Après avoir à peu près rassemblé toutes les relations françaises, nous

aurions fort désiré connaître et donner la relation espagnole, la

dépêche que Francisco de Mélos dut écrire à son gouvernement pour lui

annoncer la défaite qu'il venait d'essuyer, en expliquer les causes,

et marquer ses principales circonstances. Il eût été précieux, après

avoir entendu les vainqueurs, d'entendre aussi les vaincus. Nous avons

donc fait rechercher à Madrid, aux Archives du ministère de la guerre,

un récit quelconque de la mémorable journée. Tous nos efforts ont été

inutiles. On nous a fait dire qu'il y avait eu en effet au ministère

de la guerre une relation de la bataille de Rocroi, mais qu'elle avait

été prêtée, au XVIIIe siècle, à un officier général qui s'en devait

servir pour une histoire militaire de l'Espagne. Cet officier n'a

point publié l'histoire qu'il avait entreprise, et n'a pas rendu les

papiers qui lui avaient été prêtés. Ainsi toute espérance est

interdite de ce côté. La seule trace espagnole qui subsiste de

l'affaire de Rocroi se trouve dans un ouvrage intitulé: SEMANARIO

ERUDITO, Madrid, 1790, sorte de revue rétrospective où l'on a publié

les nouvelles militaires données autrefois par un officier général,

don Pellicar y Tobar, dans les années 1640, 1641, 1642, 1643 et 1644.

Nous traduisons ici le peu de lignes qui nous intéressent, t. XXXIII,

p. 31-32:

«Nouvelles du 14 juillet, 1643..... En Flandre, les Français ont

fait essuyer une grande déroute au seigneur don Francisco de

Melo, en coupant en deux son armée (teniendo dividido su

exercito), qui était composée de huit mille cavaliers, et de

vingt mille fantassins. Périrent beaucoup d'Espagnols, et entre

autres chefs de marque le seigneur don Bernardino de Ayala, le

comte de Villalva, et le comte de Fontaine, mestre de camp

général (_conde de Fontana_, et non _de Fuentez_, ce qui auroit

eu l'air d'en faire un Espagnol de race).»

Résumons en peu de mots les fautes du général espagnol et les mérites

du général français.

I. Mélos aurait dû s'efforcer seulement de prendre Rocroi, ce qui, au

début d'une campagne, eût été un événement très considérable; sauf

plus tard à livrer la bataille après avoir rallié Beck et en

s'appuyant à la forteresse. En ce cas, il fallait défendre le défilé

qui seul menait à la plaine de Rocroi, et pendant ce temps réduire la

place dont la prise était inévitable, puisque tous les dehors étaient

déjà emportés. La défense de ce défilé n'était pas difficile, car les

Espagnols occupaient une hauteur fort avantageuse; position admirable

qu'il fallait garder, non pas avec cinquante cavaliers, mais avec de

l'infanterie et de l'artillerie, tandis que la cavalerie, qui était la

principale force de l'armée française et l'arme favorite de Condé,

n'eût pu être d'un grand usage. La prise de Rocroi et la résistance

triomphante au défilé eussent brillamment ouvert la campagne,

encouragé les Espagnols et jeté la consternation dans Paris.

II. Si Mélos voulait une bataille, il ne devait pas moins défendre le

défilé jusqu'à ce qu'il eût été rejoint par les quatre ou six mille

cavaliers de Beck, selon la règle inviolable de combattre avec le plus

de forces possible et sans en laisser aucune inutile.

III. Quand, au début de l'affaire, La Ferté-Seneterre, par une

impétuosité ou une jalousie également déplorable, entraîna la gauche

de l'armée française, en laissant le centre, l'infanterie, entièrement

à découvert, Mélos devait se jeter vite dans cet intervalle, l'occuper

en force, couper notre armée et écraser notre gauche. Rien n'était

plus aisé: le mouvement imprudent de La Ferté qui devait amener un

désastre, n'a pas été mis à profit.

IV. Mais la grande faute, la faute radicale de Mélos est de n'avoir

pas fait usage de ses meilleures troupes, de la vieille infanterie

espagnole. Il en aurait dû former un corps de réserve à la fois solide

et mobile, pour le porter partout où il en aurait eu besoin. Il eût pu

d'abord l'opposer à l'attaque de flanc de Condé, ou bien le lancer

après lui quand il traversa l'armée espagnole pour aller au secours de

sa gauche et de son centre. Un pareil corps, soutenu par l'excellente

cavalerie de Beck, était capable de décider la victoire, ou du moins

il rendait un désastre impossible, même après une bataille perdue.

