Ces demandes appuyées par le zèle qu'il avait montré de tout temps et

qu'il inspirait à tout son clergé pour exciter le peuple à soutenir avec

vigueur la cause anglaise dans la guerre avec la république américaine,

furent accordées plus tard. Et l'on verra que lorsqu'il passa en Europe

pour les affaires de son diocèse, le gouvernement anglais le reçut avec

de grands égards, et lui accorda presque tout ce qu'il demandait.

La nécessité où l'Angleterre se trouvait alors, comme elle l'avait été

en 75, de prêter une oreille favorable aux Canadiens et d'être juste à

leur égard, ne devrait pas être perdue pour elle; car sa situation

devient de jour en jour plus difficile à mesure que les Etats-Unis et

ses colonies s'accroissent en population, en richesses et en puissance.

L'Océan qui sépare les deux mondes est une barrière naturelle beaucoup

plus forte que la limite qui sépare le Canada de la république voisine

et, l'on s'en apercevra un jour.

La nationalité des Canadiens donne encore de la force à cette limite et

la guerre dont nous allons nous occuper le prouva. On en appela à leurs

institutions et à leurs autels pour exciter leur zèle, et cet appel du

représentant de l'Angleterre à la défense de son empire au cri si saint

pour eux de leur religion et de leurs lois, était un engagement

d'honneur d'autant plus sacré qu'il était pris au moment du danger.

Les Canadiens ne demandèrent pas d'autre garantie, pour courir aux

armes. Ce que sir George Prévost donna à entendre à leurs représentans

et à leur clergé, fut interprété de la manière la plus généreuse; tout

le monde songea à faire son devoir, et l'ennemi put se convaincre que la

défection qu'il attendait ne se réaliserait point.

Le gouverneur dirigea les troupes vers les frontières et confia la garde

de Québec, la clef du pays, aux milices représentées peu de temps

auparavant comme rebelles ou comme animées de dispositions fort

suspectes. Les patriotes Bédard et autres furent rétablis dans leur

grade militaire avec ostentation par un ordre du jour.

Dans le mois de mars, le président des Etats-Unis avait envoyé un

message à la chambre des représentans pour l'informer que, pendant que

le gouvernement américain était en paix avec la Grande-Bretagne, cette

puissance avait employé un agent secret pour parcourir les divers états

de l'Union, surtout le Massachusetts, y fomenter la désobéissance aux

autorités établies, intriguer avec les mécontens, exciter à la révolte,

détruire éventuellement la confédération et en détacher avec l'aide de

ses soldats les états de l'Ouest.

Ce message extraordinaire fit la plus grande sensation. L'espion était

un Irlandais, nommé John Henry, ancien capitaine dans l'armée

américaine, et qui résidait à Montréal depuis 1806 en qualité d'étudiant

en droit. Par une lettre de M. Ryland, secrétaire de sir James Craig,

Henry qui avait déjà été employé dans quelque mission secrète à la

satisfaction du secrétaire d'état à Londres, à qui on avait, transmis

ses rapports, était prié de se charger d'une nouvelle mission

confidentielle aux Etats-Unis, pour laquelle le gouverneur lui

fournirait un chiffre de correspondance. Il devait lui faire parvenir

les vues du parti dominant dans les divers états de la république, et

mettre les mécontens qui désiraient s'en détacher en communication avec

le gouvernement anglais. Sir James Craig donna ses instructions à Henry,

en lui recommandant de tâcher d'obtenir les renseignemens les plus

exacts sur la disposition des esprits dans le Massachusetts, l'état qui

exerçait alors la plus grande influence dans l'est; de s'insinuer dans

l'intimité de quelques chefs de parti et de leur donner à entendre, mais

avec une grande réserve, que s'ils voulaient se mettre en rapport avec

le gouvernement anglais, par le canal du gouverneur canadien, il était

autorisé à être leur intermédiaire et à leur montrer s'ils l'exigeaient

ses lettres de créance. Henry était chargé d'écrire souvent à Québec,

mais pour ne pas exciter de soupçon, d'adresser ses lettres au juge

Sewell, à un autre Monsieur qui lui était désigné, et quelquefois à M.

Ryland lui-même, mais fort rarement.

L'on pensait alors que les conséquences des lois d'embargo passées par

le congrès, ruineuses pour les états de l'est, pourraient amener leur

séparation du reste de la confédération. Henry rendu à son poste écrivit

une foule de lettres jusqu'à son retour à Montréal dans le cours de la

même année. Aucun effet ne parut résulter de sa mission. Lorsqu'il

demanda le prix de son salaire, on ne se montra pas empressé d'y

répondre comme il le désirait. On ne voulut lui donner ni une place de

juge-avocat, ni un consulat. En 1811 il s'adressa à lord Liverpool, qui

lui fit répondre par son secrétaire, que sir James Craig ne s'était pas

engagé à lui faire avoir sa récompense en Angleterre. Se voyant rebuté

dans la colonie et dans la métropole, il alla tout déclarer au pays

qu'il avait voulu trahir.

Cette affaire, dont le gouvernement américain fit grand bruit pour

exciter le peuple à la guerre, est une nouvelle preuve ajoutée à toutes

les autres, de l'inconsidération de conduite de sir James Craig, et du

peu de jugement dans le choix de ses instrumens.

Le plan d'opérations militaires adopté pour le Canada fut parfaitement

défensif. L'Angleterre était trop engagée en Europe pour songer à porter

de grands coups en Amérique; et d'ailleurs elle présumait avec raison

que les entreprises des Etats-Unis dépendraient des vicissitudes de la

guerre au-delà des mers. Napoléon s'était jeté sur la Russie; du succès

de cette gigantesque entreprise à 800 lieues de sa capitale, allait

dépendre le plus ou le moins d'énergie des républicains de l'Amérique.

Le gouvernement de Washington après avoir formé de grands cadres

d'armée, fut comme embarrassé lorsqu'il fallut faire mouvoir ces masses

d'hommes. Il conduisit toute cette guerre avec l'inexpérience et la

timidité d'un état major bourgeois. Les traditions des guerres de la

révolution semblèrent être perdues, ou plutôt ces guerres n'avaient pas

appris la tactique offensive, car on n'avait fait que repousser des

envahisseurs européens qui voulaient imposer leur joug au colon devenu

grand. Ses efforts se perdirent dans une multitude de petits chocs,

éparpillés sur une frontière de 3 à 400 lieues, et il est bien difficile

aujourd'hui de dire quel était le résultat final que l'on voulait

atteindre.

Au moment de la déclaration de guerre, le général Hull, gouverneur du

territoire du Michigan, était parti de l'Ohio pour le Détroit avec deux

mille hommes pour mettre fin aux hostilités des Sauvages sur la

frontière du Nord-Ouest, et tâcher de le gagner à la cause américaine.

Il était autorisé par ses instructions à envahir le Canada s'il pouvait

le faire sans mettre en danger les postes qui lui étaient confiés. Vers

la mi-juillet il traversa la rivière du Détroit et alla camper à

Sandwich, dans le Haut-Canada, avec l'intention d'aller s'emparer du

fort de Malden à quelques lieues de là. Etabli sur ce point, il adressa

entre autres, ces paroles aux Canadiens:

«Séparés de l'Angleterre par un océan immense et un vaste désert, vous

n'avez aucune participation dans ses conseils, aucun intérêt dans sa

conduite. Vous avez senti sa tyrannie, vous avez vu son injustice; mais

je ne vous demande à venger ni l'une ni l'autre. Les Etats-Unis sont

assez puissans pour vous procurer à tous la sûreté compatible avec leurs

droits et vos espérances. Je vous offre les avantages inestimables de la

liberté civile, politique et religieuse... C'est elle qui nous a

conduits en sûreté et en triomphe à travers les orages de la révolution;

c'est elle qui nous a portés à un rang élevé parmi les nations de

l'univers, et qui nous a procurés plus de paix, plus de sécurité et plus

de richesses que n'en a jamais eu aucun autre pays.

«Ne levez pas la main contre vos frères. Plusieurs de vos ancêtres ont

combattu pour notre liberté et notre indépendance. Enfans de la même

famille, héritiers du même héritage, vous devez bien accueillir une

armée d'amis.»

