Mais, dès les âges les plus reculés aussi, une autre philosophie, la
philosophie de la réalité, la véritable expression de l'homme
complexe, âme et corps, une philosophie qui est raison et religion
tout ensemble, vérité et consolation à la fois, une philosophie dont
on retrouve les dogmes et les préceptes dans les premiers monuments
littéraires de l'Inde, a réfléchi au lieu de rêver, et a trouvé dans
la douleur même les deux seuls remèdes à la douleur: l'acceptation et
la sanctification.
Cette philosophie découle des premiers livres sacrés de l'Inde jusque
dans la philosophie du christianisme de nos jours. Nous la préférons
mille fois à celle de la perfectibilité soi-disant indéfinie. Nous la
trouvons aussi plus facile à pratiquer. Elle repose sur cet axiome:
«IL EST PLUS AISÉ DE SANCTIFIER LA TERRE QUE DE LA TRANSFORMER.»
Elle ne dit pas à l'homme de sourire quand il sanglote, ou d'espérer
quand il désespère. Elle lui dit: «Ta douleur est méritée ou ta
douleur est méritoire; accepte-la de la main de Dieu comme une
expiation, ou accomplis-la sous les yeux de Dieu comme une épreuve.
Ton juge sera ton consolateur, ton éternité compensera ta minute;
souffre pour justifier ta race coupable, ou souffre pour conquérir ta
propre félicité; et, dans l'une ou l'autre hypothèse, bénis!»