GIRGENTI LA MAGNIFIQUE

Il était sept heures du soir lorsque nous remîmes à la voile; par un

bonheur extrême, le vent qui, pendant deux jours, avait soufflé de l'est,

venait de tourner au sud. Cependant ce bonheur n'était pas sans quelque

mélange; ce vent tout africain était chargé de chaudes bouffées du désert

libyen; c'était le cousin-germain de ce fameux sirocco dont nous avions

eu un échantillon à Messine, et comme lui il apportait dans toute

l'organisation physique une découragement extrême.

Nous fîmes porter nos lits sur le pont. La cabine était devenue étouffante.

Il passait comme une poussière de cendres rouges entre nous et le ciel,

et la mer était si phosphorescente qu'elle semblait rouler des vagues de

flammes; à un quart de lieue derrière le bâtiment notre sillage semblait

une traînée de lave.

Lorsqu'il en était ainsi, tout l'équipage disparaissait, et le bâtiment,

abandonné à Nunzio, dont le corps de fer résistait à tout, semblait voguer

seul. Cependant je dois dire qu'au moindre cri du pilote, cinq ou six

têtes sortaient des écoutilles, et qu'au besoin les bras les plus alanguis

retrouvaient toute leur vigueur.

Quoique nous fussions moins sensibles que les Siciliens à l'influence de ce

vent, nous n'en éprouvions pas moins un certain malaise dont le résultat

était de nous ôter tout appétit; la nuit se passa donc tout entière à

dormir d'un mauvais sommeil, et la journée à boire de la limonade.

Le surlendemain de notre départ de Panthellerie, et comme nous étions à

huit ou dix lieues encore des côtes de Sicile, le vent tomba, et il fallut

marcher à la rame; mais comme chacun avait dans les bras un reste de

sirocco, à peine fîmes-nous trois lieues dans la matinée. Vers les cinq

heures, une petite brise sud-ouest se leva: le pilote en profita pour

faire hisser nos voiles, et le bâtiment, qui était plein de bonne volonté,

commença à marcher de façon à nous donner l'espoir d'entrer le soir même

dans le port de Girgenti.

En effet, vers les neuf heures du soir, nous jetions l'ancre dans une

petite rade au fond de laquelle on apercevait les lumières de quelques

maisons; mais à peine cette opération était-elle terminée que l'on nous

héla de la forteresse qu'on appelle la Santé, et qu'on nous donna l'ordre

d'aller prendre une autre station. Comme tous les ordres de la police

napolitaine, celui-ci n'admettait ni retard ni explication; il fallut en

conséquence obéir à l'instant même; on essaya de lever l'ancre; mais, dans

la précipitation que l'on mit à cette manoeuvre, toutes les précautions,

à ce qu'il paraît, n'ayant point été prises, le câble se brisa. On jeta

à l'instant même une bouée pour reconnaître la place, et, comme sans

s'inquiéter des causes de notre retard, le chef de la Santé continuait de

nous héler, nous allâmes, à grande force d'avirons, prendre la place qui

nous était désignée.

Cet événement nous tint sur pied jusqu'à minuit: nous étions fatigués de

la traversée que nous venions de faire, et nous dormîmes tout d'une traite

jusqu'à neuf heures du matin; la journée était belle et l'eau du port

parfaitement calme, si bien que Cama, déjà levé, s'apprêtait à passer

terre, d'abord pour achever de se remettre, comme Antée en touchant sa

mère, ensuite pour acheter du poisson aux petits bâtiments que nous voyions

revenir de la pêche. Inspection faite des deux ou trois maisons qui, à

l'aide d'une enseigne, se qualifiaient d'auberges, nous reconnûmes que la

précaution de notre brave cuisinier n'était pas intempestive, et qu'il

était prudent de déjeuner à bord avant de nous risquer dans l'intérieur des

terres. En conséquence, Cama, que nous autorisâmes à faire ce que bon lui

semblerait à l'égard de notre nourriture, se hasarda sur la planche qui

conduisait comme un pont de notre speronare au bateau voisin, et, arrivé

sur celui-ci, gagna de proche en proche le rivage. Un instant après, nous

le vîmes reparaître, portant sur sa tête une corbeille pleine de poisson.

J'allai annoncer cette nouvelle à Jadin, qui, en pareille circonstance,

levait toujours, au profit de ses natures mortes, une dîme sur notre

provision. Cette fois surtout j'avais aperçu de loin certains rougets

gigantesques qui, convenablement placés sur une raie et à côté d'une

dorade, devaient faire à merveille, comme opposition de couleur. Quelque

envie qu'il eût de paresser une demi-heure encore, Jadin, dans la crainte

que ses poissons ne lui échappassent, se hâta donc de passer un pantalon à

pied. Pendant qu'il accomplissait cette opération, je lui montrai de

loin Cama qui, s'avançant avec sa corbeille, mettait déjà le pied sur

la planche, quand tout à coup nous entendîmes un grand cri, et poisson,

corbeille et cuisinier disparurent comme par une trappe. Le pied encore

mal assuré du pauvre Cama lui avait manqué, et il était tombé dans la mer;

aussitôt, et par un mouvement plus rapide que la pensée, Pietro s'était

élancé après lui.

Nous courûmes à l'endroit où l'accident venait d'arriver, lorsqu'à notre

grand étonnement nous vîmes Pietro qui, au lieu de s'occuper de Cama,

repêchait avec grand soin les poissons et les remettait les uns après les

autres dans la corbeille qui flottait sur l'eau: l'idée ne lui était pas

venue en un seul instant que Cama ne savait pas nager; en conséquence, ne

doutant pas qu'il ne se tirât d'affaire tout seul, il ne s'occupait que de

la friture, dont la perte d'ailleurs lui paraissait peut-être beaucoup plus

déplorable que celle du cuisinier.

En ce moment nous vîmes surgir, à quelques pas du bâtiment, le pauvre Cama,

non point en homme qui fait sa brassée ou qui tire sa marinière, mais en

noyé qui bat l'eau de ses deux mains, et qui la rejette déjà par le nez et

par la bouche. Le temps était précieux: il n'avait fait que paraître et

disparaître. Nous jetâmes bas nos habits pour nous élancer après lui; mais,

avant que nous fussions à la fin de la besogne, Philippo sauta par-dessus

bord avec sa chemise et son pantalon, donnant une tête juste à l'endroit

où Cama venait de s'enfoncer, et quatre ou cinq secondes après il reparut

tenant son homme par le collet de sa veste blanche. Nous voulûmes lui jeter

une corde, mais il fit dédaigneusement signe qu'il n'en avait pas besoin,

et, poussant Cama vers l'échelle, il parvint à lui mettre un des échelons

entre les mains; Cama s'y cramponna en véritable noyé, et d'un seul bond,

par un effort inouï, il se trouva sur le pont. Tout cela s'était fait si

rapidement qu'il n'avait pas eu le temps de perdre connaissance, mais il

avait avalé deux ou trois pintes d'eau qu'il s'occupa immédiatement de

rendre à la mer. Comme il faisait, au reste, une chaleur étouffante,

le bain n'eut d'autre suite que la petite évacuation que nous avons

mentionnée, laquelle même, au dire de tout l'équipage, ne pouvait être que

très profitable à la santé de Cama.

Le capitaine avait rempli les formalités voulues, nos passeports étaient

déposés à la police, rien ne s'opposait donc à ce que nous fissions

l'excursion projetée; en conséquence, nous nous aventurâmes sur le pont

tremblant qui avait failli être si fatal à Cama, et, plus heureux que lui,

nous gagnâmes le bord sans accident.

A peine avions-nous mis à terre qu'un homme, qui nous observait depuis plus

d'une heure, s'avança vers nous et s'offrit d'être notre cicérone. Trois ou

quatre autres individus, qui s'étaient approchés sans doute dans la même

intention, n'essayèrent pas même de soutenir la concurrence en lui voyant

tirer de sa poche une médaille qu'il nous présenta. Cette médaille portait

d'un côté les armes d'Agrigente, qui sont trois géants chargés chacun d'une

tour avec cette devise: _Signat Agrigentum mirabilis aula gigantum_, et de

l'autre le nom d'Antonio Ciotta. En effet, il signor Antonio Ciotta était

le cicérone officiel de l'endroit, et il commença immédiatement son entrée

en fonctions en marchant devant nous et en nous invitant à Je suivre.

Girgenti est située à cinq milles à peu près de la côte: on s'y rend par

une montée assez rapide, qui élève d'abord le voyageur à un millier de

pieds au-dessus de la mer. Tout le long delà route nous rencontrions des

mulets chargés de ce soufre qui devait, quelques années après, amener entre

Naples et l'Angleterre ce fameux procès dans lequel le roi des Français

fut choisi pour arbitre. Le chemin se ressentait du commerce dont il était

l'artère. Comme les sacs qui contenaient la marchandise n'étaient point si

bien fermés qu'il ne s'échappât de temps en temps quelque parcelle de leur

contenu, la route, à là longue, s'était couverte d'une couche de soufre

qui, dans quelques endroits, avait jusqu'à trois ou quatre pouces

d'épaisseur. Quant aux muletiers qui accompagnaient les sacs, ils étaient

parfaitement jaunes depuis les pieds jusqu'à la tête, ce qui leur donnait

un des aspects les plus étranges qui se puissent voir.

