XXXIV.

Elle parvient enfin aux portes d'un monastère de Brahmanes, religieux

ascétiques; monastère bâti au sein de ces forêts. Les ermites étonnés

l'entourent et l'interrogent; elle leur raconte ses malheurs; ils lui

prédisent le retour de sa félicité. À son réveil, le monastère et les

ermites se sont évanouis comme une apparition ou comme un rêve.

Damayanti reprend sa route; elle s'arrête au pied d'un arbre dont

l'ombre donne la mort: «Ah!» dit-elle, «cet arbre est heureux au

milieu de la forêt, c'est le souverain des bois environné des festons

de lianes qu'il soutient et qui lui donnent la joie. Hâte-toi, ô bel

arbre, de me délivrer de mes souffrances! Toi qui enlèves à l'homme le

sentiment du fardeau de ses peines, n'as-tu point vu Nala, qui m'est

si cher? Nala, dont la peau délicate n'est protégée que par la moitié

d'un manteau? Nala, qui erre dans cette sinistre forêt, poursuivi par

le désespoir? Cher arbre, oh! délivre-moi de la vie! ton nom ne

signifie-t-il pas celui qui enlève les douleurs aux hommes? Ô bel

arbre, que ton nom soit une vérité pour moi!»

L'arbre insensible lui laisse la vie. Elle poursuit sa course,

rencontre une caravane de marchands dont la cupidité affairée et dure

fait à peine attention à sa beauté et à ses larmes. On voit que, dès

ces temps primitifs, le poëte indigné peignait la dureté déjà

proverbiale des trafiquants de l'Inde. «Nous n'avons rencontré dans

ces forêts que des lions, des tigres, des serpents,» lui disent-ils;

«nous ne savons ce que c'est que Nala: nous voyageons pour chercher la

richesse. Si tu es une déesse comme ta beauté le révèle, protége notre

négoce et enrichis-nous!»

Damayanti suit néanmoins la caravane, couverte à peine de haillons, et

insultée à l'entrée et la sortie des villes par les dérisions de la

populace. La pitié ne peut émouvoir le coeur par un plus grand

avilissement de la jeunesse, de la beauté et de l'innocence. Elle est

enfin rendue à la tendresse du roi son père; elle envoie de tous

côtés des Brahmanes messagers, pour découvrir le sort et le séjour de

son époux.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 168 / 339 题