Le 14 janvier 1858, j'étais depuis plus de deux mois, on s'en souvient,
attaché à la rédaction du _Spectateur_, quand eut lieu l'attentat de
l'Opéra contre l'empereur. Le soir de ce jour, notre directeur
politique, Mallac, envoya à l'imprimerie, pour le numéro du lendemain,
un article appréciant ce grave événement et dans lequel il développait
la thèse que voici: Ce n'est que sous les gouvernements despotiques
qu'on pouvait voir des crimes tels que celui qui venait d'être commis
par Orsini. Le despotisme appelle et provoque la révolution. Protégés
par leur droit héréditaire et l'amour de leurs sujets, les souverains
légitimes, placés à la tête d'un pouvoir rigoureusement constitutionnel,
n'ont pas à craindre les assassins.
Le double inconvénient de cette thèse éclate à tous les yeux. Elle est
contraire à la vérité historique, et dans la circonstance, elle exposait
le journal au moins à un avertissement, sinon à une suppression
immédiate.
Les collaborateurs de Mallac lui en firent l'observation; mais il ne
voulut rien entendre. Le gérant, représentant la propriété, ne fut pas
plus heureux. Après avoir soutenu contre lui une discussion d'une
extrême violence, Mallac passa une partie de la nuit à l'imprimerie,
afin d'être assuré que son article serait publié.
Le lendemain, en arrivant au journal à l'heure ordinaire, j'y trouvai la
rédaction au grand complet, les membres du comité, les actionnaires,
tout ce monde, la mine consternée. Un décret impérial, portant
approbation d'un rapport du ministre de l'intérieur Billault, prononçait
la suppression du _Spectateur_, en même temps que celle de la _Revue de
Paris_, que dirigeaient alors Laurent Pichat, Louis Ulbach et Maxime Du
Camp.
C'était un rude coup pour la politique fusionniste que représentait le
_Spectateur_; mais c'était un désastre véritable pour mon frère et moi.
Justement, j'avais obtenu qu'on essayerait de lui pour la chronique, et
je ne sais même plus si son premier article n'était pas déjà fait.
Heureusement, le désastre fut bientôt en partie conjuré: l'_Union_
héritait des abonnés et des rédacteurs du journal supprimé. Je fus ainsi
versé dans la feuille légitimiste, avec des appointements, il est vrai,
notablement diminués.--«Nous sommes pauvres», m'avait-on dit,--mais
suffisants encore pour nous donner du pain.
Je restai là quelques mois; puis on me demanda d'aller à Blois remplacer
provisoirement le rédacteur en chef de la _France centrale_. Quand je
revins, ma place était prise; on ne me la rendit pas. J'en éprouvai une
vive indignation. J'avais vingt-deux ans, beaucoup d'ambition,
l'énergique volonté de contribuer à reconstruire le foyer détruit, et ce
n'est pas en mourant de faim au service d'un parti qui ne savait même
pas retenir les jeunes, ou en écrivant les Mémoires d'un vieux
gentilhomme de la chambre de Charles X, dont j'étais devenu le
secrétaire, que je pouvais réaliser mes desseins. L'Empire était en
pleine prospérité; il ne m'inspirait aucune répugnance. N'ayant pas
connu les horreurs du coup d'État, je ne pouvais partager les rancunes
des vaincus. Toute une génération, qui depuis a cruellement expié son
erreur et son inexpérience, a pensé vers ce temps ce que je pensais
moi-même.
C'est ainsi que j'allai frapper à la porte du vicomte de la Guéronnière,
qui dirigeait alors le service de la presse au ministère de l'intérieur.
Cet aimable homme, qui aurait laissé dans l'histoire de son pays une
trace profonde, si son caractère eût été à l'égal de son talent, me
reçut à merveille. Je lui contai mon cas, et quelques jours après, il
m'envoyait à Privas pour y prendre la rédaction en chef de l'_Écho de
l'Ardèche_, en me promettant de me rappeler bientôt.