Cette proclamation qui n'était pas rédigée sans quelque adresse, ne fut

point soutenue par des opérations militaires qui répondissent au talent

que pouvait promettre sa rédaction. Le général Hull fut écrasé sous le

poids de son commandement. Après être resté près d'un mois sans rien

entreprendre, il rentra dans son pays. Plusieurs de ses détachemens

avaient été défaits par des partis de nos soldats et par les Indiens. Le

lieutenant Rolette, commandant le brig armé le Hunter, avait abordé à la

tête de six hommes seulement et pris un navire américain chargé de

troupes et de bagages. Le capitaine Tallon, détaché par le Colonel

Proctor, avait rencontré au-dessous du Détroit, le major Vanhorne,

l'avait battu et lui avait enlevé des dépêches importantes. Dans les

autres parties du pays les affaires n'allaient guère mieux pour les

ennemis. Le capitaine Roberts, de St.-Joseph, dans une petite île du lac

Huron, avait reçu du général Brock en son temps, la nouvelle de la

déclaration de guerre et l'ordre de tâcher de surprendre Mackinac, poste

dont il s'empara sans coup férir à l'aide d'une trentaine de soldats

soutenus par M. Pothier et ses voyageurs canadiens; c'était l'un des

plus forts des Etats-Unis. Cette conquête eut un grand retentissement

parmi les tribus indiennes de ces contrées, qu'elle rallia presque

totalement à la cause de l'Angleterre, et fut le prélude des revers de

Hull.

Cependant le gouverneur du Haut-Canada, le général Brock, avait pris ses

mesures dès les premières hostilités pour repousser toute invasion.

Ayant rassemblé ses forces, il traversa le fleuve et parut tout-à-coup

avec 13 à 14 cents hommes dont 600 Sauvages, devant le fort du Détroit

où s'était retiré le général Hull. Le commandant américain intimidé et

hors de lui-même se rendit prisonnier sans coup-férir, avec son armée, à

l'exception des milices et des volontaires de l'Ohio et du Michigan qui

eurent la liberté de s'en retourner chez eux après s'être engagés à ne

point servir pendant cette guerre. Le fort du Détroit et le vaste

territoire du Michigan tombèrent ainsi au pouvoir des vainqueurs, qui

firent un butin considérable.

Les troupes américaines furent envoyées dans le Bas-Canada, où le

général Hull rendu à Montréal, fut échangé contre 30 prisonniers

anglais. Il ne fut pas plutôt rentré dans son pays, qu'il fut accusé

devant un conseil de guerre. La cour refusa de se prononcer sur

l'accusation de trahison; mais elle le trouva coupable de lâcheté et le

condamna à mort. Le président lui accorda plus tard son pardon en

mémoire des services qu'il avait rendus pendant les guerres de la

révolution.

Après l'anéantissement de l'armée américaine de l'ouest, la partie

supérieure du Haut-Canada se trouva débarrassée de la crainte d'une

invasion.

Pendant que ces événemens se passaient à la tête du lac Erié, les forces

ennemies qui devaient agir sur le lac Ontario et sur le lac Champlain se

rassemblaient. Elles se donnaient la main par divers petits corps

intermédiaires destinés à inquiéter le Canada sur différens points de

ses frontières. Les premières troupes portaient le nom fastueux d'armée

du centre; les dernières d'armée du nord. L'armée du centre commandée

par le général Van Rensalaer, était composée principalement des milices

de l'état de la Nouvelle-York; elle devait envahir le Canada entre le

lac Erié et le lac Ontario. L'armée du nord, forte de 10,000 hommes,

sous les ordres du général Dearborn, était chargée d'y pénétrer par le

district de Montréal.

Van Rensalaer ne fut prêt à prendre l'offensive qu'à la fin de l'été.

