Les lois étaient écrites ainsi en langage rhythmé, pour favoriser
l'exercice de la mémoire.
Des dialogues explicatifs du sens de ces lois et des dogmes de la
religion sont un des plus admirables monuments de cette littérature.
On croit y entendre des _Platons_ du Gange discourant avec leurs
disciples. Les plus remarquables de ces dialogues sont intitulés en
effet d'un titre qui signifie «les SÉANCES, c'est-à-dire: _Cours de
sagesse dans lesquels les disciples sont assis aux pieds du maître et
écoutent sa parole_.»
D'autres fragments moraux, contenus dans les immenses poëmes indiens,
s'appellent le _Chant du Seigneur_ ou du Très-Haut. Le philosophe,
devenu poëte pour s'attirer l'imagination du peuple, chante la _Loi de
la délivrance de l'âme_, ou _de son émancipation des liens de la
matière_.
Ces poëmes gigantesques de deux cent mille vers sont les pyramides
d'Égypte de la littérature. On les mesure avec une mystérieuse
terreur; on n'en devine pas bien la destination; ils ne sont pas de la
main d'un seul homme; chaque siècle semble y avoir apporté sa pierre.
Ce sont des épopées moitié divines, moitié humaines de ces théologies
successives de l'Inde; les traditions populaires, les mystères
sacerdotaux, et aussi les histoires nationales, y sont fondus et
chantés dans une poésie tantôt héroïque, tantôt sacrée. Les fables
célestes et les conquêtes des héros y sont entre-coupées par des
épisodes mystiques ou romanesques qui les font ressembler à une _Bible
poétique_, où les législations de Moïse et les mystères de Jéhovah
seraient entremêlés des contes les plus merveilleux de l'imagination
arabe ou persane.
Ce sont des épisodes surtout, épisodes vastes comme des poëmes, qui
ont été traduits, depuis la conquête des Indes, par les érudits, en
anglais, en allemand, et quelques-uns en français.