Nous n'étions point encore entrés dans la ville que nous savions déjà que

penser de l'épithète que, dans leur emphatique orgueil, les Siciliens ont

ajoutée à son nom. En effet, Girgenti là magnifique n'est qu'un sale amas

de maisons bâties en pierres rougeâtres, avec des rues étroites où il est

impossible d'aller en voiture, et qui communiquent les unes aux autres par

des espèces d'escaliers dont, sous peine des plus graves désagréments,

il est absolument nécessaire de toujours tenir le milieu. Comme il était

évident que le reste de la journée ne suffirait pas à la visite des ruines,

nous nous mîmes en quête d'une auberge où passer la nuit. Malheureusement

une auberge n'était pas chose facile à découvrir à Girgenti la magnifique.

Notre ami Ciotta nous conduisit dans deux bouges qui se donnaient

insolemment ce nom; mais, après une longue conversation avec l'hôte de l'un

et l'hôtesse de l'autre, nous découvrîmes qu'à la rigueur nous trouverions

à nous nourrir un peu, mais pas du tout à nous coucher. Enfin, une

troisième hôtellerie remplit les deux conditions réclamées par nous à

la grande stupéfaction des Agrigentins, qui ne comprenaient rien à une

pareille exigence. Nous nous hâtâmes en conséquence d'arrêter la chambre et

les deux grabats qui la meublaient, et, après avoir commandé notre dîner

pour six heures du soir, nous secouâmes les puces dont nos pantalons

étaient couverts, et nous nous mîmes en chemin pour visiter les ruines de

la ville de Cocalus.

Je dis Cocalus sur la foi de Diodore de Sicile: entendons-nous bien, car

avec les savants ultramontains il faut mettre les points sur les i. Une

erreur de date, une faute de typographie, ont de si graves inconvénients

dans la patrie de Virgile et de Théocrite, qu'il faut y faire attention. Un

pauvre voyageur inoffensif met sans penser à mal un _a_ pour un _o_ ou un 5

pour un 6; tout à coup il disparaît, on n'en entend plus parler; la famille

s'inquiète, le gouvernement informe et on le trouve enseveli sous une masse

d'in-folios, comme Tarpeïa sous les boucliers des Sabins. Si on l'en tire

vivant, il se sauve à toutes jambes, et on ne l'y reprend plus; mais pour

le plus souvent il est mort, à moins que, comme Encelade, il ne soit de

force à secouer l'Etna. Je dis donc Cocalus comme je dirais autre chose,

sans la moindre prétention à faire autorité.

Cocalus régnait à Agrigente lorsque Dédale vint s'y réfugier avec tous les

trésors qu'il emportait de Crète. Ces trésors étaient si considérables que

le célèbre architecte demanda à son hôte la permission de bâtir un palais

pour les y renfermer. Cocalus, qui avait de la terre de reste, lui dit

de choisir l'endroit qui lui conviendrait le mieux, et de faire sur cet

endroit ce que bon lui semblerait. L'auteur du labyrinthe choisit un rocher

escarpé, accessible sur un seul point, et encore fortifia-t-il ce point

de telle façon que quatre hommes suffisaient pour le défendre contre une

armée.

Ceci se passait quelques années avant la guerre de Troie. Mais, comme

ces ruisseaux qui s'enfoncent sous terre en sortant de leur source pour

reparaître fleuves quelques lieues plus loin, la ville naissante disparaît

pendant deux ou trois siècles dans l'obscurité des temps, pour briller dans

les vers de Pindare, sous le nom de reine des cités. Alors, si l'on en

croit Diogène de Laerce, sa population était de huit cent mille âmes, et

si l'on s'en rapporte à Empédocle, cette population, entre autres défauts,

portait ceux de la gourmandise et de l'orgueil si loin, qu'elle mangeait,

disait-il, comme si elle devait mourir le lendemain, et qu'elle bâtissait

comme si elle devait vivre toujours. Aussi, comme Empédocle était un

philosophe, c'est-à-dire un personnage probablement fort insociable, il

quitta cette ville de cuisiniers et de maçons pour aller s'installer sur

le mont Etna, où il vécut de racines, dans une petite tour qu'il se bâtit

lui-même. On sait qu'un beau matin, dégoûté sans doute de cette nouvelle

résidence comme il l'avait été de l'ancienne, il disparut tout à coup, et

qu'on ne retrouva de lui que sa pantoufle.