Privas après Paris, une humble feuille de province après un des grands
organes de la presse française, quelle chute! Et puis, quitter mon
frère, quelle tristesse! Il fallut se résigner cependant. Je partis,
soutenu par l'espoir de revenir, consolé aussi parce que cet éloignement
de Paris me rapprochait de ma mère, toujours à Nîmes, et d'un autre être
cher à mon coeur, qui allait, à peu de temps de là, porter mon nom.
C'est à Privas que j'appris les débuts d'Alphonse Daudet au _Figaro_.
J'avais connu Villemessant pendant mon court séjour à Blois, où il
venait souvent. Invité à passer deux jours dans sa belle propriété de
Chambon, je lui avais parlé de mon frère, qu'il connut bientôt et dont
il prisa vite les qualités. Ce fut une grande joie. Le _Figaro_, c'était
pour un écrivain comme une consécration, un brevet de talent, la porte
des éditeurs ouverte.
Mon frère a commencé là sa réputation, d'abord avec des chroniques en
vers, des études en prose, des scènes dialoguées: _le Roman du Chaperon
Rouge_, _les Rossignols de cimetière_, _l'Amour Trompette_; puis avec
ces récits continués, là et ailleurs, pendant plusieurs années,
empreints d'un charme si doux dans leur brièveté, qui lui ont créé,
avant même qu'il songeât à écrire des oeuvres de longue haleine, un rang
à part dans la littérature contemporaine.
Ces fins morceaux, dignes de figurer dans un recueil classique, on peut
les relire aujourd'hui dans les _Lettres de mon moulin_, dans les
_Contes du lundi_, dans _Robert Helmont_, dans les _Femmes d'artistes_,
dans les _Lettres à un absent_. Tenant à la fois de la fantaisie et de
l'histoire, ils portent au plus haut degré la marque révélatrice de
l'état de son esprit à l'heure où il les écrivit.
Tantôt il y laisse son imagination folâtrer à travers champs, butiner au
gré de son caprice, sous le soleil, dans l'air tiède du Midi, tout
embaumé de l'odeur des pins pignons, qu'il écoute chanter sur les
sauvages rochers de Provence; tantôt il ressuscite les souvenirs de ses
voyages, durant lesquels il a vu hommes et choses, avec le regard
mystérieux et sûr de son esprit habile à les interroger et à les
observer; tantôt enfin, au spectacle des malheurs de son pays, il laisse
éclater son âme déchirée par une angoisse patriotique ou gonflée d'une
sainte indignation. Rires et pleurs, la gamme est complète sur cet
harmonieux clavier; toutes les notes y sont.
Là aussi, sont en germe quelques-unes des oeuvres qu'il écrira plus tard:
_l'Arlésienne_, _le Nabab_, _Jack_; on les y trouve en mille traits
épars, sous leur forme première et résumée, telles qu'il les avait vues
d'abord, avant que le travail de son esprit en eût tracé les lignes et
classé les développements.
Le succès de ces études, qui n'ont guère d'analogue dans les lettres
françaises, fut très-vif. Les échos m'en arrivèrent dans mon lointain
exil, où mon frère me les confirma ensuite, en venant passer quelques
semaines auprès de moi, et où, comme pour me prouver que la vie allait
commencer à nous sourire, il m'apporta une grande nouvelle. Ayant eu
l'occasion de rencontrer le comte de Morny, ce personnage, le plus
puissant entre les puissants du jour, séduit par son talent, lui avait
promis un emploi dans les bureaux de la présidence du Corps législatif,
un de ces emplois que les grands seigneurs créaient jadis pour les gens
de lettres pauvres, et qui permettaient à ceux-ci de travailler
librement, dégagés des préoccupations de l'existence matérielle. Mon
frère devait en prendre possession dès sa rentrée à Paris.
--Je suis légitimiste, avait-il objecté fièrement aux offres
bienveillantes de son nouveau protecteur.
Et celui-ci de répondre en riant:
--L'impératrice l'est plus que vous.