Après avoir longtemps inquiété le général Brock, il réussit malgré le

feu de l'artillerie anglaise qui brisa plusieurs de ses berges, à

prendre pied, le 13 octobre au point du jour, sur les hauteurs de

Queenston et à repousser les attaques de la milice et d'une partie du

49e régiment. Le général Brock qui était à Niagara, à quelques milles

plus bas, était accouru au bruit de la canonnade; il rallia les

grenadiers et les conduisit lui-même à la charge. Il aurait peut-être

regagné le terrain perdu, si dans le moment même il n'eût été atteint

d'une balle dans la poitrine, dont il mourut presqu'aussitôt. Ses

troupes parvinrent cependant à se remettre de leur désordre, mais elles

ne purent forcer l'ennemi, protégé par des arbres, à abandonner la place

ni l'empêcher d'achever le débarquement de sa première division. Les

Anglais suspendirent alors leur feu jusqu'à l'arrivée de leurs renforts

sous les ordres du général Sheaffe, qui résolut de reprendre aussitôt

l'offensive. Laissant quelques hommes pour couvrir Queenston, il fit un

détour pour gravir les hauteurs voisines et attaquer les Américains par

derrière. Les Indiens plus alertes en vinrent aux mains les premiers,

mais ils furent repoussés jusqu'à ce que le corps principal arrivant,

les Américains assaillis à leur tour avec vigueur, lâchèrent le

lâchèrent pied et se mirent à fuir dans toutes les directions, les uns

cherchant à se cacher dans les broussailles et les autres dans leur

frayeur se précipitant en bas de la falaise dans le fleuve. Les Indiens

ralliés aux troupes en massacrèrent un grand nombre. Les autres voyant

tout perdu et leur retraite coupée, posèrent les armes au nombre de 1000

hommes, sur les douze ou quinze cents qui avaient traversé en Canada. Il

paraît qu'après le combat du matin, le général Van Rensalaer était

repassé à Lewiston pour accélérer le passage du fleuve par la seconde

division de son armée, et que ses soldats avaient refusé de marcher

malgré les prières et les menaces; que dans son embarras, il avait écrit

au général Wadsworth, resté à Queenston, ce qui se passait, et lui avait

laissé le choix de l'offensive ou de la retraite, l'informant qu'il lui

enverrait tous les bateaux dont il pourrait disposer s'il se décidait

pour le dernier parti. La plupart des troupes américaines composées de

milices, avaient peu d'ardeur belliqueuse; elles répondirent à Van

Rensalaer qu'elles étaient prêtes à défendre leur pays s'il était

attaqué, mais qu'elles avaient des scrupules à envahir le territoire

anglais.

On a déjà vu qu'un grand parti dans la république était opposé à la

guerre. Ses opinions fournissaient des motifs vrais ou simulés à uns

portion des soldats pour ne point bouger. De pareils événement devaient

rassurer le Canada, auquel les deux combats de la journée n'avaient pas

coûté cent hommes, tués et blessés, preuve du peu d'ardeur de la lutte.

La mort de Brock fit passer le commandement des Anglais entre les mais

du général Sheaffe, qui conclut une armistice avec le général Smith,

successeur de Van Rensalaer, et qui parut vouloir montrer plus de zèle

que son prédécesseur. Il invita les jeunes Américains à venir partager

les périls et la gloire de la conquête qui s'offrait devant eux, et

parvint à ranimer un peu d'humeur belliqueuse de ses patriotes et à

porter son armée à 5,000 hommes. Lorsqu'il fut prêt à agir, il fit

dénoncer l'armistice et le 28 novembre de grand matin, il se mit en

mouvement. La première division de ses troupes traversa le fleuve et mit

pied À terre à la tête de la Grande-Ile entre le fort Erié et Chippawa,

où elle prit ou mit en fuite quelques soldats qui s'y trouvaient tandis

que le major Ormsley, sorti du fort Erié, faisait de son côté quelques

prisonniers américains qui descendaient le long du rivage. La seconde

division s'ébranla pour débarquer deux milles plus tins. Les forces

anglaises du voisinage étaient maintenant sur l'alerte. Le colonel

Bishop sorti de Chippawa avait formé sa jonction avec le major Ormsley,

et se trouvait à la tête de onze cents hommes, tant réguliers, miliciens

que Sauvages et une pièce de canon, quand les Américains se présentèrent

pour débarquer. Le feu très vif qu'il ouvrit sur eux du rivage, brisa

deux de leurs berges, jeta les autres en désordre et les obligea de se

retirer au plus vite. Le 1 décembre, ils firent mine de renouveler leur

tentative, et les troupes même s'embarquèrent pour traverser le fleuve,

mais elles reçurent contre ordre et furent remises à terre pour prendre

leur quartiers d'hiver Ces échecs humilièrent beaucoup les Américains,

qui murmurèrent tout haut contre leur chef, et le forcèrent à prendre la

fuite pour se dérober à leur indignation.

