ENNIÔLER, v. a. Terme d'écolier. _Je t'enniôle_, c'est-à-dire: Je
me moque de toi. _Je vous enniôle tous_, c'est-à-dire: Vous
pouvez tous aller au d.....
ENNOSSER, v. a. Engouer, embarrasser le passage du gosier en
mangeant ou en buvant trop vite. _S'ennosser_, s'engouer, perdre
la respiration en buvant de travers, ou en mangeant trop vite.
_Il s'ennossa au point qu'il fut obligé de quitter la table._
Dans le vieux français, _énosser_ signifie: Boucher le gosier
avec un _os_.
ENNUYANT, ANTE, s. Ennuyeux, euse. _Tu es une ennuyante. Va-t'en,
petite ennuyante, et laisse-nous tranquilles._ Terme méridional.
«Ennuyant» n'est pas un substantif; c'est un adjectif et un
participe.
ENNUYER (S'), v. pron. _S'ennuyer de quelqu'un_ ou de _quelque
chose_, signifie: S'ennuyer de l'absence de quelqu'un; regretter
la privation d'une chose dont on avait joui. _Tu fais bien de
revenir, Baptiste, car tout le monde s'ennuyait de toi. Mme N**
s'ennuie de son appartement_ (elle regrette de l'avoir quitté).
On dit dans le même sens, et cette expression est plus usitée
que la précédente: _S'ennuyer après quelqu'un; s'ennuyer après
quelque chose. Je m'ennuie après ces deux aimables étrangers._
Expression connue en Lorraine, et sans doute ailleurs.
† ÉNONDÉ, DÉE, part. Inondé, dée. _La seille coulait, et la
pauvre Marguerite en fut tout énondée. Cette averse nous a
énondés._
ÉNOSSER, v. a. Voyez ENNOSSER.
EN OUTRE DE CELA, loc. adv. Outre cela.
EN PLACE DE, prép. Au lieu de. _En place de vin, donnez-nous une
cruche de bière. En place d'un mur, établissez une bonne haie.
En place d'étudier, tu babilles._ Français populaire.
† EN PREMIER, adv. Premièrement, d'abord. _Nous irons en premier
chez l'oncle, et ensuite chez le cousin._ Français populaire.
ENRAIDI, IE, adj. et part. Voyez ENROIDI.
ENRAUFER ou ENRÔFER, v. a. Salir, couvrir d'ordures. En vieux
français, _roffée_ signifie: Gale, croûte de gale. [Voyez
ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.]
ENROIDI, IE, adj. et part. Roidi, devenu roide par le froid ou par
une cause quelconque. _Je me sens tout enroidi, tout enraidi;
j'ai le cou enraidi. S'enroidir_ ou _s'enraidir_, v. pron. Se
roidir. _Mon bras et ma main s'enraidissent._ Terme méridional.
ENROSSER, v. a. Flouer, attraper, mettre dedans. _On t'a joliment
enrossé avec ce cheval. Il s'est laissé enrosser d'un tas de
rossignols_ (rebuts de magasin). _Le croyez-vous assez enrossé
avec sa vieille comtesse?_ R. _rosse_.
† ENROUCHÉ, ÉE, adj. Enroué, qui a de l'enrouement. _Le froid
l'a enrouché. Pauvre Suzon, te voilà donc bien enrouchée._ R.
_rouche_. Voyez ce mot.
ENROUURE, s. f. Enrouement, maladie du gosier. _Une forte
enrouure._ Terme suisse-roman, dauphinois et languedocien.
† ENSAUVER (S'), v. pron. Se sauver, s'enfuir. _Ensauve-toi,
ensauve-toi! on te court après. Voilà l'hussier: ensauvez-vous!_
ENSEIGNE, s. f. _À bonne enseigne_, c'est-à-dire: À juste titre,
avec des sûretés. _Si ton frère a pris cette résolution, ce
n'est qu'à bonne enseigne._ On dit en français: «À bonnes
enseignes.»
ENSEVELIR et ENTERRER n'ont point le même sens. «Ensevelir,»
c'est: Envelopper un corps mort dans le drap appelé linceul.