C'est l'absence de la cavalerie de Beck qui désespéra l'infanterie de

Fontaines. A force de ménager cette belle infanterie pendant toute la

bataille, à la fin elle se trouva inutile, et, comme nous l'avons dit,

elle n'eut plus qu'à mourir.

Tout au contraire, plus on étudie la conduite de Condé, plus on la

trouve de tout point admirable, et ce qu'il y a d'audace

extraordinaire ne paraît, à la réflexion, que le calcul sûr et rapide

d'un esprit supérieur.

Avant tout, il sut connaître à qui il avait affaire, et agir en

conséquence.

I. Il voulut la bataille, et il eut raison. Il comprit qu'au début

d'un règne, devant une coalition formidable, dans l'ébranlement de

toutes nos alliances, Rocroi débloqué ne suffisait pas, ne remédiait à

rien, et que tôt ou tard il en fallait venir à une affaire sérieuse.

II. Or, voulant la bataille, il la devait vouloir prompte, pour ne pas

donner à Beck le temps d'arriver.

III. Dans la bataille, la fameuse manœuvre réussit, parce que

l'attaque fut faite sur le point convenable, sur la partie de l'armée

ennemie qui, composée d'un ramassis de troupes étrangères, ne devait

pas faire grande résistance.

IV. Il ne faut pas oublier l'ordre donné à Sirot d'engager tout le

corps de réserve et de rétablir le combat à tout prix, ce qui est

juste l'opposé de la conduite de Mélos à l'égard de sa réserve.

Ainsi que nous l'avons dit, toutes ces résolutions audacieuses sont

des calculs que la raison la plus solide justifie, mais hâtons-nous

d'ajouter qu'elle ne suffirait point à les inspirer. Il faut ici avec

une raison forte une âme d'une trempe particulière, capable sans doute

de saisir nettement le nœud d'une affaire mais bien décidée à le

trancher à tout prix, comme César à Munda et Bonaparte à Arcole. C'est

surtout à la guerre que les grandes pensées viennent du cœur.

On dit, et nous le croyons aisément, que Condé aimait sa victoire de

Rocroi de préférence à toutes les autres. C'est là en effet qu'il se

découvrit en quelque sorte lui-même, qu'il trouva sa manière de faire

la guerre, et put entrevoir toute sa carrière à vingt-deux ans. Et

puis, y a-t-il rien de comparable aux premiers rayons de la gloire?

Ils sont presque aussi doux que les premiers feux de l'amour.

Qu'est-ce donc lorsqu'ils se rencontrent ensemble! Rocroi et Mlle Du

Vigean ont dû être jusqu'à la fin de sa vie les deux plus grands

souvenirs de Condé.

III

LETTRES NOUVELLES DE MADAME DE LONGUEVILLE

Nous avons publié dans le texte diverses lettres et écrits de Mme de

Longueville qui n'avaient jamais vu le jour: dans le chapitre Ier, un

billet à la mère Agnès, de l'année 1637 ou 1638; dans le chapitre IIe,

deux pièces de vers; dans l'APPENDICE, la déposition sur la mère

Madeleine de Saint-Joseph, qui est de l'année 1647. Nous joignons ici

quelques autres billets qui épuisent la très petite collection de

lettres que nous avons pu rassembler de Mme de Longueville jusqu'à la

Fronde.

Ce premier billet est comme la suite de celui que nous avons donné

dans le chapitre Ier. Il est aussi adressé à la mère Agnès, et nous le

devons, ainsi que l'autre, aux dames Carmélites:

«A ma sœur Agnès.

«Ma très chère sœur, je vous écris ce petit mot pour vous

supplier de m'envoyer un petit morceau de linge qui a trempé

dans le sang de notre bienheureuse mère. Il m'est venu pensée

d'en mettre sur la tête de ce pauvre garçon qui est malade. Je

pense que le Picart vous a dit qui c'est. Il a entièrement perdu

le jugement, et il mourra peut-être sans confession si Dieu ne

l'assiste. Je voudrois bien que notre bienheureuse mère lui fît

revenir la raison jusqu'à ce qu'il fût confessé.