C'est tout ce que je dirai des relations d'Alphonse Daudet avec M. de
Morny, ne voulant par déflorer la partie de ses Mémoires qu'il y
consacrera. La certitude d'être protégés par lui alluma nos espérances
et nous fit voir l'avenir sous un jour tout rose. Le séjour de mon frère
à Privas se ressentit de cette confiance. Nous passâmes là de belles
vacances; nous fîmes ensemble de longues excursions dans les montagnes.
Puis il me quitta pour aller à Nîmes, d'où il se rendit en Provence,
dans l'hospitalière maison de Fontvieille, d'où pourrait être datée la
première des _Lettres de mon moulin_.
C'est pendant ce voyage qu'il connut Frédéric Mistral, Théodore Aubanel,
Roumanille, tous les félibres, et se lia avec eux d'une amitié que le
temps n'a pas ébranlée. En rentrant à Paris, il alla prendre sa place au
cabinet du président du Corps législatif.
Dès ce moment, mes regards se tournèrent avec persévérance vers le
Palais-Bourbon. Je périssais d'ennui à Privas; j'étais résolu à n'y pas
prolonger mon séjour, et mon frère m'avait promis de m'aider à en
abréger la durée. Justement, une occasion s'offrit bientôt à lui de
tenir sa promesse; il s'en empara.
Le gouvernement impérial préparait alors les grandes réformes qui
reçurent leur application au commencement de 1861: une liberté relative
allait être rendue aux Chambres. M. de Morny, comme président du Corps
législatif, s'occupait d'augmenter le personnel des secrétaires chargés
de la rédaction des comptes rendus des débats. Il y avait deux emplois à
donner. Pour l'un, il avait déjà fait choix de Ludovic Halévy, qui
préludait, par de modestes essais, à sa brillante carrière d'auteur
dramatique; mon frère me proposa pour l'autre et me fit accepter, au
moment où, sans attendre qu'il m'appelât, je venais d'arriver à Paris,
poussé par le pressentiment de ma bonne fortune.
--Le président veut te connaître, me dit-il un soir; il te recevra
demain matin à sept heures.
Vous pensez si je fus exact. À sept heures, un fiacre me déposait devant
le perron de la présidence. Convaincu qu'on n'approche les grands de ce
monde qu'en habit noir et en cravate blanche, je m'étais vêtu comme au
jour de ma première course à travers Paris. On était en novembre; il ne
faisait pas encore très-clair; ma tenue ne produisit aucun effet dans
les antichambres présidentielles; ou plutôt elle en produisit un
déplorable, car ce ne fut qu'après que j'eus déclaré mon nom que les
huissiers daignèrent se montrer polis. L'un d'eux me conduisit dans le
«salon chinois» et me pria d'attendre.
Une merveille, ce salon, avec ses collections: ivoires et jades
sculptés, bronzes ventrus, jonques et pagodes en miniature, chimères
monstrueuses, dieux accroupis, paravents à ramages d'or. Le malheur est
qu'on m'y oublia. À une heure, je n'avais pas été reçu. Mon estomac
criait famine; j'allais de la croisée à la cheminée, de la cheminée à la
croisée, dévoré d'impatience, moulu, le linge collé aux reins à force de
m'être traîné sur tous les meubles.
Vint un moment où, n'en pouvant plus, je me mis devant une glace pour
«réparer le désordre de ma toilette». J'étais en train de procéder à
cette opération délicate avec la liberté d'un homme qui sait qu'on ne se
souviendra plus de lui, quand soudain une porte s'ouvrit. Éperdu, je
croisai mon habit sur mon gilet déboutonné; mais déjà je me retrouvais
seul, après avoir vu passer un flot de soie, un profil de blonde et la
fumée d'une cigarette. Je sus ensuite que c'était madame de Morny. Elle
avertit son mari. Il entra brusquement, serré dans son veston de velours
bleu, sa calotte noire sur le crâne nu.
--Qui êtes-vous? Que faites-vous là?
