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Mon ami Napoléon C..... est aujourd'hui un avocat distingué, qui a
réussi à se créer une très belle clientèle et en même temps est parvenu
à se faire élire maire d'une grande ville du Canada par ses talents
supérieurs et son intelligence. À l'âge de vingt-cinq ans, il était
apprenti typographe dans l'atelier de son cousin, M. Trefflé Berthiaume.
Voyant que le métier ne le conduirait à rien, il prit la résolution
d'étudier le droit.
Reçu avocat, il s'établit à Hull. Dès le lendemain il rendait visite
à M. Alfred Rochon, alors avocat, pour lui présenter ses hommages. M.
Rochon avait dans ses bureaux deux gros coffres-forts dans lesquels il
serrait ses valeurs et ses dossiers précieux. Après les compliments
d'usage, mon ami Napoléon fit la remarque suivante:
--Mon savant collègue, j'ai grandement hâte d'avoir comme vous un gros
coffre-fort dans mon bureau.
--Votre ambition est fort légitime, mon jeune ami, lui répondit M.
Rochon, mais croyez bien que d'après ma vieille expérience, une bonne
poche de culotte bien doublée en chamois est suffisante pour tous vos
revenus pendant au moins une quinzaine d'années.
Mon ami Napoléon, en outre de ses talents incontestables, avait une
particularité dans la vue qu'on ne rencontre pas souvent chez le
commun des mortels. Il louchait horriblement, mais d'une manière qui
n'appartenait qu'à lui. Son regard, au lieu de se diriger vers l'ouest
d'un côté et vers l'est de l'autre, était oblique, de sorte que les deux
yeux convergeaient vers le même point.
Comme c'est un bon luron et un gai compère, il a toujours eu le mot pour
rire, même à ses propre dépens. C'est ainsi qu'il raconte volontiers
l'anecdote suivante:
--Vous savez, moi, j'ai été élevé à la campagne. On avait l'habitude
de tuer un porc et d'abattre un boeuf tous les ans pour l'usage de la
famille. Lors d'une opération de ce genre, l'homme engagé tenait le
boeuf par les cornes et j'avais la hache dans les mains, prêt à frapper,
lorsque notre engagé m'arrêta et m'apostropha ainsi:
--Dis-donc, 'Poléon, es-tu pour fesser oùsque tu r'gardes?
--Mais certainement.
--Oui. Eh ben, moé, j'te l'dis tout d'suite, j'lâche le "beu."