Je n'ai dit à personne que j'avois le dessein d'envoyer querir

ce linge. S'il fait l'effet que je désire, je le dirai. Mais si

Dieu ne fait point ce miracle par l'intercession de notre

bienheureuse mère, je n'en parlerai point. Dites-le, s'il vous

plaît, à notre mère, et croyez que je suis, ma très chère sœur,

votre très humble sœur et servante.

Mandez-moi quand le tableau de notre bienheureuse mère sera

fait.»

Nous avons dit, chap. IIe, que pendant toute sa jeunesse, Mme de

Longueville montra les plus grands égards pour Esprit, de l'Académie

française, et qu'elle le recommanda à Mazarin pour un bénéfice. Voici

ce billet de recommandation[622]:

«13 octobre 1645[623].

«Monsieur,

«Ayant appris que vous êtes sur le point de faire la

distribution des bénéfices, encore que je ne doute point que

vous n'ayez assez de bonté pour vous souvenir en ce rencontre de

la supplication que je vous ai faite pour M. Esprit, je ne

laisse pourtant pas de vous supplier encore de ne le pas

oublier, et de croire que je vous en serai intimement obligée.

Je suis honteuse de vous importuner encore d'une chose de

laquelle je vous ai déjà parlé; mais la confiance que j'ai en

votre bonté me fait prendre plus aisément cette liberté. Je

suis, Monsieur, votre très humble et obéissante servante,

ANNE DE BOURBON.»

[622] Communiqué par M. Boutron-Charlard, dont la riche collection

d'autographes est bien connue.

[623] Ni suscription ni date. Une main ancienne a mis au-dessus: 13

octobre 1646, et corrigé 1645.

Nous trouvons parmi les _Lettres françoises de Mazarin_, Bibliothèque

Mazarine, la réponse de Mazarin, fol. 459:

«Octobre 1645.

«Madame, j'ai tant de motifs de rechercher les occasions de vous

servir, qu'il ne s'en présentera jamais dont je ne profite avec

joie, et je ne vous saurois être plus sensiblement obligé que de

me donner lieu, en m'honorant de vos commandements, de vous

rendre des preuves de cette vérité. Cependant, Madame, vous me

permettrez un peu de me plaindre de la créance que vous avez eue

qu'il fût besoin d'une recharge pour me faire ressouvenir des

intérêts de M. Esprit, dans la distribution des bénéfices, après

la recommandation que vous m'en aviez faite. Je vous supplie de

croire que tout ce qui vient de votre part m'est en trop de

vénération pour en faire si peu de cas, et qu'il y aura une

impossibilité absolue aux choses que vous désirerez de moi,

lorsque je ne vous procurerai pas une entière satisfaction; ne

se pouvant rien ajouter au désir que j'ai de mériter par mes

services la continuation de l'honneur de votre bienveillance, ni

à l'extrême passion avec laquelle je suis, etc.»

Voici encore une assez jolie lettre de Mazarin à Mme de Longueville

sur la fin de la grave maladie que son frère, le duc d'Enghien, avait

faite après Nortlingen. _Ibid._, fol. 442:

«19 septembre 1645.

«Madame, je profite de l'occasion de M. de la Rallière que la

Reine dépêche à M. le Duc, pour me réjouir du recouvrement

d'une santé que je puis dire avec vérité ne m'être pas moins

chère qu'à vous-même. Je vous avoue que j'ai été un de ceux qui

ont aidé à vous tromper en célant sa maladie, mais j'en attends

plutôt des remerciements que des reproches, puisque nous avons

pris pour nous toutes les peines et les inquiétudes, qui

certainement ont été grandes, et nous n'avons voulu partager

avec vous que la réjouissance. Je vous proteste, Madame, que la

mienne est au dernier point, et que pour me la procurer j'aurois

bien gaiement donné une partie de mon sang. C'est ce que j'ai

voulu avoir le bien de vous témoigner par ces lignes que je

finis par l'excuse que je vous fais qu'elles ne sont pas de ma

main; j'entends si peu l'orthographe que vous auriez eu trop de

peine à déchiffrer avec quels sentiments de respect et de

passion je suis, etc.»

