Toutes ces émotions éparses ou réunies forment pour l'homme la poésie
de la mer; elles finissent par donner au contemplateur le vertige de
tant d'impressions. Il s'assoit sur le rivage élevé des mers, comme
dit Homère, et il demeure seul, immobile et muet, à regarder et à
écouter les flots; et s'il essaye, en présence d'un tel spectacle, de
se parler à lui-même, il cherche involontairement une langue qui lui
rappelle la grandeur, la profondeur, la mobilité, le sommeil, le
réveil, la colère, le mugissement, la cadence de l'élément dont son
âme, à force d'émotions montées de l'abîme à ses sens, contracte un
moment l'infini. L'homme ne parle plus alors; il s'exclame, il gémit,
il pleure, il s'exalte, il frissonne, il jouit, il tremble, il
s'anéantit, il se prosterne, il adore, il prie; il chante le _Te Deum_
de la grandeur de Dieu et de la petitesse de l'homme, et son chant
prend instinctivement la symétrie, la sonorité, la majesté, la chute
et la rechute des vagues. Ses vers se façonnent et s'harmonisent sur
la succession et sur l'alternation des ondes par le rhythme,
c'est-à-dire par la mesure musicale des mots. Mais le coeur de l'homme
lui-même n'est-il pas un organe rhythmé?....