Ainsi se terminèrent les opérations des armée de l'ouest et du centre.

Elles avaient été repoussées partout dans leurs attaques. Les tentatives

de celle du nord n'avaient pas été plus vigoureuses ni plus heureuses,

quoiqu'elle fût la plus forte et qu'elle parût destinée à porter les

plus grands coupa.

Elle s'élevait à dix mille hommes stationnés sur le lac Champlain en

face. Le général Dearborn la commandait. Après avoir eu quelque temps

son quartier général à Albany, il le rapprocha de la frontière, menaçant

de marcher sur Montréal par la route de St.-Jean et d'Odelltown.

Le commandant de cette frontière plaça, un cordon de voltigeur et de

milice depuis Yamaska jusqu'à St.-Régis, point où la limite qui sépare

les deux pays aboutit au St.-Laurent. Un corps d'élite composé de

réguliers et de milices sous les ordres du colonel Young fut stationné à

Blairfindie; et la route de là à la frontière passant par Burtonville et

Odelltown, fut coupée et embarrassée par des abattis d'arbres pour

empêcher toute surprise. Ce travail fatigant et difficile fut exécuté

avec promptitude par les voltigeurs du major de Salaberry. Les voyageurs

de la Compagnie du nord-ouest s'organisèrent en troupes légères, et

d'autres Canadiens formèrent un bataillon de chasseurs.

Pendant ce temps là, les Américains montraient sur cette frontière comme

sur celle du Haut-Canada, beaucoup d'hésitation dans leurs mouvemens. Il

n'y avait encore eu que quelques petites escarmouches, lorsque le

général Dearborn fit mine enfin de se mettre en mouvement.

Le major de Salaberry qui commandait nos avant postes, s'était fortifié

à rivière Lacolle. Le matin du 20 novembre, avant le jour, une de ses

gardes avancées fut assaillie par 1400 fantassins et quelques cavaliers,

qui avaient traversé la rivière par deux gués à la fois; mais en voulant

la cerner, ils se fusillèrent entre eux dans l'obscurité, ce qui

détermina aussitôt leur retraite. Au premier bruit de leur mouvement, le

colonel Deschambault avait reçu ordre de traverser le St.-Laurent et de

marcher sur l'Acadie avec les milices de la Pointe-Claire, de la rivière

du Chêne, de Vaudreuil et de la Longue-Pointe. Une partie de celles de

la ville de Montréal à pied et à cheval était passée à Longueuil et à

Laprairie, enfin toute la milice du district s'était mise en mouvement

pour marcher sur le point attaqué. Soit que le général Dearborn fut

intimidé par tous ces mouvemens, ou qu'il n'entra pas dans ses plans

d'envahir le Canada pour lors, il ne songea plus qu'à se retirer dans

ses quartiers d'hiver à Plattsburgh et à Burlington à l'approche de

l'hiver. Ce début n'était pas brillant pour les armes des Américains.

Sur mer ils soutinrent mieux l'honneur de leur pavillon. L'Angleterre

n'avait rien à craindre d'eux sur cet élément, et ce fut là précisément

où elle se laissa enlever quelques lauriers. La frégate américaine la

_Constitution_, de 44 canons, commandée par le capitaine Hull, enleva la

frégate anglaise, la _Guerrière_ de 38 canons après une demi-heure de

combat, et lui avoir tué et blessé le tiers de son équipage. Le _Warp_,

de 18 canons, captura aussi un brig de 22 canons après un choc de trois

quarts d'heure, pour tomber cependant entre les mains d'un 74, le même

jour avec sa prise.