Les deux lettres qui suivent sont adressées à M. le Prince, Henri de

Bourbon, IIe du nom. Nous les tenons de Monseigneur le duc d'Aumale,

qui a bien voulu les tirer pour nous des archives de la maison de

Condé. La première est évidemment de l'automne de 1642, quelques mois

après le mariage de Mlle de Bourbon avec M. de Longueville,

lorsqu'elle eut la petite vérole, et que son mari fut envoyé en Italie

pour prendre le commandement de l'armée à la place du duc de Bouillon,

arrêté et emprisonné, voyez chap. III. Mme de Longueville, à laquelle

son mari écrivait souvent, donnait des nouvelles à son père, M. le

Prince, alors éloigné aussi, et qui avait été chargé par le cardinal

de Richelieu d'une petite expédition militaire où il ne réussit guère.

La seconde lettre se rapporte au déplaisir que M. le Prince ressentit

de ce peu de succès.

«De Paris, ce 13e novembre (1642).

«Monsieur,

«Pour obéir au commandement que vous me fîtes en partant de

Paris de vous mander des nouvelles de M. de Longueville, je vous

dirai qu'il est arrivé un courrier qui partit le premier de ce

mois qui nous a donné beaucoup de joie, nous apprenant que les

ennemis, qui avoient été trois ou quatre fois à une portée de

mousquet des retranchements, et tout près, à ce que l'on

croyoit, de les vouloir attaquer, se sont retirés dans le

Milanais, et ont laissé tous les passages, par lesquels les

vivres et les munitions devoient venir, entièrement libres, de

sorte qu'on ne doute plus de la prise de Tortose. La mine

n'avoit pas encore joué, comme l'on nous l'avoit dit, mais ce

devoit être bientôt. J'attends avec une extrême impatience le

succès de cette affaire, espérant avec toute sorte d'apparence

qu'il sera tel que nous le demandons à Dieu. Je ne manquerai

pas, Monsieur, de vous rendre compte de tout ce que

j'apprendrai, ainsi que vous me l'avez ordonné, n'ayant point de

plus forte passion que celle de vous témoigner par ma très

humble obéissance combien je suis, Monsieur, votre très humble

et très obéissante fille et servante,

ANNE DE BOURBON.»

«Monsieur,

«Je croirois manquer à mon devoir si je ne vous témoignois par

cette lettre l'extrême déplaisir que j'ai reçu du mauvais succès

que vous avez eu. Ce qui m'en afflige le plus est la crainte que

j'ai que vous n'en soyez malade. J'ose vous supplier très

humblement de ne vous point affliger, et de croire que je n'ai

pas tant ressenti la peine de mon mal que du déplaisir que je

sais que vous avez. Je vous rends grâces très humbles de

l'honneur que vous m'avez fait de songer à ma maladie avec tant

de soin et de bonté. Je suis, Dieu merci, à cette heure, en état

de vous rendre tous les services que je vous dois. Je vous

supplie très humblement de croire que je ne manquerai jamais à

vous témoigner par mes obéissances avec combien de passion et de

respect je suis, Monsieur, votre très humble et obéissante fille

et servante,

ANNE DE BOURBON.»

«Ce 18e novembre.»

Nous savions que Mme de Longueville et les deux sœurs Louise Marie et

Anne de Gonzague, étant parentes, avaient dû se connaître beaucoup, et

nous publierons un jour une correspondance intime et très curieuse de

Mme de Longueville et de la princesse Anne pendant la Fronde, où

toutes deux elles étaient si fort engagées. Ici nous rencontrons la

trace d'une relation assez étroite entre Mme de Longueville et la

princesse Marie. Celle-ci venait d'être choisie pour être reine de

Pologne, grâce à la protection de Mme la Princesse et du duc

d'Enghien[624]. Avant son départ, elle avait été passer une partie de

l'été de 1645, à Trie, belle terre des Longueville, où elle avait

appris la bataille et la victoire de Nortlingen. Elle s'était

empressée d'en écrire une lettre de félicitation à la sœur du

victorieux, alors à Paris. Voici la réponse de Mme de Longueville, que

nous devons encore à la gracieuse bienveillance de Monseigneur le duc

d'Aumale:

«A Madame la princesse Marie.

«Du 23e août 1645.