Une centaine d'années auparavant, comme chacun sait, Phalaris, chargé par

ses concitoyens de la construction du temple du Jupiter Polien, avait

profité des sommes énormes mises à sa disposition pour réunir une petite

armée et surprendre les Agrigentins. Ce projet liberticide, exécuté avec

succès pendant la célébration des fêtes de Cérès, mit les Agrigentins au

désespoir. Aussi firent-ils quelques tentatives pour se délivrer de leur

tyran. Mais celui-ci, qui était homme d'imagination, commanda à un artiste

de l'époque un taureau d'airain deux fois grand comme nature, et dont la

partie postérieure devait s'ouvrir à l'aide d'une clef. Au bout de trois

mois le taureau fut fini; au bout de quatre une révolte éclata. Phalaris

fit arrêter les chefs, ordonna d'amasser une grande quantité de bois sec

entre les jambes du taureau, y fit mettre le feu, et lorsqu'il fut rouge,

on ouvrit le monstre, et on y enfourna les rebelles. Comme il avait eu le

soin d'ordonner que la gueule du taureau fût tenue ouverte, le peuple,

qui assistait à l'exécution, put entendre par cette issue les cris que

poussaient les patients, et qui semblaient les mugissements du taureau

lui-même. Ce genre d'exécutions, renouvelé cinq ou six fois dans l'espace

de dix-huit mois, eut un résultat des plus satisfaisants. Bientôt les

révoltes devinrent de plus en plus rares; enfin, elle cessèrent tout à

fait, et Phalaris régna, grâce à son ingénieuse invention, tranquille et

respecté pendant l'espace de trente et un ans. Après sa mort, quelques

critiques, jaloux de sa gloire, dirent bien que son taureau d'airain

n'était qu'une contrefaçon du cheval de bois, mais il n'en est pas moins

vrai que, malgré cette accusation, qui au fond ne manquait peut-être pas

de quelque vérité, la gloire de l'invention finit par lui en rester tout

entière.

L'époque qui suivit le règne de Phalaris fut l'ère brillante des

Agrigentins. C'était à qui parmi eux ferait assaut de luxe et de

magnificence. Un simple particulier, nommé Exenetus, vainqueur aux jeux,

rentra dans la ville suivi de trois cents chars, tramés chacun par deux

chevaux blancs élevés dans ses pâturages. Un autre, nommé Gellias, avait

des domestiques stationnant à chaque porte de la ville, et dont la mission

était d'amener tous les voyageurs qui passaient par Agrigente dans son

palais, où les attendait une splendide hospitalité. Cinq cents cavaliers de

Gela ayant traversé Agrigente dans le mois de janvier, et ayant été amenés

à Gellias par ses domestiques, furent logés et nourris par lui pendant

trois jours, et reçurent au moment de leur départ chacun un manteau.

Gellias était en outre, s'il faut en croire la tradition, un homme

de beaucoup d'esprit, ce qui, on le comprend bien, ne gâtait rien à

l'hospitalité qu'on recevait chez lui. Aussi les Agrigentins, ayant eu

quelques intérêts à régler avec la petite ville de Centuripa, le chargèrent

de se rendre auprès d'eux et de terminer l'affaire. Gellias partit aussitôt

et se présenta à l'assemblée des Centuripes. Mais comme, à ce qu'il paraît,

il était haut à peine de quatre pieds et demi, et en outre assez mal pris

dans sa petite taille, des éclats de rire accueillirent son apparition et

un des assistants, plus impertinent que les autres, se chargea même de

lui demander, au nom de l'assemblée, si tous ses concitoyens lui

ressemblaient.--Non pas, messieurs, répondit Gellias. Il y a même à

Agrigente de fort beaux hommes: seulement on les réserve pour les grandes

républiques et pour les villes illustres; aux petites villes et aux

républiques de peu de considération on leur envoie des hommes de ma

taille.--Cette réponse abasourdit tellement les railleurs, que Gellias

obtint de l'assemblée tout ce qu'il désirait, et eut la gloire de régler

les intérêts d'Agrigente, au plus grand avantage de la chose publique.

Cependant, Carthage, qui de l'autre côté de la mer voyait Agrigente grandir

en richesse et en population, comprit qu'elle devait l'avoir pour amie

fidèle ou pour ennemie déclarée dans la longue lutte qu'elle venait

d'entreprendre contre Rome. Non seulement les Agrigentins refusèrent

l'alliance des Carthaginois, mais encore ils se déclarèrent leurs ennemis.

Aussitôt Annibal et Amilcar traversèrent la mer, et vinrent mettre le siège

devant la ville. Les Agrigentins jugèrent alors qu'il serait à propos de

réformer quelque chose de ce luxe devenu proverbial dans l'univers entier,

et décidèrent que les soldats de garde à la citadelle ne pourraient avoir

plus d'un matelas, d'une couverture et de deux oreillers. Malgré cette

ordonnance lacédémonienne, Agrigente fut forcée de se rendre après huit ans

de siège.

Alors toutes ses richesses devinrent la proie du vainqueur: tableaux,

statues, vases précieux, tout fut envoyé à Carthage. Il n'y eut pas

jusqu'au fameux taureau d'airain de Phalaris qui ne traversât la mer pour

aller embellir la ville de Didon. Il est vrai que, deux cent soixante ans

plus tard, lorsque Scipion à son tour eut pris et pillé Carthage, comme

Amilcar avait pris et pillé Agrigente, le taureau repassa la mer et fut

vendu aux Agrigentins, qui avaient pour lui une affection dont on se rend

difficilement compte, quand on examine les rapports peu agréables que

Phalaris les avait forcés d'avoir ensemble.

