Le RAMAYANA est surtout un poëme symbolique. On y reconnaît la source
où la mythologie grecque puisa, en l'altérant, la fable de Proserpine.
Vous allez en juger.
_Kora_, jeune et pure vierge, fille de Damata, est ravie à sa mère à
la fleur de ses jours par le dieu de l'abîme ou de l'enfer. Ce dieu
l'épouse, et l'entraîne dans un monde inférieur et souterrain. Elle
devient la reine des morts. Mais le dieu de l'abîme, son époux, la
rend chaque année pour un temps aux lamentations de sa mère; elle y
reparaît en été au temps des moissons, saison où les âmes des morts
s'occupent particulièrement des vivants, en leur assurant le blé ou le
riz, leur nourriture sur la terre.
_Sita_, l'héroïne de l'épopée indienne, est _la fille du sillon_; au
lieu de naître de la mer comme la _Vénus_ grecque, elle naît du sillon
sous le soc de la charrue du roi laboureur son père.
On reconnaît à ces fables le génie divers des philosophes ou des
poëtes qui les inventèrent et les firent accepter aux peuples: les
Grecs, peuplades insulaires ou maritimes, faisant naître la déesse de
la vie du sein des flots, les Indiens, peuples agricoles, la faisant
naître du champ labouré.
C'est autour de cette fable symbolique que se groupent et se succèdent
les récits épiques de la conquête de l'Inde méridionale et de l'île de
_Ceylan_, par les héros de l'Inde montagneuse. Nous citerons de ces
poëmes des fragments traduits par les savants interprètes de la langue
sanscrite, dans laquelle ces poèmes sont écrits. Le génie héroïque et
le génie sacerdotal s'y confondent tantôt dans des récits de
batailles, tantôt dans des raffinements spiritualistes de la morale et
de la théologie. On sent que ce sont des traditions guerrières,
conservées et transfigurées par des prêtres.