XV.

Un mot maintenant sur ce qu'on appelle les différents genres de poésie

d'école.

Ce n'est pas le genre en ceci qui décerne la primauté, c'est le génie.

Cependant ou peut, si l'on veut, classer les genres de poésie par leur

nature. Moins il y aura de sensualisme dans le poëte, plus le poëte

sera véritablement spiritualiste, c'est-à-dire surhumain.

Ainsi, les premiers des poëtes sont évidemment les lyriques,

c'est-à-dire ceux qui chantent, parce que leur poésie est plus

spiritualiste que celle des autres poëtes, et parce qu'elle s'adresse

exclusivement à la plus haute des facultés humaines: l'enthousiasme.

Après eux, et d'après le même principe de plus ou moins pure

spiritualité dans l'oeuvre, viennent les poëtes épiques, c'est-à-dire

les poëtes qui racontent, parce que leurs poëmes s'adressent

principalement à une faculté secondaire de l'esprit humain: l'intérêt

pour les aventures de la vie héroïque ou nationale.

Puis viennent en troisième ordre, et toujours d'après le même principe

de la plus ou moins pure intellectualité de l'oeuvre, les poëtes

dramatiques, c'est-à-dire ceux qui représentent dans leur poésie, à

l'aide de personnages parlant et agissant sur la scène, les péripéties

de la vie humaine, publique ou privée.

Pourquoi ce genre de poésie, qui comparaît le plus souvent sur nos

théâtres devant le peuple, est-il inférieur aux deux autres? Parce

qu'il s'adresse spécialement aux deux facultés inférieures de l'esprit

humain: la curiosité et la passion.

Pourquoi encore? Parce qu'il est celui de tous ces genres de poésie

qui se suffit le moins à lui-même, qui vit le moins de sa propre

substance, et qui emprunte le plus de secours matériels aux autres

arts pour produire son effet sur les hommes.

Il faut au poëte dramatique, pour émouvoir de toute sa puissance le

coeur humain, un théâtre, une scène, des décorations, des musiciens,

des peintres, des acteurs, des costumes, des gestes, des paroles, des

larmes feintes, des déclamations, des cris simulés, du sang

imaginaire, mille moyens étrangers à la poésie elle-même. Il ne faut

au poëte lyrique ou au poëte épique qu'une goutte d'encre au bout d'un

roseau ou d'une plume pour tracer, évoquer, immortaliser sur un

papyrus ou sur une page, l'enthousiasme, l'intérêt, la prière, les

larmes éternelles du genre humain.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 147 / 339 题