'a pas rendu les
papiers qui lui avaient été prêtés. Ainsi toute espérance est
interdite de ce côté. La seule trace espagnole qui subsiste de
l'affaire de Rocroi se trouve dans un ouvrage intitulé: SEMANARIO
ERUDITO, Madrid, 1790, sorte de revue rétrospective où l'on a publié
les nouvelles militaires données autrefois par un officier général,
don Pellicar y Tobar, dans les années 1640, 1641, 1642, 1643 et 1644.
Nous traduisons ici le peu de lignes qui nous intéressent, t. XXXIII,
p. 31-32:
«Nouvelles du 14 juillet, 1643..... En Flandre, les Français ont
fait essuyer une grande déroute au seigneur don Francisco de
Melo, en coupant en deux son armée (teniendo dividido su
exercito), qui était composée de huit mille cavaliers, et de
vingt mille fantassins. Périrent beaucoup d'Espagnols, et entre
autres chefs de marque le seigneur don Bernardino de Ayala, le
comte de Villalva, et le comte de Fontaine, mestre de camp
général (_conde de Fontana_, et non _de Fuentez_, ce qui auroit
eu l'air d'en faire un Espagnol de race).»
Résumons en peu de mots les fautes du général espagnol et les mérites
du général français.
I. Mélos aurait dû s'efforcer seulement de prendre Rocroi, ce qui, au
début d'une campagne, eût été un événement très considérable; sauf
plus tard à livrer la bataille après avoir rallié Beck et en
s'appuyant à la forteresse. En ce cas, il fallait défendre le défilé
qui seul menait à la plaine de Rocroi, et pendant ce temps réduire la
place dont la prise était inévitable, puisque tous les dehors étaient
déjà emportés. La défense de ce défilé n'était pas difficile, car les
Espagnols occupaient une hauteur fort avantageuse; position admirable
qu'il fallait garder, non pas avec cinquante cavaliers, mais avec de
l'infanterie et de l'artillerie, tandis que la cavalerie, qui était la
principale force de l'armée française et l'arme favorite de Condé,
n'eût pu être d'un grand usage. La prise de Rocroi et la résistance
triomphante au défilé eussent brillamment ouvert la campagne,
encouragé les Espagnols et jeté la consternation dans Paris.
II. Si Mélos voulait une bataille, il ne devait pas moins défendre le
défilé jusqu'à ce qu'il eût été rejoint par les quatre ou six mille
cavaliers de Beck, selon la règle inviolable de combattre avec le plus
de forces possible et sans en laisser aucune inutile.
III. Quand, au début de l'affaire, La Ferté-Seneterre, par une
impétuosité ou une jalousie également déplorable, entraîna la gauche
de l'armée française, en laissant le centre, l'infanterie, entièrement
à découvert, Mélos devait se jeter vite dans cet intervalle, l'occuper
en force, couper notre armée et écraser notre gauche. Rien n'était
plus aisé: le mouvement imprudent de La Ferté qui devait amener un
désastre, n'a pas été mis à profit.
IV. Mais la grande faute, la faute radicale de Mélos est de n'avoir
pas fait usage de ses meilleures troupes, de la vieille infanterie
espagnole. Il en aurait dû former un corps de réserve à la fois solide
et mobile, pour le porter partout où il en aurait eu besoin. Il eût pu
d'abord l'opposer à l'attaque de flanc de Condé, ou bien le lancer
après lui quand il traversa l'armée espagnole pour aller au secours de
sa gauche et de son centre. Un pareil corps, soutenu par l'excellente
cavalerie de Beck, était capable de décider la victoire, ou du moins
il rendait un désastre impossible, même après une bataille perdue.
C'est l'absence de la cavalerie de Beck qui désespéra l'infanterie de
Fontaines. A force de ménager cette belle infanterie pendant toute la
bataille, à la fin elle se trouva inutile, et, comme nous l'avons dit,
elle n'eut plus qu'à mourir.
Tout au contraire, plus on étudie la conduite de Condé, plus on la
trouve de tout point admirable, et ce qu'il y a d'audace
extraordinaire ne paraît, à la réflexion, que le calcul sûr et rapide
d'un esprit supérieur.
Avant tout, il sut connaître à qui il avait affaire, et agir en
conséquence.
I. Il voulut la bataille, et il eut raison. Il comprit qu'au début
d'un règne, devant une coalition formidable, dans l'ébranlement de
toutes nos alliances, Rocroi débloqué ne suffisait pas, ne remédiait à
rien, et que tôt ou tard il en fallait venir à une affaire sérieuse.
II. Or, voulant la bataille, il la devait vouloir prompte, pour ne pas
donner à Beck le temps d'arriver.
III. Dans la bataille, la fameuse manœuvre réussit, parce que
l'attaque fut faite sur le point convenable, sur la partie de l'armée
ennemie qui, composée d'un ramassis de troupes étrangères, ne devait
pas faire grande résistance.
IV. Il ne faut pas oublier l'ordre donné à Sirot d'engager tout le
corps de réserve et de rétablir le combat à tout prix, ce qui est
juste l'opposé de la conduite de Mélos à l'égard de sa réserve.
Ainsi que nous l'avons dit, toutes ces résolutions audacieuses sont
des calculs que la raison la plus solide justifie, mais hâtons-nous
d'ajouter qu'elle ne suffirait point à les inspirer. Il faut ici avec
une raison forte une âme d'une trempe particulière, capable sans doute
de saisir nettement le nœud d'une affaire mais bien décidée à le
trancher à tout prix, comme César à Munda et Bonaparte à Arcole. C'est
surtout à la guerre que les grandes pensées viennent du cœur.
On dit, et nous le croyons aisément, que Condé aimait sa victoire de
Rocroi de préférence à toutes les autres. C'est là en effet qu'il se
découvrit en quelque sorte lui-même, qu'il trouva sa manière de faire
la guerre, et put entrevoir toute sa carrière à vingt-deux ans. Et
puis, y a-t-il rien de comparable aux premiers rayons de la gloire?
Ils sont presque aussi doux que les premiers feux de l'amour.
Qu'est-ce donc lorsqu'ils se rencontrent ensemble! Rocroi et Mlle Du
Vigean ont dû être jusqu'à la fin de sa vie les deux plus grands
souvenirs de Condé.
III
LETTRES NOUVELLES DE MADAME DE LONGUEVILLE
Nous avons publié dans le texte diverses lettres et écrits de Mme de
Longueville qui n'avaient jamais vu le jour: dans le chapitre Ier, un
billet à la mère Agnès, de l'année 1637 ou 1638; dans le chapitre IIe,
deux pièces de vers; dans l'APPENDICE, la déposition sur la mère
Madeleine de Saint-Joseph, qui est de l'année 1647. Nous joignons ici
quelques autres billets qui épuisent la très petite collection de
lettres que nous avons pu rassembler de Mme de Longueville jusqu'à la
Fronde.
Ce premier billet est comme la suite de celui que nous avons donné
dans le chapitre Ier. Il est aussi adressé à la mère Agnès, et nous le
devons, ainsi que l'autre, aux dames Carmélites:
«A ma sœur Agnès.
«Ma très chère sœur, je vous écris ce petit mot pour vous
supplier de m'envoyer un petit morceau de linge qui a trempé
dans le sang de notre bienheureuse mère. Il m'est venu pensée
d'en mettre sur la tête de ce pauvre garçon qui est malade. Je
pense que le Picart vous a dit qui c'est. Il a entièrement perdu
le jugement, et il mourra peut-être sans confession si Dieu ne
l'assiste. Je voudrois bien que notre bienheureuse mère lui fît
revenir la raison jusqu'à ce qu'il fût confessé.
Je n'ai dit à personne que j'avois le dessein d'envoyer querir
ce linge. S'il fait l'effet que je désire, je le dirai. Mais si
Dieu ne fait point ce miracle par l'intercession de notre
bienheureuse mère, je n'en parlerai point. Dites-le, s'il vous
plaît, à notre mère, et croyez que je suis, ma très chère sœur,
votre très humble sœur et servante.
Mandez-moi quand le tableau de notre bienheureuse mère sera
fait.»