Malgré cette restitution et la protection dont la couvrit Rome, Agrigente

ne se releva jamais de sa chute, et ne fit que décroître jusqu'au moment où

elle perdit jusqu'à son nom. Aujourd'hui, Girgenti, pauvre fille mendiante

d'une race royale, ne couvre guère que la vingtième partie du sol que

couvrait sa gigantesque aïeule, et compte treize mille âmes végétant à

grand-peine là où florissait un million d'habitants; ce qui n'empêche pas,

comme je l'ai déjà dit, qu'entre Messine la Noble et Païenne l'Heureuse,

elle ne s'intitule pompeusement Girgenti la Magnifique.

La première chose qui nous frappa en sortant de la ville, fut la porte

même sous laquelle nous passions, et qui est évidemment une construction

sarrasine. Je voulus commencer, en face de ce monument de la conquête

arabe, à mettre à l'épreuve la science patentée de notre guide, et je lui

demandai s'il savait è quel siècle remontait cette porte; niais le brave

Ciotta se contenta de me répondre qu'elle était fort vieille et que, comme

elle faisait mauvais effet, on allait l'abattre par l'ordre de monsieur

l'intendant, et la remplacer par une autre d'ordre dorique grec. Je

m'informai alors du nom du digne intendant, et j'appris qu'il s'appelait

Vaccari. Dieu lui fasse la paix!

Nous laissâmes à notre gauche la roche Athénienne, la plus élevée des

montagnes qui dominaient l'antique Agrigente, et au sommet de laquelle

étaient bâtis les temples de Jupiter Atabyrius et de Minerve. Un instant

nous eûmes l'intention d'y monter; mais notre guide nous ayant appris qu'il

n'y avait rien autre chose à y voir qu'un assez beau panorama, nous remîmes

l'ascension à un autre voyage, et nous nous acheminâmes vers le temple de

Proserpine, à laquelle les Agrigentins avaient voué une grande dévotion.

Ce temple est à peu près aussi invisible que celui de Jupiter Atabyrius;

seulement, sur ses fondations a poussé une petite église. A cent pas d'elle

coule un _fumicello_, qui, après s'être appelé l'Acragas et le Dragon, se

nomme tout modestement aujourd'hui la rivière Saint-Blaise: c'est la même,

au reste, qui, dans l'antiquité, séparait l'antique Agrigente de Neapolis,

ou la ville neuve.

Nous suivîmes l'enceinte des murs encore fort visibles, et nous nous

trouvâmes bientôt à l'angle du rempart où était bâti le temple de

Junon-Lucine, qui s'élève, soutenu par trente-quatre colonnes d'ordre

dorique, au-dessus d'un précipice taillé à pic. Une tradition, accréditée

par Fazzello, veut que ce soit dans ce temple que s'était retiré, lors de

la prise d'Agrigente, Gellias avec sa famille et ses trésors. Selon la même

tradition, la teinte rougeâtre qui colore les pierres viendrait du feu mis

par Gellias lui-même, et qui le brûla, lui et tous les siens. Il est vrai

que Diodore, qui rapporte le même fait, dit qu'il se passa dans le temple

du Jupiter-Atabyrius.

C'était dans ce temple qu'était suspendu le fameau tableau de Xeuxis,

mentionné par Pline, chanté par l'Arioste, et pour lequel l'artiste avait

fait passer devant lui cent femmes nues, afin de choisir parmi elles les

cinq plus parfaites qui devaient lui servir de modèles. Il en résulta que

la figure de la déesse était la quintessence de toutes les perfections

différentes réunies en une seule. Au reste, comme Xeuxis avait pris goût à

cette manière de travailler, il renouvela l'expérience pour son Hélène de

Crotone et pour sa Vénus de Syracuse.

Malgré le soleil véritablement africain qui dardait d'aplomb sur nos têtes,

Jadin s'assit pour me faire un dessin du temple, tandis que je me mis à la

recherche des grenades. Je ne tardai pas à trouver un buisson au milieu

duquel il en restait deux ou trois magnifiques; mais, au moment où j'y

enfonçai la main, il me sembla entendre un sifflement, et voir se balancer

une tête illuminée de deux yeux ardents. En effet, c'était un serpent,

qui s'était enroulé autour du tronc principal, et qui, nouveau dragon des

Hespérides, s'apprêtait à défendre les fruits que je convoitais. Un coup de

bâton frappé sur le buisson lui fit quitter son poste pour se réfugier dans

de grandes herbes qui poussaient à quelques pas de là; mais, avant qu'ils

les eût atteintes, Milord, qui m'avait suivi, avait sauté dessus, et lui

avait cassé les reins d'un coup de dent. Comme, tout blessé à mort qu'il

était, il se redressait encore pour mordre Milord, je lui cassai la tête

d'un coup de fusil. Nous le mesurâmes alors, Ciotta et moi: il avait un peu

plus de cinq pieds de long. La digne cicérone m'assura, sans doute pour me

flatter, que c'était un des plus grands qu'il eût jamais vus. Je reviens à

mes grenades, que je rapportai en triomphe à Jadin, tandis que Ciotta me

suivait, traînant le monstre par la queue.

