Quant à la perfectibilité indéfinie et continue de l'homme, lors même
que ce progrès ou cette croissance indéfinie de l'homme et de
l'humanité ne serait pas démentie par le bon sens, par l'histoire, par
la tradition, elle serait démentie par la nature, par l'organisation
même de l'homme, et par la mesure du globe qu'il habite. L'homme
divinisé, perfectionné indéfiniment, immortalisé ici-bas dans la
félicité et dans la vie, est un contre-sens à tout ce que nous
connaissons et à tout ce que nous constatons de la constitution
physique de l'homme.
Nous le verrons tout à l'heure dans les recherches sur la prodigieuse
antiquité des _Védas_ ou livres sacrés primitifs de l'Inde. Nous le
verrons dans la Chine. Il y a bien des siècles que l'homme existe. Des
livres, aussi vieux que les fondements de l'Himalaya, nous parlent de
l'homme, de ses sens, de ses formes, de sa stature, de son état
physique et moral. La terre, la mer, la pierre s'entr'ouvrent pour
rendre au jour, sous les bandelettes des momies ou dans les sépulcres
de marbre, les squelettes des hommes qui vivaient sur la terre avant
que le marbre lui-même fût formé. Où sont donc dans ces livres, où
sont donc dans ces vestiges, où sont donc dans ces squelettes de
l'homme primitif les preuves ou les indices des moindres progrès dans
la construction physique de l'humanité? Quels sens manquaient aux
hommes des premiers âges? Quels sens ont été ajoutés aux hommes
d'aujourd'hui? Y a-t-il un nerf, une fibre, un ongle, un muscle, une
articulation de différence entre l'homme d'hier et l'homme de quatre
mille ans en arrière? Montrez-moi seulement que votre nature
éternellement progressive ait donné, par le travail de ce prodigieux
écoulement de siècles, un organe, un doigt, une dent, un cheveu de
plus à sa créature favorite, une ligne à sa stature, un jour à la
durée de sa vie!... Non, rien, pas même un atome de matière organisée
de plus à son usage. Tel il est, tel il fut, tel il sera, jeté comme
une argile pesée par la même main dans le même moule.