X.

Si nous parcourions ainsi successivement tous les phénomènes du monde

visible ou du monde social, nous trouverions partout des éléments

sans nombre de poésie cachés aux profanes dans toute la nature, comme

le feu dans le caillou. Tout est poétique à qui sait voir et sentir.

Ce n'est pas la poésie qui manque à l'oeuvre de Dieu, c'est le poëte,

c'est-à-dire c'est l'interprète, le traducteur de la création.

Mais que serait-ce si nous parcourions la gamme entière de l'âme

humaine depuis l'enfance jusqu'à la caducité, depuis l'ignorance

jusqu'à la science, depuis l'indifférence jusqu'à la passion, pour y

décerner d'un coup d'oeil ce qui est du domaine de la poésie de ce qui

est du domaine de la prose? Nous trouverions partout que c'est

l'émotion qui est la mesure de la poésie dans l'homme; que l'amour est

plus poétique que l'indifférence; que la douleur est plus poétique que

le bonheur; que la piété est plus poétique que l'athéisme; que la

vérité est plus poétique que le mensonge; et qu'enfin la vertu, soit

que vous la considériez dans l'homme public qui se dévoue à sa patrie,

soit que vous la considériez dans l'homme privé qui se dévoue à sa

famille, soit que vous la considériez dans l'humble femme qui se fait

servante des hospices du pauvre et qui se dévoue à Dieu dans l'être

souffrant, vous trouveriez partout, disons-nous, que la vertu est plus

poétique que l'égoïsme ou le vice, parce que la vertu est au fond la

plus forte comme la plus divine des émotions.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 142 / 339 题