ÉPISODE.

Nous avons lu comme tout le monde les deux volumes de poésies

intitulés _Contemplations_, que M. Victor Hugo vient de publier. Il ne

sied pas à un poëte de juger l'oeuvre d'un poëte, son contemporain et

son ancien ami. La critique serait suspecte de rivalité, l'éloge

paraîtrait une adulation aux deux plus grandes puissances que nous

reconnaissons sur la terre, le génie et le malheur.

Nous nous sommes contenté de jouir en silence des beautés de

sentiments qui débordent de ces pages, de pleurer avec le père, de

remonter avec l'époux et l'ami le courant des jours évanouis où nous

nous sommes rencontrés en poésie à nos premiers vers. Mais, hier, une

circonstance heureuse et imprévue nous a, pour ainsi dire, contraint à

nous souvenir que nous avions été poëte aussi, et de répondre par un

bien faible écho à la voix qui nous vient de l'Océan.

Les poëtes, les écrivains, les amis particuliers de madame Victor

Hugo, ont eu l'idée de faire magnifiquement relier, pour elle, le

volume de poésies de son mari, d'insérer dans ce volume quelques pages

blanches, de couvrir ces pages blanches de leurs noms, et de quelques

lignes de prose ou de vers attestant leur souvenir et leur affection

pour cette illustre et vertueuse femme. L'un d'eux m'a apporté hier ma

page à remplir; cette page et sa destination m'ont inspiré ce matin

les vers qui suivent. Je les donne ici, non comme un modèle de

littérature, mais comme un témoignage de respect à madame Victor Hugo,

et de souvenir affectueux de nos jeunesses à un ancien ami. Mais je

les donne en demandant excuse à l'antiquité.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 336 / 339 题