«Je vous suis très redevable de la bonté que vous avez eue de

prendre part à la joie que le bonheur de Monsieur mon frère m'a

donnée. C'est une marque très obligeante de l'honneur que vous

me faites de m'aimer, que je n'ai point de paroles pour vous

exprimer le ressentiment que j'en ai. Je crois que vous ne

doutez pas de ma reconnoissance là-dessus; c'est pourquoi j'en

quitterai le discours pour vous donner des nouvelles de M. le

maréchal de Gramont, comme vous me l'ordonnez. Je vous dirai

donc qu'il est prisonnier[625], mais pas blessé, à ce que l'on

m'a assuré. On espère que sa prison ne sera pas longue. Car nous

avons pris le général Glen[626], contre lequel on croit qu'on

l'échangera promptement, les ennemis ayant grand besoin d'un

homme de commandement parmi eux, et ayant perdu par la mort de

Mercy et par la prison de celui-ci tous les plus considérables

qu'ils eussent; ce qui fait croire qu'ils ne feront nulle

difficulté de rendre M. le maréchal de Gramont contre Glen, que

l'on leur devoit offrir tout à l'heure. Voilà tout ce que j'en

ai appris. La pauvre Mme Montausier est fort affligée de

Pisany[627], à ce que l'on m'a dit. Je suis ravie que Trie vous

soit agréable et que le séjour ne vous en soit pas incommode. Je

souhaite pourtant de tout mon cœur que vous le quittiez

bientôt, afin qu'en vous voyant souvent on puisse profiter du

temps qui reste à vous avoir encore ici.»

[624] Mémoires de Mme de Motteville, t. Ier, p. 322.

[625] Le maréchal de Gramont commandait la droite de Condé à

Nortlingen; il avait été mis en déroute et fait prisonnier par Jean

de Wert. Voyez chap. IV.

[626] Gleen commandait la droite de l'armée impériale. Il fut pris

dans la dernière partie de l'affaire, quand Condé, avec la seule

division de Turenne, rétablit le combat et gagna la bataille.

_Ibid._

[627] Le fils aîné de Mme la marquise de Rambouillet, tué à

Nortlingen. Voyez LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE, t. Ier, chap. VI.

Les Carmélites ne s'étaient pas contentées de faire écrire à la

princesse Marie, devenue Reine de Pologne, par Mlle d'Épernon, pour

obtenir sa protection auprès du Pape dans l'affaire de la

béatification de la mère de Saint-Joseph, comme nous l'apprennent les

deux lettres de la Reine de Pologne, publiées plus haut, p. 402; elles

avaient employé auprès d'elle Mme de Longueville, qui n'avait pas

manqué de presser vivement son illustre amie de s'associer à ses

démarches, et lui avait même adressé un modèle des lettres qu'elle

devait écrire à son ambassadeur à Rome et au Saint-Père[628].

[628] L'original a été vendu à une vente faite à Paris le 5

décembre 1854. Nous l'avons collationné de nouveau.

«A la Reine de Pologne et de Suède.

«De Paris, ce 17e octobre (1647[629]).

«Mon accouchement m'a empêchée de témoigner plus tôt à Votre

Majesté la part que j'ai prise au déplaisir qu'elle a reçu de la

perte du prince son beau-fils, et voici la première lettre que

j'ai été en état d'écrire depuis ce temps, qui me servira aussi,

Madame, à faire une très humble supplication à Votre Majesté,

qui est de vouloir écrire au Pape et à l'ambassadeur de V. M. en

faveur de la béatification de la bienheureuse mère Madeleine,

que V. M. a connue au grand couvent des Carmélites de Paris. Je

lui envoie la teneur des lettres qu'elles lui demandent, et la

supplie très humblement, si elle leur accorde cette grâce, de me

les envoyer quand V. M. les aura écrites, afin que je les envoie

à celui qui est chargé de cette affaire, qui les rendra à

l'ambassadeur de V. M. quand il sera temps d'agir pour la faire

réussir. Et comme il y a dans la lettre que V. M. doit écrire à

son ambassadeur de faire constituer des procureurs, ce n'est que

pour fortifier la chose; car on ne prétend point obliger V. M. à

aucun soin ni à aucune dépense, les Carmélites du grand couvent

se chargeant de l'un et de l'autre. Le Roy, la Reine et la Reine

d'Angleterre leur ont fait le même honneur que je vous demande

pour elles, et duquel j'aurai une obligation très sensible à V.

