AVERTISSEMENT.

Surpris par la mort, avant que l'impression de son livre fût terminée,

l'auteur de ce Glossaire n'a pu ni revoir les épreuves des dernières

feuilles, ni rédiger la préface qu'il voulait placer à la tête de

l'ouvrage. Dès la page 125 du second volume, on a dû se borner à

reproduire avec une scrupuleuse exactitude le texte du manuscrit

original, et s'abstenir d'y faire aucun des changements que l'auteur

lui-même aurait peut-être jugé bon d'opérer.

On ne substituera pas davantage aux remarques préliminaires que

l'auteur se proposait d'introduire dans sa préface, des considérations

étrangères. Mais, grâce aux notes qu'il a laissées, on peut indiquer,

de manière à les faire suffisamment connaître, les idées qu'il

désirait développer lui-même.

* * * * *

Il voulait, d'abord, nettement établir le but qu'il s'était proposé.

Il voulait indiquer ensuite la différence qui existe entre son

Glossaire et celui qu'avait publié, pour la seconde fois, en 1827, M.

Gaudy-Le Fort. Il voulait, après cela, repousser quelques-unes des

objections et des critiques dont il pensait que son livre serait

peut-être l'objet. Il voulait, enfin, signaler les difficultés de

l'entreprise et les peines qu'il s'était données pour en triompher.

Il aurait dit, en premier lieu, que son but avait été de présenter

dans le Glossaire la nomenclature complète des termes genevois,

c'est-à-dire, des expressions qui ne se trouvent pas dans les

dictionnaires français, et qui sont en usage dans la ville ou dans le

canton de Genève; qu'il avait en même temps pris soin de relever les

fautes de langage les plus grossières et les erreurs de grammaire les

plus choquantes; qu'il avait enfin cherché à jeter quelque variété

dans ce travail, par l'insertion de tous les proverbes nationaux qu'il

avait pu recueillir, et par des rapprochements entre notre idiome et

les dialectes français circonvoisins. C'est dans la même intention, et

pour éveiller l'intérêt sur la langue des campagnes, qu'il a introduit

dans le Glossaire quelques-uns des mots patois les plus répandus.

Quant aux différences qui distinguent le Glossaire actuel du Glossaire

publié il y a vingt-quatre ans, elles portent sur les étymologies, les

remarques grammaticales, le nombre et l'explication des mots. L'ancien

Glossaire avait tiré du celtique ses principales origines; le nouveau

s'est abstenu de remonter à cette source plus ou moins équivoque.

L'ancien Glossaire avait abondé dans les observations souvent

élémentaires de grammaire et de syntaxe; le nouveau Glossaire a été

très-sobre de remarques de ce genre, parce que les grammaires

suffisent à éclairer sur cette matière ceux qui veulent s'instruire.

L'ancien Glossaire n'avait guère plus de deux mille mots, le nouveau

en compte plus de quatre mille. Enfin, les mots de l'ancien Glossaire,

que l'on a conservés dans celui-ci, ont reçu, quant à ce qui concerne

l'explication et l'emploi de chaque terme, une rédaction nouvelle. Un

très-petit nombre d'articles de peu d'importance ont été seuls

reproduits sans changement.

L'auteur voulait ensuite examiner les objections et les reproches dont

il craignait que le choix et le fond même de son travail ne fussent

l'objet. Il présumait que l'on regarderait comme puérile ou comme

dangereuse l'entreprise de recueillir et de fixer les termes barbares

ou vicieux de l'idiome genevois. Il aurait cherché à démontrer que ni

ce mépris, ni cette inquiétude n'ont un solide fondement. A cette

occasion, il aurait rappelé le favorable accueil déjà fait parmi nous

au précédent Glossaire, et il aurait indiqué le grand nombre de

travaux analogues, entrepris depuis quelques années sur les divers

dialectes français. Il aurait fait observer que la connaissance de

toutes ces variétés du langage sert à l'intelligence de la bonne

langue française, et que des littérateurs du premier ordre, Charles

Nodier, par exemple, ont signalé l'intérêt et l'utilité de ce genre de

recherches. Il aurait montré que plusieurs des mots que nous

employons, et qui sont tenus pour barbares, sont autant de débris de

l'ancien français, restés parmi nous comme les traînards d'une armée

en marche. A ce propos, il aurait présenté quelques remarques sur les

transformations que subissent incessamment les langues vivantes, et il

aurait cherché à éclaircir les origines du vocabulaire genevois. Il

aurait montré qu'un grand nombre des expressions usitées parmi nous

sont également employées dans la Suisse romane, en Savoie, en

Franche-Comté et dans le midi de la France. Il aurait indiqué comment

l'emploi de plusieurs des termes genevois est, en quelque sorte,

justifié par la nécessité où nous sommes de désigner ainsi des objets

qui n'existent pas hors de notre pays. Il aurait fait ressortir le

caractère expressif, énergique, ou gracieux, de quelques-uns de nos

mots, qui n'ont pas, dans le français classique, de véritable

équivalent. Enfin, il se serait élevé contre le purisme exagéré qui

voudrait bannir de la conversation familière toutes nos locutions

indigènes; mais il aurait, en même temps, signalé les barbarismes

grossiers, les erreurs de syntaxe et les fautes de prononciation,

comme les défauts véritablement choquants, dont nous devons chercher à

purger notre langage.

