La vraie philosophie, la philosophie virile, la philosophie
expérimentale est donc celle qui, au lieu de correspondre à ces rêves,
correspond à la réalité de notre triste condition humaine et mortelle
ici-bas, c'est-à-dire la philosophie de la douleur! La philosophie de
la douleur sanctifiée par l'acceptation et consolée par l'espérance,
c'est la philosophie des Indes, de Brahma, de Bouddha, de Confucius,
de Platon, du christianisme; c'est celle qui nous a toujours paru, dès
notre première dégustation de la vie, contenir le plus de vérité, de
réalité, de beauté, de révélation, de force, de grandeur, de vertu,
d'espérance, d'encouragement à vivre, à aimer, à espérer, à agir.
Que dit cette philosophie de la douleur dans tous ces pays, dans
toutes ces époques, dans toutes ces théologies, dans toutes ces
langues? Qu'a-t-elle dit d'abord dans les Indes?
Elle dit: «Il y a un Dieu. Son oeuvre le prouve. La vie est le
témoignage de la vie.»
Elle dit: «Ce Dieu, Être des êtres, est infini, parfait, éternel. Sa
nature le prouve; l'infini, l'éternité, la perfection sont les
attributs de l'être des êtres.»
Elle dit: «Il a créé et il crée sans limite de temps, d'espace, de
puissance, autant de créatures que l'infini de sa pensée comporte de
sagesse, de puissance et de fécondité créatrices. Être, pour l'Être
des êtres, c'est créer!»
Elle monte par la pensée au fond des firmaments qui n'ont point de
fond; et elle dit: «Il est là;» elle descend aux bornes de l'éther
inférieur qui n'a point de borne, et elle dit: «Il est là;» elle
s'étend aux extrémités de l'espace qui n'a point d'extrémité, et elle
dit: «Il est encore là, il ne finit jamais, il commence toujours, et
il est tout entier partout où il est.»
Elle dit: «Il n'y a ni grandeur ni petitesse devant lui; les choses ne
se mesurent qu'à la gloire qu'elles ont d'émaner de lui. Chacune de
ses pensées réalisées est aussi grande que l'autre, puisqu'elle est
également de lui et en lui.»
Elle dit: «Nous sommes une de ses créatures, une de ses pensées
réalisées, ni plus grande, ni plus petite que toute autre de ses
créatures. Nous ne savons pas de quel nom il nous nomme dans son
vocabulaire d'amour créateur, mais nous nous appelons ici-bas HOMMES.»