Le commodore Decatur montant la frégate, _Les Etats-Unis_, de 44 canons,

força la frégate la _Macédonienne_ d'amener son pavillon après une lutte

acharnée de près de deux heures, et plus tard la _Constitution_ obtint

une secondé victoire en capturant, devant San Salvador, sur les côtes du

Brésil, la frégate la _Java_, après lui avoir tué et blessé près de 200

hommes, tandis qu'elle n'en perdait que 34. Ces diverses victoires

navales enorgueillirent les Etats-Unis et leur firent oublier les petits

échecs qu'ils avaient éprouvés sur terre. Ils avaient en effet raison

d'être contens de leur marine, car la cause de ses succès était fort

importante. C'était moins par le courage que par la supériorité de

construction et d'armement de leurs vaisseaux qu'ils avaient triomphé.

Leurs frégates moins hautes au-dessus de l'eau offraient par là même

moins de prise aux coups; leurs batteries comptaient moins de bouches à

feu mais elles étaient formées de pièces d'un plus gros calibre et d'une

plus grande portée; de sorte qu'une frégate américaine de 32 canons

lançait plus de métal qu'une frégate anglaise de 40; de là la cause de

leurs victoires, dont ils avaient d'autant plus raison d'être fiers

qu'elles étaient dues à leur intelligence. La Grande-Bretagne toutefois

trop occupée avec le reste de l'Europe dans la guerre contre Napoléon,

faisait peu de cas des combats individuels et isolés des vaisseaux de la

république, et voyant que ses armes maintenaient son empire en Canada et

qu'il ne s'y était rien passé de bien inquiétant pour elle, elle donna

ses ordres pour nous envoyer quelques secours et reporta ses regards

vers l'Espagne et vers la Russie, où la grandeur des événemens qui s'y

passaient jettait complètement dans l'ombre ceux de l'Amérique.

Le résultat de la campagne et le zèle qu'avaient montré les populations

canadiennes justifiaient la politique de sir George Prévost. Les

Canadiens, que leurs ennemis avaient accusés sans cesse de nourrir des

projets de rébellion, venaient de donner un démenti éclatant à leurs

accusateurs trop favorisés dans tous les temps par les préjugés

nationaux.

Sir George en assemblant les chambres le 29 décembre, leur dit que

suivant les pouvoirs que lui avait confiés la législature, il avait

appelé la milice sous les armes, et qu'il avait vu avec la plus vive

satisfaction l'esprit public, l'ordre, la fermeté et cet amour de son

pays, de sa religion et de ses lois qu'elle avait montrés dans cette

occasion, et qui, en animant et réunissant toutes les classes, ne

pouvaient manquer avec l'aide de la divine providence de faire respecter

le Canada au dehors et de le rassurer au-dedans.

Les délibérations de la législature furent moins orageuses que de

coutume, malgré l'agitation de plusieurs questions qui auraient pu

occasionner de grands débats. M. Stuart, toujours mécontent de la perte

de sa place de solliciteur-général, voulut faire instituer une enquête

sur le mauvais effet du retard qui survenait dans la publication des

lois. Dans une émeute à Lachine les troupes avaient tiré sur le peuple.

Il voulut faire attribuer cet événement à l'ignorance de la loi non

encore promulguée. Quoique son but fût moins probablement de pallier les

auteurs du sang répandu que d'embarrasser l'exécutif, sa plainte était

cependant bien fondée. Il proposa aussi de s'enquérir du droit des cours

de justice, de faire des règles de pratique pour la conduite des

procédures judiciaires, usurpation de pouvoir qui a été pendant

longtemps un grave sujet de difficultés dans le pays. Enfin ce fut

encore lui qui amena les résolutions touchant le sujet autrement plus

grave de la loi martiale, à laquelle l'opinion publique était si

fortement opposée, qui les fit adopter après d'assez vifs débats et qui

fit déclarer que les limites et l'opération de la loi martiale établie

par les statuts impériaux concernant l'armée, et par les statuts

provinciaux concernant les milices, ne pouvaient être étendus à ce pays

sans l'autorité de son parlement.

Les changemens demandés par le gouverneur dans la loi des milices

échouèrent par suite du désaccord survenu entre les deux chambres sur la

matière, ainsi que le projet de loi pour imposer une taxe sur les

salaires des officiers publics pour les frais de la guerre, que le

conseil composé de fonctionnaires ou de leurs amis, ne voulut pas

agréer.

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Tome IV · 第 8 / 31 段