Nous avons dit, chap. IIe, que pendant toute sa jeunesse, Mme de
Longueville montra les plus grands égards pour Esprit, de l'Académie
française, et qu'elle le recommanda à Mazarin pour un bénéfice. Voici
ce billet de recommandation[622]:
«13 octobre 1645[623].
«Monsieur,
«Ayant appris que vous êtes sur le point de faire la
distribution des bénéfices, encore que je ne doute point que
vous n'ayez assez de bonté pour vous souvenir en ce rencontre de
la supplication que je vous ai faite pour M. Esprit, je ne
laisse pourtant pas de vous supplier encore de ne le pas
oublier, et de croire que je vous en serai intimement obligée.
Je suis honteuse de vous importuner encore d'une chose de
laquelle je vous ai déjà parlé; mais la confiance que j'ai en
votre bonté me fait prendre plus aisément cette liberté. Je
suis, Monsieur, votre très humble et obéissante servante,
ANNE DE BOURBON.»
[622] Communiqué par M. Boutron-Charlard, dont la riche collection
d'autographes est bien connue.
[623] Ni suscription ni date. Une main ancienne a mis au-dessus: 13
octobre 1646, et corrigé 1645.
Nous trouvons parmi les _Lettres françoises de Mazarin_, Bibliothèque
Mazarine, la réponse de Mazarin, fol. 459:
«Octobre 1645.
«Madame, j'ai tant de motifs de rechercher les occasions de vous
servir, qu'il ne s'en présentera jamais dont je ne profite avec
joie, et je ne vous saurois être plus sensiblement obligé que de
me donner lieu, en m'honorant de vos commandements, de vous
rendre des preuves de cette vérité. Cependant, Madame, vous me
permettrez un peu de me plaindre de la créance que vous avez eue
qu'il fût besoin d'une recharge pour me faire ressouvenir des
intérêts de M. Esprit, dans la distribution des bénéfices, après
la recommandation que vous m'en aviez faite. Je vous supplie de
croire que tout ce qui vient de votre part m'est en trop de
vénération pour en faire si peu de cas, et qu'il y aura une
impossibilité absolue aux choses que vous désirerez de moi,
lorsque je ne vous procurerai pas une entière satisfaction; ne
se pouvant rien ajouter au désir que j'ai de mériter par mes
services la continuation de l'honneur de votre bienveillance, ni
à l'extrême passion avec laquelle je suis, etc.»
Voici encore une assez jolie lettre de Mazarin à Mme de Longueville
sur la fin de la grave maladie que son frère, le duc d'Enghien, avait
faite après Nortlingen. _Ibid._, fol. 442:
«19 septembre 1645.
«Madame, je profite de l'occasion de M. de la Rallière que la
Reine dépêche à M. le Duc, pour me réjouir du recouvrement
d'une santé que je puis dire avec vérité ne m'être pas moins
chère qu'à vous-même. Je vous avoue que j'ai été un de ceux qui
ont aidé à vous tromper en célant sa maladie, mais j'en attends
plutôt des remerciements que des reproches, puisque nous avons
pris pour nous toutes les peines et les inquiétudes, qui
certainement ont été grandes, et nous n'avons voulu partager
avec vous que la réjouissance. Je vous proteste, Madame, que la
mienne est au dernier point, et que pour me la procurer j'aurois
bien gaiement donné une partie de mon sang. C'est ce que j'ai
voulu avoir le bien de vous témoigner par ces lignes que je
finis par l'excuse que je vous fais qu'elles ne sont pas de ma
main; j'entends si peu l'orthographe que vous auriez eu trop de
peine à déchiffrer avec quels sentiments de respect et de
passion je suis, etc.»
Les deux lettres qui suivent sont adressées à M. le Prince, Henri de
Bourbon, IIe du nom. Nous les tenons de Monseigneur le duc d'Aumale,
qui a bien voulu les tirer pour nous des archives de la maison de
Condé. La première est évidemment de l'automne de 1642, quelques mois
après le mariage de Mlle de Bourbon avec M. de Longueville,
lorsqu'elle eut la petite vérole, et que son mari fut envoyé en Italie
pour prendre le commandement de l'armée à la place du duc de Bouillon,
arrêté et emprisonné, voyez chap. III. Mme de Longueville, à laquelle
son mari écrivait souvent, donnait des nouvelles à son père, M. le
Prince, alors éloigné aussi, et qui avait été chargé par le cardinal
de Richelieu d'une petite expédition militaire où il ne réussit guère.