Du temple de Junon-Lucine, nous passâmes à celui de la Concorde, le plus

beau et le moins endommagé des deux. Une pierre retrouvée parmi les ruines,

et que l'on conserve dans la maison commune de Girgenti, lui a fait donner

ce nom. Voici l'inscription qu'elle portait, et que j'ai copiée en laissant

aux mots leur disposition:

Concordiae Agrigenti-

norum Sacrum.

Respublica lylibitano-

rum Dedicantibus

M. Haterio Candido Procos

Et L. Cornelio Marcello Q.

PR. PR.

Nous commençâmes par visiter l'intérieur de ce monument vraiment

magnifique, et dans lequel on entre par une porte ouverte au centre du

_pronaos_. La _cella_, large de trente pieds et longue de quatre-vingt dix,

est parfaitement conservée: deux escaliers sont pratiqués dans l'intérieur

des murailles, et, par l'un d'eux, on peut encore monter facilement

jusqu'aux combles.

En 1620, le temple de la Concorde fut converti en église chrétienne et

dédié à San-Gregorio della Rupe, évêque de Girgenti. Alors on appropria le

temple à sa nouvelle destination, et l'on perça les six portes cintrées qui

donnent sur le péristyle; mais, vers la fin du dernier siècle, on

regarda ce mariage de la mythologie et du christianisme comme une double

profanation artistique et religieuse: toute trace de l'église moderne

disparut, et si le dieu antique revenait, il trouverait, à peu de chose

prés, son temple tel qu'il est sorti des mains de son architecte inconnu.

Lorsque je descendis des combles, je trouvai Jadin à la besogne. Je

profitai de la station pour me laisser glisser au bas des remparts et

aller visiter les tombeaux creusés dans les murailles: c'étaient ceux des

guerriers que les Agrigentins avaient l'habitude d'enterrer ainsi pour

que, quoique morts, ils gardassent encore la ville. Pendant le siège,

les Carthaginois les ouvrirent et jetèrent aux vents les cendres qu'ils

renfermaient; mais, quelque temps après, la peste s'étant déclarée, et

Annibal leur chef étant mort, Amilcar attribua l'apparition du fléau à

cette profanation, et, pour apaiser les dieux, sacrifia un enfant à Saturne

et plusieurs prêtres à Neptune. Les dieux furent satisfaits de cette

réparation, et la peste s'en alla un beau matin comme elle était venue.

Je voulus remonter par le même chemin que j'avais suivi en descendant, mais

la chose était impossible; je fus forcé de côtoyer les remparts sur une

longueur de cinq cents pas à peu près, et de rentrer par l'ouverture qui a

gardé le nom de Porte-Dorée et qui est située entre le temple d'Hercule et

celui de Jupiter Olympien, Comme la nuit s'avançait, je remis la visite de

ces deux merveilles au lendemain. A moitié chemin du temple de la Concorde,

je rencontrai Jadin qui avait plié bagage et qui venait au devant de moi.

Nous nous engageâmes dans une rue de la vieille ville toute bordée de

tombeaux, et nous nous acheminâmes vers Girgenti, dont nous étions éloignés

d'une demi-lieue à peu près.

Avec le changement de lumière, la ville avait changé d'aspect; le soleil,

prêt à s'abaisser à l'horizon, se couchait derrière Girgenti, qui, assise

au haut de son rocher, se détachait en vigueur sur un ciel de feu, pareille

à une des ces villes babyloniennes que rêve Martyn. A gauche était la

mer d'Afrique, calme, azurée, immense; derrière nous les temples de

Junon-Lucine et de la Concorde; enfin, sous nos pieds, conservant la trace

des chars, la voie antique, la même qui avait été foulée, il y a deux mille

ans, par ce peuple disparu dont nous côtoyions les tombeaux.

A mesure que nous approchions de la ville, le grandiose s'effaçait, et

Girgenti nous réapparaissait telle qu'elle est réellement, c'est-à-dire

comme un amas confus de maisons sales et mal bâties. Cependant, à trois

cents pas de la porte, une autre illusion nous attendait. De jeunes filles

du peuple venaient puiser de l'eau à une fontaine, et remportaient sur

leurs têtes ces belles cruches d'une forme longue, comme on en retrouve

dans des dessins d'Herculanum et dans les fouilles de Pompeïa; c'étaient,

comme je l'ai dit, des filles du peuple couvertes de haillons, mais ces

haillons étaient drapés d'une manière simple et grande, mais le geste

avec lequel elle soutenaient l'amphore était puissant, mais enfin, telles

qu'elles étaient, à moitié nues, non point par coquetterie, mais par

misère, c'étaient encore les filles de la Grèce, dégénérées, abâtardies,

sans doute, dans lesquelles cependant il était facile de retrouver encore

quelque trace du type maternel. Deux d'entre elles, sur notre invitation

transmise par Ciotta, posèrent complaisamment pour Jadin, qui en fit deux

croquis qu'on croirait des copies de peintures antiques.

