XIII.

Nous concevons le _vers_, à l'origine des littératures, quand

l'intelligence pure était moins dégagée des sens.

L'homme est composé de sens et d'esprit. La sensualité et

l'intellectualité de son être devaient s'associer à un certain degré

dans son langage poétique. La partie sensuelle ou musicale de ce

langage poétique devait peut-être prédominer alors sur la partie

intellectuelle et immatérielle de la pensée. Le son pouvait prévaloir

sur le sens.

Ce fut l'époque où la sensualité populaire inventa les rhythmes, les

cadences, les intercadences, les césures, les nombres, les

hémistiches, les strophes, les rimes. L'habitude de n'entendre ou de

ne lire jamais la poésie que dans ces formes sonores et symétriques

fit confondre la poésie avec le vers, la liqueur avec le vase, la

matière avec le moule. De là ce préjugé qui nous domine encore; mais

il est à demi vaincu. La poésie arrivée à son âge viril dépouille ces

langes de sa puérilité.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 145 / 339 题