Je me nommai.
--Ah! mon pauvre garçon, je vous ai oublié... Eh bien, votre frère m'a
parlé de vous; vous voulez être secrétaire-rédacteur; il paraît que les
questions politiques vous sont familières. Vous êtes nommé; allez voir
M. Valette, le secrétaire général; il vous présentera à M. Denis de
Lagarde, votre chef de service...
L'audience ne dura pas trois minutes. Mais je ne regrettai pas ma longue
attente; elle m'avait porté bonheur. Je n'eus qu'à descendre à
l'entre-sol pour rencontrer mon frère et lui annoncer la réussite de ses
efforts. Il vivait là, côte à côte avec Ernest l'Épine, qui dirigeait
alors le cabinet de M. de Morny et préparait dans ces graves
occupations, agréablement entrecoupées de passe-temps artistiques, les
futurs succès du très-spirituel Quatrelles. Il caressait à cette heure,
avec Alphonse Daudet, les projets de collaboration qui se sont
successivement réalisés avec la _Dernière Idole_, l'_OEillet blanc_, le
_Frère aîné_.
Quelques fruits qu'elle ait donnés, cette collaboration n'a pu cependant
convaincre Alphonse Daudet de l'efficacité du travail à deux, quand il
s'agit d'oeuvres littéraires. Il est resté persuadé qu'en dépit de la
conscience de deux écrivains attelés au même livre ou au même drame,
quand vient l'heure d'en recueillir le bénéfice moral, il y a un dupé,
et, depuis ce temps, il a renoncé à toute tentative de ce genre. Il a
recouru, il est vrai, aux bons offices de ses confrères, quand il a
voulu tirer une pièce de _Fromont jeune et Risler aîné_ d'abord, du
_Nabab_ ensuite; mais il ne s'agissait là que d'un classement de scènes
déjà faites, quelque chose comme un «dégrossissement», une mise au
point, où la part du collaborateur était trop réduite pour qu'il pût
s'élever un doute sur la véritable paternité du succès.
De mon entrée au Corps législatif, date ma véritable existence de
Parisien, d'homme de lettres et de journaliste. Les sessions étaient
brèves; elles duraient trois ou quatre mois, et me laissaient des
loisirs entièrement consacrés à des travaux de plume.
Je me propose de raconter un jour ce que j'ai retenu de ce voyage de
vingt années à travers le monde de la politique et de la presse. Je n'y
veux faire allusion ici que pour rappeler un épisode de ma vie, auquel
mon frère demeura étranger, et dont je ne parlerais pas, si plus tard on
ne l'y avait associé, à propos de son roman: _le Nabab_.
En 1863, j'étais au Corps législatif depuis deux ans. Correspondant de
deux grands journaux de province, j'appartenais aussi à la rédaction de
la _France_, dirigée alors par le vicomte de la Guéronnière, et où je
venais d'inaugurer les «Échos parlementaires». Déjà mon nom avait acquis
quelque notoriété; un bon vent enflait mes voiles; le foyer paternel
était reconstruit; le mien s'élevait; c'est un des plus heureux moments
de ma vie.
Au cours des élections générales qui eurent lieu cette année-là, je me
trouvais à Nîmes, en vacances. Un de mes amis me conduisit chez «le
Nabab», c'est-à-dire chez François Bravay. Il arrivait d'Égypte et se
présentait aux électeurs de l'une des circonscriptions du Gard. Pour
assurer le succès de sa candidature, il avait promis aux populations de
ces contrées un canal d'irrigation qui devait fertiliser leur sol,
stérilisé par le manque d'eau.
Cette promesse fut jugée plus tard par le Corps législatif comme une
manoeuvre électorale, dont le souvenir pesa toujours sur François Bravay,
même lorsque, après deux invalidations successives, élu pour la
troisième fois, il força les portes du Palais-Bourbon. Elle était
pourtant sincère. Il l'avait rendue effective en versant un million, en
belles espèces sonnantes, pour pourvoir aux dépenses des premiers
travaux. Il connaissait mes relations avec les journaux de Paris; il me
demanda de soutenir sa candidature.