La seconde lettre se rapporte au déplaisir que M. le Prince ressentit
de ce peu de succès.
«De Paris, ce 13e novembre (1642).
«Monsieur,
«Pour obéir au commandement que vous me fîtes en partant de
Paris de vous mander des nouvelles de M. de Longueville, je vous
dirai qu'il est arrivé un courrier qui partit le premier de ce
mois qui nous a donné beaucoup de joie, nous apprenant que les
ennemis, qui avoient été trois ou quatre fois à une portée de
mousquet des retranchements, et tout près, à ce que l'on
croyoit, de les vouloir attaquer, se sont retirés dans le
Milanais, et ont laissé tous les passages, par lesquels les
vivres et les munitions devoient venir, entièrement libres, de
sorte qu'on ne doute plus de la prise de Tortose. La mine
n'avoit pas encore joué, comme l'on nous l'avoit dit, mais ce
devoit être bientôt. J'attends avec une extrême impatience le
succès de cette affaire, espérant avec toute sorte d'apparence
qu'il sera tel que nous le demandons à Dieu. Je ne manquerai
pas, Monsieur, de vous rendre compte de tout ce que
j'apprendrai, ainsi que vous me l'avez ordonné, n'ayant point de
plus forte passion que celle de vous témoigner par ma très
humble obéissance combien je suis, Monsieur, votre très humble
et très obéissante fille et servante,
ANNE DE BOURBON.»
«Monsieur,
«Je croirois manquer à mon devoir si je ne vous témoignois par
cette lettre l'extrême déplaisir que j'ai reçu du mauvais succès
que vous avez eu. Ce qui m'en afflige le plus est la crainte que
j'ai que vous n'en soyez malade. J'ose vous supplier très
humblement de ne vous point affliger, et de croire que je n'ai
pas tant ressenti la peine de mon mal que du déplaisir que je
sais que vous avez. Je vous rends grâces très humbles de
l'honneur que vous m'avez fait de songer à ma maladie avec tant
de soin et de bonté. Je suis, Dieu merci, à cette heure, en état
de vous rendre tous les services que je vous dois. Je vous
supplie très humblement de croire que je ne manquerai jamais à
vous témoigner par mes obéissances avec combien de passion et de
respect je suis, Monsieur, votre très humble et obéissante fille
et servante,
ANNE DE BOURBON.»
«Ce 18e novembre.»
Nous savions que Mme de Longueville et les deux sœurs Louise Marie et
Anne de Gonzague, étant parentes, avaient dû se connaître beaucoup, et
nous publierons un jour une correspondance intime et très curieuse de
Mme de Longueville et de la princesse Anne pendant la Fronde, où
toutes deux elles étaient si fort engagées. Ici nous rencontrons la
trace d'une relation assez étroite entre Mme de Longueville et la
princesse Marie. Celle-ci venait d'être choisie pour être reine de
Pologne, grâce à la protection de Mme la Princesse et du duc
d'Enghien[624]. Avant son départ, elle avait été passer une partie de
l'été de 1645, à Trie, belle terre des Longueville, où elle avait
appris la bataille et la victoire de Nortlingen. Elle s'était
empressée d'en écrire une lettre de félicitation à la sœur du
victorieux, alors à Paris. Voici la réponse de Mme de Longueville, que
nous devons encore à la gracieuse bienveillance de Monseigneur le duc
d'Aumale:
«A Madame la princesse Marie.
«Du 23e août 1645.