Nous trouvâmes à l'hôtel un moderne Gellias, qui, ayant appris notre

arrivée, nous attendait pour nous offrir l'hospitalité: c'était

l'architecte de la ville, monsieur Politi, homme fort aimable, dont la vie

tout entière est consacrée à l'étude des antiquités au milieu desquelles

il vit. Quelque envie que nous eussions de profiter de son offre, nous

la refusâmes; pour ne point faire trop de peine à notre hôte, qui avait

visiblement fait de grands frais à l'endroit de notre réception, nous

déclarâmes à monsieur Politi, que pour tout le reste, nous réclamions son

obligeance.

Monsieur Politi nous répondit en se mettant à notre entière disposition.

Nous en profitâmes à l'instant même en lui demandant des renseignements sur

la manière dont nous devions gagner Palerme.

Il y avait deux moyens d'arriver a ce but: le premier était celui des côtes

avec notre speronare; le second était de couper diagonalement la Sicile

de Girgenti à Palerme. Le premier nécessitait quinze ou dix-huit jours de

navigation, le second trois jours seulement de cavalcade. De plus il nous

montrait l'intérieur de la Sicile dans toute sa solitude et sa nudité;

il n'y avait donc pas à balancer comme économie de temps et gain de

pittoresque. Nous choisîmes le second. Un seul inconvénient y était

attaché. La route, nous assura monsieur Politi, était infestée de

voleurs, et quinze jours auparavant, un Anglais avait été assassiné entre

Fontana-Fredda et Castro-Novo. Nous nous regardâmes, Jadin et moi, et nous

nous mîmes à rire.

Depuis que nous étions en Italie, nous avions sans cesse entendu parler de

bandits sans jamais avoir aperçu l'ombre d'un seul. D'abord, je l'avouerai,

ces récits terribles de voyageurs dévalisés, mis à rançon, assassinés, que

nous avaient faits les conducteurs de voitures pour ne pas marcher la

nuit, ou les maîtres d'auberge pour nous engager à prendre une escorte

sur laquelle on leur fait une remise, avaient produit sur nous quelque

sensation. En conséquence, les premières fois, nous nous étions prudemment

arrêtés où nous nous trouvions; puis, les autres, nous étions partis avec

quelque crainte; enfin, voyant qu'on parlait toujours d'un danger qui ne se

réalisait jamais, nous avions fini par rire et voyager à toute heure, sans

prendre d'autre précaution que de ne jamais quitter nos armes. Plus tard,

à Naples, on nous avait promis positivement que nous ne quitterions pas la

Sicile sans rencontrer ce que nous avions cherché inutilement ailleurs, et,

depuis que nous étions en Sicile, comme à Naples, comme à Rome, comme à

Florence, nous n'avions encore trouvé de véritables détrousseurs de grand

chemin que tes aubergistes. Il est vrai qu'ils faisaient la chose en

conscience.

La crainte de monsieur Politi nous parut donc tant soit peu exagérée, et

nous lui dîmes que, ce qu'il nous présentait comme un obstacle étant un

attrait de plus, nous choisissions définitivement la route de terre.

Comme cette réponse, pour ne point paraître une espèce de forfanterie,

nécessitait une explication, nous lui dîmes ce qui nous était arrivé

jusque-là, le bonheur que nous avions eu de ne faire aucune mauvaise

rencontre, et le désir que nous aurions, ne fût-ce que pour donner à notre

voyage le charme de l'émotion, de faire connaissance avec quelque bandit.

--Pardieu! nous dit monsieur Politi, n'est-ce que cela? J'ai votre affaire

sous la main.

--Vraiment?

--Oui; seulement c'est un voleur en retraite, un bandit réconcilié, comme

on dit. Il est muletier à Palerme, il vient d'amener ici deux Anglais. Si

vous voulez le prendre, il a deux bonnes mules de retour, et avec lui vous

aurez au moins l'avantage, si vous rencontrez des bandits, de pouvoir

traiter. En sa qualité d'ancien confrère, ces messieurs lui font des

avantages qu'ils ne font à personne.

--Et cet honnête homme est à Girgenti? m'écriai-je.

--Il y était ce matin encore, et à moins qu'il ne soit parti depuis ce

moment, ce dont je doute, nous pouvons l'envoyer chercher.