M., que je supplie, avec tous les respects que je lui dois, de

me conserver quelque petite place dans son cœur, et de me

croire sa très obéissante et très passionnée servante,

ANNE DE BOURBON.»

«Le pauvre La Feuillade a été tué. Je crois que V. M. en sera

fâchée.»

[629] Cette date, bien que d'une autre main, est certaine, Mme de

Longueville parlant ici de l'accouchement qu'elle fit à son retour

de Münster, à la fin de l'été de 1647. D'ailleurs, c'est bien en

1647, devant Lens, que fut tué, avec Gassion, le comte Léon

d'Aubusson de La Feuillade, le frère aîné de celui qui devint,

grâce à sa bravoure et aussi à ses flatteries envers Louis XIV, duc

et maréchal.

FIN DE L'APPENDICE.

TABLE DES MATIÈRES.

AVANT-PROPOS DE LA PREMIÈRE ÉDITION V

AVANT-PROPOS DE LA NOUVELLE XIII

INTRODUCTION.

La personne de Mme de Longueville. Description des

contemporains. Portraits authentiques.--Son esprit et

son style.--Son caractère. Explication de sa conduite

dans la Fronde.--Mlle de La Vallière et Mme de

Longueville 1

CHAPITRE Ier. 1619-1635.

Mlle de Bourbon dans sa famille. Sa mère, Charlotte

de Montmorency. Son père, M. le Prince. Son frère le

duc d'Enghien.--Son éducation religieuse. Le couvent

des Carmélites de la rue Saint-Jacques. Les quatre

premières grandes prieures. Mlle d'Épernon.--Mlle de

Bourbon au bal du Louvre, le 18 février 1635. Son

portrait à l'âge de quinze ans 59

CHAPITRE II. 1635-1642.

Mlle de Bourbon à l'hôtel de Rambouillet.--Le genre

précieux.--Mme de Sablé, type de la vraie

précieuse.--Corneille et Voiture.--Mlle de Bourbon à

Chantilly.--A Ruel.--A Liancourt.--Ses jeunes

amies.--Mlle Du Vigean et Condé.--Mariage de Mlle de

Bourbon 120

CHAPITRE III. 1642-1644.

Poésie et galanterie.--État des affaires en

1643.--Mazarin.--Les Importants.--Mme de

Montbazon.--Lettres attribuées à Mme de

Longueville.--Duel de Coligny et de Guise à la Place

Royale.--Une nouvelle inédite du XVIIe siècle 202

CHAPITRE IV. 1644-1648.

Mme de Longueville à Paris, en 1644, 1645 et

1646.--Elle se rend à Münster en 1646.--Son retour en

France en 1647. Son jeune frère, le prince de

Conti.--La Rochefoucauld.--Origine de la liaison de

La Rochefoucauld et de Mme de Longueville.--Situation

de la France et de la maison de Condé avant la

Fronde. Campagnes de Condé. Conférences de Münster et

traité de Westphalie.--Naissance de la Fronde. Ses

causes. Son caractère. Ses funestes résultats 269

APPENDICE.

NOTES DU CHAPITRE Ier.--LES CARMÉLITES.

I. Liste des différents couvents de Carmélites au

XVIIe siècle 343

II. Liste des prieures françaises du couvent des

Carmélites de la rue Saint-Jacques, pendant le XVIIe

siècle 345

III. Liste des religieuses du couvent des Carmélites 352

IV. Inventaire des objets d'art qui étaient au grand

couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, avant

la destruction de ce couvent en 1793 383

V. La mère Madeleine de Saint-Joseph 393

VI. Vie de la mère Marie de Jésus 433

VII. Vie de la mère Marie Madeleine 458

VIII. La mère Agnès 498

NOTES DU CHAPITRE II.

Mlle Du Vigean, sœur Marthe de Jésus 503

NOTES DU CHAPITRE III.

Brevet pour conserver le rang de princesse du sang à

Anne de Bourbon, duchesse de Longueville 527

NOTES DU CHAPITRE IV.

I. Une lettre nouvelle de La Rochefoucauld 529

II. Bataille de Rocroi 532

III. Lettres nouvelles de Mme de Longueville 585

PARIS.--IMPRIMERIE DE J. CLAYE, RUE SAINT-BENOIT, 7.

Madame de Longueville: La Jeunesse de Madame de Longueville · 第 51 / 51 段