«Mon cousin, le roi m'ayant donné le commandement en chef de
ses troupes, je vous donne l'ordre de vous retirer
sur-le-champ, avec toutes les troupes, sur Saint-Cloud. Vous
y servirez sous mes ordres. Je vous charge, en même temps, de
prendre les mesures nécessaires pour faire transporter à[A]
Paris toutes les valeurs du Trésor royal, suivant l'arrêté
que vient d'en prendre le ministre des finances. Vous voudrez
bien prévenir immédiatement les troupes qu'elles ont passé
sous mon commandement.
«De mon quartier général, à Saint-Cloud, le 29 juillet 1830.
«LOUIS-ANTOINE.»]
[Note A: Faute que nous conservons, parce qu'elle est
dans l'original; car sans doute le prince a cru écrire DE
Paris.]
En évacuant le Carrousel et les Tuileries d'une manière si brusque et si
inopinée, je ne pus faire retirer de toutes les maisons les postes
placés pour défendre l'entrée des petites rues. Plusieurs détachements,
voyant cette retraite forcée, eurent le temps de sortir et de rejoindre
leurs corps en mouvement. D'autres restèrent et se défendirent jusqu'à
extinction. Enfin il y en eut un du 6e régiment, commandé par le
lieutenant Ferrier, qui, resté ainsi en arrière, déboucha et traversa,
toujours en combattant, les masses qui occupaient déjà le Carrousel et
l'entrée de la rue de Rivoli. Il nous rejoignit aux Champs-Élysées,
amenant avec lui seulement vingt-deux hommes d'un détachement de
cinquante, le reste ayant péri. Cette action vigoureuse mérite de grands
éloges. Je pourrais encore citer beaucoup d'autres officiers pour le
courage qu'ils montrèrent dans ces deux journées difficiles.
Voilà l'exposé le plus exact des événements dans les journées des 27, 28
et 29 juillet, et des ordres qui furent donnés. Peut-être, dans leur
exécution, y a-t-il eu des fautes commises et des modifications
apportées par les circonstances; mais, les bouleversements politiques
m'ayant empêché de recevoir des rapports détaillés, je ne puis ni les
raconter ni en prendre sur moi la responsabilité. Dans une guerre de
cette nature, dans de pareils combats, comme dans les guerres dont les
pays coupés sont le théâtre, le chef qui, par la force des choses, perd
sur-le-champ ses colonnes de vue, n'a que deux choses à faire: ordonner
les dispositions générales, et parer aux grands accidents. C'est à ce
double devoir que j'ai dû me borner.
Je rencontrai M. le Dauphin entre Saint-Cloud et Boulogne. Il me reçut
froidement. Je lui expliquai succinctement ce qui s'était passé, il
continua sa marche au-devant des troupes, et moi, je me rendis près du
roi qui était en ce moment avec le prince de Polignac. Depuis quelques
heures il avait perdu beaucoup de terrain; ses intérêts étaient bien
compromis; eh bien, il n'était pas encore décidé à une transaction, ni à
renoncer à ce ministère qui perdait la monarchie, ni à ses funestes
ordonnances.
Je trouvai le roi triste, mais bon pour moi. Il me questionna. Je le
pressai vivement de ne pas perdre une minute. Je lui exprimai mon vif
regret de ce que la réponse aux propositions n'eût pas pu être faite, au
moins de la position de l'Étoile. C'eût été encore tout autre chose, et
on aurait été d'accord avant la nuit; mais au moins il fallait se hâter.
À cinq heures la résolution fut prise, et cependant ce fut à sept heures
du lendemain seulement que le duc de Mortemart partit pour Paris avec
des pouvoirs.
Les événements, après mon arrivée à Saint-Cloud, tenant à un tout autre
ordre de choses, je reviens à ce qui s'est passé à Paris. Les
conséquences en ont été si grandes, si immenses, ayant changé l'état de
la société, qu'elles ont dû être et devront être encore longtemps le
sujet d'une controverse.
Je vais démontrer que, malgré les résultats, je ne pouvais agir
autrement. Tout autre parti présentait des inconvénients plus graves en
apparence, sans offrir aucun des avantages que celui-ci promettait.
J'aborderai franchement toutes les questions, et je chercherai à
n'oublier aucun des arguments qui ont été faits contre la conduite
tenue, ni aucune des opinions manifestées sur ce que j'aurais dû et pu
faire.
Je commence par rappeler ce qui est établi plus haut et d'une manière
incontestable. Je n'étais dans le secret de rien. Je n'avais été
consulté sur rien. Par conséquent je n'avais rien pu préparer. Voici
maintenant l'état des forces dont je pouvais disposer: