XXI.

Les lois étaient écrites ainsi en langage rhythmé, pour favoriser

l'exercice de la mémoire.

Des dialogues explicatifs du sens de ces lois et des dogmes de la

religion sont un des plus admirables monuments de cette littérature.

On croit y entendre des _Platons_ du Gange discourant avec leurs

disciples. Les plus remarquables de ces dialogues sont intitulés en

effet d'un titre qui signifie «les SÉANCES, c'est-à-dire: _Cours de

sagesse dans lesquels les disciples sont assis aux pieds du maître et

écoutent sa parole_.»

D'autres fragments moraux, contenus dans les immenses poëmes indiens,

s'appellent le _Chant du Seigneur_ ou du Très-Haut. Le philosophe,

devenu poëte pour s'attirer l'imagination du peuple, chante la _Loi de

la délivrance de l'âme_, ou _de son émancipation des liens de la

matière_.

Ces poëmes gigantesques de deux cent mille vers sont les pyramides

d'Égypte de la littérature. On les mesure avec une mystérieuse

terreur; on n'en devine pas bien la destination; ils ne sont pas de la

main d'un seul homme; chaque siècle semble y avoir apporté sa pierre.

Ce sont des épopées moitié divines, moitié humaines de ces théologies

successives de l'Inde; les traditions populaires, les mystères

sacerdotaux, et aussi les histoires nationales, y sont fondus et

chantés dans une poésie tantôt héroïque, tantôt sacrée. Les fables

célestes et les conquêtes des héros y sont entre-coupées par des

épisodes mystiques ou romanesques qui les font ressembler à une _Bible

poétique_, où les législations de Moïse et les mystères de Jéhovah

seraient entremêlés des contes les plus merveilleux de l'imagination

arabe ou persane.

Ce sont des épisodes surtout, épisodes vastes comme des poëmes, qui

ont été traduits, depuis la conquête des Indes, par les érudits, en

anglais, en allemand, et quelques-uns en français.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 155 / 339 题