Puis, quand il eut été élu, porté à la Chambre par l'enthousiasme des
populations qu'excitaient sa réputation de millionnaire et sa
générosité, servies par une parole chaude, fruste comme sa personne,
mais bien faite pour être comprise par des «ruraux», il me proposa de
devenir son secrétaire politique. J'acceptai et n'eus pas à m'en
repentir.
Je n'ai pas connu de plus honnête coeur. C'est un de mes regrets de
n'avoir pas possédé l'influence nécessaire pour lui imposer mes conseils
et lui faire comprendre combien valaient peu quelques-uns de ceux qui
l'entouraient. Ses fréquents voyages en Égypte, l'emballement de son
existence toujours tiraillée entre les solliciteurs et les besoins
d'argent créés par leurs exigences, faisaient le plus souvent de ma
fonction près de lui une véritable sinécure. Mais, tant qu'il est resté
député, il ne me l'a jamais rappelé; il s'est toujours souvenu de
l'ardeur avec laquelle j'avais embrassé ses intérêts.
Parmi mes amis, il est un de ceux à qui je me suis le plus passionnément
dévoué, et je n'ai jamais cessé de croire qu'il était digne d'inspirer
cette sympathie. Son malheur a été, parti de très-bas, de s'être enrichi
trop vite par des procédés familiers à tous ceux qui sont allés chercher
fortune en Orient, d'être revenu en France sans rien savoir de Paris ni
du milieu nouveau dans lequel il allait vivre, et où, pour cette cause,
il devait se ruiner aussi vite qu'il s'était enrichi là-bas.
Le portrait que mon frère a tracé de lui, dans un livre inoubliable, ne
me laisse rien autre à dire, si ce n'est qu'en parlant de l'exquise
bonté de cette âme toute naïve, en dépit des apparences contraires,
l'auteur du _Nabab_ n'a rien exagéré. Pour ceux qui ont connu et aimé
François Bravay, le roman dont il est le héros est l'oeuvre la mieux
faite pour rendre hommage à sa mémoire et la venger de calomnies
ineptes. Il suffit pour s'en convaincre de lire la dernière phrase: «Ses
lèvres remuèrent, et ses yeux dilatés, tournés vers de Géry,
retrouvèrent, avant la mort, une expression douloureuse, implorante et
révoltée, comme pour le prendre à témoin d'une des plus grandes, des
plus cruelles injustices que Paris ait jamais commises.»
Comment donc se peut-il qu'une malveillance calculée ait tenté de faire
accroire que tant de pages éloquentes constituaient une insulte à cette
mémoire, et qu'un moment les proches de François Bravay aient partagé
cet injuste sentiment? Je ne suis pas encore parvenu à le comprendre.
Mais ce qui est plus grave, c'est qu'ils aient voulu prouver que mon
frère avait commis un acte de noire ingratitude. À l'époque où il eut à
se défendre sur ce point, il me pria de ne pas intervenir. Cette
polémique toute personnelle, étrangère au mérite intrinsèque de son
oeuvre, blessait trop ses délicatesses littéraires pour qu'il voulût la
compliquer de mon intervention.
Mais, aujourd'hui, j'ai recouvré la liberté de dire qu'Alphonse Daudet
n'était engagé avec François Bravay par aucun souvenir qui entravât son
droit de romancier. C'est à peine s'il l'avait vu à deux ou trois
reprises, et encore que cette vision rapide lui eût suffi pour juger
l'homme et son milieu, complétée par ce qu'il en savait déjà ou ce qu'il
en apprit ensuite, elle ne pouvait être assimilée à un de ces services
qui condamnent au silence celui qui l'a reçu. Mon frère pouvait donc
écrire le _Nabab_, quand moi-même, si j'avais eu le talent pour le faire
tel, je l'aurais fait et signé sans croire manquer à un devoir.