«Je vous suis très redevable de la bonté que vous avez eue de
prendre part à la joie que le bonheur de Monsieur mon frère m'a
donnée. C'est une marque très obligeante de l'honneur que vous
me faites de m'aimer, que je n'ai point de paroles pour vous
exprimer le ressentiment que j'en ai. Je crois que vous ne
doutez pas de ma reconnoissance là-dessus; c'est pourquoi j'en
quitterai le discours pour vous donner des nouvelles de M. le
maréchal de Gramont, comme vous me l'ordonnez. Je vous dirai
donc qu'il est prisonnier[625], mais pas blessé, à ce que l'on
m'a assuré. On espère que sa prison ne sera pas longue. Car nous
avons pris le général Glen[626], contre lequel on croit qu'on
l'échangera promptement, les ennemis ayant grand besoin d'un
homme de commandement parmi eux, et ayant perdu par la mort de
Mercy et par la prison de celui-ci tous les plus considérables
qu'ils eussent; ce qui fait croire qu'ils ne feront nulle
difficulté de rendre M. le maréchal de Gramont contre Glen, que
l'on leur devoit offrir tout à l'heure. Voilà tout ce que j'en
ai appris. La pauvre Mme Montausier est fort affligée de
Pisany[627], à ce que l'on m'a dit. Je suis ravie que Trie vous
soit agréable et que le séjour ne vous en soit pas incommode. Je
souhaite pourtant de tout mon cœur que vous le quittiez
bientôt, afin qu'en vous voyant souvent on puisse profiter du
temps qui reste à vous avoir encore ici.»
[624] Mémoires de Mme de Motteville, t. Ier, p. 322.
[625] Le maréchal de Gramont commandait la droite de Condé à
Nortlingen; il avait été mis en déroute et fait prisonnier par Jean
de Wert. Voyez chap. IV.
[626] Gleen commandait la droite de l'armée impériale. Il fut pris
dans la dernière partie de l'affaire, quand Condé, avec la seule
division de Turenne, rétablit le combat et gagna la bataille.
_Ibid._
[627] Le fils aîné de Mme la marquise de Rambouillet, tué à
Nortlingen. Voyez LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE, t. Ier, chap. VI.
Les Carmélites ne s'étaient pas contentées de faire écrire à la
princesse Marie, devenue Reine de Pologne, par Mlle d'Épernon, pour
obtenir sa protection auprès du Pape dans l'affaire de la
béatification de la mère de Saint-Joseph, comme nous l'apprennent les
deux lettres de la Reine de Pologne, publiées plus haut, p. 402; elles
avaient employé auprès d'elle Mme de Longueville, qui n'avait pas
manqué de presser vivement son illustre amie de s'associer à ses
démarches, et lui avait même adressé un modèle des lettres qu'elle
devait écrire à son ambassadeur à Rome et au Saint-Père[628].
[628] L'original a été vendu à une vente faite à Paris le 5
décembre 1854. Nous l'avons collationné de nouveau.
«A la Reine de Pologne et de Suède.
«De Paris, ce 17e octobre (1647[629]).
«Mon accouchement m'a empêchée de témoigner plus tôt à Votre
Majesté la part que j'ai prise au déplaisir qu'elle a reçu de la
perte du prince son beau-fils, et voici la première lettre que
j'ai été en état d'écrire depuis ce temps, qui me servira aussi,
Madame, à faire une très humble supplication à Votre Majesté,
qui est de vouloir écrire au Pape et à l'ambassadeur de V. M. en
faveur de la béatification de la bienheureuse mère Madeleine,
que V. M. a connue au grand couvent des Carmélites de Paris. Je
lui envoie la teneur des lettres qu'elles lui demandent, et la
supplie très humblement, si elle leur accorde cette grâce, de me
les envoyer quand V. M. les aura écrites, afin que je les envoie
à celui qui est chargé de cette affaire, qui les rendra à
l'ambassadeur de V. M. quand il sera temps d'agir pour la faire
réussir. Et comme il y a dans la lettre que V. M. doit écrire à
son ambassadeur de faire constituer des procureurs, ce n'est que
pour fortifier la chose; car on ne prétend point obliger V. M. à
aucun soin ni à aucune dépense, les Carmélites du grand couvent
se chargeant de l'un et de l'autre. Le Roy, la Reine et la Reine
d'Angleterre leur ont fait le même honneur que je vous demande
pour elles, et duquel j'aurai une obligation très sensible à V.
M., que je supplie, avec tous les respects que je lui dois, de
me conserver quelque petite place dans son cœur, et de me
croire sa très obéissante et très passionnée servante,
ANNE DE BOURBON.»
