IX.

Toutes ces émotions éparses ou réunies forment pour l'homme la poésie

de la mer; elles finissent par donner au contemplateur le vertige de

tant d'impressions. Il s'assoit sur le rivage élevé des mers, comme

dit Homère, et il demeure seul, immobile et muet, à regarder et à

écouter les flots; et s'il essaye, en présence d'un tel spectacle, de

se parler à lui-même, il cherche involontairement une langue qui lui

rappelle la grandeur, la profondeur, la mobilité, le sommeil, le

réveil, la colère, le mugissement, la cadence de l'élément dont son

âme, à force d'émotions montées de l'abîme à ses sens, contracte un

moment l'infini. L'homme ne parle plus alors; il s'exclame, il gémit,

il pleure, il s'exalte, il frissonne, il jouit, il tremble, il

s'anéantit, il se prosterne, il adore, il prie; il chante le _Te Deum_

de la grandeur de Dieu et de la petitesse de l'homme, et son chant

prend instinctivement la symétrie, la sonorité, la majesté, la chute

et la rechute des vagues. Ses vers se façonnent et s'harmonisent sur

la succession et sur l'alternation des ondes par le rhythme,

c'est-à-dire par la mesure musicale des mots. Mais le coeur de l'homme

lui-même n'est-il pas un organe rhythmé?....

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 141 / 339 题