--A l'instant même, je vous en prie.

Monsieur Politi appela le garçon et lui dit d'aller chercher Giacomo

Salvadore de sa part, et de l'amener à l'instant même. Dix minutes après,

le garçon reparut, suivi de l'individu demandé.

C'était un homme de quarante à quarante-cinq ans, qui, sous son costume de

paysan sicilien, avait conservé une certaine allure militaire. Il avait sur

la tête un bonnet de laine grise brodé de rouge, de forme phrygienne; quant

au reste de son accoutrement, il se composait d'un gilet de velours bleu,

duquel sortaient des manches de chemise de grosse toile dont les poignets

étaient bordés de rouge comme le bonnet, d'une ceinture de laine de

différentes couleurs qui lui ceignait la taille, d'une culotte courte de

velours pareil à celui du gilet; enfin il avait pour chaussure des espèces

de bottes à retroussis ouvertes sur le côté. Le tout se détachait sur

un manteau de couleur rougeâtre brodé de vert, qui, jeté sur une de ses

épaules seulement, pendait derrière lui et donnait à son aspect quelque

chose de pittoresque.

Monsieur Politi nous avait priés de ne faire aucune allusion à la

première profession du signor Salvadore, et de nous contenter purement et

simplement, dans cette première entrevue, de débattre nos prix et de faire

notre accord. Nous lui avions promis de nous tenir dans les bornes de la

plus stricte convenance.

Comme l'avait pensé monsieur Politi, le muletier, en voyant débarquer

le matin deux étrangers, s'était dit qu'il ne perdrait pas son temps à

attendre. Il est vrai que quelquefois, il l'avouait lui-même, il avait été

trompé dans un calcul pareil, et qu'il avait rencontré des âmes timorées

qui avaient préféré, pour traverser trois jours de désert, une

autre compagnie que celle d'un ex-voleur; mais aussi, dans d'autres

circonstances, comme par exemple dans celle où nous nous trouvions, il

avait été dédommagé de sa peine. Somme toute, il était presque sûr de son

affaire quand les voyageurs étaient Anglais ou Français; les chances se

balançaient quand le voyageur était Allemand; mais, si le voyageur était

Italien, il ne prenait pas même la peine de se présenter et de faire ses

ouvertures; il savait d'avance qu'il était refusé.

La discussion ne fut pas longue. D'abord Salvadore, fier comme un roi,

avait l'habitude d'imposer les conditions et non de les recevoir. Comme ces

conditions se bornaient à deux piastres par mule et à deux piastres pour

le muletier, en tout, et y compris la mule qui portait le bagage, huit

piastres, ces arrangements nous parurent si raisonnables, que nous

arrêtâmes immédiatement mules et muletier pour le surlendemain matin,

moyennant lequel accord Salvadore nous donna deux piastres d'arrhes.

Ceci est encore une chose remarquable, que, par toute l'Italie, ce sont les

_vetturini_ qui donnent des arrhes aux voyageurs et non les voyageurs qui

donnent des arrhes aux _vetturini_.

Monsieur Politi demanda alors à Salvadore s'il croyait qu'il y eût quelque

danger pour nous sur la route. Salvadore répondit que, quant au danger,

il n'y en avait pas, et qu'il pouvait en répondre. A un seul endroit

peut-être, c'est-à-dire à une lieue et demie ou deux lieues de Castro-Novo,

nous aurions quelque négociation à entamer avec une bande qui avait fait

élection de domicile dans les environs; mais, en tout cas, Salvadore

répondait que le droit de passage qu'on exigerait de nous, en supposant

même qu'on l'exigeât, ne s'élèverait pas à plus de dix ou douze piastres.

C'était, comme on le voit, une misère qui ne valait pas la peine qu'on s'en

occupât.

Ce point posé, nous remplîmes un verre de vin que nous présentâmes à

Salvadore, et nous trinquâmes à notre heureux voyage.

Tout était arrêté, il ne s'agissait plus que de donner avis au capitaine

Arena de la résolution que nous avions prise, afin qu'il fît le tour de la

Sicile avec son bâtiment et vînt nous rejoindre à Palerme. En conséquence,

on me chercha un messager qui, moyennant une demi-piastre, se chargea de

porter ma dépêche jusqu'au port. Elle contenait l'invitation à notre

brave patron de venir nous parler le lendemain avant neuf heures, et

la désignation de quelques objets de première nécessité, qui devaient

constituer notre bagage de voyageurs, et à l'aide desquels nous attendrions

tant bien que mal, à Palerme, le reste de notre roba.

Sur ce, monsieur Politi, voyant que nous paraissions fort désireux de

gagner notre chambre, prit congé de nous en s'offrant d'être en personne

notre cicerone pour le lendemain, et en nous priant de prévenir notre hôte

que nous dînions ce jour-là en ville.

Le Speronare · 第 21 / 59 题