XIV.

Il en est de cet instinct du progrès et du bonheur indéfinis de

l'humanité sur la terre, comme il en est d'un autre instinct que Dieu

a donné invinciblement à l'homme; instinct que l'homme sait

parfaitement illusoire ici-bas, et qui cependant le pousse

invinciblement aussi à tendre toujours vers un but dont il ne se

rapproche jamais: nous voulons parler de l'aspiration au bonheur

complet et permanent sur la terre.

Quel est l'homme qui ne sait pas le mensonge de cet instinct, et quel

est l'homme qui ne s'y laisse pas éternellement tromper? Mais il était

nécessaire dans le plan divin que cet instinct du bonheur parfait

mentît à l'homme, pour lui faire supporter l'existence et poursuivre

pas à pas dans la vie la route de l'éternité. Sans cet instinct,

l'homme s'arrêterait au second pas, s'assoirait le front dans ses

mains sur la route, attendant la mort sans mouvement, ou la devançant

par le suicide. Cette aspiration à un bonheur qui n'existe pas ici,

est le ressort qui donne l'impulsion à toute vie et le mouvement à

toute activité humaine. Cet instinct est, comme celui du

perfectionnement indéfini de l'espèce, un mensonge ici, une vérité

plus loin. Il ne faut donc pas le croire en ce qui touche à ce monde,

mais il faut le croire en ce qui touche à l'autre. C'est un fanal

placé sur le rivage où nous n'abordons qu'après le naufrage de la vie.

Nous croyons voir ce fanal à quelques vagues de nous sur notre globe

flottant, mais il brille en effet sur une autre sphère, et il nous

conduit, en nous trompant, au perfectionnement moral et au bonheur

éternel.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 106 / 339 题