«Enterrer,» c'est: Mettre en terre le corps mort. L'historien
suisse, Ruchat, s'est donc exprimé peu correctement dans la
phrase suivante: «Calvin mourut le 27 mai (1564), et fut
_enseveli_ tout simplement au cimetière commun de Plainpalais.»
Il fallait dire: Enterré, ou Inhumé.
ENSEVELISSEMENT, s. m. Ne dites pas: _Accompagner un
ensevelissement. Regarder passer un ensevelissement.
L'ensevelissement défila pendant plus d'une demi-heure_. Dites:
Accompagner un convoi, accompagner un enterrement, accompagner
une pompe funèbre, etc.
† ENSOUVENIR (S'), v. pron. Se souvenir. _Ensouviens-t'en,
Gabriel, ensouviens-t'en bien: je t'attends demain à la
Jonction._
ENSUITE, adv. D'ailleurs, de plus, au surplus. _Devais-tu, André,
te gendarmer de la sorte, quand ton père te réprimandait?
Premièrement il en a le droit; ensuite tu es véritablement dans
tes torts._ Expression gasconne, etc.
ENSUITE (D'). _L'année d'ensuite._ Dites: L'année suivante,
l'année d'après. [ACAD.]
ENTAILLER (S'). Se couper, se faire une coupure, une incision dans
la chair. _S'entailler le doigt; s'entailler la main._ Ce verbe,
pris dans cette acception, manque dans les dictionnaires.
ENTE (LA). _La ente d'un poirier; la ente d'un rosier. La ente a
bien réussi._ L'_e_ initial de ce mot ne s'aspire pas. Il faut
écrire et prononcer «L'ente.» L'ente a bien réussi, etc.
ENTE, s. f. Terme de couturière. Voyez ENTER, no 2.
ENTÉCHER, v. a. Mettre en tas. Se dit particulièrement des
fourrages. Voyez TÈCHE.
ENTENDU (UN). Un plan concerté, un plan combiné, une collusion
secrète. _C'est un entendu entre eux_ (c'est une affaire
arrangée et calculée entre eux). Terme méridional.
† ENTENTION, s. f. Attention. _Faites entention, ma bonne Dame,
vous pourriez glisser._ Terme vieux français, que l'on trouve
déjà dans le _Roman de la Rose_, ainsi que l'adjectif _ententif_
(attentif).
ENTER, v. a. Greffer. Nous aspirons l'_e_ initial de ce mot, comme
s'il s'écrivait _henter_. C'est une faute aussi grossière que
fréquente. Ne dites donc pas: _Je soigne cet arbrisseau pour le
enter quand le moment sera favorable_; dites: «Pour l'enter.»
ENTER, v. a. Terme de couturière. _Enter des bas_, veut dire:
Remonter des bas, les raccommoder en y ajoutant des bouts. Terme
suisse-roman et méridional. Dans l'évêché de Bâle on dit:
_Renter_.
ENTERREUR, s. m. Fossoyeur, celui qui creuse les fosses destinées
aux morts. Terme dauphinois et languedocien. On dit à Marseille:
_Un enterre-mort_.
ENTICHER (S'), v. pron. S'entêter, s'éprendre d'une personne. _Il
s'enticha d'une comédienne, et il l'épousa. Il est entiché de
lui-même et il s'admire._ L'Académie dit: «S'enticher d'une
opinion, s'enticher d'un système;» mais elle ne dit pas:
S'enticher d'une personne. Expression fort admissible.
ENTORSE, s. f. Nous disons: _Se faire une entorse; il se fit une
entorse au pied_. Il faut dire: «Se donner une entorse.»
EN TOUT ET PARTOUT. Sorte d'adverbe, qui signifie: En total. _À la
fin de ce long voyage, il ne leur restait en tout et partout que
trois francs._
ENTRAIN, s. m. Ardeur au travail. _Étudier avec entrain.
Travailler avec entrain. Je n'ai point d'entrain, je n'ai aucun
entrain aujourd'hui._ Ce substantif, si usité chez nous et si
remarquable, n'existe pas en français.
ENTRE, prép. _Ils n'avaient entre eux tous que sept francs à
dépenser._ Ce sens de la préposition _entre_ n'est pas français.