Après avoir ainsi prouvé la convenance et l'utilité du Glossaire, il

aurait parlé des difficultés attachées à la composition de cette

œuvre. Elles étaient de trois sortes: difficulté de donner une

nomenclature complète et exacte des mots genevois, de n'omettre aucun

de ceux qui sont réellement en usage, et de n'en point insérer qui

fussent imaginaires ou exceptionnels; difficulté de rendre fidèlement

le sens précis de chaque terme, et de trouver la véritable définition

d'un certain nombre de mots; difficulté de rédiger le Glossaire de

manière à le rendre utile et accessible à tout le monde (ce qui était

le but essentiel de l'auteur), et à le rendre en même temps instructif

pour les érudits versés dans l'étude des dialectes français, ce qui

était la seconde destination du livre.

Le sentiment très-vif de ces diverses difficultés avait inspiré à

l'auteur le désir de ne rien négliger pour parvenir à les vaincre. Il

aurait dit comment, dans cette intention, il avait cherché à

s'entourer d'une foule de secours, dont son prédécesseur n'avait point

fait usage. Il aurait dit comment il avait pris en quelque sorte le

public pour collaborateur; comment il avait recueilli à la ville et à

la campagne, dans la bouche des artisans, des écoliers, des ouvrières,

des paysans, des gens du monde, des ignorants et des hommes

instruits, toutes les locutions propres au langage genevois. Il

aurait dit, qu'indépendamment de cette consultation générale, il avait

pu profiter des communications d'un très-grand nombre de personnes qui

mettaient de l'intérêt à son travail. Il aurait voulu rendre un

témoignage public de remerciements et de gratitude à tous ceux qui

l'avaient secondé, et parmi lesquels il distinguait, pour l'abondance

des renseignements qu'il en avait reçus: MM. O. Bourrit, Chaponnière,

Oltramare, régent, A. Serre, Linder, Jullien frères, et surtout Mr

Pierre Gaud (de Meyrin), dont les initiales accompagnent plus d'un des

articles du Glossaire. Il aurait dit comment, grâce à tant

d'auxiliaires, il s'était efforcé d'arriver à un dénombrement complet

des mots genevois, sans se flatter toutefois d'avoir réussi, et

comment il n'avait jamais admis dans son Glossaire une seule locution,

sans l'avoir auparavant soumise à un contrôle sévère, et sans s'être

assuré par une enquête exacte de son emploi et de sa signification

précise. Aucun mot de fantaisie, aucun terme inventé n'a donc trouvé

place dans ce recueil, et s'il en est qui ne sont pas à Genève connus

de tout le monde, il n'en est point qui ne soit employé par une partie

de la population.

A ces matériaux, qui composent en quelque sorte l'élément genevois du

Glossaire, l'auteur en a ajouté d'autres destinés à établir entre nos

termes nationaux et les locutions analogues des pays voisins une

comparaison intéressante. Il aurait dit qu'il avait consulté, pour

rendre ces rapprochements aussi complets qu'il était possible, plus de

vingt Glossaires imprimés, et renfermant les mots usités dans

plusieurs parties de la Suisse romane et dans certaines provinces de

France. Il aurait ajouté qu'il devait à MM. de Bons, pour le dialecte

du Valais; Favrod, pour celui du canton de Fribourg; Dubois et

Barrelet, pour celui du canton de Vaud, des communications

manuscrites, dont il avait utilement profité.

Mais l'élaboration de ces riches matériaux créait pour l'auteur, qui

voulait donner à son livre cette double destination, une difficulté

nouvelle. Satisfaire tous ses lecteurs, c'est-à-dire tous ses

concitoyens, en étant clair, complet, varié, instructif, et sans

pédanterie; satisfaire les érudits, en leur fournissant tous les

éléments d'une étude sérieuse sur l'un des dialectes français; voilà

ce que voulait l'auteur. Il aurait dit que la poursuite de ce double

but, une santé affaiblie, et le constant désir de perfectionner son

travail, avaient contribué à retarder l'apparition de cet ouvrage dès

longtemps annoncé. Il aurait témoigné la crainte de n'avoir que

très-incomplétement rempli sa tâche, et après avoir réclamé

l'indulgence pour les imperfections de son livre, il aurait terminé en

sollicitant, afin de l'améliorer plus tard, toutes les critiques

propres à lui faire reconnaître les défauts qu'il n'avait pu corriger.

* * * * *

Aujourd'hui le livre se présente seul; celui qui l'a composé ne

l'améliorera plus. Si le public genevois l'accueille, le goûte et le

consulte, ce succès sera la récompense à laquelle son auteur aurait

attaché le plus de prix.

Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2 · 第 21 / 74 题