«Le pauvre La Feuillade a été tué. Je crois que V. M. en sera
fâchée.»
[629] Cette date, bien que d'une autre main, est certaine, Mme de
Longueville parlant ici de l'accouchement qu'elle fit à son retour
de Münster, à la fin de l'été de 1647. D'ailleurs, c'est bien en
1647, devant Lens, que fut tué, avec Gassion, le comte Léon
d'Aubusson de La Feuillade, le frère aîné de celui qui devint,
grâce à sa bravoure et aussi à ses flatteries envers Louis XIV, duc
et maréchal.
FIN DE L'APPENDICE.
TABLE DES MATIÈRES.
AVANT-PROPOS DE LA PREMIÈRE ÉDITION V
AVANT-PROPOS DE LA NOUVELLE XIII
INTRODUCTION.
La personne de Mme de Longueville. Description des
contemporains. Portraits authentiques.--Son esprit et
son style.--Son caractère. Explication de sa conduite
dans la Fronde.--Mlle de La Vallière et Mme de
Longueville 1
CHAPITRE Ier. 1619-1635.
Mlle de Bourbon dans sa famille. Sa mère, Charlotte
de Montmorency. Son père, M. le Prince. Son frère le
duc d'Enghien.--Son éducation religieuse. Le couvent
des Carmélites de la rue Saint-Jacques. Les quatre
premières grandes prieures. Mlle d'Épernon.--Mlle de
Bourbon au bal du Louvre, le 18 février 1635. Son
portrait à l'âge de quinze ans 59
CHAPITRE II. 1635-1642.
Mlle de Bourbon à l'hôtel de Rambouillet.--Le genre
précieux.--Mme de Sablé, type de la vraie
précieuse.--Corneille et Voiture.--Mlle de Bourbon à
Chantilly.--A Ruel.--A Liancourt.--Ses jeunes
amies.--Mlle Du Vigean et Condé.--Mariage de Mlle de
Bourbon 120
CHAPITRE III. 1642-1644.
Poésie et galanterie.--État des affaires en
1643.--Mazarin.--Les Importants.--Mme de
Montbazon.--Lettres attribuées à Mme de
Longueville.--Duel de Coligny et de Guise à la Place
Royale.--Une nouvelle inédite du XVIIe siècle 202
CHAPITRE IV. 1644-1648.
Mme de Longueville à Paris, en 1644, 1645 et
1646.--Elle se rend à Münster en 1646.--Son retour en
France en 1647. Son jeune frère, le prince de
Conti.--La Rochefoucauld.--Origine de la liaison de
La Rochefoucauld et de Mme de Longueville.--Situation
de la France et de la maison de Condé avant la
Fronde. Campagnes de Condé. Conférences de Münster et
traité de Westphalie.--Naissance de la Fronde. Ses
causes. Son caractère. Ses funestes résultats 269
APPENDICE.
NOTES DU CHAPITRE Ier.--LES CARMÉLITES.
I. Liste des différents couvents de Carmélites au
XVIIe siècle 343
II. Liste des prieures françaises du couvent des
Carmélites de la rue Saint-Jacques, pendant le XVIIe
siècle 345
III. Liste des religieuses du couvent des Carmélites 352
IV. Inventaire des objets d'art qui étaient au grand
couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, avant
la destruction de ce couvent en 1793 383
V. La mère Madeleine de Saint-Joseph 393
VI. Vie de la mère Marie de Jésus 433
VII. Vie de la mère Marie Madeleine 458
VIII. La mère Agnès 498
NOTES DU CHAPITRE II.
Mlle Du Vigean, sœur Marthe de Jésus 503
NOTES DU CHAPITRE III.
Brevet pour conserver le rang de princesse du sang à
Anne de Bourbon, duchesse de Longueville 527
NOTES DU CHAPITRE IV.
I. Une lettre nouvelle de La Rochefoucauld 529
II. Bataille de Rocroi 532
III. Lettres nouvelles de Mme de Longueville 585
PARIS.--IMPRIMERIE DE J. CLAYE, RUE SAINT-BENOIT, 7.