Il faut dire: «Ils n'avaient ensemble que sept francs à
dépenser.»
ENTRECOT, s. m. (_o_ bref.) Ruelle, ruelle formée par les
boutiques ou échoppes qui bordent nos Rues basses. _Traverser un
entrecot; s'échapper par l'entrecot. On nous fit passer par un
corridor étroit, ou, pour mieux dire, par un entrecot._
ENTRE DEUX. Nous disons: _Être entre deux_, pour signifier: Être
indécis, être en balance, hésiter. _Partirai-je? Resterai-je? Je
suis là entre deux._ Expression méridionale.
ENTREPOSER, v. a. Déposer. _Entreposer sa canne, entreposer son
ombrelle à l'entrée d'un lieu public._ «Entreposer,» en
français, n'a aucun autre sens que celui de: Déposer des
marchandises dans un entrepôt.
ENTRER, v. actif. Mettre dedans ce qui était dehors. _Entrer le
bois au grenier; entrer les fauteuils dans le salon; entrer les
vases dans la serre_, etc. _Entrer son chapeau_ (l'enfoncer dans
sa tête). _Elle s'est entré une écharde dans le doigt._
Expressions incorrectes, ou qui, du moins, n'ont pas l'autorité
des dictionnaires.
† ÉNUTILE, adj. Inutile. ÉNUTILEMENT, adv. Inutilement.
ENVERJURE, s. f. Envergure, que l'on prononce _enverghure_ (comme
_figure_). R. _vergue_.
ENVERS, s. m. Clou, furoncle. _Il dormit sur l'herbe humide, et il
lui sortit des envers par tout le corps._ Terme suisse-roman.
EN VEUX-TU? EN VOILÀ. Cette locution adverbiale signifie: À
foison, abondamment, en grande quantité. _C'était un bal
magnifique: il y avait des glaces en veux-tu? en voilà._
ENVIER QUELQU'UN. _Envier les riches. Tu vas demain aux Treize
Arbres, Catherine: ah! que je t'envie._ On dit: «Envier une
chose;» on ne dit pas: _Envier quelqu'un_.
ENVIRONS (AUX), prép. _J'irai te voir aux environs de Noël. Quel
âge a ton garçon, compère?--Il a aux environs de douze ans.
Quelle heure est-il?--Il est aux environs de quatre heures._
Dites: Près de Noël. Il est quatre heures environ, etc.
ÉPARE, s. f. Penture, bande de fer pour soutenir les portes et les
fenêtres. Terme suisse-roman. A Lyon on dit: _Empare_.
ÉPARGNE, s. f. Binet, petit instrument qu'on adapte au chandelier
pour brûler les bouts de chandelle. A Neuchâtel, en Dauphiné, en
Languedoc et en Lorraine on dit: _Une ménagère_; en Picardie,
_un profit_; en Limousin, _une économie_.
ÉPAULE, s. f. (fig.) Grappillon au haut d'une grappe et qui en
dépend. _Accepterais-tu ce raisin, Fanny?--C'est beaucoup trop;
mais j'en prendrai avec plaisir une épaule._ Expression
très-juste.
ÉPAUTE, s. f. Épeautre, sorte de froment.
ÉPENALET, s. m. Tranche de lard coupée au dos d'un cochon. C'est
un morceau estimé des paysans gourmets. [P. G.]
ÉPICACUANA ou ÉPÉCACUANA, s. m. _Tablettes d'épicacuana._ Écrivez
et prononcez «Ipécacuana.»
ÉPIDERME. _Épiderme délicate._ Ce mot est masculin.
ÉPINARDS. Ce substantif est masculin; mais beaucoup de personnes
le font féminin et disent: _De bonnes épinards_. Cette faute
nous vient du patois, où le mot _épenoches_ (épinards) est
féminin.
ÉPINGLE D'ÉPOUSE, s. f. Camion. [Voyez le _Vocabulaire français_
de Mr PAUTEX, 9e édition, p. 57.]
ÉPINGOLER, v. a. Épingler, déboucher la lumière d'une arme à feu
avec une épinglette.
ÉPINGOLOIR, s. m. Épinglette.